« Croyance fondée et infondée »

« Professeur de psychologie cognitive à l’université d’Aix-Marseille, membre du Laboratoire de psychologie cognitive et directeur du Centre de formation des psychologues de l’éducation nationale, Thierry Ripoll est notamment l’auteur de Pourquoi croit-on ?, publié en octobre 2020 (éditions Sciences humaines). »

Il répond à une interview dont l’objet est le rapport entre la pandémie et le complotisme.  (Une du Monde – 7.02.2021)

Entre autres :

Q : Vous distinguez croyance et croyance infondée. Quelle est la différence ?

R : « Le mot « croyance » est polysémique. Dans les phrases « Je crois qu’il va pleuvoir », ou « Je crois en l’immortalité de l’âme », le mot « croire » a un sens différent. Les croyances sont infondées quand elles font l’objet d’une adhésion extrême en dépit de l’absence de données empiriques ou d’arguments théoriques (…)  »

Ma contribution :

« Croire qu’il va pleuvoir « et « croire en Dieu » sont en rapport avec un savoir (considéré comme) incertain ou effrayant qu’il s’agit de contourner. C’est peut-être, sans doute (?) l’inconnaissable de la mort, un a priori d’ordre axiomatique, qui est à l’origine du verbe croire (d’abord croire « en », majeur, puis croire « que », mineur) parce qu’il est très difficile pour le sujet d’admettre la mort telle qu’elle est : le cadavre, autrement dit sa disparition. Tout le reste n’est que variations, plus ou moins mortifères, selon les crises qui accentuent les peurs individuelles et collectives produites par cette spécificité humaine.

Relativement au sujet, une croyance est toujours fondée dans la mesure où elle est son refus de s’en tenir au savoir. Relativement à la connaissance de l’objet, en tant qu’elle est le refus du savoir, elle est toujours infondée. (…)

R « (…) Pour autant, une croyance infondée peut apporter un bénéfice. C’est le cas des rituels. En situation de stress, beaucoup d’individus croient que leur rituel leur permet d’être plus efficaces. On le voit dans les stades : certains sportifs se signent, d’autres croisent les doigts, etc. Le rituel n’a aucun effet, mais la croyance en son pouvoir en a un, car elle contribue à modifier positivement l’état cérébral du croyant et à le rendre plus confiant et donc plus performant. C’est un véritable effet placebo. »

(…) Si « le rituel n’a aucun effet » et s’il peut « modifier positivement l’état cérébral » c’est qu’il a un effet. La contradiction découle de la notion de croyance infondée.

Par ailleurs, rapprocher croyance et rituel me paraît hasardeux. Si l’une est le refus du savoir, l’autre  n’est pas réductible à une pratique de la croyance ; il  peut aussi être l’expression de la règle/discipline personnelle fondée sur un savoir du rapport corps/esprit.

Le handicap de l’utérus

Arte diffusait le 5 février dans l’émission « 28’ » l’extrait d’un reportage réalisé dans les plantations de canne à sucre de l’ouest de l’Inde, 2ème producteur mondial de sucre avec 30 millions de tonnes par an.

Alors que le taux d’hystérectomie est de 2/1000 en Occident, il atteint 17/1000 en Inde, et surtout jusqu’à 350/1000 dans l’Etat du Maharashtra à l’Ouest du pays, la « Sugar Belt »

Des familles,  parmi les castes les plus basses de la société indienne, y sont transportées dans des remorques de tracteurs pour les 6 mois de récolte. Ils vivent dans des huttes de branchages, sans eau courante ni hygiène.

Extrait d’interviews de femmes :

« On nous appelle les coupeuses de canne. De 6 heures du matin à 8 heures le soir, on coupe des cannes à sucre. On en fait des fagots et on les charge dans des tracteurs. Je coupe et je charge 5 à 6 tonnes par jour. Sous un soleil de plomb ou par un froid glacial. Je fais ça tous les jours. J’ai l’impression d’être une machine. (…) On est comme des animaux et ensuite on va travailler comme du bétail. On est condamné à vivre cette vie, de toute façon, peu importe si c’est horrible. On n’a pas d’autre choix que de faire ce métier. Qui va nourrir nos enfants ? C’est la seule façon de gagner de l’argent. On a trois minutes pour lier le fagot et le charger. On doit payer une amende si on ne vient pas travailler. »

La stratégie de productivité est très efficace : le mukadam (contremaître) paie 1100 euros d’avance pour les 6 mois à venir. Chaque absence, quelle qu’en soit la raison, donne lieu à une amende. Ex : 5€ pour une visite (payante) à l’hôpital.

