Cahier de vacances : la grammaire en questions (18)

D’abord, les directs et indirects. Je vous propose de les traiter en une seule fois. Vous vous sentez d’attaque ?

Attaque, vraiment ?

Vous allez voir.  Essayez d’expliquer : Pierre pense à son travail.

Pierre, qui est donc un garçon vraiment très sérieux, est le sujet composant actif, pense est le verbe d’action, et son travail me renseigne sur le contenu de l’action. Juste ?

Juste. La grammaire nous dit que son travail est un complément d’objet indirect alors qu’une pomme, est un complément d’objet direct dans Pierre mange une pomme.

Pourquoi indirect ?

Parce que penser est construit avec la préposition à, et que manger n’en a pas besoin. Ce n’est donc qu’un repérage formel qui n’apporte rien du point de vue de la compréhension du sens.

Alors, on supprime direct et indirect ?

Je ne vois pas en quoi ils sont utiles. Qu’est-ce que j’aurai de plus quand j’aurai dit que son travail est un complément d’objet indirect ?

Vous aurez dit qu’il y a une préposition.

Oui, et alors ? La préposition, elle y est, on la voit comme le nez au milieu de la figure. Ce que je critique, c’est l’idée fausse induite par cette distinction formelle, à savoir que l’information serait différente entre objet direct et objet indirect.

Comment vous expliquez ?

Je signale simplement que le verbe est construit, ici, avec une préposition. La seule chose qui importe, c’est que comprendre que son travail vous renseigne sur le contenu de penser comme une pomme sur mange.

Construit, ici…Ça veut dire que penser peut se construire sans préposition ? Et aussi qu’il peut être vide ou plein ? Comme courir ?

Du calme. Vous vous rappelez comment nous traduisons la phrase latine de Descartes Cogito ergo sum ?

Je pense donc je suis.

Comparez avec Je pense que je suis.

Dans la première, il n’y a pas d’information sur le contenu…. Donc le verbe est plein, c’est ça ?

Oui, c’est le fait même de penser qui me fait être, pas le contenu de la pensée.

Et il y en a un dans le second. D’accord. Et le complément d’objet second ? Vous avez un exemple ?

Pierre offre une rose à sa soeur.

Vous ne m’aviez pas dit qu’il avait une sœur… Donc il a une sœur, c’est le jour de sa fête et il lui offre une rose… Remarquez, je pourrais vous demander pourquoi il n’offre pas cette rose à un frère.

Hm… Vous avez raison… Un exemple du formatage que je dénonce par ailleurs…  Comment expliquez-vous cette phrase… « normale » ?

Pierre est le sujet composant actif, offre est le verbe, c’est un verbe d’action, et une rose me renseigne sur le contenu de l’action ; reste sa sœur… C’est ça le complément d’objet second ?

C’est ce que dit la grammaire.

Je suppose que vous ne le dites pas ?

Si on l’appelle second, c’est qu’il y en a un premier ; or, je constate que sa soeur à la différence d’une rose ne me renseigne pas sur le contenu de l’action ; il est donc absurde d’utiliser la même notion d’objet pour une rose et une soeur qui fournissent des informations de type différent.

Second pourrait avoir le sens de moins important. Comme quand on dit commander en second.

Je veux bien, mais, du point de vue du sens, en quoi sa sœur serait moins importante que une rose ? J’y reviendrai à propos de la notion d’essentiel.

Vous dites quoi, alors ?

Quel renseignement donne sa sœur ?

C’est la personne à qui il offre la rose.

La personne à qui est destiné le contenu de l’action. Maintenant, si je vous dis : Rosalie (c’est le nom de la sœur) reçoit une rose de son frère ?

Rosalie est le composant actif, reçoit précise l’action, une rose le contenu de l’action ; de son frère précise… d’où vient la rose, non ?

Oui.

Et alors ?

La grammaire dit encore que son frère est complément d’objet second.

Ah bon ?

Or, Son frère ne renseigne pas plus sur le contenu de l’action que sa sœur dans l’exemple précédent, et l’un et l’autre fournissent des informations différentes. Leur coller l’étiquette complément d’objet est à proprement parler du non-sens.

Qu’est-ce qu’on fait de tout ça ?

