Les limites de la lutte syndicale

       Quand elle concerne un problème aussi important que le système des retraites, la lutte syndicale, pour être efficace, doit être sous-tendue par un discours d’une nature autre que celui qui la déclenche et l’organise. Un discours de nature politique pour une alternative possible.                                     

La retraite concerne la fin de la vie professionnelle.

Elle concerne aussi la fin de vie.

Avoir travaillé si longtemps, et ne pas disposer d’une pension qui permette de vivre de manière décente, ne pose pas seulement la question du « pourquoi avoir travaillé ? » mais ravive la question « avoir travaillé pour quoi ? »

Pour ceux qui voulaient le retrait du projet et une vraie négociation, la lutte syndicale n’a pas abouti.

Parce que le discours dont je parle n’existe plus.

Tout le monde sait que la réforme conduira, dans un avenir plus ou moins lointain, à un système par capitalisation qui favorisera ceux qui ont le moins besoin de l’être.

Ce n’est ni original, ni nouveau, ni ignoré :  Oxfam, une organisation internationale fondée en 1942 pour lutter contre la pauvreté indique que les 80 milliardaires les plus riches de la planète possèdent autant que les 3,5 milliards d’humains les plus pauvres vivant avec 2 dollars par jour.

Donc, tout le monde  sait quel est l’enjeu de cette réforme, mais le discours qui donnerait du sens, de l’espoir donc de l’efficacité à la lutte syndicale, n’existe plus.

Il n’y a, aujourd’hui, pas d’autre système envisageable que le capitalisme.

Alain Badiou, invité à la Grande Table de France Culture  (lundi 20 janvier 13 h00 /13 h 30) expliquait une fois encore, en le dénonçant,  comment fonctionne ce système.

Il disait une fois encore sa conviction du communisme, sous une forme autre que celle qui fut expérimentée en URSS avec les résultats catastrophiques que l’on sait.

Il espère que les luttes éparses, non seulement en France mais partout dans le monde, finiront pas se joindre pour faire naître ce communisme.

Mais, à aucun moment, il ne pose la double question :

– quelle est la cause humaine du capitalisme ?

– pourquoi sommes-nous à ce point attirés et repoussés par le « commun » ?

L’affaire Matzneff

                                                           

                                                                Responsabilité

Le mot vient du latin (re-spondeo) qui signifie « engagement en retour ». [Sur la racine spond– est formé le mot qui désigne le fiancé, puis le mari – d’où le français épousailles.]

Etre responsable c’est donc donner en retour ce qui correspond à un engagement. C’est, par extension, apporter une réponse adéquate à une question particulière.

L’analyse qui suit est calée sur ce sens de responsabilité.

                                                                  Le problème

L’affaire vient d’être déclenchée par Vanessa Springora qui publie Le consentement. Le récit est celui de sa relation avec l’écrivain Gabriel Matzneff. Nous sommes dans les années 80. Elle a quatorze ans, lui cinquante.

Quelques années plus tôt, en 1977, une pétition (rédigée par G. Matzneff) demandant la libération de trois hommes condamnés pour avoir filmé des jeux sexuels d’enfants et y avoir participé, avait été signée par J-P Sartre, S.de Beauvoir, R. Barthes, J. Lang, B. Kouchner, G. Deleuze, Ph. Sollers… Le texte jugeait désuète la loi qui avait permis de condamner les trois hommes.

Gabriel Matzneff était alors un écrivain connu, il était invité à la télévision, notamment à l’émission de Bernard Pivot Apostrophes. Il ne faisait nul mystère de ses relations sexuelles avec des petites filles (« minettes », dit complaisamment B. Pivot dans un échange avec lui) et des petits garçons.

A cette époque, les relations sexuelles avec des mineur(e)s de moins de quinze ans étaient interdites et punies par la loi. Gabriel Matzneff fut interrogé par la police à la suite de dénonciations anonymes. Sans suite.

                                                       Les quatre responsabilités

– celle de Vanessa

– celle des parents de Vanessa

– celle de Gabriel Matzneff

– celle de la justice et de la société

– Vanessa a 14 ans. Son père est absent. Sa mère est très occupée par son travail d’attachée littéraire. Au cours d’un dîner elle est courtisée par G. Matzneff qui l’assure de ses purs sentiments amoureux et qui promet de ne pas lui faire de mal.

Il n’est pas très difficile de comprendre en quoi elle est une « proie » : comme tous les enfants, elle a besoin d’identification, le père n’est pas là, la mère est en étroite relation avec la littérature, et voici un homme qui a un âge de père (voire plus), qui est une célébrité littéraire et qui lui tient un discours d’amour « pur ».

Son acceptation d’une telle demande d’amour témoigne donc d’une réponse adéquate.

– L’absence du père, si elle permet de comprendre, ne peut pas être « retenue à charge » contre lui : il n’y a pas de lien mécanique entre absence de père et statut de proie. La mère a l’intuition que G. Matzneff est un pédophile*, elle le dit très vite à sa fille, mais  ne va pas plus loin. Elle le regrette aujourd’hui, sans doute une manière de dire que sa réponse ne fut pas adéquate.

– G. Matzneff ne dit pas à Vanessa qui il est et il la séduit par un discours qui dissimule ses intentions, un discours calculateur. Quand, un peu plus tard, elle commencera à comprendre qu’il joue avec elle, il lui interdira de lire ses livres dans lesquels il explique son attirance pour les petites filles et les petits garçons.

Il est donc un « chasseur » pour lequel la fin (acte sexuel) justifie les moyens (tromperie, tarification).

De ce point de vue – et compte tenu de la loi en vigueur à l’époque – il est alors justiciable.

– La justice n’intervient pas alors qu’elle a les preuves – il les fournit lui-même sans la moindre réticence et avec la compréhension souriante et complice du monde littéraire et intellectuel « parisien ».

