Dilution de la laïcité

« Une campagne du gouvernement pour promouvoir la laïcité à l’école fait débat.

Syndicats ou politiques dénoncent un « dévoiement raciste » de la laïcité. Le ministre Jean-Michel Blanquer défend une campagne « faite pour unir ».

(…) « Sur une des huit affiches, qui représente un petit garçon blanc aux côtés d’une petite fille noire, tous deux dans l’eau accrochés à un rebord de piscine, on peut lire : « permettre à Sacha et Neissa d’être dans le même bain. C’est ça la laïcité ».(A la Une du Monde – 28.08.2021)

Ma contribution

Permettre aux garçons et aux filles d’aller dans le même bain, quelle que soit la couleur de leur peau, n’a à voir qu’indirectement avec le principe de laïcité (l’école publique ouverte à tous est le lieu de la transmission du savoir commun), dans le sens où c’est par le savoir qu’on combat le racisme. L’ellipse et l’omission de la distinction radicale savoir (public) / croire (privé)  ont cet avantage politicien d’évacuer par exemple la contradiction que crée l’existence de l’école privée qui, surtout quand elle est confessionnelle, associe le croire au savoir, de surcroît avec des subventions de l’état laïque. Une église peut très bien reprendre à son compte les affiches en les adossant à l’amour du prochain tel qu’il est défini et préconisé dans son catéchisme.

La logique socialiste

Extrait d’une interview d’Olivier Faure, premier secrétaire du parti socialiste, à propos de la présidentielle et de l’abandon de la primaire. (A la Une du Monde 27.08.2021)

« (…) Aujourd’hui, incontestablement, la force qui a le maillage territorial le plus conséquent, ce sont les socialistes. Les seuls qui ont réussi à faire élire et réélire des maires, des présidents de région, des présidents de département, ce sont les socialistes. Je ne vous parle pas d’un sondage qui mobilise 1 000 personnes, mais de scrutins qui ont déplacé plusieurs millions de Français. Nous sommes donc particulièrement fondés à revendiquer pour les socialistes la candidature commune à l’élection présidentielle. (…) »

Ma contribution.

Depuis l’implosion soviétique (fin des années 80) la gauche ne dispose plus des deux discours de faire-valoir réciproque (réforme/révolution) et le quinquennat de F. Hollande a montré les limites du PS privé de l’ambivalence du PC. Autrement dit, la gauche électorale n’a plus à sa disposition qu’un discours, inutile, de gestion du capitalisme. Le seul discours de gauche révolutionnaire restant, est celui de l’explication de l’équation fondatrice du capitalisme (être = avoir plus) et de sa remise en cause. Autrement dit, celle du rapport à l’objet (production/consommation) précisément en tant qu’objet de transfert d’immortalité (collections, accumulations, par exemple). Il ne s’agit plus, d’abord, de politique, mais de philosophie.

J’ajoute, ici, que l’utilisation des résultats électoraux en vue de l’élection présidentielle et l’oubli du paramètre de l’abstention témoignent à la fois de la langue de bois dont l’obsolescence échappe apparemment au responsable socialiste et des limites de ce parti.

Accueil des Afghans

Le Monde proposait à la Une  (20.08.2021) un article sur les problèmes posés par les demandes d’asile des Afghans.

Ma contribution :

Les réactions hostiles posent la question du statique. Ce qui me préoccupe, c’est la situation de fixité du monde à laquelle elles conduisent. Je ne conteste pas les difficultés, réelles, mais le fait qu’elles sont considérées comme le produit d’un immuable (parfois déploré = on aimerait que ce soit autrement) étayé par des expériences dont je mets pas en cause la réalité, mais qui ne sont que relatives : tous les étrangers venus en France, de quelque culture ou religion que ce soit ne sont pas tous des impossibles. Il y a deux réels : le réel de l’étranger et celui du pays où il vient – de gré ou pas. Une contradiction, donc, plus ou moins forte. La première difficulté est celle des représentations mutuelles, souvent ignorée ou mésestimée. Le problème n’est pas de nature morale (il ne s’agit pas d’ouvrir béatement les bras) mais objectif : il concerne au-delà des différences contingentes le commun de l’espèce. Inhérente au vivant, la contradiction se résout dans le mouvement.