Les femmes sont victimes de douleurs abdominales et l’hystérectomie est donc souvent pratiquée sans autre motif que « productif ». 14 000 femmes ces dix dernières années. Coût, entre 250 et 500€ selon le temps d’hospitalisation dans des établissements privés où les envoient les médecins qui empochent les sommes versées par les femmes qui doivent emprunter et prématurément retourner travailler pour rembourser.

Le mukadam, habillé de blanc, surveillant et dictant la cadence, explique sans broncher « qu’on ne peut pas les blâmer de se faire opérer ;  que les médecins ne sont pas responsables, qu’ils doivent gagner leur vie, et que s’ils ne travaillent pas ils ne gagnent pas d’argent. »

Une assistante sociale a mené une campagne d’information et de sensibilisation auprès de ces femmes dont la ménopause arrive vers 25 ans, avec les problèmes hormonaux et psychologiques faciles à imaginer.

Un médecin est interviewé. Un dossier lui est présenté : « Les bilans sont normaux » constate-t-il. « La femme dit que vous lui avez conseillé l’hystérectomie », indique le journaliste. « Vous préférez croire cette femme que le médecin ? »répond-il hautement.

Au printemps 2019, un article de presse  a ému l’opinion. Relativement. Certains partis politiques sont impliqués dans l’industrie sucrière.

Un contrôle de décisions médicales par un organisme officiel a été décidé. Le nombre des hystérectomies a baissé de plus de 30%. Mais les conditions de travail et les douleurs qu’elles occasionnent incitent toujours les femmes à se faire opérer.

Voilà.

Maintenant, qu’est-ce que je fais de ma sidération et de ma colère ?

Vaccin privé, vaccin public

 « Les vaccins anti-Covid19  doivent devenir des biens publics mondiaux. Et leur production doit être libre. C’est l’appel que viennent de lancer Richard Benarous, ex-Directeur du département Maladies Infectieuses de l’Institut Cochin et le   Professeur Alfred Spira, membre de l’Académie de médecine. Les deux initiateurs commencent à recueillir de premières signatures par courriels. Parmi les premières, on note celles d’André Grimaldi, Isabelle Lorand, Etienne Decroly, Bruno Canard, Danielle Levy, Pierre Jouanet, Nicolette Farman, Olivier Coux, Anne Weber. » (La Une du Monde du 5.02.2021)

Une telle initiative concerne la propriété intellectuelle, en l’occurrence le brevet.

Autrement dit, quel argument faire valoir pour qu’un brevet ne soit plus une propriété privée mais publique ?

L’argument central de l’appel est le suivant : « L’élément essentiel de tous les vaccins, c’est la séquence du virus SARS-Cov-2. Or les chercheurs chinois et associés qui ont élucidé cette séquence en quelques jours après le début observé  de la pandémie, ont choisi, et c’est à leur honneur, de ne pas la breveter.  Cette séquence sans laquelle il n’y a pas de vaccin possible, est devenue un bien commun mondial. Rien ne justifie que les vaccins qui en sont issus ne le soient pas, d’autant plus que la recherche et les financements publics ont largement contribué à leur fabrication.

Bon. Mais à supposer que les difficultés juridiques aient été résolues, demeurent celles de la production démultipliée. De l’avis général des spécialistes, les complexités techniques la rendent impossible, du moins dans le laps de temps qui justifie la demande de levée des brevets.

Quand la chaine (conception, construction, production)  a été celle du privé, difficile de faire comme si le commun avait été la préoccupation première de l’entreprise. Dilemme constitutif de la problématique rurale de la priorité dans l’articulation de la charrue et des bœufs et, pour une part, de la philosophie des Lumières : «  Vous êtes perdus si vous oubliez que les fruits sont à tous et que la terre n’est à personne ! » (Rousseau – Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes – 1755)

Si je quitte le champ de l’agriculture  pour entrer dans celui de la métaphore, que faut-il supposer pour que la découverte du vaccin soit les fruits et les cerveaux qui l’ont créé soient la terre ?

