« Superligue » de football… ou « du risque de l’humour »

« Douze grands clubs européens ont lancé, lundi 19 avril, leur Superligue, une compétition privée vouée à supplanter la Ligue des champions, déclaration de guerre à laquelle l’Union européenne de football (UEFA) a promis de répliquer en excluant les équipes dissidentes et leurs joueurs. » (Le Monde – 18.04.2021)

Extrait :

« A l’ouverture de la Bourse aux Etats-Unis, l’action de Manchester United, qui est cotée à New York, était en progression de presque 10 %. Pour les investisseurs, le calcul est simple : en faisant bande à part, ces grandes équipes pourraient se partager de plus importants revenus de droits de retransmission. « Si on regarde le football comme une façon de gagner de l’argent, cette proposition se comprend », analyse Kieran Maguire, de l’université de Liverpool, spécialiste de l’économie du football. Ces clubs attirent des téléspectateurs, particulièrement à l’étranger. »

La plupart des commentaires balance entre la condamnation, parfois morale, et le « c’est comme ça » fataliste visant l’univers du football professionnel, laissant ainsi entendre qu’il fonctionne selon un principe spécifique.

Je me suis amusé à écrire celui-ci :

« L’argent appelle l’argent », « plus on en a plus on en veut », disent les lieux communs du Café du Commerce. C’est vraiment n’importe quoi !  L’argent ne fait pas le bonheur, tout le monde sait ça. La preuve, c’est qu’il y a beaucoup plus de gens qui n’ont pas d’argent que de gens qui en ont,  et pourquoi ? Parce que c’est la recherche du bonheur qui est la principale préoccupation des hommes. L’autre preuve est que les millions de gens qui jouent au loto et  achètent des tickets à gratter le font par ascétisme spirituel puisqu’ils  savent qu’ils ne deviendront pas millionnaires.  Le bonheur à tout prix ! Un peu d’altruisme compassionnel pour les initiateurs inconscients de cette entreprise de malheur serait de mise. Dans le même temps, réjouissons-nous de constater que cette facette du comportement humain nous est étrangère, nous qui ne fréquentons pas le Café du Commerce, ni ne jouons ni ne grattons. « Nihil novi sub capitalistae aequationis sole. » (Vulgate mise à jour de manière artisanale).

J’ai eu l’étonnement de découvrir cette réponse :

« Il y a beaucoup plus de gens qui n’ont pas d’argent que de gens qui en ont beaucoup justement parce que la minorité qui en a beaucoup confisque cet argent et ne souhaite pas le partager de manière plus juste. Allez demander aux pauvres du monde entier qui vivent avec moins d’un dollar par jour si l’argent ne fait pas le bonheur. L’argent seul ne suffit pas pour se sentir heureux. Mais sans argent point de salut! Et aux capitalistes libéraux fanatiques de la croissance qui nous sortent l’argument que les gens n’ont qu’à se retrousser les manches pour créer de la valeur ajoutée, qui elle-même engendrera des revenus conséquents, je leur dit que si 8 milliards d’êtres humains arrivaient un jour à créer suffisamment de richesse pour pouvoir vivre comme les occidentaux européens ou américains, la planète ne le supportera pas. Alors on fait quoi ? On partage ? Où on crève ? »

A laquelle j’ai ainsi répondu :

Hum… comment dire… l’humour… Bon. Vous prenez un réel détestable, quel qu’il soit, (l’exploitation du travail, les inégalités criantes etc., et l’idéologie qui accompagne le système qui les produit), vous faites comme si ce réel était un idéal et vous le décrivez dans un discours qui donne l’impression que vous l’approuvez. C’est le procédé de l’humour. G. Bedos, par exemple, dans un de ses sketches avec S. Daumier :  » Marrakech, ça nous a déçus, c’est plein d’Arabes » (*). Si vous le prenez au premier degré, vous vous dites qu’il est raciste… Le rapport absurde de causalité que j’établis entre la pauvreté et le proverbe aurait pu vous mettre la puce à l’oreille.

(*) L' »idéal raciste », implicitement contenu dans « déçus », étant un pays arabe sans Arabes.

Récréation ou se coucher plus souvent

Oui, le titre peut sembler bizarre. Je précise tout de suite qu’il ne s’agit pas de se coucher pendant une récréation ni d’une récréation pendant le coucher… encore que… mais bon.

Non, sérieusement, voici de quoi il s’agit. J’ai un ami qui habite de l’autre côté de l’Atlantique, dans la Belle Province (ne pas hésiter à bien nasaliser le « in »…voilà… même encore un peu plus), autrement dit au Québec… Au fait, « belle » est-il à comprendre dans son sens réel de « belle » (genre « Oh la belle meunière ! » – dans le cas où on regarde une meunière, sinon ça n’a pas de sens), ou genre « belle-mère » ? Question d’autant plus délicate qu’il arrive qu’une belle-mère puisse être belle…  Oui, bon, d’accord.

