2 – les compléments dits « circonstanciels »
Vous l’êtes, d’attaque, pour aborder le problème en une seule séance ?
Attaque, aborder… Est-ce que les auteurs du Bescherelle parlent aussi de déplacement et de suppression comme moyens de reconnaissance du complément circonstanciel ?
Ils disent qu’il n’est pas indispensable et qu’il est mobile.
C’est vrai ?
Bien sûr, comme le croissant aux amandes et le héron cendré.
Non, sérieusement.
Je suis très sérieux. On pourra toujours prétendre qu’un croissant aux amandes n’est pas indispensable, mais allez donc le dire à celui qui dévore des yeux le dernier, là, sur l’étal du pâtissier, et qui est prêt à tordre le cou au client qui l’achètera avant lui.
J’aime bien le croissant aux amandes, mais de là à tordre le cou…
C’est que vous ne savez pas ce qu’est aimer un croissant aux amandes. Sérieusement, puisque vous le demandez, à part l’oxygène et juste qu’il faut de nourriture pour ne pas mourir, qu’est-ce qui est indispensable ? Et quand je vous aurai annoncé qu’un héron cendré est mobile, saurez-vous pour autant ce qu’est un échassier ?
L’attaque, l’abordage… Je commence à comprendre.
Quand je vous dis : Pierre mange chaque jour une pomme à quatre heures dans la cuisine, je vous adresse un message avec un certain nombre d’informations que j’ai choisi de vous donner. Sans me consulter, la grammaire officielle a décidé que l’une était plus importante que les autres, qu’elle serait « essentielle », les autres « circonstancielles », que l’« essentielle » ne serait pas supprimable et que les circonstancielles, elles, le seraient, et qu’en plus elles seraient mobiles.
Dans votre exemple, quelle information serait essentielle et lesquelles circonstancielles ?
Le complément essentiel pour cette grammaire est une pomme, autrement dit le complément d’objet direct, et les autres informations, chaque jour, à quatre heures, dans la cuisine, sont donc les compléments qu’elle appelle circonstanciels, puisqu’ils ne sont pas complément d’objet direct, et dont elle prétend, toujours sans m’avoir consulté, qu’ils sont mobiles et pas indispensables. Mobiles, je veux bien, mais pas indispensables ! Qu’en sait-elle ?
Peut-être qu’un peu distanciation… Que diriez-vous, là, maintenant, de m’expliquer calmement ce que veut dire circonstanciel ?
Vous avez raison. Circonstanciel est composé de deux mots latins : circum : autour, vous le retrouvez dans circonférence, circonflexe, circonspect, circoncision, et stare se tenir, d’où viennent station, statut, statue, état. Est donc circonstanciel ce qui se tient autour.
Autour de quoi ?
Examinons d’abord ce que vaut la distinction entre les compléments dits essentiels et ceux dits circonstanciels : dans Pierre mange chaque jour une pomme à quatre heures dans la cuisine, pourquoi une pomme serait essentielle et pas les autres informations ?
Parce que si vous enlevez la pomme…
Oui ?
On ne sait plus ce qu’il mange, on sait seulement que c’est chaque jour, à quatre heures et dans la cuisine.
Et en quoi chacune des informations de ne serait pas aussi importante que la pomme ?
Ben… Oui… D’accord, ça dépend du contexte.
Vous remarquerez que je peux suggérer un contexte simplement en modifiant l’ordre et la formulation des informations : Chaque jour, à quatre heures, dans la cuisine, Pierre mange une pomme… C’est à quatre heures, chaque jour, que Pierre mange une pomme dans la cuisine… C’est Pierre qui mange une pomme dans la cuisine chaque jour à quatre heures… C’est une pomme que mange Pierre dans la cuisine chaque jour à quatre heures…. Toutes ces variations ne racontent pas exactement la même histoire.
Donc, ce qui est circonstanciel, pour la grammaire, c’est ce qui est autour du contenu.
Voyez-vous une différence de sens entre Je vais à Charleville et Je viens à Charleville ?
Hm… Non. Mais pourquoi Charleville ? Rimbaud n’y est plus.
Vous croyez qu’il y était apprécié de son vivant ? Et au-delà de l’imagerie, du mythe qu’en ont construit certains pour des intérêts qui n’ont rien à voir avec la poésie, à qui l’école enseigne-t-elle son œuvre ? Cela dit, j’aime bien la place Ducale. Maintenant, supprimez Charleville.
Reste Je vais, et Je viens… Hm… Je connais une chanson qui dit Je vais et je viens, mais elle n’a pas été composée par Rimbaud et elle ne concerne pas Charleville.
