Football

L’Italie a donc remporté la coupe d’Europe en battant l’Angleterre aux tirs au but,  après 120 minutes de jeu qui n’avaient produit qu’un but pour chaque équipe.

J’invite ceux qu’intéresse le jeu de football pratiqué par des joueurs qui ne se comportent pas comme des voyous (à l’égard de leurs adversaires), des simulateurs (à l’égard de l’arbitre) et pour lesquels l’objectif est de marquer plus de buts que l’adversaire, à jeter un coup d’œil sur la demi-finale qui opposa (en 1958 en Suède) l’équipe de France à celle du Brésil : 7 buts marqués, un nombre impressionnant de tirs (pourquoi les journalistes parlent-ils de « frappe » ?) et le respect des règles.

Un autre monde. Dans le sens où la publicité et le vedettariat qui va avec n’avaient pas encore la dimension qu’ils ont pris aujourd’hui.

Le jeu était encore du jeu.

La voiture électrique et la centrale à charbon, la poule et l’œuf

Je ne sais plus qui, sur je ne sais plus quelle radio, expliquait, pour mieux faire comprendre la grande difficulté de la transition énergétique, que l’électricité qui alimente les  voitures polonaises est produite par les centrales à charbon dont les émissions carbonées sont pires que celles émises par les moteurs thermiques conventionnels.

C’est alors que j’ai vu passer, telle une ombre furtive, la question de la primauté de la poule sur l’œuf ou de l’œuf sur la poule.

J’avais d’autres choses à faire que de me demander pourquoi.

Je n’ai approfondi que le lendemain matin.

Je précise que j’étais sur ma bicyclette en train de monter une côte cévenole, et que, je ne sais plus quel philosophe, lui aussi cycliste à ses heures, avait expliqué quelques jours auparavant sur je ne sais plus quelle radio, que l’exercice du vélo peut aider à clarifier la pensée, en ce sens qu’il peut jouer le rôle d’une ascèse libératrice. Peut-être une question d’endomorphine, allez savoir.

Comme vous n’êtes pas sur une bicyclette en train de gravir une côte cévenole en lisant cet article, il est possible que le rapport entre la voiture et la centrale à charbon polonaises d’une part, et celui de la poule et l’œuf d’autre part, ne vous apparaisse pas du premier coup.

Je m’arrête, cale mon vélo contre un arbre qui se trouve là, m’installe sous ses ramures ombreuses et tente d’expliquer ce que l’ascèse vélocipédique me suggère.

Pour le premier problème, je dirais que l’intervenant cale son discours sur le principe implicite du statique.

S’il ne le disait pas explicitement, le constat qu’il faisait et le ton qu’il employait pouvaient signifier que le statu quo n’était peut-être pas aussi mauvais, ou, de manière plus insidieuse, que le « mal » n’est pas si grave qu’on le dit.

Il eût été utile de lui rappeler qu’un constat n’est pas une analyse et qu’il n’est pas possible de le présenter comme s’il était une preuve de quelque chose, encore moins de laisser entendre qu’une contradiction serait en soi le signe d’une absurdité.

En l’occurrence, et si l’on prend au sérieux les signes du changement climatique, la vraie question posée par ce constat est de savoir quel est le premier composant à changer : la production d’énergie avant la voiture, ou bien – ce qui est le cas ici –  la voiture avant la nouvelle production d’énergie ? Parce qu’il y a forcément une période intermédiaire de transition qui n’est que le début de résolution de la contradiction.

Autrement dit, mettre sur le marché polonais des voitures électriques qui vont renforcer la pollution pourrait bien être le moyen d’accélérer le remplacement de la production d’énergie. C’est en tout cas une hypothèse à examiner.

Mais, me direz-vous, le rapport avec l’œuf et la poule ?

Rappel du casse-tête apparent : si l’œuf vient de la poule, il faut bien qu’il ait été pondu par une poule qui est forcément née d’un œuf qui… et cela jusqu’à… mais jusqu’où, exactement ?

Présenter le rapport poule/œuf de cette manière, c’est présupposer qu’il en a toujours été ainsi, qu’il y a toujours eu des poules et des œufs et qu’il n’y a donc pas de primauté possible (d’où l’aporie de la question)  parce que la poule a toujours été une poule (pondeuse), parce qu’elle a été créée comme ça.

