La course au vaccin et l’indignation

Paul Hudson, PDG du laboratoire français SANOFI a expliqué que les Etats-Unis seraient servis les premiers (pour le vaccin du coronavirus) parce qu’ « ils ont investi pour essayer de protéger leur population. »

Décision jugée scandaleuse par le Parti socialise :

«  Sanofi est une entreprise française dont l’activité de recherche est financée au titre du Crédit d’impôt recherche (CIR) – un crédit d’impôt annuel de 150 millions d‘euros – et du Crédit d’impôt compétitivité emploi (CICE) -13 millions en 2013, passé à 24 millions en 2018. Le gouvernement doit agir avec la plus grande fermeté pour empêcher cette décision. L’engagement des Français pour développer un champion dans la filière de la santé ne peut pas aboutir à le voir préférer d’autres marchés pour lancer ses vaccins. Il ne peut pas y avoir des gains systématiquement privatisés et des pertes ou des investissements systématiquement reportés sur l’effort collectif des français. Nous ne pouvons pas dépendre de la Chine pour les masques et voir notre propre production de vaccins partir aux États-Unis » (Information trouvée sur le site Huffpost).

Ces deux déclarations – du PDG et d’Olivier Faure, secrétaire du PS –  indiquent assez bien comment « le monde d’après » risque de ressembler fort au « monde d’avant ».

1 – La stratégie de Sanofi est parfaitement cohérente : elle est une entreprise dont l’objectif  est, comme toutes les entreprises,  de produire le maximum de profit possible. Elle a choisi le créneau des médicaments comme d’autres les épluche-légumes ou les toilettes encastrées.

Où est le problème ?

Mais, s’écrient les socialistes indignés, cette entreprise bénéficie d’avantages fiscaux et de crédits qui se chiffrent en millions d’euros !

2- Alors, ajoutent-ils toujours indignés, il ne faut pas que notre production parte pour les Etats-Unis !

En d’autres termes, France First !

Ah, ce sens socialiste aigu du bien commun ! Hum… Chercheraient-ils à récupérer un mécontentement (teinté… coloré… parfois… souvent… de nationalisme) suscité par les délocalisations et qui demande le rapatriement des productions en France ?

Certains leur feront remarquer que le président qui a précédé celui-ci, et qui lui a mis le pied à l’étrier, était socialiste, et ils demanderont quelle est la différence essentielle entre celui-là et celui-ci pour ce qui concerne la conception et la gestion politiques. Ils lui rappelleront peut-être aussi qu’on reconnaissait celui-là à sa boîte à outils qui contenait notamment le CIR et le CICR dont profite, entre autres, Sanofi.

L’indignation… Hum

 « Indignez-vous ! » avait-on entendu il y a quelques années. Avec un grand succès d’édition et médiatique.

L’indignation, comme la honte, est un mode de protestation très confortable et très commode. Ça soulage et ça ne fait du mal à personne, ou alors très à la marge.

En 1841, une loi française interdit le travail de nuit pour les enfants de moins de 13 ans.

Est-ce que les députés de 1841 étaient un peu plus indignés que ceux de 1840 qui n’avaient pas estimé nécessaire de légiférer sur cette question ? Et l’étaient-ils un peu moins que ceux qui, plus tard, bien plus tard, estimeront que la place d’un enfant est à l’école ?

Les raisons essentielles qui conduisirent à légiférer sur le travail des enfants n’étaient pas d’ordre moral, mais déterminées par le rapport bénéfice-dommage économique.  

Ce n’est pas nouveau : « Le sucre serait trop cher si l’on ne faisait travailler la plante qui le produit par des esclaves. » (Montesquieu, pratiquant ici l’humour noir ( !), dans De l’esprit des lois – 1748).

Aujourd’hui, plus de 150 millions d’enfants travaillent à plein temps dans le monde, sans compter ceux qui travaillent à temps partiel.

La capacité d’indignation de ceux qui les exploitent est la même que celle du PDG de Sanofi.

Et c’est la même logique et la même cohérence qui déterminent les choix des uns et des autres.

Dernière minute : sensible à l’indignation exprimée par la secrétaire d’Etat à l’économie, Sanofi, très émue, indique que les US ne seront pas prioritaires, à condition que l’Europe contribue. Autrement dit : combien ? Ce n’est pas tout à fait de la vente aux enchères, mais ça y ressemble.

Julia de Funès et le télétravail

Télé, du grec tèlé, « au loin » : la télévision (hybride gréco-latin) permet de voir une image fabriquée au loin, le télescope (deux mots grecs)  vise au loin une image non fabriquée, et le télétravail (même hybridation) permet d’exercer son emploi loin de l’entreprise physique.

Julia de Funès (oui, c’est sa petite-fille) – doctorat de philosophie et DESS de Management des Ressources Humaines – qui sait ce qu’est le monde de l’entreprise (elle fut « chercheuse de têtes ») tient globalement un discours dont l’objectif est à la fois de dénoncer les artifices du « coaching », le charlatanisme des gourous de la résilience, des spécialistes du bonheur organisé dans l’entreprise (jeux de rôles, bay-foot etc.) et d’ouvrir les pistes du véritable épanouissement, en particulier par le télétravail dont elle célébrait (le mot est faible) ce 13 mai les bienfaits dans Les matins de France Culture

Il y avait, dit-elle, deux arguments contre le télétravail : la difficulté matérielle (résolue selon elle) et  ce qui touche aux relations. Elle assure qu’ils ont été « pulvérisés ».