Réponse donc inadéquate : s’il n’y a pas de plainte déposée, il n’y a pas non plus d’auto-saisine du parquet… Rien. Sinon, face à G. Matzneff sur le plateau d’Apostrophes, la protestation véhémente de l’écrivaine québécoise D. Bombardier qui devient aussitôt objet de moquerie, de dérision, de rejet de la part de ce monde littéraire.

                                                                  Le balancier

Jusqu’à mai 68, la sexualité est taboue. Ne pas parler, non seulement n’élimine pas les problèmes, mais aggrave la perversion qui les fait taire (cf. le puritanisme). Et l’enfant n’a pas alors de statut propre : il est un homme/femme en miniature, on le serre encore dans les langes, on lui donne des claques, des fessées, on dit qu’il ne peut pas comprendre… Alors, vous pensez, la sexualité de l’enfant !

La littérature, elle, se moque des tabous quand elle ne s’en nourrit pas, et la liste est longue des œuvres censurées, des auteurs poursuivis au nom de la morale. Mais rien ni personne ne peut empêcher un livre d’être lu.

Mai 68 fait voler en éclats l’hypocrisie bien-pensante.

Et le balancier libéré des interdits de la morale bourgeoise s’élance dans l’espace de l’interdit des interdits.

A une démesure répond une démesure, jusqu’au moment où le balancier trouve son point d’équilibre… qui peut devenir un jour signe de déséquilibre.

                                                               Irresponsabilité

Vanessa Springora ne porte pas plainte contre G. Matzneff. Son livre (je ne l’ai pas encore lu) dont elle explique dans ses interviews la lente et difficile écriture est, selon les critiques, une description clinique réussie de ce qu’elle a vécu précisément en tant que proie. Elle explique notamment que la mise en garde de sa mère fut sans effet parce qu’elle ne se percevait pas comme l’adolescente qu’elle était, mais comme l’adulte qu’elle voulait/croyait être. Une définition de « l’enfant-proie » ?

Ce qui paraît irresponsable, c’est que la justice envisage aujourd’hui une action contre celui qui a commis il y a plus de trente ans des actes légalement répréhensibles, qu’il revendiquait, qui étaient de notoriété publique et qu’il a perpétrés impunément.

Ne serait-il pas plus responsable qu’elle fasse comparaître l’institution qui n’est pas intervenue ? Avec, comme témoin – de la défense ou de l’accusation ? – la société. A moins qu’elle ne soit co-accusée.

* pédophilie désignant un comportement sexuel est un terme impropre. « Phile » qualifie une relation d’ « amitié » : philanthropie, bibliophilie…

Il est curieux qu’on ait eu besoin de créer de toutes pièces ce mot dénué de sens sexuel pour désigner un crime sexuel (ainsi que des pathologies sexuelles : coprophilie, zoophilie) alors qu’on dispose depuis longtemps de « pédérastie », qui désigne clairement une relation sexuelle avec des enfants.

E. Macron et « en même temps »

                                                      L’affirmation et les slogans

E. Macron, au meeting de Bercy, en avril 2017, huit jours avant le premier tour de la présidentielle :

« (…) Il y a dans cette expression (= en même temps) le refus de penser de manière grillagère dans des cases préétablies, mais surtout la prise de conscience que les problèmes à traiter ne se réduisent pas à un dilemme entre le blanc et le noir, à un manichéisme réducteur et appauvrissant. (…) Je choisis la liberté et l’égalité. Je choisis la croissance et la solidarité. Je choisis l’entreprise et les salariés. Je choisis, comme le général de Gaulle, le meilleur de la gauche, le meilleur de la droite et même le meilleur du centre… Je choisis l’amour de notre histoire et l’ambition du changement ; la France forte et l’Europe ambitieuse; les racines et les ailes. (…) Je veux que nous soyons un grand pays, un pays fort, mais en même temps, oui, en même temps, un pays solidaire (…)  » 

                                                    Compatibilité/incompatibilité

« En même temps » implique deux ou plusieurs actes compatibles simultanément.

Ex : je prépare le repas et en même temps j’écoute la radio : il n’y a pas d’incompatibilité dans la mesure où ni les mains ni les oreilles ne requièrent pour elles-mêmes l’exclusivité de mon activité cérébrale. Ces deux activités sont donc compatibles (avec des nuances) sauf si je suis un chef cuisinier en train d’expérimenter une recette compliquée : la préparation du repas demande alors une concentration telle qu’elle mobilise l’essentiel sinon la totalité de mon attention.

Le « en même temps » ne fonctionne donc pas si deux activités sont incompatibles dans ce même temps, plus ou moins long : je ne peux pas être en même temps « au four et au moulin », je n’ai pas le droit de  conduire d’une main  et en même temps d’utiliser de l’autre mon téléphone portable etc.

                                                                   Dialectique

A et B ne pouvant être réalisés ou combinés « en même temps » qu’à la condition d’être compatibles, le « en même temps » exclut la contradiction et sa résolution ; considéré sous cet angle, il est le contraire de la dialectique qui est précisément la résolution de contradictions.

Deux exemples.

– la combinaison d’un atome d’oxygène avec deux atomes d’hydrogène donne une molécule d’eau. L’atome d’oxygène d’une part et les deux atomes d’hydrogène d’autre part ne sauraient être en même temps une molécule d’eau. C’est leur disparition en tant qu’éléments distincts qui produit un élément nouveau.

– la représentation insupportable de la mort fait naître l’idée de l’immortalité, jusqu’au moment où leur combinaison les élimine pour produire l’idée d’éternité.

                                                                   Confusion

Le manichéisme (le bien, le mal en tant que principes séparés) n’a à voir ni avec le « en même temps » ni avec la dialectique : il s’agit d’une morale, arbitraire comme toutes les morales (cf. G.W. Bush décrétant « l’axe du mal » pour justifier son invasion de l’Irak).

