Cette jeune Suédoise
ne s’est pas présentée d’elle-même sur le devant de la scène médiatique. Elle y
a été poussée. Il suffit de consulter les articles qui lui sont consacrés pour
connaître le rôle qu’ont joué ses parents et leurs relations dans cette marche
vers la célébrité.
S’en servir pour contester son discours et ses
actes témoigne de la même faiblesse que le recours à l’argument dit ad hominem (contre la personne) :
faute de pouvoir réfuter l’idée, on s’en prend à son auteur dont on cherche à
exploiter la moindre faille. Ainsi, dénigrer
le message emblématique envoyé par son voyage aux USA en voilier au motif que les
membres de l’équipage sont revenus en avion relève d’un procédé analogue.
Greta Thunberg est un phénomène dans le sens où
son discours ne correspond ni à la représentation habituelle d’une adolescente
(16 ans), ni à celle de l’autisme dont le syndrome d’Asperger qui l’affecte est
une forme.
Le
discours
« Il nous faut une nouvelle façon de penser.
Le système politique que vous, les adultes, avez créé n’est que compétition.
Vous trichez dès que vous pouvez car tout ce qui compte, c’est de gagner. Nous
devons coopérer et partager ce qui reste des ressources de la planète d’une
façon juste. » (mars 2019)
Tel
est le thème central du discours. Le reste n’est que variations. Il pose au
moins trois questions :
1
– Qu’est-ce qu’une « nouvelle façon de penser » ?
2 –
Comment y parvenir ?
3 –
Quelle est la nature de ce système politique créé par les adultes et qui n’est que compétition et tricherie ?
1
– Penser est utilisé sans définition
d’objet particulier – il s’agit donc du concept – et nouvelle façon indique que le changement concerne non une essence mais
un mode. Il s’agit de penser autrement.
Penser
autrement suppose un changement de références, de critères. Si je crois en une
transcendance, je pense d’une certaine manière, si je décide de lui préférer
l’immanence, je pense autrement.
Exemple : au début de la révolution de 1789, s’est posée la question
du vote des représentants élus aux Etats-Généraux : fallait-il voter par ordre
(clergé, noblesse, tiers-état) ou par tête (individus) ? Voter par ordre
présupposait une hiérarchie (transcendance), voter par tête une égalité des
individus (immanence). Dans la première hypothèse, on avait les réponses avant
les questions, dans la seconde tout était à inventer.
De
quelle nouvelle façon s’agit-il
ici ?
2
– « Sans mon diagnostic, je n’aurais jamais commencé la
grève de l’école pour le climat. Parce que j’aurais été comme tout le monde.
Nos sociétés doivent changer, nous avons besoin de personnes qui savent sortir
des sentiers battus et nous devons commencer à prendre soin les uns des autres.
Et accepter nos différences ». (avril 2019)
« La protestation de Greta a un double objectif. Cela attire non seulement
l’attention sur la politique climatique, comme elle le souhaitait, mais montre
également le potentiel politique de la différence neurologique »(Journal New Yorker)
Le
discours établit donc un rapport causal direct entre le diagnostic (syndrome d’Asperger) et l’action de contestation. Sans
ce diagnostic qui en fait un être à part, elle aurait été comme tout le monde, et n’aurait donc pas entrepris la grève
scolaire.
3 – L’appréciation de l’écrivain Le Clézio « Elle dit que nous – les adultes, les
responsables, les acteurs de notre monde égoïste et rapace –, nous n’avons rien
fait, et que les enfants du futur nous demanderont des comptes. »
(mars2019) indique clairement que ce sont des catégories psychologiques et
morales négatives qui déterminent les adultes et le monde.
Aporie
Ce système politique est créé par les adultes tricheurs et il est déterminé par la compétition.
Donc, d’un côté, le monde de ces adultes ;
face à lui, celui de ceux qui ne le sont pas : les enfants et adolescents.
S’il est vrai que l’enfant/adolescent n’est pas
un adulte en miniature, la croyance qu’il
aurait une capacité à mieux discerner les problèmes (« la vérité sort de
la bouche des enfants ») pour mieux les résoudre contient une aporie :
l’enfant étant« condamné » à devenir adulte, il faudrait, pour
parvenir à un changement, soit stopper son évolution, soit éliminer l’adulte
dont on peut se demander pourquoi et à partir de quel moment il oublie l’enfant
qu’il a été pour être contaminé par la compétition et devenir un tricheur.