Une réponse (de Jef 974), le 24.08.2021

JPP : Même si la question inclut aussi la fascination (y compris, surtout ?, dans l’acceptation du si fin Quignard du Truc et L’Effroi), vous mettez ici justement l’accent sur sa dimension d’affrontement, inhérente à toute migration (même brève : j’ai mémoire de mes 2 années US, enrichissantes de leurs nouveautés comme de leur exigence de critique du passé originel) : mais vous oubliez que ce dynamisme de combat ne concerne pas que les nouvelles altérités, mais aussi les anciennes familiarités, et que les unes se terrassent plus facilement que les autres, question de fermeté de la prise sur la rampe, si vous avez lu Freud). Et qu’en matière de combats, il y a ceux – dépassés dans les 3 èmes mi-temps – qui concernent les adversaires, et ceux, drapés dans le sinistre crépuscule des batailles d’autrefois, qui visent les ennemis : subtilités nosologiques gravement oubliées des temps, on sait pourquoi, qui confondent l’Al-Harb sanguinaire et les tatamis tout de respect incliné.

Ma réponse à JEF

Ce questionnement m’a été suggéré par certains contributeurs dont la réponse (fermeture) dénote plus un a priori qu’une analyse. Au fond, c’est un choix de philosophie de vie. Pour moi, il ne s’agit pas d’abord de prendre une décision relative à cet événement (ou pour tout autre), mais de déterminer sur quels critères s’appuyer pour  déterminer le « rapport à l’étranger ». C’est pour moi la  question première. Ensuite, l’événement, quel qu’il soit, conduit à une application réfléchie, critique, de cette philosophie. Ce que je lis est le plus souvent une démarche inverse avec un implicite (dont les nombreux corollaires d’identité  nationale, de patriotisme, de remplacement etc.) qui cherche des justificatifs  dans des expériences vécues ou entendues érigées comme « preuves », sans questionner les paramètres qui les ont plus ou moins déterminées. D’où mon rappel du mouvement et des contradictions propres au vivant. Si je parviens ne serait-ce qu’à faire naître un doute…

E. Zemmour candidat ?

A la Une du Monde (23.08.2021) : « L’ombre d’un outsider sur la présidentielle de 2022. A chaque élection présidentielle revient la figure du « clown », sur fond d’affaissement des partis et des idéologies et d’une perte de crédibilité de la politique, explique, dans sa chronique, Solenn de Royer, journaliste au Monde. »

Extrait : (…) « A ce stade, aucun « clown », en France, n’est jamais parvenu à troubler véritablement le jeu. Contrairement à d’autres pays, relève le directeur général délégué d’Ipsos, Brice Teinturier, l’élection suprême au suffrage universel direct ne favorise pas un tel scénario. « Les candidats qui contestent le système le font de l’intérieur, c’est d’ailleurs ce qu’a fait Macron en 2017, note le spécialiste de l’opinion, selon lequel « existe encore l’idée que la présidentielle est une élection structurante et qu’il y a une utilité à voter pour quelqu’un qui peut changer les choses, ce qui limite la possibilité de voir émerger un trublion. » Si Eric Zemmour parvient à rassembler les 500 signatures, et va jusqu’au bout d’une candidature, celle-ci arriverait en outre dans un « espace contestataire certes puissant mais fragmenté et très concurrentiel », poursuit le sondeur. Ce qui limite d’emblée sa force de frappe électorale. » (…)

Ma contribution :

Le statut du clown/bouffon implique qu’il ne franchisse pas l’interdit du rapport entre le mot et l’acte. Autrement dit, son discours doit être perçu comme déconnecté de l’action sur le réel, au risque de perdre le rire (clown) ou la vie (bouffon). Cet interdit non seulement autorise toutes les démesures mais les exige. Même s’il peut paraître lui ressembler par la forme de son discours, le candidat à l’élection présidentiel diffère radicalement en ce sens  que son statut est inverse : il doit convaincre du rapport d’efficience entre les mots qu’il prononce et le réel qu’il prétend modifier, sans entrer dans l’espace (variable, cf. Mussolini/Hitler) du clown/bouffon au risque de faire rire et perdre sa crédibilité. Lorsque le clown/bouffon apparaît comme éligible, c’est soit parce qu’il n’en a plus le statut (cf. l’élection d’anciens acteurs) soit parce que la politique apparaît déconnectée du réel et que le rapport entre les mots et l’acte n’est plus crédible (B. Grillo).