Donc, cet ami qui a quelques problèmes de tuyauterie dans son intérieur – on a tous un jour où l’autre chez nous un truc genre qui se met à ne plus respecter le cahier des charges – et qu’il essaie de résoudre avec l’aide d’un plombier spécialisé. La réparation est en bonne voie mais elle traîne en longueur… Jusqu’au jour où…

C’était un soir d’hiver, le frimas éployait ses frissons sur l’hémisphère nord et la neige étendait son grand manteau blanc (c’est très beau, oui), il était 23 h 23, j’étais sur le point de me coucher, quand, mû par je ne sais quelle intuition, je décidai de consulter ma messagerie. Je découvris alors, ô surprise ! – quand je pense qu’il y en a qui rigolent genre quand ils entendent « intuition »… -, je découvris, dis-je, un message de cet ami m’informant qu’un pas décisif avait été franchi. Un pas dans le sens métaphorique du terme, bien sûr, étant donné la fluidité inhérente au contenu de la tuyauterie-plomberie qui évoque plutôt la brasse coulée que la marche.

Je répondis aussitôt que la nouvelle me réjouissait, puis me couchai incontinent. Pardon ? Non, incontinent dans le sens genre un peu vieilli de « aussitôt » que j’ai déjà employé dans la phrase et je ne supporte pas genre les répétitions. Donc, je me couchai. Incontinent.

Cette nuit-là, je fis des rêves étranges et pénétrants de torrents qui coulent, de lavabos qui se débouchent, de glouglous d’abord timides puis intempestifs.

Ma vie reprenait peu à peu son cours normal, quand, hier soir, le frimas ayant cédé à la force éruptive du printemps (c’est pas pour saboter la poésie genre bourgeonnante de la phrase, mais il faisait quand même genre pas très chaud, même plutôt frisquet, si vous suivez un peu la météo), il était 23 h 24, j’étais sur le point de m’aller coucher, quand je me sentis à nouveau mû par la même force à la fois irrépressible et intuitive… dont j’ai déjà dit tout ce qu’on pouvait en penser quelques lignes plus haut.! J’appuyai donc sur la gauche de ma souris pour ouvrir la messagerie et, ô surprise, et aussi un peu ô stupeur ! ( l’autre fois, c’était 23 h 23) je découvris à nouveau un nouveau message de ce même ami m’informant à nouveau d’un nouveau pas métaphorique encore plus décisif. Genre, ça coule presque au top.

C’est alors que jaillit la question : y aurait-il pas un rapport entre la bonne nouvelle et mon coucher ? Parce qu’une fois, bon, je veux bien, mais deux, et à une minute près !

Que faire ?

Je me suis alors rappelé un cours de philosophie sur la méthode scientifique d’Auguste Comte. Le positivisme, c’est lui. Genre on observe, on hypothèse, on vérifie. J’avais franchi les deux premières étapes. Restait la troisième.

Elle sera faite en deux temps.

1° Ce soir, je me coucherai à 23 h 25, demain à 23 h 26 et ainsi de suite, après avoir ouvert la messagerie, cela va sans dire. Pour que l’expérimentation soit probante, je la poursuivrai pendant 9 mois…  Pourquoi 9 mois ? Ah, ben, c’est que c’est un nombre qui me paraît convenir genre pour pondre une loi… Je mesurerai à chaque fois le degré de positivité des messages – s’il n’y en a pas je ne noterai rien – et je ferai, en fin d’expérimentation, le bilan appréciatif du taux de récurrence.

2° Je me coucherai plus souvent dans la journée (d’où l’énigme très surprenante du titre de l’article, notez-le) et de manière aléatoire en décalant d’une minute à chaque fois parce qu’il est nécessaire de vérifier le rapport avec le moment de la journée.

Ah… Si quelqu’un voit quelque chose qui pourrait améliorer cette démarche scientifique,  qu’il me prévienne. Un peu avant 23 h 25.

Nous nous retrouverons ici, le 17 janvier 2022, à 14 h 15  pour le résultat.

D’ici là, ne vous risquez pas dans des aventures de corrélations hasardeuses. Mon conseil : ne repoussez pas l’heure habituelle de votre mise au lit, et, si vous n’aimez pas perdre votre temps, couchez-vous de bonne heure.

Quant à moi, j’ouvre ma messagerie et j’y vais. Il est 14 h 16. En France.