Oh, c’est  très simple : que les critères ne soient plus ceux du capitalisme.

« Dès la fin du printemps 2020, alors qu’aucun sérum n’avait encore fait ses preuves, Emmanuel Macron plaidait lui aussi pour que les vaccins anti-Covid soient « un bien public mondial ». Lors du Sommet mondial de la vaccination, le chef de l’Etat s’engageait à ce que la France « augmente de 100 millions d’euros sa contribution lorsqu’un vaccin […] sera disponible, afin d’en assurer la diffusion à un prix abordable ». (cf. 20 minutes.fr > santé)

Mais non, le Président n’est pas le membre d’une internationale cryptocommuniste. Comme tous les individus, il est confronté à la problématique du commun dont ce blog traite parfois… Ah ?… Souvent ?… Très souvent ?… En permanence ?…  Ah bon…  Bref, il y a l’individu E. Macron et le Président E. Macron. Il peut arriver que le premier se substitue (ou joue à se substituer ?) au second qui  a très bien appris à gérer le système, au théâtre et dans la banque. C’est une affaire entre l’un et l’autre, une affaire privée.

Le vaccin est un objet produit selon les mêmes critères que tous les autres.  Compte tenu du contexte et de la cible visée, son marché vient heurter ce que certains appelleront des « valeurs », un mot de connotation morale que le capitalisme aime beaucoup et qu’il revendique hautement, dans un sens disons, différent.

Par exemple : Sanofi annonce la suppression de 600 postes. Le groupe qui commercialise le Doliprane (+320% cette année) et le vaccin anti-grippe (+20%) – le vaccin anti-covid ne semble pas avoir fait partie de ses priorité (erreur ou calcul ?) – « a été dans le trio de tête des plus gros payeurs de dividendes du CAC 40, avec 3,9 milliards d’euros versés aux actionnaires, malgré la crise. Le groupe, qui a enregistré 7,5 milliards d’euros de résultats nets en 2020, est aussi l’un des premiers bénéficiaires des aides de l’État sous forme de crédits d’impôts. » (cf. force-ouvrière.fr)

La manière opaque (oui, c’est un euphémisme), autrement dit cohérente, dont la Commission européenne a traité avec les groupes pharmaceutiques pour les vaccins (cf. Le Monde du 04.02. 2021) relativiserait beaucoup mon « Oh, c’est très simple » qui, tous comptes faits, si j’ose ce pluriel,  pourrait sembler assez hasardeux pour qui l’aurait compris au premier degré.

Atteler l’humour et la gravité à la même charrue peut aider à réduire le tragique du chant commun.

Fin de vie

Eric Guéret est le réalisateur du documentaire « vieillir enfermés », tourné dans un Ehpad de la région parisienne lors du confinement de mars 2020 et diffusé sur Arte.

Il était l’invité de La grande table des idées (13 h 00 > 13 h 30), ce mercredi 3 février 2021.

A la fin de l’émission, la journaliste lui demande ce qu’il a découvert pendant son tournage. La réponse qu’il donne concerne non plus le moment de confinement, mais ce qu’est l’Ehpad – une manière de finir sa vie qu’il juge terrible et qu’il compare avec celle du Japon où, dit-il, trois générations vivent sous le même toit.

« C’est un film aussi sur la solitude, sur le temps long. (…) On est dans sa chambre face à soi-même.  (…)

Peu importe la part de ses observations et celle de ses projections.

Ce qui compte, c’est la manière dont nous nous posons à nous-même le problème de l’exercice de notre liberté pour le temps de notre fin de vie.

La première question inhérente au principe même de liberté est celle de la définition du seuil à partir duquel commence ce temps. Ce seuil de bascule, est-il à attendre ou bien est-il de notre décision ?

La seconde, qui en est le corollaire, est celle de notre autonomie,  quel que soit le degré de nos handicaps physiques et psychiques.