Reste à savoir si E. Zemmour est perçu comme un clown ou un bouffon.

Problématique afghane

Ce qui se passe dans ce pays peut ressembler à un casse-tête.

Les talibans ont exercé le pouvoir pendant cinq ans (1996-2001) en appliquant la loi dite « charia », la « voie » islamique qui réglemente le quotidien des individus et de la collectivité. Ils ont donc fait fonctionner un état théocratique dont les interdits (on peut en trouver la liste sur Internet) sont, pour nous du moins, un défi lancé à la raison et à la liberté. En les lisant, j’ai revu avec la même colère la liste de ceux qu’avaient édictés les colonels grecs pendant la dictature (1967-1974) et que Costa-Gavras fait défiler à la fin de sont film Z [= zi => il (le député assassiné) est vivant].

Après l’attaque lancée contre New-York par Al-Qaïda (11.09.2001), les Etats-Unis ont constitué une alliance sous mandat de l’ONU. Avec le soutien des tribus du nord du pays, l’alliance a fait tomber le gouvernement taliban en quelques jours (novembre 2001).

Je ne prends pas beaucoup de risques en disant que le sentiment général dominant fut alors un « ouf » de soulagement accompagné de l’idée : c’est fini. Finis, la burqa et la sujétion pour les femmes, l’interdiction de l’école pour les filles, de la musique, la lapidation et les châtiments corporels…Finis, oui, parce qu’il était « évident » qu’un peuple qui avait été soumis à une telle régression ne pouvait que se réjouir et tirer un trait définitif sur une expérience dévastatrice.

Le problème, quand même, c’est que ces talibans étaient afghans et que c’était principalement une intervention étrangère qui avait mis fin à leur pouvoir. La charge émotionnelle de la régression – dans sa réalité et dans nos projections pour nous-mêmes – était telle qu’elle contribua à masquer sur le moment cette réalité.

On connaît la suite.

Le casse-tête concerne l’universalisme, un concept dont nous avons hérité au moins depuis le 18ème siècle et que la situation actuelle peut sembler mettre à mal : comment un pays peut-il accepter de revenir à un tel état de régression après vingt années ? Oui, accepter : il n’y a pas eu de bataille parce que le problème n’était pas militaire et que les talibans sont une émanation de la réalité afghane.

Quel pays ? Et vingt années de quoi exactement ?

Ce pays n’a pas à voir avec nos sociétés globalement unifiées. C’est un ensemble de groupes ethniques et religieux que l’histoire et la géographie ont contribué à isoler et à opposer.

Si la liberté (émancipation des femmes) a pu se développer selon des modes qui constituent les cibles des interdits de la charia, c’est essentiellement à Kaboul qui n’avait de capitale que le nom.

La liberté s’est développée dans un territoire limité sur un support étranger militarisé qui n’a rien modifié des rapports de forces et de corruption entre les divers clans (il les a utilisés) et selon le modèle d’un monde dont la loi est celle du capitalisme tel qu’il existe aujourd’hui dans la société occidentale dépouillée du manteau religieux qui les a recouvertes pendant des siècles de prétendues valeurs fraternelles.   

Autrement dit, les talibans viennent apporter une unité fondée, par défaut, sur un discours de fraternité, de morale et de pureté , et qui assure, toujours par défaut, une sécurité, ou plutôt une insécurité moindre.

Enfermer les femmes, détruite les représentations humaines, couper le son de la musique, éteindre les couleurs, revient à présenter une image radicalement opposée à la société occidentale qui sert donc de repoussoir en tant que figure de « satan ».

Rien n’a changé. Un taliban expliquait calmement devant une caméra de télévision qu’un voleur venait d’être arrêté et qu’on lui avait coupé les deux mains. Juger le fait et non son auteur, c’est répondre avant un questionnement que la référence à Dieu ne permet pas.

Nous avons nos propres talibans.

Ils se réfèrent eux aussi à « la loi naturelle et/ou divine », veulent remettre en cause le droit à l’IVG, le mariage homosexuel et l’adoption des enfants par les couples non hétérosexuels, l’abolition de la peine de mort ;  ils érigent la patrie, l’identité nationale gravée dans le marbre et la préférence du même nom en valeurs suprêmes, disent la messe en latin et mythifient Jeanne d’Arc.

Toutes choses égales, quelle différence ?