Le retour des talibans

La question que pose le très probable retour au pouvoir des talibans après le départ des troupes étrangères, est celle de leur survie et de leur renforcement, au cœur de la population afghane, après l’expérimentation de la charia entre 1996 et 2001. Il faut relire les articles décrivant le fonctionnement de ce pouvoir totalitaire appuyé sur le fondamentalisme religieux pour mesurer l’importance de la question. Qu’est-ce qui, pendant ces vingt années, a permis soit l’occultation soit l’acceptation voire le souhait d’un retour d’un tel système régressant  vers la société  primitive (loi du talion, lapidation, entre autres) ? Son émergence progressive jusqu’à la prise du pouvoir en 1996 s’explique assez bien par les ingérences étrangères et la lutte interne des chefs de guerre afghans.

Mais après l’expérience ?

Le contraste entre la vie de la campagne et celle des plus grandes villes pourrait être un élément d’explication : d’un côté un archaïsme rural pas très éloigné des principes de la charia, de l’autre, un mode de vie citadin, « occidentalisé » comme le pouvoir central perçu comme celui de l’étranger et gangréné par la corruption.

Autrement dit, rien n’aurait changé en vingt ans et la situation serait comparable à ce qu’elle était avant 1996… ce qui ne supprime pas la question initiale : pourquoi l’expérimentation des cinq années n’a-t-elle pas rendu inaudible le discours fondamentaliste accompagné d’interdits et de violences tels qu’ils paraissent d’un « autre âge », non seulement à nos yeux occidentaux, mais encore à ceux d’une partie des Afghans ?

Les talibans sont désormais une force politique reconnue, partie prenante des négociations et les promesses de coopération pacifique sont de toute évidence un simple vernis diplomatique.

Dès que les troupes militaires américaines et européennes seront parties – nouveau signe de l’inanité des interventions étrangères dans les affaires internes d’un pays – les chefs de guerre referont entendre une voix seulement mise en sourdine et les talibans tenteront de (et réussiront vraisemblablement à) reprendre le pouvoir par la force matérielle et spirituelle que leurs cinq années de pouvoir n’ont pas détruite.

Tout le monde en est convaincu, en témoigne le discours emprunté de J. Biden qui annonce implicitement un épisode dramatique.

Si quelqu’un dispose d’une explication invalidant ce diagnostic qui pourrait sembler dicté par une désespérance qui cogne fort à une porte encore solide et hermétiquement fermée aux sirènes du fatalisme, il est le bienvenu.

EDF et Hercule

« Dans un document que « Le Monde » a pu consulter, l’exécutif défend son projet [le nom « Hercule » a été abandonné] mais ne fait pas de concessions. Dans ce résumé de trois pages, que Le Monde a pu consulter, le gouvernement reprend les grandes lignes présentées par le PDG d’EDF, Jean-Bernard Lévy, devant l’Assemblée et le Sénat, en février. L’exécutif fait le constat que « l’entreprise n’est plus en mesure de financer son développement », compte tenu du mécanisme de rémunération actuel du nucléaire. (…) Il détaille ainsi : « Ce projet consacrerait une détention par l’Etat à 100 % du parc nucléaire, thermique et hydraulique. » Le nouvel EDF, 100 % public, détiendrait plus de 80 % de la production d’électricité en France et ne serait pas coté en Bourse. Cette entité aurait une filiale, elle aussi 100 % publique, qui posséderait les barrages d’EDF. Enfin, une autre filiale, appelée, pour l’instant, « Energies nouvelles et réseau », rassemblerait la vente d’électricité, les énergies renouvelables, le réseau de distribution Enedis et les services. Le capital de cette deuxième filiale serait ouvert au privé dans une certaine mesure – c’est cette démarche qui inquiète les syndicats, qui y voient une première étape vers une privatisation de certaines activités du groupe. » (A la Une du Monde – 13.04.2021 – article réservé aux abonnés)

Trois contributions :

« On va nous refaire le coup des autoroutes, on va privatiser la partie distribution (Enedis) et ses 35 millions de consommateurs captifs.
À nous les augmentations de tarifs. »

« Nous ne sommes pas bons partout, mais en matière d’électricité nous sommes champions. Ce qui ne veut pas dire qu’il ne faut pas mieux faire encore. Mais se mettre au diapason la Commission est un bon moyen pour détruire l’un de nos derniers domaines d’excellence. Il nous restera les parfums, le vin et le cognac. Junker appréciait les deux derniers, Ursula doit apprécier les premiers, c’est peut-être pour ça qu’ils ne sont pas encore venus nous escagasser avec ça. »

« C’est un bon projet quoiqu’en disent les conservateurs habituels. On peut juste regretter qu’il n’aille pas tout à fait assez loin, particulièrement sur le statut des agents d’EDF qui reste un privilège d’ancien régime. Rien ne justifie ces avantages ahurissants qui plombent l’entreprise et servent de pompe à finance de la CGT (plusieurs milliers de salariés rien qu’au comité d’entreprise). L’entreprise risque de rester lente et lourde face aux immenses enjeux des énergies renouvelables. »