Stopper l’évolution de l’enfant est un sujet abordé par Gunther Grass dans son roman Die Blechtrommel (Le Tambour, dont Volker Schlöndorff a tiré un film) qui raconte comment le petit Oskar refuse de grandir dans le monde adulte nazi. Un choix obstiné et têtu qui n’empêche en rien la catastrophe. La fiction du roman nous rappelle qu’opposer le monde des enfants à celui des adultes revient à nier l’évidence de la nécessité de l’évolution, bref à nier la vie.
Singularité
Sans mon diagnostic… Il faut comprendre, sans doute : sans le syndrome et le diagnostic de ce syndrome.
Les personnes qui « savent sortir des
sentiers battus » seraient donc douées de ce savoir singulier lié à cette particularité
neurologique ou à une autre du même type. Mais « sortir des sentiers battus » n’est
qu’une formule qui semble bien être elle-même un de ces « sentiers battus ».
« Prendre soin des autres » et « accepter nos différences »,
sont également des formules générales sans contenu défini et que tout le monde
peut reprendre à son compte dans les sentiers battus… sauf à les rapporter au
cas particulier de la jeune fille.
Morale
Il faut ajouter à l’accusation le paramètre
moral, notamment la honte que la
jeune fille a invoquée à la tribune de l’ONU pour la jeter à la figure des
dirigeants politiques qui lui ont « volé ses rêves ». Accusation
gravissime dans la mesure où le vol des rêves est la métaphore d’un avenir interdit.
Il évoque clairement le crime contre l’enfant.
Confusions
Un des problèmes posé par Greta Thunberg en tant qu’adolescente atteinte d’une particularité neurologique et intervenant dans un débat de nature hautement dramatique, est celui de la confusion prise dans ses deux sens : confusion du discours d’une part, confusion de la critique d’autre part.
Sauf à
commencer par nommer le système, à analyser ce qui le constitue, à expliquer comment
il fonctionne et pourquoi il perdure, le discours de contestation se nourrit généralement
de louables intentions. Ici, la discrimination entre méchants adultes
irresponsables et égoïstes parce qu’ils sont adultes, et gentils enfants/adolescents
conscients et altruistes parce qu’ils sont enfants, reprend le vieux thème du
conflit de générations, précisément un des « sentiers battus » de la
révolte adolescente dont on sait qu’elle est une étape pour parvenir à l’âge
adulte.
Seulement,
comment critiquer une adolescente atteinte d’une telle particularité
neurologique stigmatisée et dont le discours appuyé sur le constat
difficilement contestable d’un changement climatique qui s’accélère, annonce sinon
la fin de l’humanité du moins une grande précarité de la vie sur la planète ?
Cette
singularité, si elle ne la justifie pas, peut expliquer la violence de
certaines réactions qui s’en prennent à sa
personne en suscitant, comme elle, des réactions épidermiques.
Miroir
Greta
Thunberg est en réalité un miroir qui renvoie une double image :
celle d’une société qui émerge à peine d’un discours discriminant et
culpabilisant concernant la question de l’autisme, et celle du système
capitaliste, non nommé, et auquel est substitué le terme général politique qui désigne la gestion par les
adultes des affaires publiques.
La
société n’est pas à l’aise avec ce qu’on appelle autisme ; le mot vient du grec autos que l’on traduit par « même » dans le sens de
soi-même. L’autisme, qui donne l’image d’une personne n’ayant de rapports
qu’avec elle-même, est donc perçu comme un danger par la société qui se nourrit
de liens et qui ne craint rien tant que ce qui isole et singularise. D’où le diagnostic premier d’une carence
éducative des parents (notamment de la mère) et la culpabilisation afférente
qui en a découlé pendant des décennies.
Le phénomène Greta Thunberg est sans doute d’abord une revanche contre le diagnostic
premier, un renversement de la culpabilisation.
Quant à
la politique, elle est en effet depuis toujours et partout conduite
exclusivement par les adultes, maintenant accusés d’agression envers l’enfance
incarnée ici par une adolescente dont le particularisme, longtemps mal compris,
a été objet d’exclusion.