En revanche, si on sort du créationnisme, on dira que, la poule avec ses œufs potentiels n’ayant pas toujours existé sous la forme que l’on connaît, la question de la primauté n’a pas de sens : la poule est le produit d’une évolution, pas d’un œuf.

Le point commun entre les deux problèmes, vous le voyez maintenant, est celui dont ma situation de cycliste descendu du vélo vous donne une image physique :  le statique.

Pour le premier problème, la contradiction est présentée hors de la durée, dans un temps figé, comme si elle était un insoluble. 

Pour le second, la question n’existe que si l’on refuse l’évolution.

Dans l’un et l’autre, le temps, ou plutôt l’omission du temps ne fait pas rien à l’affaire, n’en déplaise au poète… qui parlait d’autre chose.

Le mieux que je puisse faire maintenant est d’enfourcher à nouveau mon deux-roues ascétique à pédales et de monter un peu plus haut, à la recherche d’autres aventures questionneuses.

La « flamme d’or » du RN

La Une du Monde du 04.07.2021 publie un article sur le congrès du RN qui se tient à Perpignan. Une photo où apparaissent la présidente et des militants porte en légende « Remise des flammes d’or aux militants méritants par Marine Le Pen »

Ma contribution :

La légende de la seconde photo mentionne la récompense de la « flamme d’or ». Il y a quelques décennies,  les maîtres et les maîtresses donnaient des « bons points » aux bons élèves. La petite enfance est le moment où nous éprouvons, en même temps que l’angoisse de nous découvrir mortels, le besoin d’être confortés par des signes rassurants d’appartenance familiale et sociale. Le « bon point » est reçu des mains de l’adulte/maître d’école par l’enfant/élève méritant de l’institution scolaire, un élément structurant de la société. Les récompenses/décorations civiles et militaires, données par des institutions également structurantes, rappellent que la petite enfance est indissociable de l’âge adulte, dans un rapport variable selon les individus et les époques. Sous cet angle,  il peut être intéressant d’examiner ce que le RN nous dit, via sa « flamme d’or » qui n’est pas anecdotique, de la place que nous donnons, individus et collectivité, à notre petite enfance et à ses peurs/angoisses.

L’incompréhension de Mona Ozouf

Invitée à l’émission 28 minutes d’Arte du 03.07.2021, Mona Ozouf fut notamment interrogée à propos de la problématique que pose le « déboulonnage des statues » (cf. l’article « La statue de Colbert » du 24 juin 2020).

Voici sa réponse :

«  Je ne comprends pas et un historien ne peut pas comprendre ça ; il ne peut pas comprendre qu’on porte sur le passé un regard justicier, parce que finalement c’est un anachronisme… Il faut toujours restituer le contexte de ce qui s’est passé, la volonté justicière  de condamner le passé au nom de nos certitudes d’aujourd’hui… nous sommes juchés sur ces certitudes, et je pense que nous manquons le vrai qui est quand même le but de l’historien… »

Je précise qu’elle est agrégée de philosophie.

Son « je ne comprends pas » me semble en contradiction avec son argumentaire qui insiste sur l’importance du contexte qu’elle rejette ainsi, pour ne pas aborder la question qui lui est posée.

Il ne s’agit évidemment pas de savoir s’il faut ou non justifier une entreprise qui voudrait « condamner le passé » (une absurdité),  mais de tenter de comprendre ce qui peut conduire à le contester de cette manière.

C’est une démarche qui me semble ne pas être tout à fait étrangère au domaine de la philosophie.

Alors, comment comprendre qu’une philosophe puisse déclarer ne pas comprendre un fait de société, à partir d’un a priori de surcroît non questionné ?

Je suis allé sur Internet consulter sa biographie et j’ai découvert qu’elle avait signé une pétition pour soutenir la décision de G.W. Bush d’envahir l’Irak, en 2003.

Il me semble que je comprends mieux.

La disparition de Lytton

 Cette agglomération canadienne de cent-cinquante  habitants située à 230kms de Vancouver (Colombie Britannique) a été entièrement détruite par un incendie dont l’origine est vraisemblablement liée au dôme de chaleur (près de 50°) qui a concerné une partie de l’ouest nord-américain.

« Les capteurs ont saisi 770 117 éclairs au-dessus de la Colombie-Britannique et de l’Alberta en quinze heures, entre le 30 juin après-midi et le matin du 1er juillet. Le spécialiste des phénomènes climatiques extrêmes Daniel Swain a tweeté n’avoir jamais rien vue de pareil : « C’est littéralement une tempête de feu produisant des milliers d’éclairs et presque certainement d’innombrables feux. » (La Une du Monde – 02.07.21021)

Ma contribution.