E. Macron l’invoque sur le mode de l’ironie pour signifier que les oppositions/contradictions sont des constructions artificielles et qu’il suffit de décider qu’elles disparaissent pour qu’apparaisse un monde miraculeusement « un », lisse et harmonieux.

En politique par exemple.

Le « en même temps » de la droite, de la gauche et du centre dans ce qu’ils ont de « meilleur »  signifie que les trois sont compatibles, donc que les oppositions qu’ils recouvrent ne sont que des constructions idéologiques dépassées.  

Mais ce « meilleur », quel est-il exactement ?

Il n’est pas précisé, et pour cause : mis à part le constat banal que les gens de gauche, de droite et « même » ( ! ) du centre ont en commun de naître, de vivre et de mourir, de respirer, de se nourrir et d’aller chez le coiffeur… tout ce qu’on pourra  dire –  hors de la réalité historique de l’opposition philosophique/politique entre droite et gauche, dans la société et chez l’individu lui-même – sera des platitudes du même genre.

De ce point de vue, le  « en même temps » le plus intéressant et le plus éclairant des intentions d’un candidat qui se proclamait ni de gauche ni de droite ni (explicitement) du centre, bref, d’une essence autre – référence au héros mi-dieu mi-homme – est «  je choisis  l’entreprise et les salariés ».

L’implicite étant que les politiciens qui ne les choisissent pas « en même temps » mais les opposent sont archaïques, dépassés. Les choisir en même temps serait donc une position neuve, moderne.

Seulement, voilà : « l’entreprise » contient « les salariés ».

Que signifie donc cet étrange « en même temps » aussi tautologique que serait « je choisis en même temps la voiture et le moteur » ?

Il faut entendre  « je choisis l’entreprise privée et les salariés ». S’il ne prononce pas « privée » c’est pour évacuer la référence contraire « publique » et parce que « privé » contient « patronat ».  

Il ne « peut » pas le dire parce que l’histoire politique est nourrie du débat  privé/public et que l’histoire sociale ne cesse de rappeler que patronat et salariés représentent des intérêts différents sinon contradictoires, enjeux de luttes toujours d’actualité entre les organisations patronales et salariales, et qu’à moins de répéter les banalités du commun de l’existence au premier degré (voir plus haut), il n’est pas possible de les choisir « en même temps » sous peine d’avouer « en même temps » qu’un tel choix idéologique, historiquement de droite, n’a rien de nouveau.

Le message envoyé est double : l’entreprise ne peut être que privée et l’opposition entre patronat et salariés est une vue de l’esprit. En d’autres termes, il n’y a pas d’autre voie que le capitalisme.

                                                                     Artifice

Cet « en même temps » qui vise à faire croire qu’il résout une contradiction et qu’il est une nouveauté en politique est donc un artifice.

Et l’enjeu pour l’artificier était d’offrir à ses partisans réunis à Bercy un feu de mots d’artifice nourri de lyrisme : l’amour et l’ambition, les racines et les ailes…

Chaque « en même temps » fut donc chaque fois salué par l’expression hystérique d’un enthousiasme* général.

Si l’on écoute très attentivement l’enregistrement, il y eut quand même parfois un quart de seconde d’hésitation et une légère baisse d’intensité après l’énoncé des deux objets du « je choisis », comme si leur contradiction n’était pas aussi fictive que voulait le persuader l’orateur dont l’enthousiasme savamment étudié, lui, était à la mesure de l’artifice produit. Le temps, pour l’assistance, de se rappeler qu’elle était venue pour regarder le doigt qui montre la lune.

*Etre enthousiasmé, c’est littéralement être envahi, possédé par une force divine, autrement dit ne plus disposer de sa lucidité.

                                                         Derrière la provocation                                               

Dans sa justification du « en même temps », proclamant son  « refus de penser de manière  grillagère »  (= la cage, la prison), E. Macron revendique un mode de paraître, de parler, de raisonner radicalement nouveau  et se revendique « en même temps » du général de Gaulle.

C’est cette stature construite, voulue atypique, qui lui permettra de confier en un faux aparté,  un an plus tard, cette fois en tant que président « On met un pognon de dingue dans les minima sociaux et les gens ne s’en sortent pas » (juin 2018)

Il y a un « en même temps » implicite qui devrait « normalement » prouver la pertinence de l’octroi  des minimas sociaux : on donne des minima sociaux et en même temps les gens s’en sortent ;  là, ça marche. Comme ce n’est pas ce qui se produit, il s’agit non d’argent (noble) mais de pognon (dépréciation) de dingue (sommes folles jetées par les fenêtres par des fous).  

Seulement,  ce pognon – résultat de luttes sociales et politiques antérieures – est une aide financière qui vise à atténuer les difficultés de ceux qui sont dans la précarité ou la pauvreté. Il n’a aucune vocation à faire que ceux qui en bénéficient « s’en sortent », mais qu’ils soient un peu moins démunis. Pour un moindre mal.

Faire croire que l’aide financière de la collectivité est dingue (à mettre en regard avec « Je veux que nous soyons un grand pays, un pays fort, mais en même temps, oui, en même temps, un pays solidaire ») parce qu’elle ne permet pas à ceux qui la reçoivent de « s’en sortir », revient à dire que le pognon donné par  la sécurité sociale serait lui aussi de dingue  puisqu’il ne permet pas d’éviter la maladie.

La question de fond, importante, mais posée sur le mode de la provocation démagogique (avec sa réponse induite), est celle de la pertinence des minima sociaux : ne contribueraient-ils pas à nourrir la précarité et la pauvreté ? Ne seraient-ils donc pas non seulement inutiles mais pernicieux ? Donc, ne serions-nous pas dingues de donner autant d’argent pour un résultat nul ? Viser le moindre mal ne produirait-il pas le pire mal ?