Autrement dit, nous avons le choix entre,  » isolement  » et  » nous nous préparer à vivre autrement notre solitude   » (E. Guéret me paraît confondre les deux mots), et entre,  » être face à nous-même  »  et « nous préparer à continuer à être avec nous-même « .

Chez les enseignants, la fin d’une « culture commune »

« Appartenance syndicale, pratiques culturelles et électorales sont de plus en plus différenciées dans le corps enseignant, comme le montre une enquête de l’IFOP pour la Fondation Jean Jaurès. » (Titre d’un article de La Une du Monde du 02.02.2021)

Quelques contributions :

« Etre insulté par la majorité des forums – euh des français – et être payés une misère, sans beaucoup de perspective de carrière, après de difficiles concours, incitent peu à se donner à fonds pour son entreprise – euh, le service public.
J’ai déconseillé à mes enfants de devenir profs même si on en a la fibre. Plutôt (s’)investir dans des carrières que l’on n’aiment pas mais bankables (comme disent les tradeurs) : chirurgien plastique dans le privé, footballeurs, sénateurs, etc.
Mieux vaut être riche et malheureux que pauvre et heureux, c’est bien ce qu’on martèle aux consommateurs – euh citoyens ?
 »

« Je pense que plusieurs choses ont changé:
– le rôle de «  maître » du corps enseignant mis à mal par la nette amélioration du niveau de formation de la population depuis les années 1980 est définitivement mort. C’est tant mieux mais l’admettre est parfois dur en salle des profs.
– la culture se dispense ailleurs que dans système éducatif qui n’en a plus la quasi exclusivité, et c’est aussi tant mieux surtout pour les catégories les moins aisées de la population. Voilà un changement qui les autonomise. Mais quel rôle pour les profs?
– le métier doit évoluer mais vers quoi, et comment?
Quand la parole des professionnels est systématiquement écartée, quand les marottes peudo- scientifiques, voire écrivons- le les recettes charlatanesques sont imposées par le ministre lui-même, quel sens une participation peut-elle avoir ?
– Ajoutez à tout cela, la considération pécuniaire dont le corps enseignant « bénéficie » des années et la messe est dite… (sourire d’un laïcard
). »

« Ce qui s’effondre depuis 40 ans chez les enseignants, c’est d’abord leurs salaires, aujourd’hui totalement décorrélés de l’évolution de la moyenne des salaires des autres salariés. Les nantis n’aspirent plus à dominer des humains mais des termites. Leur promotion active de l’ignorance est une des plus grandes hontes de notre temps, qui n’en manque pourtant pas. »

> et une réponse  « Ce que vous dites est tout à fait vrai. Mais le déclassement ne serait pas si profond si dans la fraction la plus inculte et violemment cupide et prédatrice de l’humanité ne régnait une volonté évidente de nuire à la culture et à sa transmission dans ce qu’elle a d’anthropologiquement essentiel. »

Ma contribution :

Ce qui a changé, essentiellement, depuis la fin des années 80, pour la société, sinon pour l’humanité, c’est la perception du « commun » qui est, dans son principe, la référence de l’instruction obligatoire pour tous. Le fiasco et l’implosion soviétiques ont fait s’effondrer l’idée même d’une alternative possible au système capitaliste, désormais hégémonique, fondé sur l’équation (être = avoir plus) qui est d’abord affaire individuelle. Pour ce qui concerne plus particulièrement l’école, le « discours d’enseignement » (adéquation avec une population scolaire donnée) qui n’a pas changé avec l’ouverture du collège à tous (le « pédagogisme » a servi de leurre) est devenu inaudible pour la majorité des élèves. Ces deux facteurs expliquent en grande partie la désaffection pour l’enseignement, partant, sa dévalorisation.

Le discours implicite

Ce qui est frappant dans la communication du premier ministre, Jean Castex, c’est son absence d’empathie. Il annonce les décisions de manière mécanique, froide. Son visage est inexpressif. Il ne joue pas à « faire croire à », à « donner l’impression de ». C’est en quoi il diffère principalement d’E. Macron qui a fait du théâtre à l’école, comme on sait.