La mienne :

Les critiques d’anciens dirigeants [l’article donne un lien qui permet d’en prendre connaissance] portent sur des risques de dysfonctionnement liés à l’introduction du privé dans la distribution et sur l’argument financier en évoquant de « coûteuses aventures internationales dans les années 1990/2000 ». En-deçà des questions d’architecture, de finances, de statuts, et du rapport privé/état, se trouve la question implicite du rapport individu/commun, un invariant de l’histoire humaine. Les décisions gouvernementales sont des conséquences de la réponse, elle aussi, implicite, à cette question, essentiellement posée dans le discours philosophique. La place très réduite, à dessein, de la philosophie dans l’enseignement contribue le rendre difficilement audible, ce qui a pour effet de le limiter à des cercles restreints, donc à favoriser son aspect hermétique et ainsi de suite. Le problème du rapport privé/état (énergie, transport, santé…) est donc ainsi réduit à des aspects techniques.

Manifestations à Minneapolis

« Des manifestations ont éclaté, dimanche 11 avril au soir, dans un quartier de Minneapolis (Minnesota), après la mort d’un jeune homme noir à la suite d’un contrôle de police.» (A la Une du Monde – 12.04.2021)

Quelques contributions :

Pseudo : « Lecteur du ghetto » : « Circulez, y a rien à voir. On vous a dit que célafotaTRUMP et à ce blanc nommé « Chauvin ». Le Monde devra dans son prochain papier mieux appliquer d’ailleurs sa ligne éditoriale voulant raciser tous les protagonistes, vous savez, cette ligne éditoriale qui est l’inverse de celle que Le Monde applique pour l’islamisme et tous les faits « divers » avec couteau et kalachnikov : ne jamais raciser quand les « racisés » tiennent le couteau ! »

Pseudo « Domnick » : « Ce serait bien de savoir ce qui s’est passé. Là on ne sait pas grand-chose. »

Pseudo « Francis Gary Powers » : « C’est la faute de Trump !! »

Pseudo « Lilou » : « Pouah…. Ils sont dégueulasses ces gens-là. Tuer quelqu’un pour une infraction au code de la route ! Même s’il faisait l’objet d’un mandat d’arrêt ! Inimaginable ! Ils ne peuvent pas tirer dans les pneus ? »

La mienne :

Oui, les détails de l’événement ne sont pas connus. Alors pourquoi et pour quoi ces commentaires théoriquement inappropriés ? Les réactions – contradictoires, souvent virulentes – parlent en réalité du problème auquel renvoient cet événement et d’autres avant lui : le « racisme » (esclavage, colonialisme…) dont nous (pas tous) commençons juste à reconnaître qu’il repose sur un irréel (race) et qu’il est d’ordre idéologique. Ce que « disent » les contributions, ce sont nos rapports historiques (individuels et collectifs, conscients ou pas) avec l’objet de cette idéologie vieille comme l’humanité, enkystée dans un schéma d’idées reçues. Entre alors en jeu la mauvaise foi, l’arme ultime de l’esprit qui utilise comme prétexte, ici, les  inconnues de l’événement – quelles qu’elles soient et quelles que soient les responsabilités qu’elles fassent apparaître – pour ne pas avoir à parler de ce qui lui donne son importance. Comme si le racisme était un problème réglé, comme s’il n’existait plus.

Amazon-US : le syndicat refusé par les employés.

« Les syndicats avaient gagné la bataille médiatique. Ils ont perdu celle des urnes. Les salariés de l’entrepôt Amazon de Bessemer, bourgade pauvre située au sud de l’ancienne cité minière de Birmingham, en Alabama, ont voté contre la syndicalisation de leur site dans un rapport supérieur à deux contre un. Près de 5 900 employés étaient appelés à voter par correspondance. Le non à la syndicalisation l’a emporté avec 1 798 voix, contre 738 votes en faveur du RWDSU, le syndicat national de la distribution que des employés voulaient rejoindre. » (A la Une du Monde – 10.04.2021)

Quelques contributions :

« Le peuple a compris que le socialisme n’apportait que la misère et la ruine. On n’est plus en 1848. »

« Un patron qui interdit les syndicats, des employés qui votent majoritairement contre leurs propres intérêts… Pauvre pays. »

« Peut-être leur a-t-on cité comme exemple la CGT qui fait passer en priorité 1) l’obtention de privilèges toujours plus importants pour ses permanents et 2) son idéologie politique d’extrême gauche mortifère. On peut comprendre alors que les salariés des autres pays y réfléchissent à 2 fois. »