On explique que sa sœur précise le destinataire du contenu, et que son frère en précise l’origine. On s’en tient là. Quelque chose ne va pas ?

Je vous ai dit que je n’étais pas philosophe ?

Oui, tout le monde peut se tromper.

J’ai une question à propos de sujet et objet. Voilà. Je reprends Pierre offre une rose à sa sœur.  Si objet est ce qui est en face du sujet, distinct de lui, la sœur de Pierre est bien en face de lui, elle n’est pas Pierre. D’accord ?

Oui.

Hm, vous avez un sourire qui… Je continue quand même. Donc, en quoi ce serait faux de dire qu’elle est complément d’objet ?

C’est que la grammaire parle de l’objet non philosophique mais fonctionnel. Du point de vue philosophique, vous avez raison, avec cette précision quand même que sa sœur n’est pas un complément d’objet, mais un objet complément d’information. Ce n’est pas tout à fait la même chose.

Pourquoi on n’explique pas comme ça à l’école ?

Parce que l’école ignore… ou plutôt on a décidé, il faudrait encore préciser qui est ce on, on a décidé qu’elle ignorerait l’enseignement de la philosophie, à l’exception d’une simple initiation réservée à une infime partie d’une classe d’âge en terminale de lycée. Ce n’est évidemment pas un hasard. La grammaire officielle qui ignore la démarche philosophique enseigne donc le repérage et l’étiquetage. Ainsi, elle affirme que une rose et sa sœur sont des compléments d’objet, qu’elles ont la même fonction, autrement dit qu’elles fournissent le même type d’information, ce qui est à proprement parler une aberration. J’ai déjà dit que je reviendrai sur fonction.

Je vous sens énervé.

Je ne suis pas le seul.

À quoi bon ? Au fond, c’est quoi, le problème ?

Précisément les à quoi ? et quoi ?.

Qu’est-ce qu’il vous ont fait ? Je dis ça comme ça, pour détendre un peu.

On continue d’enseigner que le complément d’objet direct le fameux COD, c’est ce qui répond à la question quoi ? Pierre mange une pomme : Pierre mange quoi ? Une pomme, donc une pomme est complément d’objet direct.

À vue de nez, ça marche.

Sur la table est posé un livre, allez-y, posez la question.

Sur la table est posé quoi ? un livre, donc COD.

Encore un autre : Cet arbre est un saule.

Cet arbre est quoi ? Un saule, donc COD.

Ces deux quoi ? marchent, à vue de nez, comme vous dites, mais ils produisent deux réponses absurdes !

J’ai encore un tout petit morceau de chocolat. Prenez-le. Mais oui ! Laissez fondre. Voilà. Maintenant, allez-y, expliquez.

Dans mes deux exemples, Sur la table est posé un livre et Cet arbre est un saule, il n’y a aucune action, donc il ne peut pas y avoir d’information sur un objet puisque l’objet ne peut concerner qu’une action.  L’élève à qui on n’a pas appris à s’intéresser au sens du message dans le travail d’analyse, mais qu’on a formaté par le jeu de questions mécaniques, pose ces questions sans se préoccuper du sens. Vous voyez pourquoi j’ai encore un peu d’énervement !

Un peu… !

Comme objet est employé pour indiquer une prétendue fonction, on n’a pas trouvé de meilleure solution que de masquer la difficulté par un tour de passe-passe avec la baguette magique quoi ? qui n’a rien de magique, comme on vient de le constater. Mais supposons que ce quoi ? me permette de trouver à chaque fois de manière certaine un complément d’objet direct ; quel en sera le bénéfice pour moi puisque ce questionnement ne me permettra pas de savoir quel type de renseignement il me donne ? Je demanderai quoi ? je répondrai complément d’objet direct, mais je ne saurai pas ce que c’est ! Avouez qu’il y aurait vraiment de quoi se mettre en colère !

Il y aurait de quoi, oui, mais je n’ai plus de chocolat.

D’autant que ce type de questionnement utilisé pour les compléments d’objets indirects, vous l’avez vu, aboutit aux mêmes aberrations. À qui ? dans Pierre pense à sa sœur, permet de repérer le contenu de l’action et, dans Pierre offre une rose à sa sœur, le destinataire. L’enseignement de cette mécanique automatique est à proprement parler une décérébration, alors que l’examen des rapports entre les diverses informations permet d’accéder au sens de la phrase.