Et pourtant, ce que vivent les hommes et les femmes, tous confrontés à des degrés divers aux problèmes que créent, en plus de ceux des crises socioéconomiques ordinaires, l’épidémie et son lot d’interdits, est de l’ordre à proprement parler du tragique : c’est la vie qui est en jeu.

Le décalage entre le ton des énoncés de gestion politique et la réalité vécue me semble être l’expression d’un discours nécessairement implicite et dont ce premier ministre, choisi par le président, est le signe : les plus forts s’en sortiront, les autres disparaîtront, c’est  la « loi naturelle ».

D’un côté, les mesures d’interdiction qui, pour autant qu’elles limitent la contagion, ne résolvent rien, de l’autre la vaccination dont les incertitudes d’efficacité et les aléas de production peuvent contribuer à renforcer l’idée qu’au fond, la prise en compte du commun est secondaire parce qu’il n’y a pas de prise sur l’événement. Du moins pour le moment.

Œdipe Roi, tragédie écrite par Sophocle il y a près de 2500 ans, raconte le malheur d’une cité  (Thèbes) frappée par un mal qui met en cause la vie dans sa globalité. Œdipe, dont l’accession au pouvoir constitue le cœur du récit, en trouve la cause en procédant d’une manière qui s’apparente à la psychanalyse :  par la parole, le questionnement, il retourne dans sa propre histoire pour tenter de comprendre, puis, quand il a compris, se crève les yeux pour éradiquer le mal commun et trouver la paix pour lui-même.

L’essentiel humain, dit, entre autres, la métaphore, est intérieur.

Rien, dans l’attitude du premier ministre n’évoque une intériorité.

Non-consentement avant l’âge de 13 ans

« Plusieurs messages sur les réseaux sociaux s’indignent que le Sénat rende légal un acte sexuel à partir de cet âge. Mais le texte consiste au contraire à durcir la législation existante » (A la Une du Monde du 30.01.2021)

Quelques contributions :

« Encore des interdits ! Quelle dictature marcroniste ! On a plus de liberté dans ce pays, allons manifester pour empêcher cette loi liberticide de passer ! » [ A lire au premier ou au second degré ? Je privilégie le second… ]

« Il n’en demeure pas moins que ce seuil de 13 ans est moralement parfaitement inacceptable. »
« Pénétrer une gamine ou un gamin de 13,5 ans reste un crime me semble-t-il. »

« Quand j’étais lycéens et que je voyais des gars de 19 ans avec des filles de 15, franchement, c’était des pauvres types. A 19 ans on s’intéresse au gens de son âge, pas à des gens plus jeunes de 3 ou 4 ans. »

« Tous les articles du Monde sur l’inceste et les affaires poussent sans cesse à médiatiser ces histoires de fesses pour vendre du papier. Je ne sais ce que font les autres médias mais ça devient pénible et contra productif. Et si les 2 partenaires ont moins de 13 ans que dit la loi ? »

La mienne :

Consentir, littéralement, c’est « éprouver avec (quelqu’un) »  (corps/sens), puis être d’accord (esprit/pensée). Sur quelle typologie de critères s’appuyer pour déterminer l’âge à partir duquel consentir est pertinent ?  Aujourd’hui la société décide 13 et non 14 pour la sexualité. Le choix relève non de critères « objectifs » mais d’une éthique sociale. Comme pour la détermination de la limite de l’IVG (12ème et non 13ème semaine). A un moment donné, la société « décide que ». D’où les controverses (critères moraux, religieux…) et les variations législatives possibles.

Question : le consentement impossible  jusqu’à 13 ans s’applique-t-il seulement à la sexualité ou aux injonctions de l’éducation (goûts, types d’activité, relations…) ?

Une fenêtre ouverte sur les infinis

Françoise Combes, est une astrophysicienne  titulaire de la chaire « Galaxies et cosmologie » au Collège de France. Elle était invitée à la Grande Table des Idées (13 h 00 > 13 h.30) le 28.11.2021.