Extraits : prenez le temps de lire, cela en vaut la peine.

 « Il [le télétravail] allait déliter les liens sociaux, or, les études montrent que les communications n’ont pas diminué pour autant, donc il n’y a plus tellement de contre-arguments. Je n’ai jamais cru véritablement  à l’étanchéité des deux sphères, la vie pro et la vie perso… c’est de bon ton de les distinguer depuis dix quinze ans, il y avait cette mode-là, mode langagière, mais je n’y ai jamais cru…. La vie est « une »… le télétravail a aussi ses dérives de confondre toutes les sphères….les études montrent que les gens travaillent mieux en télétravail qu’au bureau, ils sont moins dispersés, moins dérangés… c’est une liberté, une libération psychologique… quand on est chez soi, en peignoir, dans sa chambre, on est très concentré sur son écran, alors que quand on est dans les open spaces, les flex-offices on est toujours obligé de montrer qu’on travaille… c’est pourquoi le télétravail est très efficace… ça agit comme un tamis on ne voit que la performance, on ne peut pas faire semblant, on ne peut pas faire de la représentation… ceux qui sont contre le télétravail sont ceux qui ne veulent pas se mettre au travail… il n’y a plus de contre-argument qui puisse anéantir le télétravail en tant que tel… le télétravail ne remplace en rien la beauté des relations humaines… je vais être un peu cynique … on voit les gens masqués mais avec la visioconf. au moins on voit  le visage des gens en entier… les collaborateurs, en gros, sont très heureux du télétravail… le marché économique est darwinien et seuls les meilleurs résistent… »

En un peu moins d’un quart d’heure, J. de Funès a exposé ce que devrait être, (ce que sera ?) le nouveau mode de travail, du moins pour ceux dont la présence physique n’est pas indispensable dans l’entreprise.

Le critère est l’efficacité, la rentabilité. C’est exactement le même que celui qui sous-tend (sous-tendait ?) les interventions des coaches, des gourous, des charlatans dont elle fait le procès  dans un de ses livres : elle ne fait que leur succéder pour le même objectif. Le seul changement est d’ordre stratégique et tactique : nouveaux moyens, nouveau discours idéologique appuyé sur une technologie pour optimiser les performances.

Sa référence à Darwin qu’elle récupère comme garantie scientifique est un exemple du « la fin justifie les moyen » qui n’est pas tout à fait étranger au monde de l’entreprise : il n’y a aucun rapport entre la sélection naturelle observée par Darwin et la sélection économique/industrielle  qui répond aux normes d’un système créé de toutes pièces.

Vu sous l’angle de la philosophie, son discours est affligeant : les « je crois » « je n’ai jamais cru » font office d’argument, les analyses sont appuyées sur des assertions (quelles « études » sérieuses peuvent-être faites en deux ou trois mois et dans des conditions de pandémie ?), des simplifications (pourquoi la séparation de la sphère personnelle de celle du travail dans l’entreprise est-elle du domaine de la mode ? En quoi les liens sociaux = les communications ?), des contradictions (négation de la séparation des sphères perso/pro… et concession que le télétravail peut conduire à une confusion  des sphères…), une idéalisation caricaturale (bonheur de travailler chez soi en peignoir, dans sa chambre), et, le plus grave, peut-être, sous l’angle de l’éthique philosophique, l’instrumentalisation des concepts « La vie est une », « liberté, libération psychologique » à des fins intéressées.

Quand elle concède, comme si elle se rendait brusquement compte que les êtres humains sont des êtres sociaux faits de chair et de sang, que « le télétravail ne remplace en rien la beauté des relations humaines », se rend-elle compte qu’elle utilise le même type de discours lénifiant et infantilisant que celui de ses prédécesseurs qui, avec d’autres outils, construisaient une mythification de l’entreprise qui s’apparente à de la mystification ? Qu’est-ce que la beauté des relations humaines dans l’entreprise ?

Pour les travailleurs de la même catégorie, le télétravail va distinguer ceux qui utiliseront chez eux l’outil informatique, de ceux qui devront rester « en présentiel » (le néologisme neutre tend à gommer la personne physique contenue dans « présence »).

Pour quelles conséquences, sociales, familiales ? Personne ne le sait.

Le discours de J. de Funès promet aux télétravailleurs la liberté, la libération psychologique, passant sous silence le fait que  ce mode de travail ne supprimera pas l’intervention de la hiérarchie et qu’elle prendra seulement d’autres formes, qu’elle sera envoyée et reçue dans un lieu qui est celui de la vie privée.

Dire, pour faire avaler la pilule de la confusion des sphères, que « la vie est une », est un argument de bateleur.

La vacance de M. Hulot

Le Monde daté du 7 mai que j’ai trouvé dans ma boîte ce matin 11 mai, (loin de sonner deux fois, le facteur ne passe plus tous les jours depuis le 16 mars), publie sur deux pages les « 100 principes pour un nouveau monde » de M. Nicolas Hulot.

