Cahier de vacances : la grammaire en questions (5)

3- Développement et analyse des deux ensembles

a – les composant actif / passif

Est-ce qu’on va continuer à appeler « sujet » le sujet ou bien est-ce qu’on va le remplacer par composant actif ou passif ?

Dire d’un nom qui accomplit l’action du verbe ou qui la subit qu’il est sujet, c’est utiliser un mot dépourvu de sens. Autant dire que maçon et mur sont machin-chose ou trucmuche du verbe. Composant actif ou passif renvoie à la structure et au sens. Cela dit, il n’est pas possible d’évacuer sujet parce qu’il est incrusté dans le discours grammatical comme un tic dans un langage. Ce qui importe, c’est que son énonciation renvoie en écho composant actif ou passif.

Et pour un verbe d’état ?

Le sujet ne peut être que composant actif puisque ce type de verbe contient la notion d’être.

Par exemple, Je deviens intelligent, veut dire je suis de plus en plus intelligent. D’accord. Mais si on parle d’une chose ? Une petite cuillère, par exemple.

Pour l’enfant, la petite cuillère devient très vite indispensable ?

Oui, voilà, surtout pour la compote de pommes reinettes accompagnée de gelée de groseilles. Quand j’étais petit, j’avais des grands-parents qui cultivaient un potager, un verger, et ma grand-mère Alice faisait des confitures, de la gelée de groseilles, je ne vous dis que ça et… hm…  rien que d’y penser…  Est-ce que la petite cuillère est un sujet / composant actif comme un maçon ?

La petite cuillère que vous utilisiez pour manger les confitures de votre grand-mère Alice n’est évidemment pas vivante comme le maçon, mais la petite cuillère fait vivre la phrase ; c’est un sujet / composant actif, qui devient passif si elle est plantée dans le pot de confiture ou de gelée.

C’est une belle image… Et verbe, qu’est-ce qu’on en fait ? On le garde ?

Comme son sens de parole n’est pratiquement plus utilisé, on peut le garder dans son sens réduit, à condition d’expliquer cette réduction, vous verrez pourquoi un peu plus tard, à propos des adverbes.

Qu’est-ce qu’on fait maintenant ? Je me sens de continuer.

On va examiner les deux ensembles dont le sujet et le verbe sont les noyaux durs. Vous observerez que dans l’exemple Le maçon construit un mur chacun des deux est réduit au noyau dur : nous ne savons rien du maçon, nous savons seulement qu’il s’agit d’un maçon particulier et qu’il construit un mur dont nous ne savons rien non plus. Je peux donc décider de fournir plus d’informations, autrement dit de développer chacun des deux ensembles.

Par exemple ?

Eh bien, si je commence par le sujet / composant actif, je peux imaginer le nom du maçon, son âge, son aspect physique, sa psychologie, l’endroit où il vit, je peux lui donner une épouse et des enfants, des amis…

Une voiture, une planche à voile, un cornet à piston… C’est sans fin, si on veut ?

En théorie, oui, comme est infini le nombre des renseignements que je peux imaginer concernant le mur. Une information peut être complétée par un autre qui peut l’être par une autre, et ainsi de suite.

Comme une poupée russe … Un ami de mes parents était allé en Russie et il en avait rapporté une… Vous pouvez me montrer ce que ça peut donner, juste pour voir ?       

b- développement de l’ensemble du sujet /composant actif ou passif.

Je commence : « Le maçon, Pietro, originaire de Calabre qui est la région la plus méridionale de l’Italie, arrivé en France à l’âge de deux ans avec ses parents qui avaient fui le fascisme de Mussolini… »  Est-ce que je continue ?

Pourquoi vous me demandez ça ?

Vous vous souvenez du sujet /composant actif ?

Ah ! oui, d’accord.  Il ne faut pas que le développement fasse oublier le maçon du début, c’est ça ?

Sinon le verbe finira par arriver comme un cheveu sur la soupe. Alors, je m’arrête ou je continue ?

Une seconde, le temps de relire ce que vous avez imaginé… Hm…. Oui, je crois que vous pouvez continuer encore un peu.

« … marié depuis trente ans à Carmen, une Espagnole dont les parents républicains avaient fui le régime franquiste et qui a eu avec elle trois enfants, Mario, un garçon qui est maçon comme lui, Pilar, une fille qui est secrétaire, et Giovanni, un autre garçon qui est géomètre… » Je continue encore ?

Attendez… Mussolini, Franco… Vous n’avez rien de plus gai ?

L’analyse grammaticale n’a d’intérêt que si elle produit du sens et le sens c’est ce qui a un rapport avec le réel. Autant partir du réel.

Mais ces deux fascistes sont morts et enterrés, non ?

Vous croyez ça ? Alors, je continue ?

Il faudrait reprendre pour que je me rende compte.

Je reprends en mettant en gras l’ensemble du sujet /composant actif : « Le maçon, Pietro, originaire de Calabre qui est la région la plus méridionale de l’Italie, arrivé en France à l’âge de deux ans avec ses parents qui avaient fui le fascisme de Mussolini, marié depuis trente ans à Carmen, une Espagnole dont les parents républicains avaient fui le régime franquiste et qui a eu avec elle trois enfants, Mario, un garçon qui est maçon comme lui, Pilar, une fille qui est secrétaire, et Giovanni, un autre garçon qui est géomètre, construit un mur. » Qu’en dites-vous ?

Hmouais… Quand j’entends construit, je me rappelle encore le maçon, mais c’est limite. Si ça restait comme ça, je vous demanderais pourquoi vous donnez autant de renseignements sur le maçon et aucun sur le mur.

Et ce serait encore une bonne question. Ce que vous soulignez, c’est le déséquilibre entre l’ensemble du sujet /composant actif (plus de six lignes) et l’ensemble verbal (trois mots). Beaucoup d’informations sur le maçon Pietro pour aboutir à la simple construction d’un mur dont on ne sait rien.

Oui, c’est bizarre. Alors, c’est quoi, ce mur ?

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