Quel est le réel ? Les contributions en proposent deux images opposées. La majorité affirme la linéarité du processus de mutation et de ses conséquences, une minorité met l’accent sur les variations pour la rejeter.

Autrement dit, sommes-nous en train de vivre à notre tour le fantasme anthropocentrique de la fin du monde, ou bien considérons-nous que la catastrophe n’est plus le produit de la peur ancestrale mais de la certitude du savoir ?

Ou bien encore, sommes-nous, les uns et les autres, plus ou moins sans le dire, dans un « entre-deux » qui admet le savoir avec, comme réserve, l’espoir que les « savants » n’ont pas la maîtrise totale des données et des outils ? Qu’il n’y aura pas d’effet domino ?

Pour le moment, dans la pensée, la catastrophe est encore majoritairement « pour les autres ». Quel sera l’événement, chez nous, ou ailleurs selon ce qu’il sera, dont le degré d’intensité obligera à se dire qu’elle est aussi pour nous ?

« S’il arrive » dites-vous ?

La recherche du géniteur

Certains de ceux qui sont hostiles à la PMA pour toutes (la loi vient d’être votée à l’Assemblée Nationale – cf. article du 30.06.2021) expliquent que le besoin de recherche du géniteur par certains enfants conçus par ce procédé contredit les thèses qui relativisent l’importance du lien biologique et la figure du père.

Ma contribution :

L’argument de l’importance de la recherche du géniteur  évacue peut-être un peu vite le poids de l’importance historique accordée à la donnée biologique (le lien du sang, entre autres). Est-ce que quelqu’un nie le génétique ? Il faut seulement le sortir de sa gangue idéologique. La question relative à l’éducation d’un enfant, car c’est bien de cela qu’il est question, touche essentiellement aux rapports que nouent avec lui ceux qui en ont la responsabilité. Les « représentations » des figures du père et de la mère sont à examiner sous cet angle. Nous vivons une transition entre une idéologie ancienne (celle de la famille, du mariage procréateur, de la réduction de la sexualité au sexe…) et une éthique toute neuve (la liberté augmentée de l’individu pour ce qui concerne sa vie affective… dont fait partie l’enfant). Un peu de patience.

PMA et baccalauréat

Le point commun entre la Procréation Médicalement Assistée « pour toutes » (votée par l’Assemblée Nationale le 29.06.2021), et le baccalauréat dont la réforme initiée par le ministre de l’Education Nationale prévoit (pour le moment) la prise en compte du contrôle continu pour 40%, est la déconstruction :

1 –  pour la PMA, celle du modèle de famille défini par l’équation père + mère biologiques +enfant.

2 – pour le baccalauréat, celle du diplôme acquis jusqu’ici par des épreuves communes passées par tous les candidats dans des conditions identiques.

1 – La redéfinition de la famille évacue une idéologie fondée, entre autres principes, sur l’identification du genre et de la sexualité au sexe, sur le mariage procréateur, au nom de prétendues lois naturelles ou divines qui exigent notamment que l’enfant soit éduqué par ses géniteurs.

2-  La redéfinition du baccalauréat est la mise en cause d’un commun social construit de longue date autour du principe d’instruction obligatoire pour tous.  Au bout de la réforme, le baccalauréat perdra sa valeur nationale pour devenir une « marque d’établissement » qui déterminera plus ou moins la reconnaissance sociale du savoir acquis à la fin des études secondaires.

Les deux déconstructions ont un double effet :

– un accroissement de la liberté de l’individu dans le champ de sa vie affective,

– une confusion entretenue à dessein entre la valeur sociale de l’examen et celle d’une prétendue baisse de niveau admise et répétée comme une évidence.