Chaque principe commence par « le temps est venu » qui n’est pas sans rappeler « les temps sont proches » de la venue du Messie, avec tout de même la différence que le Messie serait là. Noël !!, donc, comme on s’exclamait dans les temps très anciens.

Laissons de côté l’inadéquation de « principes » pour ce qui n’est en réalité qu’assertions qui ont l’immense mérite de n’être jamais affaiblies par la moindre précision, encore moins par la moindre explication, et encore moins par la moindre analyse. 

On objectera que ce n’est pas l’objet de « principes », et que ce même numéro du Monde offre encore une interview de deux pages au même M. Hulot photographié dans une pose à la fois à la fois inspirée et inspirante. Il livre donc quelques pensées nouvelles à la mesure de sa posture, comme celles-ci : 

– « Il est temps de s’attaquer aux racines du mal »

– « Il faudra voir si l’on est capable de définir l’absolu prioritaire et de le constitutionnaliser. »

–  « Il y a un modèle que l’on ne peut pas poursuivre jusqu’à l’absurde »

– « Si demain, le temps des procureurs l’emporte sur le temps des éclaireurs, on ira dans le mur »

– «  Il ne faudra rien s’interdire en termes de propositions. Réformer la fiscalité et avoir une TVA incitative, en Europe, sur les  biens et les services écologiquement et socialement vertueux, et qui soit dissuasive sur des biens toxiques, permettant de structurer les modes de production et de consommation».

A aucun moment, M. Hulot ne précise quels sont le modèle, le mal, ses racines auxquels il faut « s’attaquer » (donc rien sur la nature des armes permettant cette attaque essentielle) et pour définir l’essence du nouveau monde il a cette formule limpide « Il doit être radical en humanité et en solidarité ».  J’ai vainement cherché dans la suite ce que pouvait bien vouloir dire « radical en humanité ». Mes livres, non plus, ne m’ont donné la moindre réponse. Je ne pas trouvé non plus ce qu’est un « temps qui l’emporte sur », ni ce qu’est un « bien toxique ». Quant aux propositions qui ne souffriront donc aucune interdiction… elles sont déterminées par une fiscalité qui doit permettre de « structurer des modes : autrement dit, un mode étant une manière de faire, il s’agit d’ajustements qui ne touchent en rien ce qu’il appelle les « racines du mal » qui désignent une essence. Exemple «   « Trouvera-t-on, des produits alimentaires hors saison dans les magasin. Non. Rapidement, il faudra que l’offre et la consommation changent ». Comment changeront-ils ? Suffira-t-il d’interdire par décret l’importation des cerises pour Noël ? Des ananas ? Des bananes ? Dans quel type de rapport s’inscrit ce type d’importation ? Est-il à sens unique ?

Rien dans l’interview ne concerne le système qui régit le rapport production/consommation, le capitalisme – le mot n’est pas cité –,  et ce que propose M. Hulot n’est rien d’autre que ce que d’autres avant lui ont appelé la « moralisation » du système. Lui parle de vertu.

Quant aux 100 principes… En voici quelques-uns parmi les plus brillants.

2 – Le temps est venu de transcender la peur en espoir

3- Le temps est venu pour une nouvelle façon de penser

8- Le temps est venu de ne plus laisser l’avenir décider à notre place

9 – Le temps est venu de ne plus se mentir

10 – Le temps est venu de réanimer notre humanité

13 – Le temps est venu de traiter les racines des crises

15 – Le temps est venu d’entendre la jeunesse et d’apprendre des anciens… (…)

Ces formules de catéchisme auraient justifié par leur nombre le pluriel du « vacance » donné au titre de l’article, mais il a déjà été pris. J’ai gardé le singulier qui a l’avantage de mettre en évidence le vide.

Ces quatre belles pages consacrées à M. Hulot dans ce journal pourraient inciter des esprits malveillants à poser la question du pourquoi autant de place à ce monsieur ? N’y aurait-il pas là, comment dire, une intention visant l’élection présidentielle de 2022 ? Pour celle de 1981, F. Mitterrand avait fait 110 propositions… mais il est vrai que ce n’était pas des « principes »… même s’ils n’en sont pas.

Le journaliste qui ne pouvait évidemment pas s’interroger sur ces quatre pages si rarement attribuées à une même personne,  lui a posé la question…

« Je suis à des années-lumière de cette échéance » a-t-il répondu.

Le Monde en est peut-être un peu moins loin…  

La vieillesse, le naufrage et la mort

Deux extraits « bruts » de l’émission Les pieds sur terre du 8 mai. Cette émission de France Culture (13 h 30 – 14 h 00) présente des témoignages diffusés tels quels sur des sujets divers. Ils ne sont accompagnés d’aucun commentaire.

– Danielle 74 ans, dont le mari est hémiplégique.