« Le personnel a voté, le pistolet sur la tempe (menace de fermeture). Les contempteurs de syndicats pensent-ils vraiment que ce sont les syndicats qui sont responsables de la disparition de Péchiney, Usinor etc. et de la suppression de centaines de milliers d’emplois ? Ou plutôt la possibilité d’augmenter les profits en délocalisant ? »
« Sans syndicats, pas de congés payés (deux semaines aux E.U.) , pas de sécurité sociale (comme aux E.U.), etc. »

« Le meilleur syndicat est une situation de quasi plein emploi.
ça oblige les salariés à être performants pour être embauchés par les meilleures entreprises.
ça oblige les entreprises à favoriser l’épanouissement des salariés afin d’attirer les meilleurs. »

Ma contribution :

L’événement illustre le rapport passionnel (cf. les contributions) et ambivalent individu/commun, exacerbé ici par l’enjeu du risque pour son emploi, in fine, sa vie. L’Histoire en offre des exemples innombrables dans tous les domaines. Le syndicat (« avocat »=loi/commun) n’est pas accepté par le patronat qui lui oppose le paternalisme (« père »=affectif/individu) appuyé plus ou moins explicitement sur le chantage. Ce rapport de force  est l’expression d’un débat à la fois personnel et social (cf. le maître et le serviteur > Hegel, Marx, Nietzsche) qui touche à la conscience spécifique que nous avons de notre fin. On croit parler de syndicat et/ou de politique (réformisme/révolution), on parle en réalité de l’équation capitaliste (être =avoir plus) qui nous constitue et du rapport que nous avons avec elle. Plus ou moins consciemment. D’où le dialogue de sourds et, le plus souvent, sa violence.  

La fin de vie : un débat nécessaire

« L’Assemblée nationale devrait, jeudi, examiner la proposition de loi du député Olivier Falorni pour une « fin de vie libre et choisie ». Or les quelque 3 000 amendements déposés risquent de compromettre l’examen du texte et les discussions parlementaires qu’imposent (sic) un tel enjeu. » (A la Une du Monde – 07.04.2021)

Déclaration de François-Xavier Bellamy sur son compte Facebook.  Il est agrégé de philosophie, fut tête de liste de Les Républicains aux régionales de 2019 – 8,48% des voix – et un des auteurs des amendements :

« Nous voici devant un point de bifurcation essentiel : saurons-nous tout faire pour que la vie soit vivable, même dans l’épreuve, et jusqu’à ses derniers instants ? Ou préférerons-nous donner aux souffrants le droit d’être tués ? »

« Le droit d’être tué »  comme expression de la demande d’aide à mourir.  C’est un philosophe qui parle. De quoi s’agit-il ? De l’emploi du verbe tuer. Dans la phrase, il est employé au passif, ce qui veut dire que celui qui commet l’action, l’agent, est un tueur, celui qui la subit est une victime. Est-il besoin d’aller plus loin dans l’analyse de l’approximation, sinon de la mauvaise foi ?

Une mauvaise foi et la lâcheté manifestées par le dépôt de trois mille amendements destinés à bloquer la discussion puisqu’elle est limitée à une journée. On sait que le président de la République qui a besoin des voix de droite ne veut pas que le débat se poursuive sur cette question, à un an de l’élection présidentielle.

Une contribution :

(Helga) « Vous pouvez en disposer  [de votre corps] mais pourquoi vous reposer sur d’autres pour y mettre fin ? Le suicide assisté devrait être possible pour les personnes incurables et qui ont besoin d’une assistance pour vivre comme pour mourir. Les autres peuvent mettre fin à leurs jours par eux-mêmes, sans y impliquer des tiers. Certes, c’est difficile et ça demande du courage mais si vous ne pouvez pas franchir ces obstacles, c’est que vous êtes ambivalent et que vous n’êtes pas prêt. Parce que pour aller au terme de la démarche du suicide assisté, il faut beaucoup de courage et de détermination. »

Ma réponse :

Etes-vous sûre qu’il s’agisse de courage pour un suicide assisté ? Les témoignages de ceux qui ont aidé ou assisté parlent plutôt d’un désir, d’un choix. Voyez ce que dit le mari de Paulette Guinchard, auparavant hostile à cette démarche et qui a dû se rendre en Suisse à cause de nos interdits. La solution qui consiste à se jeter sous un train ou à se pendre vous paraît vraiment un argument à opposer à la demande d’aide (qui n’est pas envisagée comme une obligation pour quiconque) pour un acte qui devrait ressortir à la liberté de chacun ? Je trouve cette réponse dure. Comme est dure votre explication (« vous n’êtes pas prêt ») de ce qui peut faire reculer devant la violence et la brutalité des modes de suicide sans aide. Je pense au contraire que l’extension de la liberté jusqu’au choix de sa mort crée des conditions susceptibles d’aider à prendre une décision qui n’appartient qu’à soi et qui échappe au jugement des autres.