« Ils vont, ils viennent… » écrit Montaigne dans un chapitre de ses Essais, mais pour tout autre chose. Aller et venir sont des verbes d’action pleins, d’accord ?
Oui, le contenu est dedans.
Vous observerez, c’est une parenthèse, que venir peut être utilisé seul, dans le langage habituel : « Tu viens ? Oui, je viens », alors que aller, ne l’est pas, à part le « Comment vas-tu ? » et ses variations, Montaigne, Victor Hugo… oui, dans Hernani, il y a « Je suis une force qui va », et l’auteur-compositeur de la chanson en question. Peut-être d’autres… Je ferme la parenthèse. La grammaire a imaginé une autre manière de distinguer l’essentiel du circonstanciel : complément de verbe pour l’essentiel, complément de phrase pour le circonstanciel.
Attendez…
J’attends.
Pour les verbes pleins, comme venir, aller, le complément de verbe indiquera autre chose que le contenu de l’action, alors que pour les verbes vides, ce sera le contenu, le complément d’objet direct. Charleville, sera le complément de verbe d’aller et venir, donc une destination, alors que pomme, pour manger, est un aussi un complément de verbe mais, lui, d’objet direct. Donc la même étiquette « essentielle » pour deux informations de nature différente. Je sens un problème, mais je n’arrive pas à l’identifier.
Il est dans ce qui détermine la distinction arbitraire que fait cette grammaire entre essentiel et non-essentiel. Dans l’exemple Pierre mange une pomme etc, nous avons dit que l’essentiel varie selon le contexte. Dans Je vais à Charleville, l’essentiel sera Charleville, mais il ne le sera plus dans Je vais à Charleville pour voir la place Ducale et la maison natale de Rimbaud.
Je suppose que vous ne gardez pas les notions compléments de verbe et de phrase ?
Ce sont deux notions qui s’ajoutent à toutes les autres et dont l’empilement complique inutilement l’apprentissage de l’analyse de la phrase, je parle de l’analyse déterminée par le sens.
Il y a un instant, je vous demandais autour de quoi se tiennent ce que la grammaire appelle des compléments circonstanciels et que vous, si je vous suis toujours bien, appelleriez plutôt informations sur les circonstances.
Si on veut dessiner un diagramme, toutes les informations qui précisent les modalités, l’environnement, les objectifs etc. de l’action se tiennent autour du verbe et de son contenu. Seulement, circonstanciel n’est généralement ni enseigné ni compris dans ce sens, mais comme ce qui accompagne une action définie a priori comme essentielle.
Mais alors, comment distinguer ce qui est plus ou moins important ? Et qu’est-ce qu’on fait de circonstanciel ?
Avant de vous répondre : Vous mesurez un mètre soixante-quinze.
Pas tout à fait.
Un mètre soixante-quinze, quelle information ?
Je dirais, la mesure.
Il a acheté ce tableau deux mille euros.
Le prix.
Le boucher pose sur la balance le gigot qui pèse trois kilos.
D’abord, c’est un beau gigot… Ensuite, gigot renseigne sur le contenu de l’action et trois kilos renseignent sur le poids.
Mesure, prix et poids, trois informations dont on ne peut pas dire qu’elles renseignent sur ce qui accompagnerait une action, puisque mesurez un mètre soixante-quinze et pèse trois kilos n’indiquent pas des actions. Ce qui n’empêche pas certaines grammaires d’en faire des compléments circonstanciels, au même titre que le lieu, le temps, la cause, la conséquence, l’opposition ou la concession. S’agissant de la manière dont est accomplie une action, certains disent au contraire qu’elle ne peut pas être appelée complément circonstanciel parce qu’elle est essentielle au déroulement de l’action. Si Pierre mange délicatement sa pomme, la manière dont il mange, délicatement, serait indissociable de l’action et ne serait donc pas une circonstance.
Je suppose que vous n’êtes toujours pas d’accord avec cet essentiel de délicatesse.
Vous supposez bien : délicatement n’est pas plus essentiel que le couteau qu’il peut utiliser qui est un moyen ; mais c’est parce qu’il n’est pas possible de dire qu’une manière d’agir soit un fait qui accompagne une action, donc circonstancielle, que certains la qualifient d’essentielle, faute de trouver mieux. C’est la pertinence de l’emploi général du terme circonstanciel qui doit être reconsidérée ; si on voulait conserver le mot, je vous le disais, il faudrait lui donner son sens premier, ce qui n’est pas possible compte tenu de l’utilisation qui en a été faite, puis préciser que si certaines informations sont circonstancielles dans le sens où elles renseignent sur ce qui accompagne l’action, d’autres, comme la mesure, le prix et le poids ne le sont pas. Relativement à la recherche du sens, je ne vois pas comment on peut conserver la notion.