« Je n’ai plus de vie sociale » « je n’ai plus ce demi-jour de liberté » (absence des aides de vie à cause de l’épidémie). « Il n’a plus de vision périphérique ; plus de facultés cognitives ; je n’arrête pas ; je bricole ; mains occupées, mauvaises pensées chassées ; mon seul moment tranquille c’est quand il est tranquille ; le monde est à moi ; mais je lui prépare son dîner ; (fabrication de masques artisanaux avec du Sopalin, des filtres à café) ; je pense à ces femmes dans les camps de concentration ; je n’ai pas de quoi me plaindre ; il y a toujours pire ; la vie n’épargne personne ; le naufrage de la vieillesse ; vivre comme si on devait mourir demain, on irait à l’essentiel, on serait moins bête ; je vais voir mon épou-vantable (elle précise qu’elle s’adresse ainsi à lui, sur le ton de l’humour) ; je prends des petits bonheurs… je regarde le rouge-gorge… » 

–  Rosine, 77 ans, vit avec son mari de 82 ans ; elle souffre d’une pathologie pulmonaire chronique et elle a déjà été hospitalisée en soins intensifs il y a trois ans, pendant trois semaines.

« Je voyais ma mort ; ce n’était pas un cauchemar ; un rêve ; des cloches, des sonneries de téléphone ; il y avait une familiarité avec la chose, ça ne me faisait pas peur ; il faut qu’on fasse ci, qu’on fasse ça, qu’on achète une concession… mais on ne fait rien… préparer ma mort, c’est une raison de vivre, une mainmise là-dessus, continuer à rester active , la mort ça fait partie de la vie, donc il ne faut pas en avoir peur ».

1 – « La vieillesse est un naufrage »

La formule se trouve dans les Mémoires du général de Gaule. Elle est illustrée par l’exemple du maréchal Pétain qui choisit de demander l’armistice puis de collaborer avec les nazis.

Les formules, comme les proverbes, donnent l’impression d’énoncer des vérités universelles. Elles sont le plus souvent des points de vue appuyés sur une idéologie, une croyance… (cf. l’article : dialogue sur les chemins de faire – 01/05/2020).

C’est le cas ici.

Le naufrage (association de deux mots latins qui indique une fracture) d’un navire est lié à des causes extérieures : il navigue, il ne souffre d’aucune avarie, quand souvient soit un iceberg soit un ouragan qui le brise et l’envoie par le fond.

La vieillesse n’a rien à voir avec ça : elle est une usure de la vie. Un navire usé ne navigue plus, sauf si son propriétaire a décidé d’outrepasser la limite de son autonomie, prenant ainsi la responsabilité d’une disparition dramatique en mer.

Ce qui revient à dire que nous sommes les « propriétaires » de notre vie et que, en-dehors de l’accident naufrageur qui arrive à tout âge, nous avons la possibilité de décider quand peut ou doit s’arrêter notre navigation.

La question est de savoir dans quelle mesure nous sommes libres ou pas de le faire.

2 – « Je n’ai pas de quoi me plaindre »

C’est un des éléments de réponse : non, nous ne sommes pas vraiment libres dans le rapport que nous construisons avec la souffrance et notre fin de vie.

Danielle relativise ses difficultés en les comparant avec celles qu’ont éprouvées les déportées des camps d’extermination nazie, dont Geneviève de Gaulle-Antonioz – nièce du général.

Mais que signifie cette démarche de relativisation qui conduit à « je n’ai pas de quoi me plaindre » ? Elle suppose qu’existe une échelle quantitative objective qui permettrait de nous indiquer quel est le degré des souffrances que nous rencontrons. Comme celle de Richter permet de mesurer l’amplitude des secousses sismiques.

Non seulement cette échelle n’existe pas, mais, aujourd’hui, l’hôpital indique clairement aux malades que c’est à eux d’évaluer le degré de leurs souffrances pour déterminer la quantité de sédatifs dont ils ont besoin.

La démarche de relativisation vient de la croyance que la vie est une vallée de larmes, que la femme doit enfanter dans la douleur et l’homme gagner son pain à la sueur de son front, bref  que nous sommes sur terre pour « en baver ». Tout est donc affaire de relativité par rapport à un mal nécessaire dont nous sommes responsables (cf. le péché originel).

Cet interdit de penser que la comparaison d’une souffrance n’a pas de sens, autre qu’une acceptation par injonction (la souffrance était considérée il n’y a pas si longtemps,  comme une épreuve divine, sainte et salutaire) touche à l’interdit de disposer de sa vie, donc d’y mettre fin, au motif qu’elle ne nous appartient pas, pas plus que la souffrance, et que la mort doit survenir au jour et à l’heure fixés.

 3 – La quiétude de la fin

«  Je voyais ma mort ; ce n’était pas un cauchemar ; un rêve ; des cloches, des sonneries de téléphone…ça ne me faisait pas peur… »

Rosine savait qu’elle était une candidate idéale au coronavirus et ses réflexions proviennent  de sa certitude d’être infectée et de mourir.

Ce qu’elle dit de son « rêve » pendant les soins intensifs antérieurs pourrait être une forme de discours de l’usure de la vie. Une expression du discours biologique du corps qui arrive au bout du chemin. Les cloches (celles de l’église), les sonneries du téléphone (les annonces du décès) apparaissent comme les expressions sociales normales, sinon banales, de la survenue de la mort… paisiblement abordée parce que « la mort ça fait partie de la vie ».