Autrement dit : la cause de la précarité/pauvreté ne serait-elle pas à chercher chez les précaires/pauvres eux-mêmes ? N’en seraient-ils pas responsables ? Pour les inciter à « s’en sortir », ne faudrait-il pas cesser d’être « dingue » pour devenir raisonnable et supprimer purement et simplement les minima sociaux ?

A suivre.

Le populisme

Populisme est composé de deux éléments :

populus*, d’où vient peuple, désigne à l’origine l’ensemble des citoyens romains. Le nom a conservé ce sens d’unité politique.

isme est un suffixe gréco-latin qui sert à former des concepts : un nom désignant un objet concret devient ainsi un objet théorique.

Ainsi, le peuple est une entité, un « être  politique » défini par une idée, la citoyenneté, qui le constitue en tant que tel.

La citoyenneté, aujourd’hui comme hier, est donc l’essence du peuple.

                                                                     La foule

C’est elle qui le différencie  de la foule : qu’elle soit une simple addition d’individus (la foule des passants) ou structurée provisoirement par une activité contingente (la foule des supporters d’un match de foot qui redevient celle des passants au bout de quatre-vingt-dix minutes), la foule est nombre.

Dans le cas où un objet d’une nature différente vient se substituer à l’activité contingente qui l’a réunie, la foule (tout ou partie) prend alors des apparences de peuple : ainsi, quand les insultes visant des joueurs noirs sont lancées depuis les gradins du stade, l’objet contingent (match) laisse  la place à un ersatz d’essence (racisme).

                                                                Apprentissage

La citoyenneté est, en politique, l’idée qu’on se fait, en philosophie ordinaire, de l’individu ; c’est dire qu’elle évolue au fil du temps : aujourd’hui, elle est celle de la Déclaration universelle des droits de l’homme (1948).

L’idée de citoyenneté n’est donc pas de l’ordre de la connaissance immédiate mais de l’apprentissage. On tente de l’enseigner à l’école, mais en « oubliant » d’expliquer le « commun » qui lui permet d’exister, si bien que le discours du professeur d’instruction civique  est aussi peu audible et efficace que la Déclaration.

Rédigée et adoptée (avec des votes contre et des abstentions) au lendemain de la seconde guerre mondiale par les membres des Nations Unies « Considérant que la méconnaissance et le mépris des droits de l’homme ont conduit à des actes de barbarie qui révoltent la conscience de l’humanité » (extrait du préambule), elle  veut être un enseignement dont l’objectif est précisément de prévenir les dérives du populisme qu’a commencé à produire le capitalisme industriel/commercial au début du 20ème siècle.

Si la guerre mondiale a disparu depuis 1945, la multiplicité des conflits meurtriers suffit à montrer les limites de la Déclaration que la représentante démocrate des USA comparait à la lettre au père Noël.

                                                                    Evolution          

Dans l’antiquité grecque, l’idée de citoyen était propre à une cité (Athènes, Sparte, Thèbes, Corinthe…), elle n’avait aucun rapport avec une quelconque universalité – s’il existait, plus ou moins, une « hellénité », il n’existait ni Nation ni Etat grecs.  Et chez nous, jusqu’à la révolution de 1789, l’idée de « citoyen » n’existait que dans les esprits révolutionnaires. Il n’y avait aucun espace disponible pour ce qu’on appelle populisme, terme contemporain recouvrant une réalité contemporaine.

L’idée de citoyenneté a donc évolué jusqu’à prendre une dimension planétaire, universelle.

Le préambule de la Déclaration dit encore « Considérant que la reconnaissance de la dignité inhérente à tous les membres de la famille humaine et de leurs droits égaux et inaliénables constitue le fondement de la liberté, de la justice et de la paix dans le monde », mais il ne précise pas la spécificité de  cette « famille humaine », simple concept idéaliste qui vole en éclats au gré des cours de la bourse et des crises.

                                                                   Régression

C’est précisément dans les moments de crise qu’intervient le discours populiste : puisque l’universel n’est qu’un leurre qui fait courir le risque d’une dilution, replions-nous sur nous-mêmes ! C’est ce que vient de décider une majorité d’Anglais.

Quand, de l’autre côté de l’Atantique, D. Trump s’écrie « America first ! » il change la référence nationale en préférence nationaliste (thème du FN/RN) qu’il adosse aux fantasmes d’une America originelle idéalisée (cf. le western et ses mythologies). Cette America est blanche, fermée à tous ceux qui ne sont pas dans les clous de l’ « American way of life » dont l’homme d’affaires élu président se proclame le modèle.

C’est alors que le peuple peut devenir la foule. Et, pour se persuader qu’il vit ce qu’il croit être un absolu (supériorité de la « race », du pays etc.) alors qu’il vit une contingence (moment de crise), il sacrifie ses boucs-émissaires. (Cf. le lynchage, qui le plus souvent s’est produit à l’échelle d’une  petite ville devenue  « cité autonome ».)

Tendant à substituer l’idée de citoyenneté antique (circonscrite à la cité) à celle de citoyenneté moderne (ouverte au monde), le populisme (qui utilise l’outil de la démagogie) est une régression de type retour in utero.

Une pathologie mortifère.

*A l’intérieur du populus,  plebs (la plèbe) désigne les citoyens qui ne sont pas nobles. Senatus (le sénat) désigne l’assemblée des anciens (< senex = le vieillard, censé disposer de la sagesse). SPQR  [Senatus Populus Que (= et) Romanus (= le sénat et le peuple romain)] était l’emblème, la signature de la république romaine.

Le discours du premier ministre

Enoncé des intentions et discours conclusif

Equité, justice, solidarité, universalité, références au Conseil National de la Résistance (dont faisaient partie le PCF et la CGT), à De Gaulle, Mendès-France, Rocard…  

Il faut y ajouter la belle image de la France « où les travailleurs payent fièrement la retraite de leurs parents… »  et l’affirmation forte d’une éthique « Nous ne voulons pas confier le soin de nos anciens à l’argent-roi. »

Si l’annonce des énoncés avait constitué un discours liminaire prononcé  pour introduire un débat dont l’objectif aurait été de mettre au point les mesures concrètes de ces intentions, il est probable qu’elle aurait fait l’unanimité : qui n’est pas d’accord pour l’universalité en matière d’équité,  de solidarité… ?

