Manifestations contre le passe sanitaire

« Plus de 150 000 manifestants sont attendus ce samedi dans l’Hexagone, selon les autorités. Plus de 3 000 policiers et gendarmes ont pour leur part été mobilisés afin d’encadrer les rassemblements et de sécuriser les lieux sensibles.» (A la Une du Monde – 31.07. 2021)

La protestation – orchestrée/récupérée par des mouvements d’extrême-droite – concerne de fait l’obligation vaccinale induite par l’obligation du pass-sanitaire. Une décision, une méthode qui, une nouvelle fois, posent la question de la responsabilité.

Ma contribution :

Ces manifestations sont le signe de la part irrationnelle du corps social, comme certaines de nos idées ou certains de nos actes le sont de nous. Le seul discours susceptible de la réduire est celui de l’information qui doit être donnée par l’autorité politique même qui décide des contraintes. Or cette autorité n’a pas expliqué, dans des conditions semblables à celles des annonces de contraintes, par exemple, ce qu’est l’ARN messager (le délai très bref de sa création, la question de l’ADN, entre autres), ni le champ des protections relatives des vaccins (certains vaccinés croient qu’ils sont totalement immunisés), bref n’a pas dit grand-chose des incertitudes « normales » (ce qui nourrit les suspicions en tout genre), en d’autres termes du choix/pari que rend nécessaire le virus/variant. Ce n’est pas un problème de pédagogie (tout le monde peut comprendre) mais de conception de la responsabilité : de ceux qui exercent le pouvoir pour les citoyens, et de nous, pour nous-mêmes.

Le féminisme et la gauche

« A gauche, le combat féministe balance entre espoirs et malentendus. Sans faire consensus à gauche, la question féministe fait son apparition dans les débats en vue de l’élection présidentielle et divise, au nom de l’universalisme, au risque d’occulter la réalité des luttes. » (A la Une du Monde – 30.07.2021)

Le problème est connu : faire du féminisme une cause, c’est affaiblir la lutte pour l’essentiel, à savoir le progrès de l’humanité pour une égalité entre les hommes et les femmes. Le même type de problème s’est posé pour le racisme, l’antisémitisme, l’homosexualité, la peine de mort etc.

Comme nous sommes en été, j’ai décidé de proposer une contribution un peu élargie susceptible d’éclairer le débat qui a tout de même tendance à répéter le même type d’arguments. Ah, le lien avec l’été ? Eh bien, voyez-vous, hum… hum…  j’ai pensé que proposer d’emblée, comme ça, tout à trac comme on peut le dire aussi, un rapport temporel-causal en quelque sorte saisonnier, ne pouvait que titiller la curiosité. Vous le constaterez, il n’y a en réalité aucun lien.

Voici donc cette contribution éclairante… Hum… la lumière, le soleil… finalement il y a peut-être bien un lien avec l’été. Mais c’est absolument involontaire.

Voici donc, sans plus attendre :

Là où le féminisme exagère, c’est d’exister. Les problèmes viennent de là. La preuve ? Avant le féminisme, est-ce que les femmes faisaient des réunions, est-ce qu’elles manifestaient dans les rues ? Et les LGBTQIA + (j’oublie rien ?) est-ce qu’il y en avait ? Eh non ! Tout était en ordre : la femme, à droite, c’était … au fait, vous avez vu ma nouvelle voiture ?  A gauche… bon, c’est pas tout ça les copines, mais vous faites les sandwiches pour après la manif  unitaire ?

Donc, je conclus que,  les femmes, le mieux, c’est d’en parler entre hommes pour la simple, bonne et irréfutable raison que pour qu’il y ait une discussion qui débouche, il faut un objet. Alors, comment les femmes pourraient-elles parler d’elles-mêmes ? Surtout que ce qu’elles aiment, c’est parler des mecs. En revanche, pour nous, les hommes, elles sont depuis toujours des objets. Nous sommes donc compétents. En plus, ne sommes-nous pas toute l’humanité à nous seuls ? La preuve : le masculinisme n’existe pas.