4 – le droit de disposer de sa vie et de se faire aider pour mourir

L’objection majeure est connue : cette reconnaissance accompagnée du droit d’assistance médicale serait une incitation à se débarrasser des personnes âgées dont l’état serait « gênant » pour des raisons diverses. Les autres concernent les procédures, pas la question elle-même.

Cette objection est analogue à celle qui était utilisée pour refuser l’abolition de la peine de mort (cf. l’article Prisons – 04/05/2020). Elle est en outre historiquement calée sur la croyance religieuse que la vie appartient à Dieu et qu’y « attenter »  est un péché mortel (il n’y pas si longtemps, l’église refusait les suicidés). Si cette dépendance divine n’apparaît plus explicitement dans les discours –  hors religions – elle se niche encore dans les recoins des interdits.

Cet interdit nourri de peur et d’hypocrisie – la pratique, dans les hôpitaux notamment, peut passer outre pour ceux qui sont en fin de vie – trouve un soulagement lâche dans l’existence, hors de nos frontières, d’officines qui, pour une somme non négligeable et sous certaines conditions, prend en compte votre choix et vous aide à mourir paisiblement.

Nous sommes donc dans une période intermédiaire (elle peut encore durer…) entre l’oukase et la demande de plus en plus pressante du droit de choisir le moment et les conditions de sa mort.

5 –préalable-corollaire de : « la mort ça fait partie de la vie, il ne faut pas en avoir peur. »

Un tel droit, qui n’est pas de l’ordre de la loi mais d’une « déclaration » (comme celle des droits de l’homme), a pour préalable la reconnaissance pour le sujet de la propriété de sa vie,  qui a pour corollaire l’apprentissage de la mort reconnue comme objet de savoir.

Ceux qui lisent mes articles sont au courant de l’analyse que je propose sur ce sujet.

28 juin 1919, 8 mai 1945, 11 mai 2020

La commémoration de la défaite nazie du 8 mai 1945 renvoie au 28 juin 1919.

Ce jour-là,  Clemenceau (France), Wilson (USA), Lloyd George (Grande-Bretagne) Orlando (Italie) imposaient à l’Allemagne un traité dont le caractère humiliant et provocant avait été dénoncé, notamment par un courant socialiste français. Le premier ministre britannique et le président américain avaient finalement accepté les conditions draconiennes imposées par Clemenceau : la guerre avec son cortège d’horreurs s’était principalement déroulée sur le territoire français, amputé depuis 1870 de l’Alsace et de la Lorraine.

L’Histoire a gardé de lui la figure de l’homme de guerre qu’on surnomma «  le Père la victoire » et gommé celle de l’homme politique de 1919, inflexible, animé de l’esprit de revanche et de  vengeance, bref, irresponsable.

Il imposa la signature du traité dans la galerie des glaces du château de Versailles où avait été proclamé l’empire allemand à la suite de la défaite française de 1870, et Hitler imposa la signature de l’armistice de juin 1940 dans le wagon de Rethondes où avait été signée celui de 1918…  

Des comportements qui prêteraient à sourire s’il s’agissait de jeux dans la cour de l’école.

E. Macron s’est, plus que référé, identifié au « Clemenceau dans les tranchées » quand il a invoqué, en mars, la guerre que nous aurait déclarée le virus. Sans doute pensait-il pouvoir se prévaloir un jour d’une victoire qui fasse oublier les failles d’une gestion sanitaire dictée par la pénurie d’outils et l’insuffisance programmée d’effectifs, ainsi que les conflits sociaux antérieurs à la pandémie, en particulier la réforme des retraites et l’utilisation, fortement contestée jusque dans les rangs de la majorité, du 49.3.

Les conditions difficiles de la mise en œuvre du déconfinement décidé pour le11 mai (transports en commun, écoles, relations sociales…) ont conduit le premier ministre à faire appel, le jeudi 7, au sens de la responsabilité des Français.

Après des semaines de discours infantilisants – la crise sanitaire ne fait qu’en souligner la pratique politique ordinaire –, cet appel ne peut être ressenti et compris que comme un procédé de dernier recours, un défaut de maîtrise, une faille.

Les reports, les refus, les interrogations, les incompréhensions, les décisions diverses prises par les maires, les présidents de régions, les responsables d’établissements scolaires etc., ces voix discordantes signifient une incertitude plombée par la menace d’un rebond de l’épidémie.

Les conditions sont réunies pour un risque majeur d’explosion de la peur suscitée par le virus et amplifiée en mars de manière irresponsable par le discours du chef d’une guerre sans ennemi.

L’annonce, non encore officielle à ce jour, d’une scission des députés de LREM – qu’elle devienne ou non effective n’est pas essentiel au regard du fait que la majorité parlementaire a été élue en référence non à une structure politique mais à un homme – est sans doute le premier signe d’une crise politique à venir.