Il s’agit en réalité d’un discours non liminaire mais conclusif : il rappelle les décisions concrètes et annonce un calendrier politique précis : conseil des ministres du 22 janvier, débat parlementaire fin février.

Ce discours conclusif est celui du seul pouvoir exécutif auquel s’oppose la quasi-totalité des organisations professionnelles.

Sauf à lui prêter une grande naïveté, le premier ministre savait que ce discours allait faire basculer* la CFDT dans le camp de l’opposition radicale représentée principalement par la CGT et FO.

*Reste à savoir quelle en est la part tactique.

La pensée du premier ministre.

Deux exemples :

– « Aujourd’hui, les pensions des femmes sont inférieures nous le savons de presque moitié à celles des hommes. Qui peut l’accepter ? Personne. (…) Les femmes connaissent, plus souvent que les hommes, des interruptions de carrière, notamment pour s’occuper de leurs enfants. »

Le constat d’une injustice sert donc d’argument pour justifier une réforme à venir.  Seulement, cette injustice est l’aboutissement d’un processus qui contient une autre injustice : celle de l’inégalité des salaires « justifiée » par une argumentation (maternité, enfants…) appuyée sur une conception archaïque validée (consciemment ?) par le ministre : s’occuper des enfants est l’affaire des femmes.

– « Nous devons construire la protection sociale du 21ème siècle en prenant mieux en compte les nouveaux visages de la précarité.  Ces nouveaux visages, ce sont ceux de la caissière de supermarché à temps partiel, du livreur à vélo de la plateforme numérique, de l’agent de propreté qui a fini son travail quand tout le monde arrive le matin ; c’est l’étudiant qui fait des petits boulots pour financer ses études et rentre de plus en plus tard sur le marché du travail. »

Il s’agit d’un aval donné à une réalité antinomique des valeurs des énoncés.

Cette pensée qui considère implicitement comme allant de soi la précarité, qui ne pose même pas la question du bien-fondé par exemple de la nécessité des « petits boulots » pour nombre d’étudiants, contredit en effet l’esprit des énoncés : comment concilier cette normalité des iniquités du début de la vie active avec l’équité revendiquée pour la fin de vie ?

La philosophie politique du président.

E. Macron a conquis le pouvoir seul. Les corps intermédiaires, notamment les syndicats, mais aussi les maires (même s’il a dû composer avec eux) ne sont pas pour lui des composants du pouvoir tel qu’il l’entend. Il a notamment ignoré la proposition du secrétaire de la CFDT d’une table ronde au début du mouvement des gilets jaunes.

La main tendue une nouvelle fois par L. Berger partisan comme lui du système universel à points était facile à prendre. Pour la deuxième fois, et cette fois par la voix du premier ministre, le président a refusé.

Le choix qu’il fait est donc de « jouer » l’opinion contre les centrales syndicales, comme il le fait d’une manière plus générale contre les corps intermédiaires.

C’est aussi la philosophie du FN/RN.

Il joue donc sur le terrain marécageux du populisme* pour que M. Le Pen se qualifie au premier tour des présidentielles de manière à gagner contre elle au second.

* Un prochain article

Universel

                                                          

Universel est ce qui caractérise la réforme du système des retraites décidée par le gouvernement.

                                                           Résonance

Il y a d’une part le sens  objectif d’un mot, ce qu’il désigne, ce qu’on appelle sa dénotation : le crépuscule est le passage du jour à la nuit.

Il y a d’autre part sa résonance, ce qu’il évoque en relation avec les différents contextes de ses utilisations, son histoire, le rapport que nous établissons avec lui, bref, tout ce qui dépasse son sens purement conceptuel, ce qu’on appelle sa connotation : crépuscule peut avoir une connotation positive quand il évoque un beau coucher de soleil, négative quand il évoque l’obscurité de la fin du jour.

La connotation d’universel est plutôt positive parce que sa dénotation renvoie au commun, donnée essentielle de l’humanité : le suffrage universel reconnaît la même valeur politique à tous les individus, quels qu’ils soient.

                                                            La variable

Le point est l’élément clef de ce système dit universel et ce qui le caractérise c’est qu’il n’a pas de valeur connue. Personne n’est en mesure de dire ce que vaudront le jour de la retraite les points accumulés pendant une vie de travail, parce qu’interviendront des paramètres variables.

D’un côté, donc, un principe invariable d’universalité, d’un autre, des paramètres de calcul variables. En d’autres termes, l’incertitude individuelle enrobée dans un concept d’universalité  pour un moment de la vie qui, plus que d’autres, a besoin de sécurité.

Aujourd’hui, un salarié du privé ou de la fonction publique peut savoir à l’avance quel sera, grosso modo, le montant de sa retraite. La réforme ne le lui permettra plus.

                                                             Paradoxe

Aujourd’hui, la protestation conduite par les syndicats de la fonction publique est forte.

S’il y a régulièrement des critiques adressées aux fonctionnaires, il n’y eut jamais de manifestations des salariés du secteur privé – de loin les plus nombreux –  pour protester contre les divers régimes (en particulier ceux des fonctionnaires) dénoncés par le gouvernement comme injustes, contraire à l’universel proposé qui, lui, serait juste.

Les sondages indiquent qu’une majorité soutient le mouvement de protestation.

                                                       Le fond commun

Le paradoxe tombe si l’on considère ces deux éléments :

– le rapport ambivalent avec le fonctionnaire peut s’expliquer par ce qu’il représente de sécurité d’emploi, de pérennité de revenus (plutôt modestes),  et  par le refus du risque de l’aventure (réelle et mythique) du privé aux rêves de fortunes.