Ainsi, ce n’est pas l’universalisme qui est en jeu – depuis qu’il existe, l’homme est le même à Kaboul et à Paris ou à New-York – mais sa négation.

L’étoile jaune

Un article à la Une du Monde (19.08.2021) revient sur la « banalisation de l’antisémitisme ».

Un des contributeurs relativise le fait en écrivant ceci :

« L’heure est à la confusion et à l’instrumentalisation politique. Confusion : Est aujourd’hui désigné comme antisémite une personne qui emploie les mots gazer, rafles, qui fait référence à l’étoile jaune pour dénoncer son exclusion de la vie sociale ou qui, sur une pancarte, associe Macron à Rotschild. (…) ». 

Ma réponse :

Le problème que vous semblez ne pas voir, c’est que l’exclusion momentanée pour défaut de vaccination n’a rien à voir avec l’exclusion/extermination programmée des juifs. Là, se situe le point de la mauvaise foi de celui qui arbore l’étoile jaune dont il sait évidemment quel est son sens historique : l’arborer pour défaut de vaccination revient à dire que l’exclusion des juifs, autrement dit leur assassinat en masse, est du même niveau que l’exclusion liée à la pandémie, de surcroît non à cause de ce que l’on est, mais à cause de ce que l’on a décidé de ne pas faire.  Bref, une banalisation qui ne dit pas son nom, implicite et sournoise. Une exclusion sociale provisoire qui engage sa propre responsabilité est radicalement différente d’une exclusion définitive de la vie pour motif racial. Est-ce si difficile à reconnaître ?

Film anti-avortement

« La chaîne C8 provoque la polémique en diffusant un film contre le droit à l’avortement en prime time. « Unplanned », une fiction américaine de 2019, relate le revirement d’une ancienne cadre du planning familial devenue militante anti-avortement et contient une scène d’avortement trompeuse. » (A la Une du Monde – 16.08.2021)

Ma contribution

S’il est vrai que le film présente sur le fœtus des informations prétendument scientifiques et qui sont fausses, il pourrait être utile, compte tenu de la dimension passionnelle actuelle du problème, de le préciser pour les téléspectateurs qui choisissent de le regarder. Quant à demander son interdiction pour ce motif qui renvoie à la problématique de la croyance… Aux USA (et ailleurs) un pourcentage non négligeable croit que la terre est plate (selon une étude de Forbes) et il est enseigné dans certaines écoles que l’univers est une création divine ; chez nous (et ailleurs), certains emploient très fréquemment, pour des questions essentielles, le verbe croire. Savoir n’est donc pas toujours privilégié par l’adulte, mais il n’est pas indispensable pour autant de favoriser, ne serait-ce que par omission d’information, des entreprises qui alimentent, de près ou de loin, l’obscurantisme et la peur.

Afghanistan

L’intervention étrangère dans un pays en crise politique, quels que soient les troubles et leur importance, ne sert jamais qu’à les accentuer et/ou à provoquer le chaos. La liste des exemples qui en témoignent est bien connue et depuis longtemps. Les troubles politiques sont, in fine, le produit du pays lui-même qu’il est le seul à pouvoir régler. Le « devoir d’ingérence » (je ne parle pas de l’aide humanitaire, ponctuelle) n’est qu’un slogan moral qui – outre la bonne conscience – ne sert qu’à couvrir d’autres intérêts.

La question du suicide

Le Reportage de la rédaction (France Culture) concernait (12.08.2021) la prévention du suicide et annonçait la mise en place prochaine d’un numéro national de prévention fonctionnant 7 jours sur 7 et 24 h sur 24.

L’objectif est donc d’intervenir avant l’acte, quand il est pressenti par un tiers.

Pourquoi intervenir ?

La question n’est posée ni par la journaliste ni par le responsable interviewé parce que la réponse est considérée aussi évidente que celle qui conduit à la notion d’assistance à personne en danger.

Seulement, le danger de ce « en danger » est généralement considéré comme venant d’une cause extérieure, même si certains risques encourus (sports dits « extrêmes », par exemple) peuvent laisser dubitatifs.

La prévention du suicide signifie que cet acte est considéré comme un événement du même ordre, à savoir qu’il ne procède pas du choix de l’individu : autrement dit, celui qui décide de mettre fin à ses jours – j’entends quand il ne s’agit pas d’une « simple » tentative/appel au secours –  ne le fait pas librement.