Réflexion sur la médaille olympique

Les jeux olympiques visent à la création de demi-dieux dont la fonction majeure est de mettre entre parenthèses le tragique du fini de la condition humaine.

Le héros est confondu avec la collectivité qu’il représente (sa Cité dans la Grèce antique, aujourd’hui son pays) ce qui revient à dire que cette collectivité et les individus qui la composent se hissent avec lui sur la plus haute marche du podium censée rapprocher des dieux : en tant qu’individu, français, italien, allemand, japonais etc., je suis invité à m’identifier au héros demi-dieu correspondant, couronné jadis de laurier, aujourd’hui médaillé d’or, pendant le temps de l’hymne national prolongé par les médias, selon la discipline et la figure du héros.

La métaphore du héros olympique dominant du haut du podium éphémère ne fonctionne qu’en situation ordinaire, quand la mort n’est pas pour demain, qu’on peut donc accepter de croire que « plus vite, plus haut, plus fort » met au niveau des dieux et que la suprématie absolue d’un pays repose pour un temps sur une accumulation de médailles contingentes.

En regard de la mutation climatique planétaire et de la pandémie, le podium, le héros, la médaille d’identité nationale et l’hymne apparaissent comme l’expression d’un monde révolu.

L’une et l’autre perturbations abolissent les frontières dans les registres de l’infiniment grand et de l’infiniment petit, et, quelle que soit l’importance des différences sociales, nationales et géographiques, elles rappellent de manière tangible, pour ainsi dire physique, que nous sommes tous de la même espèce, vivant d’une existence aléatoire et planétaire : ce  n’est plus seulement affaire d’idée  – se définir citoyen du monde –  mais un réel expérimenté dont le caractère dramatique (sécheresse, incendies, inondations, variant viral) se manifeste dans une récurrence d’intensité croissante.

Dans le même temps, elles confrontent l’homme à un espace/temps de moins en moins différencié, de plus en plus tragique, en ce sens qu’elles peuvent sembler lever le voile du jour et de l’heure : le changement climatique et les épisodes extrêmes locaux habituels « normaux » semblent devenir plus ou moins la règle un peu partout, comme la pandémie par les mutations agressives du virus et d’autres émergences virales annoncées vraisemblables.

Nous ne sommes plus dans la possibilité de la métaphore sportive héroïque.

Au milieu, pourtant, malgré le refus majoritaire de ses habitants, courent des jeux olympiques dans un pays fragilisé par la catastrophe nucléaire de Fukushima, la pollution qui en résulte,  la pandémie.

Le public exclu des gradins, les athlètes concourent, seuls, sous la menace de la contamination et suivis par l’œil des caméras qui renvoient leurs images sur les écrans individuels sans clameurs.

La question des intérêts financiers mise de côté, l’argument selon lequel les jeux, même dans de telles conditions, sont préférables à leur suppression, revient à les considérer comme le jouet dont on priverait un enfant.

Mais les jeux olympiques ne sont pas un jouet, comme peut l’être la fusée du multimilliardaire américain très ému par la Terre vue d’en haut.

La compétition sportive, surtout quand elle est patriotique (J.O, championnats), est un objet d’une autre nature.

Elle creuse, aujourd’hui et sans doute encore pour demain,  un abîme de sens. Plus vite, plus haut, plus fort…  que quoi, exactement ? A quel prix, et, finalement, oui, pour quoi ?

La femme adultère

Parmi les réactions relatives au mariage des deux pasteures homosexuelles (article du même jour), celle-ci, d’un lecteur hostile, répondant à un commentaire favorable qui invoque l’amour du Christ :

« L’amour du Christ n’exclut pas la correction fraternelle qui est une marque d’amour. Oui il faut aimer son prochain de tout son cœur, et le Christ n’a pas de leçons d’inclusivité à recevoir, lui qui fréquentait principalement les pécheurs et publicains, mais il faut savoir condamner le monde dans ce qu’il a de déviant. Jean 8 : Jésus dit à la femme adultère, que les scribes et pharisiens voulaient lapider : « Moi non plus, je ne te condamne pas. Va, et désormais ne pèche plus. » 

Ma réponse à ce point de vue qui n’est pas sans rappeler l’argumentaire qu’utilisait l’Inquisition :

A propos de la femme adultère : le discours, aujourd’hui, serait plutôt un questionnement, du genre : qu’est-ce qui ne fonctionne pas bien dans le couple ? Et puis, ne trouvez-vous pas curieux que ce soit une femme qui soit choisie dans cette histoire et non un homme ?