Réponse de Marie-C.D :

« Et pourquoi diable, Helga, devrais-jeter ma voiture contre un arbre, ou me jeter d’un pont, quand je pourrais m’endormir pour ne jamais me réveiller? Pourquoi des souffrances inutiles? Celles qui me conduiraient à souhaiter la mort ne sont donc pas suffisantes pur une seule existence ? »

Ma contribution :

Est-ce que l’homme dispose de sa vie ? Telle est la question essentielle qui sous-tend le débat souvent polémique, parce qu’elle touche à la croyance en un Dieu créateur « propriétaire » de la vie, et qu’elle n’est pas explicitée, sans doute parce qu’il n’est plus possible de faire d’un dogme religieux un principe universel. Qu’en serait-il des controverses sur l’aide à mourir si était affirmé le principe  » tout homme dispose librement de sa vie » ? Pour le reste : que sont devenus les obstacles liés au « tu enfanteras dans la douleur » quand le droit de l’aide à accoucher sans douleur a été reconnu ? Nous résoudrons très bien ceux qui sont dressés pour l’aide à mourir quand nous serons d’accord sur le principe. Jusque-là, le débat sera faussé par l’idéologie religieuse qui se dissimule derrière des préoccupations prétendument humanistes. Tout le monde sait que l’euthanasie est pratiquée, en secret, dans les hôpitaux, comme l’avortement avant la loi. Affirmer le principe, c’est aussi autoriser à ne pas le reconnaître pour soi, c’est ouvrir le champ de la liberté.

Dîners de luxe clandestins à Paris

« La diffusion vendredi d’un reportage par M6 sur des dîners clandestins fastueux à Paris a déclenché une vive polémique le week-end dernier, un des organisateurs (…)  affirmant avoir « dîné dans la semaine dans deux, trois restaurants clandestins » où il aurait croisé « des ministres ». » (A la Une du Monde – 09.04.2021)

Ma contribution :

C’est très simple. Voilà. Vous étalez votre pouvoir. Pardon ? Oui, tout le monde dispose de pouvoir. Plus ou moins, oui, mais je parle du pouvoir « en soi »… Ah, bon… Oui, vous l’étalez finement avec votre rouleau à outrepasser. On en a tous un dans recoin, oui. Garnissez d’interdits finement hachés que vous avez fait revenir avec un peu de ce n’est pas vos oignons, ajoutez à voix basse quelques propos épicés, faites mijoter à l’insu d’étouffé, triez vos convives sur un volet à mailles très fines, fermez soigneusement les guichets pour éviter d’être caviardé et salez la note selon la quantité de liquide… Tout va bien ? … Oui, les invités sont là, le banquet va commencer, tout baigne dans son jus, quand on frappe à la porte… Ah ?… Oui. Il y a là un type carré d’épaules, barbu, vêtu d’un himation… C’est quoi ?…  Un manteau grec. Il a plein de bouquins dans un sac de supermarché. Il dit qu’il vient de très loin… C’est quoi son nom ?… Platon… C’est qui ?… Un communiste.   

L’objet particulier de la campagne électorale (2)

Face à ce que représentent le FN/RN et sa candidate, l’attitude électorale pertinente  consiste à  les maintenir en-dehors de l’univers politique dans lequel ils jouent avec les outils de la politique, et dont ils ne font pas plus partie qu’un enfant jouant à l’adulte fait partie de l’univers adulte.  

La décision de l’abstention au second tour (si la candidate FN/RN y parvient)  au motif du refus du vote négatif est donc inappropriée et, au sens littéral, irresponsable.

Il ne s’agit pas non plus de voter contre le RN/FN, mais de signifier, en votant pour l’autre candidat, quel qu’il ou elle soit, qu’on reste dans le champ du politique.

Cette analyse ne peut être entendue que si l’on substitue au voter pour ou contre quelqu’un ou au voter pour ou contre quelque chose,  un voter  pour ou contre ce qui produit l’équation capitaliste structurante (être = avoir plus) réalisée depuis maintenant deux siècles dans les formes économiques, sociales, financières et industrielles que l’on sait.

En d’autres termes : du point de vue de la philosophie politique, que le candidat soit de « gauche gestionnaire réformiste » ou de « droite gestionnaire conservatrice », le cadre reste le même : les seules différences tiennent aux ajustements économiques et sociaux internes en relation avec le rapport privé/commun. Le Front Populaire (1936) et le programme du Conseil National de la Résistance (1944) sont là pour nous rappeler que ces différences peuvent être considérables pour la vie quotidienne.