Vous croyez que cette question quoi ? est encore enseignée ?

Je ne le crois pas, j’en suis sûr ! J’ai un petit-fils de onze ans qui est entré en sixième en septembre dernier ; j’étais chez lui quelques mois avant et j’ai ouvert son cahier de grammaire où j’ai trouvé la leçon sur le complément d’objet ; c’était une photocopie de fiches de grammaire dont disposent donc tous les enseignants d’école primaire. Je l’ai recopiée. Voici donc ce qu’on enseigne aujourd’hui, à des élèves de CM2 :

« Certains compléments sont reliés directement au verbe : ce sont des COD ; le COD répond à la question qui ? ou quoi ?

Ex : Le chat de mes voisins chasse les souris. Il les mange.

Certains complément essentiels (nécessaires) sont reliés au verbe par une préposition (à, de, en…) ; ce sont des COI.

Ex : La fillette désobéit à sa mère. Elle lui désobéit.

Certains verbes peuvent avoir un COD et un COI.

Ex : la fillette récite sa leçon à son père. Elle la lui récite.

Le COI répond à la question à qui ? à quoi ? de qui ? de quoi ? »

Rien de ce qui est dit dans cette leçon ne sollicite l’intelligence. Vous voulez un autre exemple ?

Si vous me posez la question, je suppose que vous en avez un !

Il s’agit de ce qui est appelé attribut. Je ne devrais pas vous en parler maintenant puisque nous sommes en train d’examiner les informations qui concernent le verbe et que l’attribut concerne le plus souvent le composant actif/passif, mais c’est du même ordre que la question quoi ? Vous vous rappelez le saule de tout à l’heure ?

Cet arbre est quoi ? un saule, donc un saule est complément d’objet. C’était juste avant le dernier morceau de chocolat.

Cette question a ceci de particulièrement pervers qu’elle donne une grande assurance, sans le moindre commencement de doute. Ceux qui la posent savent évidemment que le verbe être n’est pas un saule, mais en posant la question quoi ? et en répondant « complément d’objet », ils disent, sans s’en rendre compte, que un saule donne une information sur le verbe ; ce qui est grave, c’est qu’ils n’ont pas conscience de dire une bêtise. Et ils n’en ont pas conscience parce que le monde de la grammaire qui leur est enseignée est en-dehors de la problématique du sens. Un monde déconnecté du réel dans lequel on peut dire n’importe quoi. Ils ont posé la question et ils ont donc trouvé un COD, tout va bien même si on ne comprend pas. Imaginez quelqu’un dans l’obscurité, à qui on dirait d’actionner un interrupteur dont il ignorerait qu’il n’est pas relié au réseau électrique, qui l’actionnerait qui déclarerait qu’il voit très bien.

Il le dira jusqu’au moment où il se cognera la tête contre le mur.

Et à force de se blesser à tous les objets qu’il heurte, certains qu’il reconnaît, d’autres pour lesquels il se trompe, mais sans comprendre pourquoi, il en viendra à détester le monde d’incompréhension et d’obscurité qu’il croira être celui de la grammaire, donc à détester l’école, donc à détester les profs.

Oui… et ce sont des objets qui finissent par faire très mal.

Je trouve que vous avez raison.

Merci.

C’est aussi un nouvel exemple. Oui, expliquez-le, vous verrez pourquoi je vous le propose

Je est le composant actif, trouve est le verbe d’action… que… je ne sais pas.

Que vous avez raison, vous renseigne sur …?

Le contenu de je trouve.

J’aime chanter.

Moi aussi. C’est toujours pour détendre. Chanter renseigne sur le contenu de j’aime.

Je chante la nuit.

Ce sont vos voisins qui doivent être contents ! Bon…  La nuit renseigne sur…  C’est un piège !

Pourquoi ?

La nuit renseigne sur le moment où se passe l’action, pas sur le contenu !

C’est un piège sans en être un. Vous, vous avez compris : je chante pendant la nuit ce qui est un sens possible. Imaginez maintenant que je sois un poète et que je veuille écrire un poème pour dire combien j’aime la nuit ; je dirai : je chante la nuit.