Si vous la supprimez, vous mettez quoi à la place ?
L’information centrale d’un ensemble verbal est le contenu de l’action indiquée par le verbe, mais information centrale ne veut pas dire information essentielle. Toutes les autres informations, aussi diverses soient-elles, je propose de les nommer informations associées.
Qu’est-ce que ça donne dans votre exemple si vous rajoutez la délicatesse et le couteau ?
Tous les jours, à quatre heures, Pierre mange délicatement dans la cuisine une pomme avec un couteau. Je distinguerai donc l’action, mange, le contenu de l’action, une pomme, les informations associées qui précisent le temps répété, tous les jours, le moment précis, à quatre heures, le lieu, la cuisine, la manière, délicatement, et le moyen, avec un couteau. Je vous laisse trouver quel sera l’essentiel, si cette phrase est l’information obtenue par le policier qui enquête sur un crime commis à 16 h 30 à quelques mètres de la cuisine de Pierre.
Je ne pense pas que le policier s’intéressera essentiellement à la pomme… Maintenant, j’ai deux questions à vous poser : une sur le contenu de l’action, l’autre sur les informations associées.
Je vous écoute.
La première : quand le sujet composant est passif, est-ce qu’il peut y avoir une information sur le contenu de l’action ?
À votre avis ?
Vous voulez dire que je peux trouver tout seul… Bon. Alors, je réfléchis : pour qu’il y ait un contenu, il faut qu’il y ait une action.
Oui.
Cette action, elle doit être accomplie par quelqu’un ou quelque chose.
Oui.
C’est ce que vous appelez composant actif plutôt que sujet.
Je vous ai expliqué à quelle condition je l’utilise.
Je vous taquinais. Je continue. Si le sujet composant est passif, c’est qu’il ne fait pas l’action et s’il ne fait pas l’action, il faut bien qu’elle soit faite par un autre…
Oui.
Mais là… Je bloque… Il se fait tard, nous avons beaucoup travaillé et je n’ai plus de chocolat. Vous pourriez m’aider ?
Le maçon construit le mur de Guernica. Vous avez une phrase avec un sujet composant actif, un verbe d’action et une information sur son contenu. Si le composant est actif, le contenu, lui, ne l’est pas.
Oui… le mur ne fait rien.
À vous de trouver la suite.
Bon… Attendez… Je crois que j’ai compris… C’est le contenu qui va devenir le sujet composant passif… Oui, parce que quand il était le contenu, il était déjà passif, si je peux dire. C’est ça ?
Exactement. Et le maçon ?
Il était actif quand il était le sujet composant, donc je suppose qu’il va le rester, lui aussi ?
Allez-y.
Le mur de Guernica est construit par le maçon… C’est bien toujours le maçon qui construit, mais on ne peut pas l’appeler le sujet composant, puisque c’est le mur. Donc, le maçon ne peut être qu’une information associée.
La grammaire a décidé de l’appeler complément d’agent.
Agent… comme un agent de police ?
Je constate que vous avez pris goût à l’étymologie. Agent vient du latin agere qui signifie faire, agir, et police vient du mot grec polis qui désigne la cité dans son sens antique, une unité politique et économique ; un agent de police a donc une fonction politique précise, celle d’agir pour assurer la sécurité des citoyens.
Est-ce qu’acteur fait partie de la famille ?
Oui, mais avec une autre fonction, plus aléatoire ; un acteur peut être intermittent, au chômage, pas un agent de police.
Vous gardez complément d’agent ? Attendez, je vais essayer de répondre à votre place. Je dirai… Information précisant celui qui accomplit l’action, donc l’agent, à condition d’avoir expliqué le mot. Oui ? J’avais une deuxième question.
Il faudrait d’abord aller au bout de la première ; vous vouliez savoir si une information de contenu est possible quand le sujet composant est passif et vous avez découvert que ça ne l’était pas, puisque c’était précisément le contenu qui est devenu ce composant. Vous voyez ce qu’on peut en déduire ?
Euh… non, pas vraiment.
Que seuls les verbes vides permettent une construction avec un sujet composant passif.
Que seuls… Ah, oui, puisqu’il faut obligatoirement qu’il y ait un contenu… Donc, Je vais à Charleville pour voir la place Ducale ne peut pas être transformée comme Le maçon construit le mur de Guernica, parce que le verbe aller est un verbe plein… Mais Pierre mange une pomme peut l’être parce que manger est un verbe vide et une pomme peut très bien être mangée par Pierre. Ou par Rosalie. C’est ça ?