– le service public – qui nourrit une ambivalence analogue –  renvoie (comme l’universel) au commun. Quand disparaissent les bureaux de poste, les services hospitaliers, quand ferment les classes des écoles…, chacun sait que les causes sont budgétaires et que « la finance » est la forme d’expression la plus pathogène de nos contradictions.

La mémoire collective conserve encore les principes qui, depuis 1789, ont contribué à la spécificité de la République Française dont la dénotation et les connotations se confondent au point qu’elle devint Etat Français le jour où ils furent reniés.

Liberté, égalité, fraternité… de quoi rappeler que la retraite, comme la santé, l’école… ne doit pas être d’abord une affaire comptable.

 «  (…) pouvoir vivre plutôt que pouvoir d’achat ; mondialité plutôt que mondialisation ; justice sociale plutôt que loi du plus fort ; émancipation individuelle et collective plutôt que réussite individuelle (…) – extrait d’une tribune signée de 180 intellectuels publiée dans Le Monde daté du 5 décembre.

En d’autres termes, et viscéralement contre tous les Blacks Fridays, briser l’équation d’identité être = avoir.  

Retraites

                                                          

                                                          Apparence

Chacun achète des points pendant son activité professionnelle et chaque point donne le même revenu. Chaque euro cotisé donne les mêmes droits pour tous. Plus de régimes spéciaux mais le même régime pour tous.

A priori, rien ne paraît plus rationnel ni plus équitable.

                                                       Rationalité(s)

Comment se fait-il qu’il n’y ait pas de consensus enthousiaste ? En effet, nous savons au moins depuis Descartes (17ème siècle… Avant lui, Aristote 4ème siècle avant notre ère) que « Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée… »  (Par bon sens, entendre « raison »)

Il n’y a pas si longtemps, on expliquait les différences de résultats scolaires par les « dons ». On était ou on n’était  pas doué. La bosse des maths n’a pas toujours été une métaphore.

C’était une rationalité. Et ceux qui rejetaient les dons et mettaient en évidence le rapport entre inégalités scolaires et inégalités sociales étaient qualifiés de dangereux idéologues.

C’est dire que la rationalité peut être utilisée pour une justification, donc a posteriori, et qu’elle est alors tout sauf l’expression de la raison philosophique.

                                                         La question

Le discours gouvernemental explique que les régimes spéciaux relèvent de l’inégalité et qu’ils ne sont plus justifiés : quelle comparaison entre le conducteur des locomotives à vapeur et celui des TGV ?

Il y a dans  ce discours, en implicite, quelque chose qui s’apparente à un idéal humaniste : ne sommes-nous pas tous frères et n’est-il pas injuste que certains aient plus d’avantages que d’autres ? C’est ce qui sous-tend le discours d’E. Macron qui sait ce que parler veut dire et qu’un euro n’a pas toujours la même valeur.

Comme tout ce qui est d’ordre social, les régimes spéciaux des retraites sont le résultat de luttes plus ou moins relayées par des forces politiques : il s’agissait pour ceux qui mettaient en jeu leur situation, sinon leur existence, de parvenir à un vivre mieux collectif.

La question est de savoir si la critique égalitariste et comptable des régimes spéciaux ne vise pas cette réalité de la lutte sociale, antinomique du nivellement par le bas.

Les publications de Jean-Pierre Peyrard

Dix-sept livres jusqu’ici.

Le premier fut un essai publié en 1999 chez L’Harmattan qui a accepté d’emblée le manuscrit. Cinq cents exemplaires ont été vendus.

J’ai envoyé les deux ou trois manuscrits suivants aux maisons d’édition qui ont pignon sur rue. Quand elles ont répondu, ce fut, à deux ou trois exceptions près, par un simple mot de refus passe-partout.

J’avais fait lire ces manuscrits à plusieurs personnes qui m’avaient dit les trouver intéressants.

Edilivre, né en 2000, m’a proposé de m’éditer.  Ce n’est pas vraiment un éditeur dans la mesure où il n’a pas de « ligne éditoriale », où il ne s’occupe pas de diffusion et n’a pas de stock. Il édite gratuitement pour autant qu’on n’ait pas recours à des services de correction et qu’on se contente d’une couverture en noir et blanc. Françoise, mon épouse, professeur de lettres elle aussi, est une lectrice précieuse pour détecter les fautes et les coquilles et je n’attache aucune importance à la couverture.

Les livres peuvent être commandés directement chez Edilivre ou chez n’importe quel libraire.

Chez L’Harmattan

L’enseignement en milieu hospitalier ou La leucémie et le complément d’objet direct : Après avoir enseigné les lettres pendant une vingtaine d’années dans des lycées traditionnels, l’auteur de cet ouvrage assure depuis 1988, une partie de son service de professeur dans des services de pédiatrie des hôpitaux de Lyon.

En dix ans, il a rencontré au pied du lit plus centaines d’élèves hospitalisés pour des pathologies diverses.

Il nous livre ici non seulement une analyse éclairante des systèmes scolaires (notamment la relation pédagogique) et hospitalier (entre autres, la relation de soins), mais une problématique constituée des nombreuses questions que soulève la collaboration entre l’Education Nationale et l’institution hospitalière.

Cet essai s’adresse à un public large, bien au-delà des professionnels de la médecine et de l’enseignement.

Il intéressera tous ceux qui sont préoccupés par la question du sens.

(quatrième de couverture)

Chez Edilivre

>> essais :

La grammaire en questions : il ne s’agit pas d’un manuel de grammaire, mais du regard critique que m’a conduit à porter sur son enseignement le constat alarmant que j’ai pu faire dans les services de pédiatrie.

Extrait : « Compte tenu de leur nombre et de la diversité de leurs origines, les élèves hospitalisés que j’ai rencontrés pendant ces douze années ne peuvent pas être considérés comme des exceptions ; ils donnent une image sans doute assez juste de la manière dont est reçu et perçu en général l’apprentissage de la grammaire.