Et dans cette hypothèse poétique qui laissera dormir vos voisins, la nuit renseignera sur le contenu de l’action, oui, oui, oui…

Vous avez dit : qui laissera dormir vos voisins. Bien. Essayer d’analyser vos voisins en posant la question qui ?

Qui laissera dormir qui ? Vos voisins, donc, COD de dormir… Mais je suppose que ce n’est pas ça… Je réfléchis… Bon sang, mais c’est bien sûr ! Dormir est un verbe plein, donc impossible d’en préciser le contenu ! C’est les voisins qui dorment ! donc, sujet composant actif !

Je me demande si nous avons fait le tour de toutes les formes de contenu possibles. Non, ce n’est pas une vraie question, c’est un dernier exemple. Allez-y.

Je est le composant actif, me…hm… je le laisse pour le moment… demande est le verbe d’action… Ah ! oui, me est le destinataire de la fausse question et… si nous avons fait le tour de toutes les formes de contenu possibles renseigne sur le contenu de je demande ? C’est ça ?

C’est ça.

Alors, nous avons vraiment fait le tour ?

Non. Je vous ai dit que je ne voulais pas dresser de listes. Ce qui compte est de comprendre le type de renseignement qu’apporte telle ou telle information, sous quelque forme que ce soit. Nous avons vu que l’information sur le contenu peut être donnée par un nom (pomme, rose), un verbe à l’infinitif (chanter), une proposition (que vous avez raisonsi nous avons fait le tour de tous les contenus possibles), et elle peut l’être encore par d’autres moyens que vous reconnaîtrez sans difficulté à condition d’utiliser le bon questionnement. Travaux pratiques : considérez ces deux exemples : Je serai content si tu viens tout de suite, et Je veux savoir si tu viens tout de suite. Je vous écoute.

Deux phrases avec deux propositions chacune… et si pour les relier.

Supposons que vous ne sachiez ni ce qu’est si, ni à quoi il sert.

Pas besoin de supposer ; je sais seulement qu’avec des si on peut mettre Paris en bouteille.

Comment comprenez-vous cette image ?

Je comprends… C’est difficile à expliquer… Quand on dit si, on imagine quelque chose qui n’existe pas, enfin pas encore, et avec de l’imagination on peut tout faire, même mettre Paris dans une bouteille.

Et Paris est si grand, une bouteille est si petite que ce n’est pas possible, il faut donc prendre en considération le rapport entre ce qu’on imagine et le réel.

Oui, sinon, on est un peu fou !

Ou on peut se faire très mal… Vous avez remarqué, vous venez de dire sinon et moi j’ai utilisé deux fois si : si grand et si petite ; est-ce qu’ils ont le même sens que le si du Paris en bouteille ?

Non.

Et, est-ce que vous n’avez pas compris ce que je viens d’expliquer ?

Si, je l’ai compris, bien sûr que si ! Pourquoi cette question ?

Pour que vous utilisiez à nouveau si… dans un troisième sens. Vous allez trouver. Commencez par les deux phrases précédentes.

Je dirai que dans la première – Je serai content si tu viens tout de suitesi est celui de Paris en bouteille.

Expliquez.

J’imagine que tu viens, et alors je sais que je serai content. Pourtant, c’est différent de Paris en bouteille, parce que tu peux venir.

Le si est le même dans les deux cas, il indique à quelle condition une action ou un état peuvent se réaliser ou exister, ici être content,  et on dit que si introduit une proposition conditionnelle ou hypothétique. Ce qui diffère entre mon exemple et Paris, c’est la nature de l’imagination. Dans le cas de Paris en bouteille, on ignore de quelle imagination il s’agit mais on devine qu’elle est extravagante, alors qu’elle peut ne pas l’être dans mon exemple.

Comment ça elle peut ne pas l’être ?

Vous dites Je serai content si tu viens tout de suite à un ami auquel vous téléphonez ; il peut se trouver à deux minutes de chez vous ou à l’autre bout du monde ; dans le premier cas, c’est tout à fait réalisable, dans le second, c’est Paris en bouteille. Une précision : dans l’hypothèse où votre ami est à l’autre bout du monde, et si vous n’êtes pas coupé de la réalité, vous direz plutôt : je serais content si tu pouvais venir ou j’aurais été content si tu avais pu venir.