Cette question est bien comprise de vous.
Mais oui, et… Ah, c’est encore un exemple ! Comprendre est un verbe vide… L’agent c’est vous… Enfin, vous, c’est moi, on se comprend ! Maintenant que j’ai tout compris, je peux poser ma seconde question ?
Vous pouvez.
Dans les informations associées qui étaient encore circonstancielles tout à l’heure, vous avez cité l’opposition et la concession. Moi, je croyais que c’était la même chose et qu’on pouvait dire opposition ou concession.
Faire opposition, c’est poser (ponere), un objet, une idée, en face de (ob, devenu op), c’est mettre un obstacle devant quelqu’un ou quelque chose. Faire une concession, c’est au contraire se retirer, abandonner ; cedere, qui signifie aller, céder, est ici combiné avec cum, comme il peut l’être avec de pour donner décéder qui signifie quitter, abandonner la vie, ou avec se pour sécession. Si les deux termes sont de sens opposé, ils peuvent se compléter : je peux m’opposer à quelqu’un qui défend un point de vue que je ne partage pas et en même temps lui faire une ou des concessions sur tel ou tel aspect de l’objet du débat
Vous auriez un exemple ?
Même deux. Vous connaissez l’argument de ceux qui sont hostiles à l’adoption d’un enfant par un couple homosexuel ?
Oui, il faut un père, le masculin, et une mère, le féminin.
Bien que couple soit homosexuel, il n’exclut pas le masculin et le féminin. Vous voyez la concession ?
Hm…
Elle est dans la reconnaissance de ce qui constitue l’argument. Ce qui revient à dire qu’il faut dépasser les apparences et examiner ce qui conduit à réduire le masculin et le féminin aux sexes.
Vous croyez que ça peut marcher ?
Si votre interlocuteur est ouvert au questionnement.
Le second exemple ?
Je grelotte bien qu’il fasse chaud.
Je suppose que vous êtes malade. Cette fois, c’est une opposition ?
Oui.
Pourtant, il est normal de grelotter quand on est malade, non ?
Ou d’être en sueur même s’il fait froid. Vous avez raison : l’opposition n’est ici que dans la manière de considérer le rapport entre les deux événements. Un médecin ne le dira jamais comme ça.
Est-ce qu’il n’y a pas des oppositions… comment vous dire… qui ne sont pas dans la manière de considérer mais… allons, aidez-moi !
Vous voulez parler d’oppositions objectives.
Je ne sais pas, moi ; dans objective, il y a objet ?
Oui, et en plus une référence implicite au sujet, mais avec leur sens philosophique : est objectif ce qui n’est pas subjectif, c’est-à-dire ce qui n’est pas soumis au point de vue du sujet.
Un exemple ?
Le moteur de ma voiture n’a pas démarré bien que j’aie tourné la clef de contact. Il n’y a aucune place ici pour un point de vue subjectif. La grammaire analyse bien que j’aie tourné la clef de contact comme une subordonnée d’opposition ou de concession – la plupart des manuels confondent les deux termes.
Vous n’auriez pas oublié de mettre du carburant ?
C’est ce que me demande le garagiste à qui je viens de téléphoner. Comme le réservoir est plein, il va venir pour tenter de trouver la cause du dysfonctionnement. En l’attendant patiemment, observons que ce qui fait obstacle au démarrage n’est pas en réalité contenu dans la seconde proposition, appelée pourtant subordonnée d’opposition, mais plutôt dans la première ; c’est bien ce qu’a compris le garagiste qui vient juste d’arriver et qui n’examine pas la clef de contact, mais ouvre le capot pour détecter avec ses appareils le composant défaillant situé dans le moteur. La notion d’opposition se justifie dans le sens où les deux faits, l’absence de démarrage et l’action de la clef, devraient ne pas coexister et où leur concomitance révèle un problème. Si la notion d’opposition limitée à la seconde proposition n’est pas pertinente, parler ici de concession ne veut strictement rien dire.
Alors ?
Voyez-vous une différence importante si je vous dis : Le moteur de ma voiture n’a pas démarré quand j’ai tourné la clef de contact ?
Non.
Quand annonce le temps, le moment ; le problème, la panne, n’en est pourtant pas moins réel et c’est bien l’opposition révélée par les deux propositions qui justifie cette phrase ; l’analyse habituelle se contente de dire que la première est principale et la seconde une subordonnée de temps, ce qui ne rend donc pas vraiment compte du sens.