Ils abordaient l’analyse armés d’une panoplie de questions (qui est-ce qui ? quoi ? à quoi ? comment ? pourquoi ? de qui ? de quoi ? etc.) qu’ils lançaient machinalement sans se préoccuper du sens de la phrase qu’ils avaient sous les yeux. Les réponses qu’elles leur fournissaient étaient parfois justes, parfois fausses, ce qui accentuait leur incompréhension. »

La note fondamentale et les harmoniques : Dans la table des matières : Croire (matérialisme, postulat chrétien, postulat communiste…), Savoir (le complexe de Pascal, savoir de la pollution et pollution du savoir, Dom Juan, athéisme…) Philosophie et révolution (theos et atheos, avoir et être, différence entre nazisme et communisme, Marx…)

Extrait : «  Les problématiques, qui seules reconnaissent et acceptent les angoisses, sont seules capables de faire résonner les harmoniques de notre pensée, de faire sentir les relations vibratoires des idées et de révéler les entrelacements qui constituent la complexité humaine dont cet essai n’est qu’une illustration. Elles sont analogues aux harmoniques produites par le musicien et sans lesquelles la musique, réduite à la simple émission de sons fondamentaux, serait considérablement appauvrie. »

Le scénario : tentative d’analyse d’une vie.

Quatrième de couverture : « Malgré nos différences d’apparence qui ne sont jamais que superficielles et insignifiantes, nous sommes tous pareillement fabriqués : nous sommes constitués du même type de variables et de paramètres, des mêmes strates, nous disposons des mêmes outils pour les appréhender et les organiser de manière originale. Si notre rapport avec la part de déterminisme qui nous constitue est lui aussi forcément singulier, la conscience obligée que nous avons de notre fin nous conduit nécessairement, après la brève période épique de notre petite enfance, à construire un discours de nature philosophique (il a pour objet le sens d’une vie que nous savons limitée), plus ou moins élaboré, riche ou misérable, qui détermine le champ de notre liberté et de notre responsabilité.

C’est un exemple de ce discours que je propose ici »

>> romans :

– Reconstruction : roman autobiographique.

 « Ce roman se présente sous la forme d’une autobiographie. Son titre souligne la caractéristique de ce genre d’œuvre : une reconstruction. Vouloir distinguer ce qui est vrai de ce qui est imaginaire, s’interroger sur les ressemblances et les différences entre l’auteur et le narrateur est sans intérêt. Le narrateur est né à la fin de la dernière guerre, comme l’auteur. Après la mort de son père, le narrateur refait vivre les personnes et recompose les événements d’une partie importante de sa vie. « A quoi bon ? » lui a demandé l’auteur. « Peut-être n’est-ce pas une bonne question » lui a répondu le narrateur. » (quatrième de couverture)

Fin de vacances : Dix jours avant la rentrée scolaire, trois enfants découvrent les aspects insoupçonnés, parfois redoutables, d’un monde très différent de celui de leurs jeux. La vérité et le mensonge, le courage et la peur, les relations de puissance et d’amitié, les contradictions de soi, les désirs et les interdits… Telles sont quelques unes des questions auxquelles ils sont confrontés et dont ils découvrent peu à peu la complexité. Pourront-ils être heureux ?

Triptyque en quatre parties : deux critiques de lecteurs :

« En trois mouvements littéraires, du pastiche de Proust à l’exploitation du genre policier, à travers leurres, mirages, enchâssements, le « Triptyque » de Jean-Pierre Peyrard se révèle être une œuvre romanesque étourdissante qui, par-delà la volonté de nous égarer dans un univers aux frontières constamment redéfinies, interroge ce qu’est l’essence de l’écriture. C’est-à-dire cet art de faire du vrai avec si peu, de construire du plausible avec des lettres, de bâtir des chimères avec de l’encre… Plus qu’une étonnante mise en abyme, une formidable approche biaisée du travail de création littéraire. »

   « Merci pour ce Triptyque, qui m’a plu. C’est fort bien ficelé. On croit d’abord, avec « Le Roman de la marquise », qu’on a affaire à un récit très savant et très drôle, en forme de pastiche (la marquise qui ne sort pas à cinq heures) et on regrette presque, au chapitre suivant, de découvrir qu’il s’agit d’un manuscrit, mais le plaisir se redouble, du fait de l’enquête, qui se duplique à son tour. On est impressionné par votre talent à nouer et dénouer ces intrigues successives (où l’on voit apparaître, fugitivement, Walkowski), bref, je trouve que c’est un régal et pourtant je suis, depuis quelques années, assez allergique aux complications littéraires, « roman dans le roman », intrigues gigognes, etc. »

La tectonique des plaques : Le personnage principal vient d’apprendre qu’il souffre d’un mélanome et qu’il ne lui reste que quelques mois. Il décide de ne rien changer à sa vie et demande de l’aide à un médecin pour choisir le moment de sa mort.

La cale de plomb : Un homme atteint d’un handicap tente de l’utiliser comme un atout…

 « Pendant le trajet vers ma cellule après la prise d’écrou, le surveillant, un grand Noir à la carrure imposante qui avait approximativement le même âge que moi, m’a annoncé que je devrais me rendre dans la cour pour la promenade dès que j’aurais déposé mes affaires.   

Je n’avais pas la moindre envie de me promener, mais une injonction pénitentiaire ne constitue pas un objet de discussion, surtout quand on bénéficie d’un privilège d’autant plus singulier qu’il est inattendu. » (quatrième de couverture)

1972 : Ce fut l’année de la signature du programme commun entre les partis de gauche.

«  En septembre 1970, Paul Charpier vient d’être élu secrétaire de section du parti communiste.