En ce temps de confinements passés et à venir, elle a pendant une demi-heure ouvert la fenêtre des infinis grands et petits. A la différence de Pascal, rien de sombre ou tragique dans son discours ni sa voix, mais la lumière. Une lumière aussi éblouissante que véloce. Vous vous rappelez ? 300000kms à la seconde, ou si vous préférez, 9461 milliards de kms en une année, dite année-lumière.  C’est magique.  Tenez, juste avant l’émission, j’avais parcouru  sur ma bicyclette une petite trentaine de kilomètres en une heure et demie (ben oui, ça monte, par chez moi). Je viens de vérifier avec ma calculette : pendant ce temps, la lumière en avait parcouru environ un milliard et demi. Il est vrai qu’il n’y a pas de dénivelé dans l’espace.

La magie, ça doit tenir au rapport avec ce dont nous sommes capables et  ce que nous sommes.

Pendant les trente minutes de l’émission, Françoise Combes nous a fait voyager aux confins de l’univers – confins d’origine, s’entend – et rappelé avec cette même voix paisible et souriante combien notre planète est petite, toute petite.

Toujours le rapport.

Nous – je parle de la Terre – sommes situés non pas au centre de notre galaxie, comme on le croyait encore il y a un siècle, mais au bord. La Voie Lactée, c’est elle,  contient… Vous vous rappelez ? Non ? 200 milliards d’étoiles semblables à notre soleil… C’est tout simple, vous prenez le soleil et vous le multipliez par 200 milliards.  

A propos, la Voie est lactée (le mot vient du latin) parce qu’une déesse aurait laissé échapper le lait de son sein… Lactée et galaxie (lui vient du grec gala : lait) nous rappellent l’importance de la femme/mère dans la mythologie.

On pensait aussi que notre galaxie était la seule, avec, tout autour, ce qu’on appelait des nébuleuses. Ce sont en réalité des galaxies, avec leurs milliards de soleils. Et en plus, elles s’éloignent à la vitesse de la lumière.  Andromède par exemple. Elle est située à 2 millions et demi d’années-lumière de chez nous… Ce qui veut dire que la lumière qu’on reçoit n’est pas celle d’Andromède de l’instant où on la reçoit mais d’Andromède il y a 2 millions et demi d’années… Et la lumière reçue d’une galaxie qui est à 10 milliards d’années-lumière, est celle de sa jeunesse. On remonte ainsi  jusqu’au big bang.

Ça aussi, c’est magique. Ce n’est pas qu’il y avait rien, non, mais de l’énergie,  d’une densité telle que tout… enfin tout ce qui constituait cette énergie, a explosé.

Nous sommes le produit d’une explosion.

A la fin, Françoise Combes a évoqué la coopération des pays pour la construction d’un immense télescope. Une coopération sans compétition puisque tous donnent pour un outil commun.

Un commun pour un savoir commun…

Nègre

Extrait d’un article du Monde publié le 25.01.2021 sous ce titre : « Nègre, ce mot lourd du racisme et des crimes qui l’ont forgé »

« Le terme « nègre » n’appartient pas au registre banal de la conversation ordinaire : il porte en lui la tragédie de l’esclavage, de la colonisation et du racisme. S’il pèse des tonnes, poursuit l’écrivaine dans Humeur noire, qui sort début février chez Actes Sud (304 pages, 21,80 euros), c’est parce qu’il conserve l’empreinte du « poids colossal des crimes qui l’ont forgé ».

Un arbitre de football roumain en a fait l’expérience, un soir de décembre 2020, sur le terrain du Parc des Princes. Pour désigner l’entraîneur adjoint de l’Istanbul Basaksehir, Sebastian Coltescu montre du doigt un homme qu’il appelle le « negru ». En roumain, le mot veut dire « noir » mais dans le stade du Paris-Saint-Germain, les violences et les humiliations associées au terme « nègre » ressurgissent. Révoltés, les joueurs des deux équipes quittent le terrain avant de réapparaître, le lendemain, vêtus de maillots portant le message « No to racism » : réunis en cercle autour du rond central, ils posent symboliquement un genou à terre et lèvent le poing.

Si, du Parc des Princes à l’Opéra de Paris, le mot « nègre » engendre tant de passions, c’est parce que, depuis la traite atlantique, il relègue les Noirs aux marges de l’humanité. »

Les commentaires sont, pour la plupart, critiques, souvent pleins d’animosité contre la journaliste accusée d’un parti pris « bien pensant ».