Se met donc en place une tension entre :

– le pôle de l’individuation (choix éthique de l’individu primant sur les valeurs morales et religieuses traditionnelles) avec, pour corollaires vraisemblables, l’accusation de laxisme et la déploration  de la perte des valeurs fondamentales, d’une part,

– le pôle de la primauté donnée à l’élite des « premiers de cordée » chers à E. Macron (« Quinze à vingt talents bénéficieront de 3 à 5 millions d’euros… On a besoin de super-stars » annonce-t-il, parlant de la recherche scientifique au sommet « Choose France » de Versailles le 29.06.2021) vers laquelle tend l’importance donnée aux lycées (donc au recrutement des élèves) dans l’attribution du baccalauréat, d’autre part,

Cette tension peut conduire à associer/confondre la liberté augmentée de l’individu pour ses choix d’éthique personnelle avec la focalisation sur l’individu d’exception (cf. la réussite personnelle d’E. Macron) et à utiliser l’amalgame des deux pour évacuer l’éthique sociale du commun.

La faiblesse de l’équipe de France de football

Il y a frustration quand la prestation ne correspond pas à l’objet du jeu de football et dont le signe le plus manifeste est le comportement qui consiste à envoyer le ballon latéralement et/ou derrière dans des échanges à deux ou à trois, répétés et stériles.  Je ne parle pas d’un moment d’une tactique qui consiste à attirer l’adversaire, mais bien d’un comportement constant, remarquable notamment dans le jeu des Français.

L’enjeu du foot, repérable à l’hystérie quasiment orgasmique des spectateurs et des joueurs quand un but est marqué,  suffit à indiquer de quelle métaphore il s’agit. Autrement dit, ce qui est attendu est essentiellement une tension vers la cage/réceptacle adverse dans laquelle il faut propulser l’objet rond du désir pour un plaisir d’autant plus fort que le tir (« frappe » est inadéquate) est tendu et puissant.

La frustration vient non de la  défaite – elle peut ne pas être négative – mais de l’impuissance.  

Conclusions électorales

Les vieux sont ceux qui ont le plus voté. Ils sont d’un temps où l’alternative (au système) faisait partie du discours politique utopique. Jusqu’à la fin des années 80. C’est fini. Très peu de jeunes ont voté et les partis n’ont plus de militants. L’écologie ne peut être que transversale, sans transcendance, et elle est alimentée par la peur climatique. Les conclusions politiques tirées sur un épisode électoral qui a mobilisé un  tiers des votants potentiels pour une élection sans enjeu politique global sont pour le moins hasardeuses, à coup sûr inadéquates. A été réélu partout un bloc de gestion « apolitique » perçu sans impact sur l’essentiel représenté dans  l’élection présidentielle. Parler d’effondrement du RN, comme certains, revient à dire qu’ont disparu les peurs et l’irrationalité qu’il incarne. L’abstention signifie l’exact contraire.

Le roman national

« Pour l’historien Sébastien Ledoux, Emmanuel Macron « produit un récit héroïque traditionnel lorsqu’il met en avant des figures comme Napoléon »A l’heure où se divisent les tenants d’une « nostalgie nationaliste » et ceux d’une lecture victimaire du passé, l’historien et spécialiste des enjeux de mémoire revient, dans un entretien au « Monde », sur la construction du « récit national ». » (A La Une du Monde – 27.06.2021)

Extrait

« Le récit national est un fait social : il institue entre l’Etat et ses concitoyens un contrat narratif et politique qui situe les individus dans des obligations vis-à-vis de la nation – le sacrifice du soldat « mort pour la patrie » en est la scène ultime. C’est un récit d’endettement : il est destiné à susciter l’appartenance à une communauté-nation par le partage d’un même imaginaire historique. Cette mise en récit de l’histoire de la nation repose sur le choix de certains événements et de certains personnages du passé : l’intrigue narrative possède des points d’origine, des référents symboliques et un horizon d’attente. »

Ma contribution :

Que vaut la  référence à la mémoire (et au « devoir de mémoire ») présentée de manière plus ou moins explicite comme le remède à un  mal  qu’on a caché parce qu’il était dérangeant ? On se souvient, on commémore et on règle le problème ? Pour aller au plus sombre : est-ce que la mémoire du nazisme et de ses camps – témoignages, livres, films etc. –  a une quelconque utilité quant à l’identification et à l’éradication de l’ « essentiel » qui les a produits ? Ce qui estompe voire occulte le souvenir, est-ce autre chose que le refus de chercher la causalité « essentielle », autrement dit l’invariant qui nous constitue et qui, moins d’un siècle après, peut expliquer le retour des extrêmes-droites et l’engouement persistant et constant pour le nazisme et son fondateur ? Le « roman historique » n’est qu’une stratégie d’évitement.

Ce n’est pas un « récit d’endettement », comme l’écrit l’historien, mais d’enterrement.