Robert, Juliette, Cate… et les autres

Leurs noms de famille : de Niro, Binoche, Blanchett. Avec deux cents autres artistes et scientifiques, ils lancent dans Le Monde un appel intitulé « Non à la normale »

Extraits :

« La catastrophe écologique en cours relève d’une « méta-crise » : l’extinction massive de la vie sur Terre ne fait plus de doute et tous les indicateurs annoncent une menace existentielle directe. A la différence d’une pandémie, aussi grave soit-elle, il s’agit d’un effondrement global dont les conséquences seront sans commune mesure. »

« Le consumérisme nous a conduits à nier la vie en elle-même : celle des végétaux, celle des animaux et celle d’un grand nombre d’humains. La pollution, le réchauffement et la destruction des espaces naturels mènent le monde à un point de rupture. Pour ces raisons, jointes aux inégalités sociales toujours croissantes, il nous semble inenvisageable de « revenir à la normale ». La transformation radicale qui s’impose – à tous les niveaux – exige audace et courage. Elle n’aura pas lieu sans un engagement massif et déterminé. A quand les actes ? C’est une question de survie, autant que de dignité et de cohérence. »

– la première question que pose ce texte concerne ce qui est appelé « la normale ». Norma (latin) désigne l’équerre, puis la règle et la loi. La norme est définie selon des paramètres.  En l’occurrence des paramètres qui définissaient un ensemble de règles qui permettaient de vivre… et ne le permettent plus. Quels sont ces paramètres ?

– la seconde concerne la cause désignée : le consumérisme, pris ici non dans son sens originel de défense des consommateurs, mais dans celui de « société de consommation ». Qu’est-ce qui produit la société de consommation ?

– La troisième, la solution : pour cette « transformation radicale », qui  « exige audace et courage » soumise à « engagement massif et déterminé »  « Nous appelons donc solennellement les dirigeants et les citoyens à s’extraire de la logique intenable qui prévaut encore, pour travailler enfin à une refonte profonde des objectifs, des valeurs et des économies. » Quelle est cette « logique intenable », quels sont les moyens pour s’en « extraire », quels sont ces « objectifs », ces « valeurs » et ces « économies » qu’il faut refondre ?

« A quand les actes ? » Quels types d’actes ?

La tonalité de cet appel est sans aucun doute à la mesure de la gravité et de l’ampleur du problème : celle de l’urgence que réclame, si les diagnostics sont jutes, ce qui apparaît être une question de vie ou de mort, notamment pour l’humanité.

Mais que proposent concrètement ces personnalités ?

Rien, sinon des exhortations.

La « norme » évoquée est celle qui régit notre rapport à l’objet. L’objet, c’est ce qui n’est pas nous, qui est extérieur à ce que nous sommes. Ce rapport détermine à son tour le rapport production / consommation qui évolue au fil du temps et qui est réalisé aujourd’hui dans le système qu’on appelle le capitalisme : il faut produire pour consommer pour alimenter la production et ainsi de suite, pour la croissance, mesurée par le Produit Intérieur Brut…

Si nous voulons changer la norme, il faut donc changer le rapport à l’objet, donc examiner pourquoi ce qui n’est pas nous est devenu un mode d’existence.

Autrement posé : s’il est nécessaire d’avoir (de l’oxygène, de la nourriture, un abri etc.), pourquoi avons-nous besoin, à des degrés divers, de confondre notre être avec l’avoir ?

 « S’extraire de la logique intenable qui prévaut encore » suppose qu’on affronte le réel, têtu, tenace, celui qui nous est spécifique (le discours obligé de la conscience, propre à notre espèce, de notre mort) dont la fuite nous conduit à nous entourer des protections illusoires que sont les objets quand ils deviennent des accumulations addictives.

Je développe cette analyse dans d’autres articles…

Est-ce ainsi que les hommes vivent…

Cette question est extraite d’un des poèmes du Roman inachevé que Louis Aragon écrivit dans les années 1950.  (Léo Ferré l’a mis en musique et chanté). Malgré la forme, elle n’est pas une question.  Trois fois reprise, non comme un refrain mais comme une déchirure, elle est l’expression d’une complainte née du regard d’effarement sur les drames de la première moitié du siècle.

La condition humaine…

J’ai pensé à ce poème en lisant, dans A la Une du journal numérique du Monde du  5 mai, un article sur la vie confinée des hommes et des femmes  dans le département de la Seine-Saint-Denis, en particulier à Clichy-sous-Bois. Un des départements les plus pauvres en temps  ordinaire, encore plus pauvre dans ce moment de crise. Des queues de centaines de mètres pour obtenir la nourriture donnée par des associations qui peinent à s’en procurer suffisamment. Qu’elles ou ils soient des immigrés, avec ou sans papier, qu’importe ? Ils n’ont parfois pas le moindre euro pour acheter de quoi manger, pour eux et leurs enfants. Ils meurent davantage, mais seulement juste un peu plus que ceux des Hauts-de-Seine qui sont parmi les plus riches. Le virus n’est le bras armé de personne.

Comme l’état des prisons, l’état des pauvres  résonne dans Est-ce ainsi que les hommes vivent…

Et les invectives rampantes xénophobes et racistes d’exclusion  nationaliste qui exploitent la misère humaine pour nourrir la peur ajoutent à l’interrogation de la fraternité l’exclamation de la colère.