Quelles que soient les structures de contrôle
et de délibération, les adultes en charge de la politique sont le plus souvent perçus
comme vivant dans un monde clos, loin du réel de la vie des gens. Cette
perception est alimentée de manière récurrente par ce qu’on appelle les affaires, le plus souvent népotiques
et financières.
Relativement à la question climatique, les
responsables politiques sont des objets de critiques d’autant plus
commodes que la mutation climatique s’aggrave. Cette critique, quand elle est
systématique, s’appuie sur le mythe de la toute puissance supposée du pouvoir
et de sa mauvaise volonté. « Mais que fait le gouvernement ? » est
devenu un leitmotiv humoristique.
Culpabilisation
Tous les
scénarios imaginables de manipulation, de mise en scène, ne suffisent pas à
expliquer l’émergence et l’amplification jusqu’au paradoxe du phénomène Greta
Thunberg.
Ainsi, les
Nations Unies regroupant les pays qui fonctionnent grosso modo sur le même
modèle de système politique dénoncé
par Greta Thunberg, l’invitent à prendre la parole pour une séance de ce qui
ressemble fort à une flagellation : « Vous m’invitez pour que je vous
dise que vous êtes mauvais, eh bien je vais vous le dire ! », tel est
le sens de l’invitation lancée et acceptée.
La référence au pape [« J’ai rencontré aujourd’hui le pape François. Je l’ai remercié car il parle clairement de la crise climatique. Il m’a dit de poursuivre [mon engagement] » (avril 2019)] peut aider à comprendre ce paradoxe.
Le pape est l’incontestable et incontesté
spécialiste es culpabilisation/ culpabilité
dont la société humaine a eu besoin de se doter depuis deux mille ans, sous
cette forme. Ceux qui fréquentent ou ont fréquenté les églises savent pour
l’avoir entendu sermonner que nous, les êtres humains, sommes responsables/coupables
de la mort du fils de Dieu, crucifié à cause de nos péchés pour notre salut. Les
mécréants ne sont évidemment pas épargnés par ce message qui n’est pas de
nature transcendante : les hommes ont toujours eu besoin de croire que les
cataclysmes de tous ordres étaient des punitions méritées par des fautes présumées.
Les formes de cette croyance ambivalente – elle est dans le même temps
contestée et dénoncée (cf. Voltaire et le tremblement de terre de Lisbonne) – sont diverses, mais la teneur du discours est
la même : il s’agit de rendre « acceptable » la catastrophe et
de trouver des boucs-émissaires.
La culpabilisation a donc aujourd’hui pour support
une catastrophe climatique, et, pour les raisons évoquées plus haut, Greta
Thurnberg en est l’expression la plus pertinente, pour le moment… et à ses
risques et périls.
Elle concerne un double rapport :
1 – celui des parents avec l’héritage qu’ils laissent à leurs enfants ;
2 – celui de l’être humain avec la « nature » ;
1 – La légitimité de la question de l’héritage
semble aller de soi : n’est-il pas « normal » que les parents se
préoccupent de transmettre à leurs enfants les biens qu’ils possèdent ?
Les études notariales et les tribunaux nous
rappellent que l’héritage n’est pas forcément un facteur d’harmonie familiale
ou individuelle, non plus qu’un critère d’amour. Des voix s’élèvent
régulièrement pour en contester le bien-fondé.
2 – La transmission concerne aussi le rapport
de la société avec les générations futures. Elle est au cœur du discours
protestataire de Greta Thunberg qui invoque donc la honte comme renfort
argumentaire de la thèse selon laquelle l’homme-adulte a gravement dénaturé
la nature qui se retourne aujourd’hui contre lui et dont les enfants paieront
le prix fort.
Mais, sauf à imaginer une humanité d’adultes
pervers qui se plairaient à organiser le pire pour leurs enfants, en quoi ce
que construit l’homme adulte pour lui-même serait-il néfaste pour ses descendants ?
La
mutation climatique liée à l’action humaine n’est pas le produit d’une décision.
Elle est la conséquence, parmi d’autres, d’un processus tel, qu’il est
impossible d’en imputer la responsabilité à quiconque. Les ingénieurs qui, au
19ème siècle, ont inventé le moteur à explosion, seraient-ils
responsables (dans le sens : apporter une réponse adéquate à un problème
posé) de la pollution produite par l’émission de CO2 des automobiles aux 20ème
et 21ème siècles ? En d’autres termes, était-il possible à ce
moment de l’histoire de prévoir la dimension planétaire des effets d’une découverte de
niveau artisanal ? Les ingénieurs disposaient-ils alors des moyens d’une
telle projection ? Et s’ils en avaient disposé, aurait-il été possible
d’agir au niveau de la production ? Aurait-il fallu décider de la réserver
à une partie de la population ? Comme les carrosses aux rois et aux nobles ?