La question concerne donc le rapport de l’autre (individu et collectif) avec l’individu qui se suicide : de quel droit intervenir pour empêcher quelqu’un de mette fin à ses jours ou, ce qui revient au même, pour tenter de le ranimer ?

L’argument souvent utilisé concerne le fait que, souvent, la personne « sauvée » continue à vivre. On y voit la  preuve de l’absence de choix, de liberté.

Certaines statistiques indiquent une proportion non négligeable de récidive (près de 40%),  mais peu importe.

Au fond, ce que révèle l’argument est la méconnaissance de ce qu’est le choix, ou, dit autrement, l’oubli de l’importance du moment qui lui est inhérent.

Choisir entre deux objets, c’est, dans un temps donné, irréversible, à la fois prendre l’un et rejeter l’autre. Ce qui implique que, dans un autre temps donné, le choix peut ne pas être le même, sans pour autant indiquer une hiérarchie. En d’autres termes, celui qui décide de se suicider tel jour ne prendra peut-être pas la même décision le lendemain, ce qui ne signifie pas qu’il a raison tel jour et tort tel autre.

Qu’en sera-t-il le surlendemain ? Et ainsi de suite.  

Pour que l’argument soit recevable, il faudrait à tout le moins proposer au suicidé « sauvé » une aide à mourir si son choix ne change pas.

Cette question est un élément de la problématique de l’euthanasie.

Mauvaise foi

« Une enquête ouverte après qu’une manifestante anti-passe sanitaire a brandi une pancarte antisémite à Metz. Une photo diffusée sur les réseaux sociaux montre une jeune femme brandissant une pancarte sur laquelle sont inscrits les noms de plusieurs responsables politiques, hommes d’affaires et intellectuels, dont certains sont de confession juive. » (A la Une du Monde – 09.08.2021)

Un  certain nombre de contributeurs contestent l’antisémitisme affiché.

Par exemple : « Parce qu’il y figure les noms de personnes juives, c’est antisémite ? »

Ma contribution :

La mauvaise foi, dans le sens où elle conduit à s’identifier à une fonction, un état, autrement dit à ce qui n’est pas soi, et qui conduit au déni de sa responsabilité (celle de l’engagement), consiste à ergoter sur la périphérie des problèmes. L’identification, ici, concerne une prétendue rigueur intellectuelle qui veut être « absolument certaine » que ce qui est suggéré est vraiment dit. C’est le comportement, par exemple, des négationnistes : est-on bien certain, mais vraiment certain, que le gaz servait à autre chose qu’à tuer les poux ? Est-il vraiment certain qu’écrire des noms de personnes connues pour leur identité juive * et le qualificatif « traîtres » sur une pancarte est signifiant d’une arrière-pensée ? La réplique classique – du genre : on ne peut pas affirmer sans preuves etc. – fait partie de la panoplie de la mauvaise foi. Voyez Tartuffe, qui choisit la foi comme objet d’identification de mauvaise foi : pris sur le fait, il tente de nier le réel. Même si cette femme reconnaissait son antisémitisme, la mauvaise foi exprimerait un doute.

*J’avais d’abord compris que juif figurait sur la pancarte, ce qui m’a valu ce commentaire :

« Ridicule : je vois traîtres sur la photo et non « juifs  » ou alors le Monde ne nous fournit pas la totalité du décor. On peut vous répondre aisément que l’époque étant irritable, vindicative de façon ultra-véloce, le fait de requérir des preuves assurées est a contrario une manière d’aller à contre-courant et de ne pas se laisser engloutir dans les aboiements bien configurés. »

J’ai donc apporté ce correctif non adressé au commentateur dont la critique est (« à l’insu de son plein gré » ?) une bonne illustration de ce que j’explique dans la contribution :

Correctif (périphérique ) après vérification sur un autre site qui montre la photo : « Juif » n’est pas sur la pancarte, seulement des noms de personnes très connues pour leur confession  juive, entourant « Macron », avec le qualificatif « traîtres » et la question « Mais Qui ? ». Ah, vous voyez bien,  dirait Tartuffe, le mot juif  n’a pas été écrit ! Alors, comme  E. Macron n’est pas de confession juive, n’est-il n’est pas un peu hâtif de parler d’antisémitisme ? Et que cette dame ait été membre du FN/RN, n’est-il pas un peu précipité d’y voir une relation ?