Prisons

Entre le 16 mars et le 23 avril, 11500 détenus ont été libérés pour cause de coronavirus. Le taux d’occupation des prisons est désormais inférieur à 100%. Il est encore de 110% (- 30%) dans les maisons d’arrêt. (Le Monde du 30 avril)

Déclaration de Yaël Braun-Pivet (LREM), présidente de la commission des lois de l’Assemblée nationale : « J’ai le sentiment d’une occasion historique. On a remis les compteurs à zéro  du point de vue de la population carcérale. C’est le moment idéal pour instaurer de bonnes pratiques afin que le nombre de détenus ne reparte pas brutalement à la hausse. » (id.)

D’abord, en quoi cet événement est-il une question de « sentiment », d’impression ? La libération anticipée d’autant de détenus pour des raisons autres que judiciaires est un fait d’une importance historique.

Une « occasion » ? Pourquoi pas une nécessité ?

Ensuite, la remise à zéro des compteurs n’est pas un choix, mais une mesure imposée : s’il n’y avait pas l’épidémie, les 11500 détenus seraient encore dans leurs cellules, en surpeuplement. Quatre mois plus tôt, juste avant la pandémie, l’improbable proposition saugrenue de libérer ceux qui le sont aujourd’hui (qu’est-ce que quatre mois ?) aurait-elle eu la moindre chance d’être entendue ?

Enfin l’objectif visé en ce « moment idéal » d’une « occasion historique » est d’« instaurer de bonnes pratiques ». C’est quoi, exactement, de bonnes pratiques ?

Serait-il excessif d’attendre d’une députée chargée d’une responsabilité importante, qu’elle mette à profit ce moment pour ouvrir enfin le dossier de la prison (souvent évoqué dans divers rapports, notamment parlementaires) de sorte que la mise à l’écart, quand elle est nécessaire, soit autre chose que l’enfermement que l’on sait, et dont il est établi depuis longtemps qu’il favorise la délinquance aggravée et la récidive ?

En d’autres termes, plutôt que de se focaliser sur les seuls éventuels aménagements matériels (évidemment nécessaires) du système carcéral et les délits susceptibles de valoir la prison (à supposer que  cela définisse les « bonnes pratiques »), ce moment historique ne nous fournit-il pas « l’occasion idéale » de réexaminer, outre les taux d’emprisonnement, la pertinence de la peine d’enfermement, non seulement  telle qu’elle  est pratiquée, mais en elle-même ?  N’est-il pas dit et répété à longueur de médias que « rien ne sera comme avant » ? Le rien de demain ne contient-il pas le système pénal et pénitentiaire d’hier et aujourd’hui ?

Ce type de questionnement est rejeté par une grande partie de l’opinion, comme le fut longtemps (cf. Victor Hugo) l’abolition de la peine de mort, au motif que  si on ne guillotinait pas de temps en temps, les crimes allaient inévitablement prospérer. Oui… Parce qu’il est absolument certain que la nature de l’homme le pousse irrésistiblement à vouloir tuer son semblable, à le voler ou à le violer. A se demander pourquoi, le 19 septembre 1981, le lendemain de l’abolition, vous, moi et quelques millions d’autres, nous ne nous sommes pas précipités chez nos voisins, armés d’un couteau de cuisine, pour les égorger… A moins que ce ne soit eux qui se soient précipités chez nous… Auquel cas nous nous serions rencontrés dans le couloir…

La difficulté est de faire comprendre que le rapport avec l’enfermement des délinquants et des criminels, comme celui du rapport avec la guillotine  (certains veulent la faire sortir du musée), est révélateur de celui que nous établissons avec nos peurs, et que se contenter de fermer la porte de la cellule sur ceux-là, c’est maintenir ouverte la porte des fantasmes pour celles-ci.

La traversée du poulet

Ce qui agite le monde intellectuel en ces temps de confinement est la problématique de la traversée du poulet. Oui, pourquoi un poulet traverse-t-il une route ? On ne pense pas spontanément à se poser la question. On n’a peut-être pas tout à fait raison. Des réponses ont déjà été données. En voici d’autres, fournies soit par les mêmes personnages quand ils ont estimé utile de préciser leur pensée, soit par d’autres.

Donc, que ce soit bien clair : pourquoi un poulet traverse-t-il la route ?

Zénon : parce qu’il ignore que la distance peut toujours être divisée par deux et qu’il ne pourra pas rejoindre l’autre côté. Il est en effet évident que la flèche ne peut jamais atteindre la cible. Si elle l’atteint quand même, c’est parce qu’elle va plus vite que la division par deux. Et le poulet va nettement moins vite que la flèche.

Socrate : parce qu’il croit savoir qu’il sait ce que représente aller d’un point A à un point B alors qu’il ne sait pas qu’il ne  sait pas. Bah… C’est une ignorance d’ignorance qui peut lui éviter quelques ennuis.

Platon : parce qu’il sait que l’Idée de poulet est toujours au-delà de l’ombre de son apparence. Nettement au-delà. Non, je n’ai pas dit dans l’au-delà. Attendez quelques siècles.

Rousseau : parce qu’il a aperçu une broche de l’autre côté et qu’il est naturellement bon.

