Marine Le Pen s’engage, si elle est élue, à organiser un référendum sur la question de l’immigration – dont celle du droit du sol – pour en faire un principe constitutionnel. Une démarche cohérente avec ce qui constitue l’idéologie dont elle est une des porte-voix, à savoir « l’identité nationale » et la préférence qui va avec. Autrement dit, une discrimination entre les « nationaux » et ceux qui ne le sont pas, les « étrangers ».
Cette annonce suscite la réaction de spécialistes qui dénoncent le projet en expliquant qu’il serait une menace contre l’état de droit et qu’il isolerait la France (cf. Le Monde du 20.08/2026)
Ces mises en garde visent à dissuader de voter pour le RN.
Mais qui ce discours pourra-t-il convaincre ? Certainement pas ceux qui sont partisans de cette discrimination et qui réclament ce référendum. Ceux qui veulent voter pour le RN que parce qu’ils contre tous les autres ? Contre « le système », les « politiques », les « tous pareils » – le « tous pourris » a un tous très gênant – , le « tout fout le camp » ? Mais comment l’argument constitutionnel qui s’adresse à la pensée, à l’analyse, et qui s’appuie sur des critères politiques que rejette le RN, pourrait-il avoir la moindre efficacité contre la passion, le « rien à foutre ou à perdre » qui n’empêcheront pas de voter pour une personne condamnée pour malversation ?
La seule ignorance à laquelle il est encore possible de s’adresser, est celle de la désinhibition, corollaire du fantasme d’identité nationale.
Ce serait un discours – je ne suis pas tout à fait certain qu’il soit jamais construit, et surtout de manière à être entendu de tous – d’une efficacité très relative dans ce qu’on appelle la « période électorale », autrement dit un temps d’où est exclue la sollicitation de la pensée au bénéfice exclusif des slogans et de la passion, un temps qui ne doit son existence qu’à l’absence chronique d’un travail politique visant la formation du peuple, qui n’existe pas, ou si peu, ce dont témoigne la possibilité de son invocation récurrente par le RN.
C’est en tout cas le seul susceptible de faire hésiter ceux qui ne sont pas encore tout à fait décidés. Ce discours existe via le recours et le retour à Brecht – signe inquiétant, parce que Brecht arrive quand il est trop tard – qui touche surtout ceux qui ont le moins besoin de l’être.