Je serais… j’aurais étési tu pouvais… si tu avais pu… Vous avez changé les temps ?

Les temps et les modes… Nous verrons cela de plus près quand nous nous examinerons les verbes. L’autre phrase, maintenant.

Je veux savoir si tu viens tout de suite… Là, il n’y a pas d’imagination… C’est plutôt une question, non ?

C’est une question. Et Paris est si grand, une bouteille est si petite…?

Là… il n’y a pas d’imagination et pas d’interrogation…

Si sert à insister sur grand et petite pour mieux annoncer la conséquence, c’est-à-dire l’impossibilité.

La conséquence… donc, si grand et si petite sont la cause, c’est comme dans la fameuse histoire de la pluie et du parapluie ?

Oui. Et dans votre réponse : si, j’ai comprisbien sûr que si ! ?

Je dirai que c’est comme si je disais oui… Tiens, j’ai dit comme si !

Si est effectivement dans ce cas un oui souligné. Quant au comme si, il a une signification double : avec comme vous comparez et avec si vous supposez ; donc vous comparez dans l’imaginaire.

En résumé ? Un résumé qui n’est pas une liste !

Si peut être une conjonction qui annonce une condition, une interrogation et encore autre chose qu’on n’a pas vu parce que je ne fais pas de liste et parce qu’on ne peut pas tout voir, ou alors un adverbe qui permet d’insister. Vous avez constaté que vous êtes capable d’expliquer le sens des phrases même si vous ignorez la distinction entre le si conjonction et le si adverbe. C’est bien de savoir qu’il peut être l’une ou l’autre, mais, encore une fois, vous le saurez d’autant mieux que vous aurez donné la priorité au sens, aux informations et à leur rapport. Et pour en revenir au complément de contenu, dans l’exemple, Je veux savoir si tu viens, quel mot l’interrogation si tu viens complète-t-elle ?

Le verbe savoir.

Et quel type de renseignement donne-t-elle ?

Elle renseigne sur le contenu.

Vous avez donc découvert que si peut annoncer une question qui renseigne sur le contenu de l’action.

Que dit la grammaire des manuels ?

Je veux savoir : proposition principale, si tu viens : proposition subordonnée conjonctive introduite par si, interrogative indirecte, et complément d’objet direct de la principale.

Hm… interrogative indirecte et complément d’objet direct… Donc, vous n’allez pas me dire quels sont tous les compléments d’objet possibles ?

Si vous êtes convaincu que l’important est de repérer les informations pour comprendre le rapport qu’elles ont entre elles, quel besoin d’en apprendre la liste ? Tenez, le Bescherelle consacre huit pages à expliquer comment reconnaître le complément d’objet direct. Pour être honnête, je précise qu’il commence par distinguer les critères faisant appel au sens et qu’il explique notamment que « le COD et le sujet renvoient chacun à des éléments différents et distincts l’un de l’autre. »

C’est bien, non ?

Mais oui ! Vous ne vous imaginez tout de même pas que ceux qui rédigent le Bescherelle et les autres manuels ignorent ce que je vous explique ! Ils font un autre choix.

Mais pourquoi ?

Pourquoi on n’enseigne pas la démarche philosophique dès la première année de la première école ? Telle est votre question et, pour ce dont nous parlons, la question. Après cette explication qu’il ne développe pas, comme si elle n’était pas la plus importante, Bescherelle consacre les sept autres pages à expliquer que le COD n’est ni supprimable, ni déplaçable… Vous voyez jusqu’où va le refus du questionnement ! Quand vous voyez ou entendez la phrase Pierre mange une pomme, avez-vous envie de supprimer ou de déplacer la pomme ?

Ce ne serait pas très sympa pour Pierre. Pourquoi sept pages pour ça ?

Pour éliminer les fausses réponses : si je ne peux ni déplacer ni supprimer une pomme etc., alors c’est un complément d’objet. Autant dire que le COD n’est pas soluble dans l’eau, ce qui évitera de le confondre avec du sel ou du sucre.

C’est la même attaque avec les compléments circonstanciels ?

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