Mariage de pasteurs lesbiennes

« Samedi 24 juillet, Emeline Daudé et Agnès Kauffmann ont célébré leur union au temple de Maguelone, à Montpellier. C’est la première fois que l’Eglise protestante bénit le mariage de deux pasteures lesbiennes. » (A la Une du Monde – 26.07.2021)

Quelques réactions très contrastées :

« Au moins l’orthodoxie est à l’abri de ce genre de choses. Quant aux protestants d’aujourd’hui… On sait ce que Calvin en aurait pensé ».

« La bien pensance règne dans ce monde où le wokisme de bobo parisien ecolo-vegan islamo-cycliste tend à empêcher le peuple réel d’exprimer son bon sens. Pendant ce temps l’islamo-gauchisme se déploit au détriment des valeurs qui fondent notre civilisation multimillénaire. Il faudrait que vraiment que ces gens se taisent pour que nous puissions garder notre liberté d’expression. »

« Tous mes vœux à ces deux femmes ! »

« Beau symbole ! Que le bonheur les accompagne dans leur vie commune ! »

Ma contribution :

Un jour, sans doute lointain, on pourra lire dans les livres d’histoire qu’au début du 21ème siècle, les sociétés avaient encore besoin d’indiquer les pratiques sexuelles des individus et qu’il y avait des lettres pour les désigner. Une note de bas de page précisera que le mot race était encore utilisé pour opérer des distinctions, et aussi la couleur de la peau.

Damien Hirst : « L’art sert à nier la mort ! »

« La Fondation Cartier à Paris expose la série des « Cerisiers en fleurs » de l’artiste britannique, que l’on n’attendait pas du côté de la peinture figurative après trente années de séries spectaculaires.» (La Une du Monde – 23.07.2021)

Extrait de l’interview « L’art sert à nier la mort ! Ce concept de série infinie, je l’ai décidé quand j’étais un tout jeune artiste, et je ne veux pas arrêter ce processus. J’aimerais même qu’elle se poursuive après ma mort. A cette époque, je me sentais immortel. La société britannique connaissait un nouvel élan, il y avait beaucoup d’espoir et d’optimisme. Aujourd’hui, je me lève toujours le matin en me disant que je veux célébrer la vie, mais, à 56 ans, j’ai bien conscience que j’ai moins de temps devant moi. Pour entretenir la forme, je fais désormais du yoga trois fois par semaine… Si on m’avait dit ça dans les années 1990, ça m’aurait beaucoup plus horrifié que de voir cette série de cerisiers en fleurs ! »

Ma contribution

L’art n’a pas un rapport avec la mort en tant que telle, mais avec le double discours propre à notre espèce que nous tiennent notre corps et notre conscience. La réponse dominante est le déni de la/notre mort telle qu’elle est  (le cadavre) dont le besoin de croire (que la mort n’est pas la mort) est le signe le plus manifeste. L’art, dans la mesure où il est propre à notre espèce, peut être compris comme une sublimation des névroses communes (liées à cette connaissance de notre mort) ; de ce point de vue, s’il est un déni, il n’est pas celui de la mort, mais celui de son déni ; cette contradiction se résout par  ce que nous appelons l’esthétique, à savoir une transcendance dans l’immanence.

Une réaction : gloups (pseudo) 23/07/2021 – 13H21 Merci pour votre commentaire éclairé, cela fait du bien actuellement.

J.O.

