La loi sur l’aide à mourir et le langage.

J’ai relevé ces deux réactions (hostiles à la loi) publiées dans Le Monde (17/07/2026) 

« Le parlement français décide qu’il peut être mis fin légalement à une vie humaine. » (Justine Gruet, députée LR du Jura).

« Une loi qui va arracher des vies humaines » (Christophe Benz député RN de Haute-Marne).

L’une et l’autre ne laissent pas entendre mais affirment que la loi donne à quelqu’un le droit de tuer quelqu’un.

La loi – une possible première étape, ce qui n’est pas sûr – ne donne ce droit à personne étant donné que l’objet dont il s’agit – mourir – est abordé du seul point de vue possible, à savoir celui du sujet en tant que tel : en d’autres termes, la décision de mourir ne peut être prise que par celui qui est concerné et qui pourra, et lui seul, demander l’aide d’un tiers s’il ne peut lui-même accomplir l’acte létal.

L’erreur de ces deux députés, s’il s’agit d’une erreur, est de faire comme si répondre une demande d’aide à mourir et tuer étaient synonymes. Autrement dit, comme si l’acte était sa propre signification, donc comme si le signifiant (ce qui est manifeste, l’injection, par exemple) coïncidait avec le signifié (= l’injection est un meurtre).

On peut discuter à l’infini de cette (supposée) coïncidence avec ceux qui la soutiennent parce qu’il s’agit d’une question-prétexte (de bonne ou mauvaise foi) qui masque la problématique, à savoir celle du droit reconnu au sujet de disposer librement de sa vie, et – ce qui n’est pas dissociable de cette reconnaissance – du droit à demander de l’aide.

En réalité, le droit à l’aide, quel qu’en soit l’objet, ne ressortit pas à la loi, en ce sens que l’aide est essentiellement l’expression de la fraternité humaine immanente… qui ne va pas de soi pour les tenants d’une transcendance divine. (Cf. le combat de l’Église catholique contre l’ « accouchement sans douleur »).

Le chemin est encore long pour parvenir à la reconnaissance vraie – donc hors du champ de la loi – de ce droit de disposer librement de sa vie, ce qui implique au minimum l’apprentissage de ce qu’est choisir, à savoir renoncer.

Cette reconnaissance est vraie en ce sens qu’elle est le corollaire de la reconnaissance de la spécificité humaine.

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