Exemples  :

« Le Monde se vautre dans la cancel culture afin de nourrir l’indigence de ses articles, la médiocrité de ses analyses. Cet article est mal écrit, tordu. Évidemment que le mot nègres est connoté désormais mais faut il le supprimer comme si nous étions au ministère de la Pensée ? »

« Article minable, je ne vais pas répéter les nombreux commentaires souvent très bien écris qui le soulignent. Néanmoins, au fil des articles, j’ai de plus en plus l’impression de lire libération et non le monde. Je pense que je devrais me désabonner car ce genre de réthorique nauséabonde et tortueuse m’écoeure. Peut être ce journal devrait songer à évoluer vers une ligne éditoriale, disons… moins marquée. »

« Jamais entendu ce mot en 30 ans, ni lu ailleurs que dans des livres d’histoire…article un peu hors sujet donc, qui ne fait que surfer sur la ligne décolonialiste et indigéniste du moment. »

  L’exemple du Parc des Princes est significatif de la dimension toujours passionnelle plus de deux siècles après les Lumières  « écorchée » de la couleur de la peau, surtout quand elle est noire.

Ma contribution.

Ce n’est pas le mot qui pose un problème mais celui qui l’emploie et le ton associé. Black n’est  pas nigger ni nègre. Le nègre de l’article – incomplet, oui, bon – est le signe le plus parlant du racisme qui sous-tend bon nombre de commentaires (cf. les comparaisons absurdes des produits des civilisations). Si ce mot continue à susciter autant de passion, c’est parce que l’esclavage moderne a été et est toujours un problème (religieux, moral, éthique, philosophique…), ce qu’il n’était pas dans l’antiquité : la préoccupation concernait le seul traitement. Manque encore un discours d’explication du contenu politique, idéologique des mots, race, esclavage, colonisation, plus généralement de l’exploitation de l’être humain. A un degré moindre… hum…  pour un Français,  Algérien ne désigne pas seulement un habitant de l’Algérie. Il ne s’agit ni de culpabilisation, ni de repentance, ni de déni, ni de réécriture de l’histoire, mais d’expliquer ce qui conduit l’homme à ces démesures.

Le château…suite

Une réponse à ma contribution (article précédent)…

« Vous oubliez l’essentiel: SECRET et MENSONGE, principes de base de la mentalité soviétique, puis poutinienne. Quel rapport entre les palais de Gelendjik et de Versailles ? Points communs ; mégalomanie et/ou inscription dans la mythologie, mais différences énormes: 1. Secret. Poutine s’est fait construire son palais dans le plus grand secret, alors qu’en France, c’est tout le contraire, Versailles est un lieu fréquenté par des milliers de courtisans, où l’on intrigue, on échange, on s’amuse. C’est un lieu de sociabilité, certes scandaleux à cause de la misère du peuple, mais un lieu vivant. 2. Mensonge. Le pouvoir nie tout en bloc, à son habitude. Déjà, du temps des Soviets, Katyn, ce n’était pas eux. De nos jours, le fameux palais de Gelenjik, ce n’est pas celui de Poutine, soutient le pouvoir russe, comme si l’inexistence certaine d’un titre de propriété portant le nom de « Vova1er » prouvait quoi que ce soit. Poutine se vautre dans son luxe de pacotille en petit comité. Pathétique. »

… et ma réponse:

« Est-ce que le secret/mensonge d’aujourd’hui ne serait pas l’équivalent du secret/ignorance de jadis ? Et est-ce qu’il ne fait pas partie de la mythologie ordinaire qui enveloppe le pouvoir ?

Ce que nous ignorons, c’est la proportion de Russes qui n’ont plus besoin de cette mythologie qui contient des éléments rassurants, en particulier dans ce moment de grande incertitude.

La démesure  d’un tel palais – le seul fait qu’il ait pu être envisagé puis construit dans de telles conditions de secret, très relatif à cause des réseaux – signifie soit une inconscience de V.Poutine (mégalomanie) soit au contraire une bonne connaissance politique de ses « sujets ».

A. Navalny a apparemment choisi la première proposition de l’alternative. »