Pour autant, le système continue à fonctionner avec sa logique propre et le processus de dysfonctionnement global s’accentue, quelle que soit la couleur des élus, comme nous le constatons aujourd’hui : courses aux profits par tous les moyens, aggravation des inégalités nationales et internationales, immigrations et crimes de désespérance, détérioration de l’environnement, mutation climatique, dépression planétaire, populisme (dans le sens infantilisme), replis identitaires, en particulier ce que j’appellerais le « malaise de maturité » (un sondage indique que le FN/RN serait le vote majoritaire des trentenaires) lié sans doute à une absence de perspective de développement économique « classique », notamment d’emplois pérennes.

C’est ce que signifiait « bonnet blanc et blanc bonnet » (formule reprise par Jacques Duclos – candidat du parti communiste arrivé juste derrière Alain Poher – centre droit – et Georges Pompidou – droite –, les deux candidats du second tour de la présidentielle de 1969) dans un temps où la révolution socialiste/communiste (assurée « aux couleurs de la France ») apparaissait comme un possible.

Aujourd’hui, ce possible ayant disparu et l’idée de la révolution dont je parle étant non encore assez émergée (quelques voix commencent à se faire entendre), le seul choix possible concerne la nuance du bonnet.

S’il est indispensable de déposer un bulletin dans l’urne, c’est que nous sommes « embarqués », et croire qu’on peut rester sur la rive pour voir passer le bateau de la société participe de la même irresponsabilité littérale : la vitesse du bateau et le pilote ont leur importance, même si l’on préfèrerait l’océan plutôt que l’impassibilité du fleuve. S’abstenir revient à ouvrir la porte du champ politique au FN/RN avec la fascination pour le « jusqu’où peut aller le jeu de l’apprenti sorcier ? » dont est connue la réponse.

De même,  « on choisit au premier tour, on élimine au second » n’a pas plus de sens que les deux bonnets de 1969.

Faute de révolution proposée, il ne nous reste, pour le premier tour, que la gestion lucide, active, des affects, ne serait-ce que dans notre discours aux autres.

Pour le second, si la nuance du bonnet n’est plus l’enjeu du vote, la sauvegarde du politique.

« Racisé… »

Le numéro de Télérama (du 3 > 9.04.2021) propose une interview de l’historienne de la psychanalyse Elisabeth Roudinesco et de l’historien Pascal Blanchard.

Quelques extraits accompagnés de commentaires, avant une conclusion.

Question : « De quelles fractures les querelles sur l’islamo-gauchisme sont-elles le signe ? »

P.B. «  Depuis une trentaine d’années en France (une quarantaine aux Etats-Unis), nous observons une nouvelle manière de penser l’histoire du colonialisme, la question du genre et la domination masculine. »

Si l’observation est juste, P.B. ne pose pas la question de la date : pourquoi cette « nouvelle manière de penser » est-elle née à cette époque ? Ce non-questionné revient à dire que le contexte historique n’aurait pas d’incidence sur la pensée. La concomitance n’ont plus n’est pas objet de questionnement.

E.R. : «  Quand on impose le mot « racisé » alors que la race n’existe pas, quand on fige les combats dans une stratégie uniquement victimaire, c’est intenable. Or, il se passe la même chose du côté des études de genre : le queer – l’ensemble des minorités sexuelles ou de genre – est mouvement flamboyant et passionnant. Mais le stigmates d’hier se sont inversés, et le jeu consiste désormais à assigner « l’autre » à sa nature dite « hétéronormée », à sa « blanchité » ou à sa masculinité, pour lui dénier tout droit à la parole, dans une ronde sans fin d’anathèmes : les transgenres finissent par attaquer les homosexuels, les lesbiennes, les gays, les gros, les minces… A la longue, les mouvements d’émancipation vont tout simplement finir par s’autodétruire… »

La race n’existe pas, oui,  mais depuis combien de temps est-ce un savoir, et ce savoir est-il indiscuté ? Autrement dit, qui impose « racisé » ? Le terme est-il inventé, là, comme ça, sans raison autre qu’une lubie,  ou bien son invention doit-elle être considérée comme un signe qu’il faut décrypter ? Et puis, s’agit-il d’un « jeu » ?

Là encore, il  est curieux que soit évacuée la recherche de causalité possible, autrement dit que ne soit pas questionné le contexte historique, et que ce mouvement soit présenté comme s’il était voulu, pensé, organisé comme un projet de société.