Marie Curie mourant des conséquences de sa
découverte est-elle l’exemple à ne pas suivre ? L’illustration vivante de
ce qu’il ne faut pas faire ? La place qu’elle occupe dans le panthéon des
modèles que se choisissent les sociétés humaines révèle l’importance de la
question du savoir en tant que
composant essentiel de l’être humain. Et du risque que contient l’exploration de
l’inconnu. Toute forme de vie, au niveau qui est le sien, court ce risque
nécessaire, inhérent à la vie elle-même.
« La
maison brûle et nous regardons ailleurs ». La phrase est revenue d’actualité
au moment de la mort de celui qui l’a prononcée. Elle est de la même veine
culpabilisante que le discours de la jeune suédoise.
De ce
point de vue, son discours est en soi une régression. Il renvoie aux discours
de péché et de châtiment divin que les prêcheurs n’ont cessé de déverser sur
l’humanité.
Nature
Si l’avenir d’une découverte, d’une invention devient
ensuite objet d’industrialisation et de commerce, est-ce, comme l’affirme Greta
Thunberg, à cause de la compétition
et de la tricherie qui caractériseraient
les comportements adultes ?
Les enfants en seraient-ils exempts ?
On retrouve ici la distinction arbitraire de nature entre l’âge de l’enfance et celui
de l’adulte, comme si le passage de l’un à l’autre était déterminé pas
l’acquisition de ces deux défauts.
Si l’on veut avancer sur la voie des solutions
possibles, il faut commencer par quitter le terrain de la morale et des
catégories psychologiques.
Le problème que pose la mutation climatique ne
ressortit pas à une façon de penser,
mais à ce qui constitue le cœur de la pensée humaine, son essence, dont la
littérature, l’art, la philosophie nous disent depuis la nuit des temps qu’il
s’agit de la conscience que l’homme (enfant, adolescent, adulte) a de sa fin.
Opposer l’enfant à l’adulte culpabilisé n’est
donc qu’un contournement qui mobilise l’émotion et/ou la colère pour une
anesthésie de soulagement stérile.
L’opposition de l’homme adulte à la nature est
elle aussi un contournement qui s’appuie sur une transcendance qui ne dit pas
toujours son nom.
Dire que l’homme ne respecte pas la nature en
la polluant revient à dire qu’il n’est pas de
la nature, qu’il est d’une autre essence. Le corollaire : la nature est la
plus forte et au bout du compte, elle finit par reprendre ses droits.
En d’autres termes, la nature serait régie par
des principes et des lois que l’homme s’efforcerait d’ignorer et de
transgresser au risque de se perdre, comme nous le constaterions aujourd’hui.
L’un et l’autre s’affronteraient en permanence dans un match que l’homme ne
peut pas gagner.
Cette croyance s’appuie, plus ou moins
consciemment, sur celle de la création.
Que se passe-t-il si on rejette ce type de
discours ?
Si nous ne sommes pas en-dehors de la nature,
si nous ne sommes pas d’une essence autre, si au contraire nous sommes de la nature, alors, ce que nous
inventons, découvrons, construisons, est naturel.
Comme sont naturels un tsunami, une éruption volcanique, un orage, un ouragan,
un cyclone, un typhon, un coucher de soleil, un sommet enneigé, une toile
d’araignée dans la rosée matinale…
Que se passe-t-il si nous cessons de dire que
nous polluons la nature en tant qu’objet
extérieur, notamment par les productions industrielles ?
Que se passe-t-il si nous disons que ces
productions consommatrices d’énergies fossile ou nucléaire produisent des
déchets comme en produit notre corps, comme la vache produit du méthane, et
qu’elles sont constitutives de la vie et de la mort qu’elle contient ?
Il est très utile et très agréable (enfin… pas
toujours) d’aller en avion de Paris à New-York ou à Tokyo ou à Pékin, de
voyager sur un bateau (même réserve), de prendre sa voiture (même réserve) pour
aller voir des amis, découvrir des régions, des pays … Nous savons que nous
prenons le risque de l’accident, de la blessure, de la mort et nous l’acceptons
parce que nous savons qu’il est inhérent à la vie.