Hegel : parce qu’il a besoin de s’éloigner de ses représentations pour que sa conscience de poulet existe pleinement en tant que conscience de poulet. Ça se joue dans sa tête.

Marx : Mais non, c’est le contraire. C’est la place qu’il occupe dans la chaîne de production qui détermine sa conscience de poulet et qui lui permet d’accéder à une conscience volaillère libératrice. C’est donc une traversée révolutionnaire visant à unir les poulets de tous les poulaillers du monde.

Sartre : parce que c’est dans le mouvement, non dans l’enracinement, qu’il découvrira qu’il n’est pas de trop dans le monde et que sa vie n’est pas absurde, même s’il est en situation d’être plumé.

S. de Beauvoir : pour devenir une poulette.

Hollande : je pourrais lui prêter mon scooter ?

Macron : parce qu’il pleut et que c’est le bon moment pour le ruissellement. Après, il trouve un job et il se paie un costard. Un vrai. Avec une Rolex… Mais non, pas un Solex, une Ro-lex !

Finkielkraut : parce que, précisément, le simple fait qu’il veuille traverser alors que l’avenir est derrière lui est, précisément, le signe de la défaite de sa pensée. Vive la corrida !

Le quatrième âge, bien sonné, mais vraiment sonné : Parce qu’il a vu une voiture qui arrive. Et il envisage de retraverser au cas où elle s’arrêterait pour l’éviter quand il est au milieu. On se donne les moyens qu’on peut, non ? Les moyens du bord.

L’ex-députée LREM et ses révélations

Il n’est pas inutile de rappeler le parcours de Frédérique Dumas.

Investie dans l’industrie cinématographique, puis conseillère technique dans le cabinet de F. Léotard (ministre de la culture dans le gouvernement de J. Chirac pendant la cohabitation avec F. Mitterrand), puis maire-adjointe d’Antony (le maire est P. Devédjian – UMP), puis, porte-parole de l’UDF (centre), puis membre de l’UDI (centre), puis du groupe RCDE (radical, citoyen, démocrate, écologiste), elle rejoint E. Macron, est désignée comme candidate EM (qui devient LREM) pour la 13ème circonscription des Hauts-de-Seine, et est élue députée. En 2018, elle quitte la LREM pour l’UDI qu’elle quitte pour le groupe hétéroclite Libertés et Territoires dont la moitié des membres vote la confiance à Edouard Philippe en 2019, l’autre s’abstenant.

Son intervention sur Youtube (elle est interviewée par le journaliste de Le Media Denis Robert) est annoncée sous le titre : une ex-députée LREM révèle les dessous de la macronie.

Pendant une heure elle explique le dysfonctionnement du pouvoir qui l’a conduite à se séparer d’E. Macron.

L’essentiel, en résumé : le pouvoir est exercé par quatre ou cinq personnes déconnectées du réel, peu responsables sinon irresponsables, et la démocratie ne fonctionne pas ou plus.

Le passage le plus intéressant se situe vers la 23ème minute, quand elle explique ce qui l’a convaincue de rejoindre E. Macron : la réserve qu’il a exprimée lors du débat sur la déchéance de nationalité, alors qu’il était ministre de F. Hollande. « J’ai, à titre personnel, un inconfort philosophique avec la place que ce débat à pris. Je pense qu’on ne traite pas le mal en l’expulsant de la communauté nationale. » « 

« Quand j’entends ça, dit-elle, je trouve incroyable de garder autant de liberté là où il est ! Quelqu’un qui est capable d’être libre ! A ce moment-là j’ai écrit : « E. Macron est libre et il nous rend libres !  » La manière dont elle le reconnaît signifie : faut-il que j’aie été aveugle ! Ce qu’elle confirme  immédiatement après : « Le jour où il est élu, il change radicalement de manière de faire ».

Pour moi, là est le problème.

F. Dumas n’est pas une néophyte en politique, elle a connu le cœur du pouvoir, elle sait comment fonctionne la 5ème république (du temps de De Gaulle les députés étaient appelés les godillots, les veaux).

 « E. Macron est libre et il nous rend libres ! » est de l’ordre de la révélation,  du mysticisme.

C’est donc cette conversion quasiment extatique qui est problématique : que signifie, notamment pour une personne qui a expérimenté le pouvoir et qui sait ce qu’est le système capitaliste, cette illusion qu’un homme, formé par la banque et qui ne remet rien en cause du système, serait le messie ?

La liberté qu’il affiche ? On est à l’époque de F. Hollande, l’incarnation de la faiblesse et de l’inconsistance politiques, c’est M. Valls – premier ministre qui joue du coup de menton – qui représente l’autorité… Quel risque politique prenait le ministre Macron,  « créature» de F. Hollande en exposant un état d’âme philosophique sur la question très controversée de la déchéance ?

Le réveil de F. Dumas est de l’ordre de la « naïveté » qui n’est pas seulement la sienne, mais celle d’un peu moins du quart des Français qui ont voté pour E. Macron au premier tour.

Naïveté n’est sans doute pas le terme approprié : il s’agit plus exactement du besoin de s’en remettre à.

Ce besoin, en dernière analyse, est celui de l’enfant.