Pour justifier la peine d’inéligibilité amoindrie infligée à Marine Le Pen, la Cour d’appel explique qu’elle « considère que l’exécution de cette peine depuis le 31 mars 2025 a d’ores et déjà réparé l’atteinte à la probité dans une mesure compatible avec les garanties fondamentales reconnues au citoyen. L’ignorer porterait atteinte au principe de liberté des candidatures, condition essentielle à une expression démocratique du suffrage universel ». .
En quoi les 16 mois écoulés depuis le premier procès ont-ils « réparé l’atteinte à la probité » puisqu’il n’y a pas eu d’élections auxquelles M. Le Pen n’aurait pas pu se présenter ? Cela veut-il dire que la peine était formelle ? Quand un joueur de foot reçoit un carton rouge pour faute grave, il lui est interdit de participer au match suivant – sauf s’il joue dans l’équipe des USA et que le président s’appelle D. Trump.
En quoi l’inéligibilité aurait été une « atteinte au principe démocratique » compte tenu du fait que M. Le Pen est reconnue coupable d’un délit estimé « grave » ? Qui a porté atteinte à ce principe ?
Ce qui conduit les magistrats à ajouter dans une sorte de contradiction : « Son comportement a nécessairement porté atteinte à la confiance des citoyens dans les partis politiques, au bon fonctionnement du système électoral et au jeu démocratique, et interroge sur sa capacité à exercer un mandat électif et à en respecter tous les devoirs, le premier étant celui du respect de la loi. »
Qu’est-ce qui autorise les juges à tenir un discours politique qui plus est inadéquat ?
En effet, maintenir la première peine d’inéligibilité ce n’était pas empêcher le RN d’être représenté à l’élection présidentielle.
Autrement dit, par ces justifications, les juges interviennent dans le fonctionnement du RN en laissant entendre comme une évidence que c’est M. Le Pen qui doit être candidate.
Enfin, quand ils font valoir « L’atteinte désormais ancienne à la probité et l’absence de réitération de comportements délictueux depuis près de dix années », ils oublient que ces dix années n’ont pas été celles de la reconnaissance d’erreurs regrettées, mais d’un temps pendant lequel M. Le Pen a usé de toutes les procédures possibles pour retarder voire empêcher le procès et que sa réaction après sa condamnation en première instance a été d’accuser les juges qui l’avaient condamnée.
C’est un dérèglement plus grave que celui que j’évoquais à propos du foot en ce sens que le poids de D. Trump est celui d’un déjà élu.