Qu’est-ce que vous proposez ?
Pour Le moteur de ma voiture n’a pas démarré bien que j’aie tourné la clef de contact, je propose de dire non qu’il y a une proposition d’opposition, mais que ce sont les deux propositions qui indiquent une opposition soulignée par bien que. Pour Le moteur de ma voiture n’a pas démarré quand j’aie tourné la clef de contact, je dirai également que les deux propositions révèlent une opposition et qu’est précisé en plus le rapport de simultanéité souligné par quand. Cette manière d’analyser rend compte à la fois du sens et de la construction des phrases. Se borner à constater que quand indique un rapport de temps est un appauvrissement du sens du message comme dire que bien que j’aie tourné la clef est une subordonnée d’opposition.
Vous avez un exemple, avec une personne, quelqu’un, qui s’oppose ?
Je viendrai bien que vous me l’interdisiez.
Est-ce que l’opposition est objective ou subjective ?
Vous posez la question parce qu’il y a deux sujets ?
Oui.
Je reviens un instant à mon grelottement.
Je grelotte bien qu’il fasse chaud.
Oui. Je vous ai dit que l’opposition y est subjective, elle dépend d’un point de vue et met en relation deux éléments qui n’ont pas de rapport nécessaire, puisque le froid ou le chaud ressentis par un individu ne dépendent pas nécessairement de la température extérieure, comme semble le croire celui qui parle et qui devrait plutôt dire : Je grelotte parce que je suis malade. En revanche, dans l’autre exemple, il y a bien un rapport nécessaire entre je viendrai et bien que vous me l’interdisiez.
L’opposition est donc objective ?
Oui, du point de vue du sujet concerné.
Un autre exemple ?
Pour grands que soient les rois, ils sont ce que nous sommes
Et peuvent se tromper comme les autres hommes.
C’est de la poésie, mais elle ne ressemble pas à celle de Rimbaud.
Elle a été écrite deux siècles plus tôt. Ce sont deux vers extraits de la pièce de Corneille, Le Cid. Alors, opposition objective ou subjective ?
Je réfléchis… Je dirai : subjective.
Pourquoi ?
Parce qu’il est évident que les rois sont des hommes et que l’opposition n’est que dans la tête de celui qui imagine qu’ils sont différents.
Vous avez raison. Et celui-ci : Si riche qu’il soit, il ne peut tout acheter.
Je remarque au passage que si peut aussi annoncer une opposition !
Vous voyez bien qu’il n’y a pas besoin de dresser des listes à apprendre par cœur.
Ici, l’opposition est encore subjective… bien qu’on dise que l’argent peut tout acheter. Vous avez vu, je vous réponds avec une opposition ! La classe, non ?
Ces deux oppositions : subjectives ou objectives ?
L’argent ne peut acheter que ce qui est à vendre et tout ne l’est pas ; donc subjectives.
La plupart des oppositions sont subjectives parce qu’on décide, on croit ou on imagine que tel événement, telle idée, telle situation doivent normalement être accompagnés de tel autre événement, de telle autre idée ou de telle autre situation : le roi qui a tous les pouvoirs doit être infaillible, la richesse confère du pouvoir donc l’argent doit pouvoir tout acheter. La réalité vient contredire ces affirmations.
Alors ?
Je propose de faire la distinction dans l’analyse entre opposition objective et opposition subjective.
Et la concession, qu’est-ce que vous en faites ?
J’en fais une catégorie de l’opposition subjective.
Vous auriez un exemple ?
Bien que je n’aime pas l’itinéraire choisi par mes amis, je vais faire la randonnée avec eux. Que comprenez-vous ?
Qu’être avec vos amis est plus important que l’itinéraire de la randonnée ; donc c’est une opposition subjective qui indique une concession. C’est ça ?
Oui.
Bon alors, si je fais le bilan, je constate qu’on n’a plus besoin de complément d’objet, direct, indirect ou second, de complément circonstanciel, d’indépendante, de principale, de subordonnées conjonctives ?
Ce qui compte, je me répète, ce sont les rapports : il s’agit de comprendre ce qu’apporte telle ou telle information, de quel ensemble elle fait partie, l’ensemble du sujet composant actif ou passif, ou l’ensemble du verbe, et quel élément de cet ensemble elle complète : le sujet, le verbe lui-même, un nom, un adjectif, etc. Dès lors que la problématique est bien comprise, le reste est très secondaire.
Les relatives, infinitives, participiales que vous énumériez dans le préambule, qu’en faites-vous ? D’abord, les relatives