Le tragique et la tragédie : Électre – Eschyle : Les Choéphores (7)

Le personnage d’Égisthe n’apparaît dans cette pièce que le temps des 14 vers de son bref dialogue avec le Coryphée, avant les 6 syllabes du cri qu’il pousse, derrière la porte du palais, au moment où il est tué.

Voici ce dialogue qui suit la mise au point de la stratégie qu’a imaginée Oreste avec la complicité du Coryphée : inciter Egisthe à le rencontrer sans gardes.

Égisthe : « Je suis là, non sans être appelé, mais appelé par un messager. Je suis informé que des étrangers sont venus apporter une surprenante nouvelle nullement désirable, la mort d’Oreste ; et ce serait une charge terrible à supporter pour notre maison, blessée et mordue par un précédent meurtre [celui d’Agamemnon]. Comment savoir si cela est vrai et réel ? Ou alors est-ce que ce sont des propos épouvantés de femmes, propos qui s’élancent en l’air et s’évanouissent comme des vanités ? Qu’en dirais-tu afin que ce soit évident pour mon esprit ? »

Le Coryphée : Nous avons entendu la nouvelle ; mais entre à l’intérieur [du palais] et renseigne-toi auprès des étrangers. La puissance des messagers n’est rien en comparaison de l’homme qui de lui-même cherche à se renseigner sur place.

Égisthe : « Pour cette raison, je veux à mon tour voir et interroger le messager ; soit qu’il se soit trouvé lui-même près du mort, soit qu’il tienne l’information d’une rumeur obscure. Ce qui est sûr, c’est qu’il ne risque pas de tromper mon esprit clairvoyant. » (838 > 854)

Égisthe est ainsi présenté comme un homme sans initiative ni assurance, et qui a besoin d’aide : le premier vers (= je suis là parce qu’on m’a dit de venir) est une paraphrase d’aboulie et sa demande au Coryphée (une Choéphore, donc une femme) le précipite dans le piège dont l’appât est andra (l’homme – connotation de virilité – se renseigne par lui-même).

Cette faiblesse fait apparaître par contraste la force de Clytemnestre avec laquelle il partage le pouvoir à Argos. Alors qu’elle, est sortie du palais pour accueillir Oreste et Pylade, lui est là, venant de l’extérieur, non de sa propre décision comme Eschyle le précise avec insistance (1ère phrase), et s’il pénètre dans le palais, c’est en suivant le conseil du Coryphée.

À la fin d’Agamemnon – la première pièce de la trilogie – son personnage était caractérisé par la passivité et la lâcheté : il laissait Clytemnestre tuer Agamemnon pour ne pas être suspecté et le Coryphée se moquait de lui : « Hardi, fais le beau, comme un coq auprès de ta poule ! » (1670)

 Les seules 6 syllabes qu’il crie au moment de sa mort (« Éè, otototoï » – 869) témoignent, en même temps qu’elles indiquent la rapidité avec laquelle il est tué, et de son impuissance et de sa faiblesse (contraste avec ce qu’il affirmait avec assurance : « Ce qui est sûr, c’est qu’il ne risque pas de tromper mon esprit clairvoyant. »)

L’annonce affolée de sa mort par un serviteur agité qui frappe à la porte du gynécée (appartement des femmes) est d’une tonalité entre le drame et la comédie

« Hélas ! Hélas, hélas ! Le maître est frappé, hélas encore une fois, trois fois hélas ! Égisthe n’est plus ! Allons ! ouvrez le plus vite possible les portes et tirez les verrous du gynécée ! Il faudrait un homme dans toute sa force – mais non, inutile pour secourir un tué ! Quoi ?  Iou ! Iou ! C’est des sourds que j’appelle à grands cris et j’adresse des paroles vaines à des gens qui dorment ! Où est Clytemnestre ? Que fait-elle ? Il semble que son cou, sur le fil du rasoir, va tomber frappé avec justice. » (875 > 884)

L’assassinat de Clytemnestre sera plus compliqué.

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