Question : « Plus personne ne conteste, pour autant, que les descendants des colonisés n’avaient pas eu accès à l’histoire de la colonisation… »

P.B. «  C’est indéniable. Je me rappelle encore cet étudiant qui disait : » Quand on travaille sur des conquêtes coloniales, on connaît toujours le nombre de soldats français morts et jamais le nombre d’indigènes tués. » Il avait raison. Il faut d’autant plus entendre sa douleur que l’histoire coloniale n’a longtemps été racontée que du point de vue des empires. Mais quand enfin émergent des chercheures originaires des anciennes colonies, ces sujets deviennent brutalement des outils politiques dans les débats d’opinion, parce qu’ils apportent un regard neuf sur l’Histoire et sur l’Occident, et offrent de nouveaux espaces d’expression à celles et ceux qui n’avaient pas eu le droit de parler jusque-là : les minorités et les femmes. C’est ainsi qu’on peut penser une histoire globale, une histoire monde, sans pour autant faire disparaître la dimension nationale. »

« Raconter, espaces d’expression, droit de parler »… en quoi ces termes rendent-ils compte de la demande, non entendue, qui s’exprime par ce que dénoncent les deux historiens. Voir la conclusion.

E.R. : « Nous sommes malheureusement englués dans un débat insensé entre les « études de genre » anglo-saxonnes revisitées par des chercheurs hexagonaux qui se disent inspirés par Michel Foucault et des Français qui se référeraient à une philosophie des Lumières universaliste mal comprise. »

« Malheureusement englués, débat insensé » sont des jugements, non une analyse.

Q : « La tempête était donc inévitable… »

E.R. : « Le débat autour de l’islamo-gauchisme est devenu infernal (…) Beaucoup de petits-enfants d’immigrés souhaitent garder dans les prénoms qu’ils donnent à leurs enfants, ou dans leur culture, la trace de leurs origines, et je l’accepte. Mais cela ne devrait jamais les empêcher de devenir républicains, et en particulier des respecter les principes de la laïcité. (…)  On ne demande pas à ces élèves [issus de l’immigration] d’être gaulois ! On leur demande d’être français… Et si un effort doit être effectivement être fait  pour raconter leur histoire…(…) Et je ne vois pas  au nom de quoi les enfants français dont les grands-parents  sont issus des pays anciennement colonisés ne pourraient pas aussi s’identifier à Victor Hugo dans leurs revendications. Parce qu’il est blanc ? »

« Devrait… » Curieux sous la plume d’une historienne «… raconter [par d’autres] leur histoire», également curieux sous la plume d’une spécialiste de la psychanalyse. Je passe sur « infernal ». Quant au « ne pourraient pas » il est également curieux qu’il soit adressé à ceux qui sont critiqués pour le « racisé » et pas à ce qui y conduit.

Conclusion :

Je pense qu’il manque à ces analyses la dimension philosophique (dont sa composante éthique) qui peut permettre de comprendre la problématique que constituent ces événements, pour les sortir de la polémique stérile où ils sont bloqués.

L’Histoire « racontée » aux élèves est, dans le récit et le discours qui le sous-tend, celle du système capitaliste, selon l’équation être = avoir plus. Ce système, en tant qu’il détermine le rapport consommation/production et les rapports sociaux, contient une contradiction avec l’exigence du commun qui, dans le même temps, préoccupe l’humanité depuis son origine. La résolution de cette contradiction est projetée dans une alternative « communiste » (cf. Platon) qui balance entre le possible et l’utopie. La réalité industrielle moderne (depuis la fin du 18ème siècle) produit une théorie « scientifique » (Marx) qui fait résolument pencher la balance du côté du possible. Le fiasco de l’entreprise (URSS) et son implosion tue (ou donne l’impression de tuer) jusqu’à l’idée même de cette alternative.

Autrement dit : le « racisé » pouvait, jusqu’à la fin des années 80, entendre le discours historique enseigné en s’identifiant au commun, utopique ou réel, contradictoire du capitalisme.

Depuis la mort (réelle ou imaginaire) de l’idée de « communisme », cette identification est impossible et le « racisé » est obligé d’écouter l’histoire qu’on lui raconte – celle du colonialisme notamment – sans identification autre que le capitalisme générateur d’une conception de l’être fondé sur l’avoir et le pouvoir, qui se réalisent notamment dans l’esclavage, la colonisation, l’exploitation de la force de travail, le racisme, les rapports homme/femme, sexe/sexualité…

C’est à mon sens ce qui produit, après la création du concept de négritude créé en son temps pour répondre à un moment de la contradiction, celle de ces nouveaux concepts (racisé, intersectionnalité, woke…).  Ils sont les signes émis par des orphelins auxquels n’est offerte qu’un récit/discours d’identification à ce qui  a « tué » leurs parents, et qui cherchent, dans la confusion, et en se heurtant à des murs d’incompréhension générateurs de violence, à exister en-dehors de l’équation capitaliste.  

Les clivages passionnels que produisent ces concepts, entre autres, indiquent que ce problème, signifié par ce qui s’apparente à des cris, est planétaire.