 « On nous enlève une part réjouissante du sport, mais il ne faut pas oublier pourquoi on fait du sport », a résumé le décathlonien français Kevin Mayer, à l’annonce du huis clos. (extrait de la Une du Monde du 23.07.2021 intitulé : Tokyo 2021 : les Jeux olympiques sans la fête)

Ma contribution

Le sport n’est pas réductible à la compétition et c’est bien de cela qu’il s’agit :   la compétition sans public est un non-sens et les raisons financières qui ont conduit à son maintien dans de telles conditions posent donc la double question du rapport sport/compétition et compétition/finances. Si l’absurde n’est pas une nouveauté, ces JO en sont une illustration pathétique.

Jeff Bezos

Jeff Bezos (Amazon) a fait un petit tour dans l’espace à bord d’un module propulsé par une fusée privée. Les réactions des lecteurs du Monde expriment pour la plupart de l’indignation.

Ma contribution

L’indignation – elle participe de la morale –  est très commode en ce sens qu’elle donne l’impression de donner une réponse et qu’elle soulage. Toutes choses égales, qu’un multimilliardaire puisse se permettre ce luxe n’a rien d’exceptionnel. Rien de plus que les palais des rois (anciens et actuels), les carrosses, les voitures plaquées or, bref tout ce qui signifie comment fonctionnent la société et les individus.

Ce qui me paraît plus intéressant, c’est de décortiquer le système qui permet à un individu de parvenir à un  tel niveau de richesses, pour comprendre ce qui le rend « tolérable », dans le sens du fardeau que l’on est contraint de supporter.

Eventuellement pour tenter de le modifier. Pas le fardeau, le système.

Sinon ?

Vers une candidature d’Anne Hidalgo

La rencontre de la gauche socialiste à Villeurbanne ( ce lundi 12 juillet 2021) fut le premier pas de la candidature de la maire de Paris. Il s’agissait en effet non d’établir un projet, mais de mettre sur le devant de la scène celle qui devrait représenter ce courant de la gauche.

Ma contribution :

Croire en… ?

[« Croyez-en ma détermination » (dit Anne Hidalgo) « La foi du charbonnier », Carole Delga n’est pas contre, au contraire : « Si nous, on n’y croit pas, les gens dans la rue n’y croiront pas. »] (Citations prises dans l’article du Monde)

Intéressant, comme signe, cet appel à « croire en » venant d’un parti de gauche dans une société laïque. « Je crois en toi, mon Dieu » (dit le cantique) indique une forme d’abdication du sujet. « Toi » n’est pas un objet dont il se différencie (comme dans « je te crois ») mais le destinataire auquel il se donne parce qu’il constitue la réponse censée apaiser la peur de la mort.

Il s’agit donc de croire moins à « en ma détermination » qu’à « y » dont l’indéfini, l’imprécis, expliquent sans doute ce recours à la foi.

Il n’y a en effet aucune « idée » présentée comme susceptible de rassembler la gauche éparse. Seulement une personne.

Coire au miracle ? Il y en eut un, en 2012, pour une personne venant du même parti et qui a considérablement élevé le niveau de l’incroyance.

Football

L’Italie a donc remporté la coupe d’Europe en battant l’Angleterre aux tirs au but,  après 120 minutes de jeu qui n’avaient produit qu’un but pour chaque équipe.

J’invite ceux qu’intéresse le jeu de football pratiqué par des joueurs qui ne se comportent pas comme des voyous (à l’égard de leurs adversaires), des simulateurs (à l’égard de l’arbitre) et pour lesquels l’objectif est de marquer plus de buts que l’adversaire, à jeter un coup d’œil sur la demi-finale qui opposa (en 1958 en Suède) l’équipe de France à celle du Brésil : 7 buts marqués, un nombre impressionnant de tirs (pourquoi les journalistes parlent-ils de « frappe » ?) et le respect des règles.

Un autre monde. Dans le sens où la publicité et le vedettariat qui va avec n’avaient pas encore la dimension qu’ils ont pris aujourd’hui.

Le jeu était encore du jeu.