De la nature… suite

(cf. l’article du 13 novembre 2019 : La problématique Greta Thunberg)

L’ethnologue Philippe Descola intervenait ce matin (20 avril) dans Les Matins de France Culture.

Il explique notamment comment la confusion nature/environnement est une création du capitalisme naissant du 18ème siècle pour qui la nature – ce qui n’est pas l’homme –  est un réservoir de ressources considérées comme infinies. Ainsi, comme on l’entend souvent dire, ce n’est pas l’homme, en tant que tel, qui agresse son environnement, mais le système capitaliste pour qui la planète est objet d’exploitation. Dire, à propos du changement climatique ou du coronavirus, que la nature « reprend ses droits », voire qu’elle « se venge » n’a donc d’autre sens qu’idéologique.

Dans son essai philosophique Ethique (écrit en latin), Spinoza (17ème siècle), désigne par Deus sive Natura ce qu’on pourrait définir par le Tout qui englobe l’ensemble du vivant : l’homme, les animaux, les plantes, les minéraux, le cosmos.

Deus sive Natura se traduit par Dieu autrement dit la Nature : une définition scandaleuse et inadmissible pour l’époque (et encore aujourd’hui pour certains) puisqu’elle assimile Dieu (être, créateur, père) à un concept et le vide ainsi du contenu que lui donne la Bible, récité dans le credo de la messe. L’Ethique est une conception immanente de la vie.

Ph. Descola qui a notamment étudié le mode de vie des populations de la forêt amazonienne explique comment la plante et l’animal sont, pour l’Amérindien, comme lui de la nature, pourvus d’une âme et auxquels il s’adresse comme il s’adresse à ses semblables.

Il partage la thèse selon laquelle la déforestation, rapprochant les animaux sauvages des animaux domestiques donc des hommes, pourrait être un sinon le facteur de transmission du coronavirus.

Le fil de son analyse le conduit à évoquer le mouvement des gilets jaunes, et, dans la critique qu’il fait du système capitaliste, la probabilité d’une explosion à venir que produira l’accumulation des mécontentements et des frustrations, en référence à celle qui a produit la révolution de 1789.

La limite de son intervention : il n’évoque ni la question du rapport entre cette révolution et l’essor du capitalisme – par rapport aux mécontentements et aux frustrations qui la provoquent, l’explosion révolutionnaire n’est pas, en soi, nécessairement adéquate –, ni, surtout, celle de l’assise humaine de ce système spécifique de notre espèce et qui n’est évidemment pas tombé du ciel.

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