Ressentiment

La colère a un côté libérateur. Elle de l’ordre de l’explosion. La soupape qui s’ouvre dans l’instant. Non seulement elle  n’interdit pas l’analyse, mais elle la favorise par sa fonction de catharsis.

Le ressentiment, lui, s’enfouit dans la mémoire. Il a un rôle parasitaire et provoque des réactions anachroniques, inadéquates.

J’écoutais ce midi (jeudi 16 avril) sur France Inter des témoignages de petits maraîchers que la fermeture des marchés de plein air plonge dans une détresse économique compliquée de surcroît par l’incompréhension et le sentiment que suscite la confrontation à l’absurde.

En quoi, dans le respect des barrières sanitaires, les marchés d’alimentation de plein seraient-ils plus dangereux que les grandes surfaces ? demandaient-ils.

Quel argument est opposable à cette demande qui semble pertinente ?

L’effet de foule ?

Ma dernière expérience de marché de plein air (13 mars, avant-veille du premier tour des élections municipales) déjà soumis aux barrières sanitaires : les étals, d’alimentation exclusivement, étaient distants de plusieurs mètres et les acheteurs se tenaient à la distance réglementaire. Pas de précipitation, pas de regroupements, pas de proximité… Alors que, ce matin, dans le Super U, la notion de mètre était parfois relative.

L’ostréiculteur de Mèze – il ne vend que sur les marchés – chez qui j’achète mes huîtres hebdomadaires depuis six ans, qui me connaît donc un peu, et qui savait que ce serait son dernier marché avant longtemps (ici, et ailleurs), a, pour la première fois exprimé une opinion « politique » : une réaction d’une grande violence contre E. Macron, qui laissait entrevoir quel serait son prochain vote.

Je ne dis pas que l’interdiction du marché est la cause d’une orientation politique dont  il ne m’avait dit, du moins explicitement, jusqu’ici le moindre mot :  le temps de l’achat est relativement bref et les critères du commerce déconseillent d’aborder le terrain politique.

Qu’il ait pu exprimer ce que j’ai compris comme un compte à régler à froid, comme le plat de la vengeance, m’incite à penser que nombreux sont ceux dont la colère va muter en un virus de ressentiment.

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