Tous les discours de culpabilisation sont
inopérants face à cette réalité du vivant.
Dialectique
C’est le rejet historique de
l’« anormalité » dont elle est la porte-parole qui contribue à conduire
aujourd’hui Greta Thunberg sur le devant de la scène.
Il convient de la comprendre comme un élément
d’une dialectique, en tant qu’elle prononce
un discours qui n’a de sens que par rapport à un discours antérieur (sur
l’autisme) stigmatisant et lui aussi inopérant. Ce qu’elle dit de l’objet annoncé – le climat – n’a donc
aucune importance : ce qui est à prendre en compte, c’est l’existence même de son discours
amplifié par ceux-là mêmes qu’il met en cause (cf. l’intervention à l’ONU, les
médias…).
L’existence même de ce discours (une jeune
fille atteinte du syndrome d’Asperger parlant au monde entier qui l’applaudit)
signifie qu’un autre discours, ancien, sur l’autisme par exemple, mais pas
seulement, est obsolète.
L’objet des deux discours antagonistes étant la
culpabilisation présentée comme une explication, il faut les rejeter, l’un comme
l’autre. La honte qu’elle invoque (et qu’ont pu éprouver les parents des
enfants autistes) ne concerne pas en réalité l’inaction des politiques face au
dérèglement climatique, mais celle qui a accompagné longtemps le diagnostic de
l’autisme.
Ce qu’il faut appliquer au changement
climatique, c’est précisément l’obsolescence des deux discours dont la
culpabilisation pervertit le débat, notamment en opposant l’homme à la nature.
La
vie comme résolution
Non seulement le retour à la marine à voile, la
suppression des avions ou ses voitures sont impossibles, mais il serait
contreproductif de les proposer comme souhaitables.
Diminuer drastiquement la masse carbone dans un
court terme n’est pas possible non plus et les tentatives de contournement sont
des leurres : par exemple, la généralisation de la voiture électrique
suppose une surproduction d’électricité que les énergies renouvelables sont
incapables d’assurer dans le court terme. Restent le nucléaire (avec ses
déchets redoutables) et les centrales thermiques à charbon qui enverront dans
l’atmosphère le CO2 que n’enverront plus les voitures.
Quant aux initiatives écologiques individuelles,
elles ne sont que des démarches éthiques. Si elles sont utiles à ceux qui les
entreprennent, elles ne peuvent en rien modifier le comportement global qui
seul est déterminant. L’effet de contagion n’existe pas pour ce type de
problème, ou si peu qu’il n’a d’efficacité que marginale.
Le réchauffement
va continuer à produire des phénomènes météorologiques destructeurs comme celui
qu’ont connu récemment les Bahamas.
S’y préparer pour en réduire les effets n’est
pas de l’ordre de la résignation, mais de l’acceptation du vivant dont nous
savons qu’il contient nécessairement la mort.
Si nous voulons trouver des solutions, il faut remettre en cause l’équation capitaliste être = avoir + qui concerne aussi bien les enfants que les adultes.
Cette remise en cause seule peut permettre de
penser autrement notre rapport à l’objet, à sa production industrielle et à son
utilisation, notre rapport aux autres et à nous-mêmes.
Le discours de Greta Thunberg sur le climat
ignore l’équation capitaliste. Jeter les enfants contre les adultes ne peut que
servir les climato-sceptiques qui n’ont pas la moindre envie de remettre en
cause cette équation.
La réponse adéquate n’existe donc pas a priori et elle ne peut pas être élaborée
selon les paramètres actuels.
L’humanité se trouve aujourd’hui devant un
inconnu qu’elle ne parviendra à comprendre et à apprivoiser que si elle change
le logiciel qui l’a conduite à cet état de développement.
Pour cela, il faut qu’elle commence par se
reconnaître de la nature, ce qui
implique qu’elle rejette toute transcendance.
Ce n’est pas une mince entreprise si l’on pense
qu’elle a construit il y a des milliers d’années un disque dur qu’elle
réactualise sans cesse pour se convaincre du contraire.
Sauf à se désespérer et à opter pour la
tristesse et le désespoir, c’est cette voie qu’il nous faut choisir.