La question du suicide

Le Reportage de la rédaction (France Culture) concernait (12.08.2021) la prévention du suicide et annonçait la mise en place prochaine d’un numéro national de prévention fonctionnant 7 jours sur 7 et 24 h sur 24.

L’objectif est donc d’intervenir avant l’acte, quand il est pressenti par un tiers.

Pourquoi intervenir ?

La question n’est posée ni par la journaliste ni par le responsable interviewé parce que la réponse est considérée aussi évidente que celle qui conduit à la notion d’assistance à personne en danger.

Seulement, le danger de ce « en danger » est généralement considéré comme venant d’une cause extérieure, même si certains risques encourus (sports dits « extrêmes », par exemple) peuvent laisser dubitatifs.

La prévention du suicide signifie que cet acte est considéré comme un événement du même ordre, à savoir qu’il ne procède pas du choix de l’individu : autrement dit, celui qui décide de mettre fin à ses jours – j’entends quand il ne s’agit pas d’une « simple » tentative/appel au secours –  ne le fait pas librement.

La question concerne donc le rapport de l’autre (individu et collectif) avec l’individu qui se suicide : de quel droit intervenir pour empêcher quelqu’un de mette fin à ses jours ou, ce qui revient au même, pour tenter de le ranimer ?

L’argument souvent utilisé concerne le fait que, souvent, la personne « sauvée » continue à vivre. On y voit la  preuve de l’absence de choix, de liberté.

Certaines statistiques indiquent une proportion non négligeable de récidive (près de 40%),  mais peu importe.

Au fond, ce que révèle l’argument est la méconnaissance de ce qu’est le choix, ou, dit autrement, l’oubli de l’importance du moment qui lui est inhérent.

Choisir entre deux objets, c’est, dans un temps donné, irréversible, à la fois prendre l’un et rejeter l’autre. Ce qui implique que, dans un autre temps donné, le choix peut ne pas être le même, sans pour autant indiquer une hiérarchie. En d’autres termes, celui qui décide de se suicider tel jour ne prendra peut-être pas la même décision le lendemain, ce qui ne signifie pas qu’il a raison tel jour et tort tel autre.

Qu’en sera-t-il le surlendemain ? Et ainsi de suite.  

Pour que l’argument soit recevable, il faudrait à tout le moins proposer au suicidé « sauvé » une aide à mourir si son choix ne change pas.

Cette question est un élément de la problématique de l’euthanasie.

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