(…) Il a été un de ces gauchistes vilipendés par le Parti et il n’a pas le sentiment de mythifier mai 68 dans le bilan qu’il en dresse. Si le système continue à fonctionner comme avant, les manifestations, les débats et les grèves ont provoqué ou accéléré la remise en cause de normes périmées et donné un peu d’air à une société asphyxiée et sclérosée. Seulement, tout le monde sait que le Parti n’est pas à l’avant-garde pour les problèmes dits « de société », comme la contraception, l’avortement, l’union libre – sans parler de l’homosexualité –, pour ne pas dire qu’il est même plutôt à la traîne. Et puis, il y a les acquis des négociations de Grenelle. Bref, Paul est convaincu que, même si elles ne sont pas toutes perceptibles  deux ans après, les conséquences de ce mouvement social atypique seront importantes et durables. (…) 

>> romans policiers : Les intrigues mettent en scène une équipe d’enquêteurs de la police judiciaire de Lyon sous la direction d’un commissaire d’origine polonaise, Pierre Walkowski.

La première instruction : Lyon. Septembre 1977. Un jardinier du parc de la Tête d’Or découvre dans  un taillis le corps d’un joggeur tué par balle. Dans la poche de son flottant, les policiers trouvent une petite feuille de papier quadrillé avec l’inscription « 1é »… Le juge chargé d’instruire l’affaire se nomme Albert Peyrusse-Montlaur. Il est originaire du Gers et vient à Lyon occuper son premier poste. Vingt ans auparavant, il est intervenu à la Cour d’assises où comparaissaient les meurtriers de ses parents pour demander aux jurés de ne pas les condamner à mort. Pierre Walkowski, le commissaire chargé de l’enquête avec lequel il va travailler est d’origine polonaise. Ses parents ont dû fuit leur pays au moment de l’invasion nazie. Son épouse est psychiatre à Bourg-en-Bresse. Ils ont deux fils jumeaux qui entrent en classe terminale. Le lendemain de son arrivée à Lyon, le juge est l’objet d’une étrange provocation…

L’homme au stetson rouge* : Jusqu’où peut s’étendre le concept de légitime défense ? C’est une des questions que pose cette deuxième enquête du commissaire Walkowski. Au centre de l’histoire qui se déroule à Lyon, un homme coiffé d’un stetson rouge, une jeune fille, une libraire, le propriétaire d’une salle de cinéma d’art et d’essai, des proxénètes…

Les écorchés * : extrait « Les quatre enfants bagarreurs ne s’étaient jamais séparés. Ils étaient devenus quatre adolescents rebelles, puis quatre adultes révoltés ; ni camarades, ni compagnons, ni révolutionnaires : révoltés. S’ils savaient ce qu’ils ne voulaient pas, ils ne savaient pas très bien ce qu’ils voulaient. Ils s’étaient baptisés « Les Nazes » par dérision du nazisme et aussi parce qu’ils étaient fatigués de ce monde »

Le massacre des innocents : Samedi 1er janvier 2000 – 1 h 10 –  Maternité de l’hôpital de la Croix-Rousse – Lyon.

« L’infirmière trouva la jeune maman de la chambre 2 assise sur son lit, l’air égaré, disant qu’on lui avait volé son bébé. Une dépression assez courante après un premier accouchement. Elle lui expliqua calmement une nouvelle fois pourquoi on l’avait installé dans la nursery pour la nuit, lui fit avaler un demi-comprimé et resta auprès d’elle le temps qu’elle se rendorme.

Au passage, elle entrouvrit la porte de la chambre 3. La jeune femme qui avait choisi d’allaiter malgré l’avis défavorable du médecin, avait éprouvé de vives douleurs aux seins en début de soirée. Elle dormait paisiblement, mais elle s’était découverte et l’infirmière entra pour remonter le drap. En même temps, elle jeta un coup d’œil dans le berceau. Le nouveau-né, couché  sur le dos, lui parut étrangement pâle. Elle souleva la couette et plaqua sa main sur sa bouche pour ne pas hurler. »

Un crime à Ganges : Article du Midi-Libre.

« Un crime à Ganges, tel est le titre du nouveau roman écrit par Jean-Pierre Peyrard, récemment installé dans notre région, et dont l’intrigue se déroule principalement à Ganges.

Professeur de lettres classiques, J-P Peyrard est l’auteur de treize ouvrages publiés chez L’Harmattan et Edilivre.

Quels que soient les thèmes abordés – la politique, l’enseignement, le pouvoir, la croyance, la mort, la révolte, la violence, le racisme, l’intolérance…  –  et le genre choisi – essai, roman, théâtre – l’auteur construit des problématiques dans l’intention de susciter un questionnement sur les énigmes que posent souvent les comportements humains.

L’intrigue policière, explique-t-il, offre l’avantage de mettre en scène des situations extrêmes qui permettent de faire prendre conscience de la complexité de nos choix et de nos décisions.

La  cinquième enquête du commissaire Pierre Walkowski raconte une histoire qui se situe à la fin de l’année 2001 dans l’atmosphère particulière de la disparition des monnaies nationales et de l’arrivée de l’euro ; une période où s’accélère la cristallisation des peurs  individuelles et collectives, et où s’élèvent des chants de sirènes qui les exploitent et les amplifient.

L’auteur indique que les événements qui constituent cette intrigue policière sont purement imaginaires, comme le sont les personnages dont l’auteur tient à préciser que certains d’entre eux – ceux qui attirent la sympathie – ont pu être en partie inspirés par des personnes connues ou avec lesquelles il a noué des relations amicales. »

Les enfants de l’apocalypse : article du Midi-Libre.

«  Jean-Pierre Peyrard publie actuellement Les enfants de l’apocalypse, sixième enquête du commissaire Walkowski. Comme la précédente (Un crime à Ganges), l’intrigue se déroule principalement à Lyon et dans notre région.

Le récit et le discours de ce roman concernent ce qui est appelé «  terrorisme », un terme dont l’auteur pense qu’il ne rend pas bien compte de la complexité du problème.

– Si l’on considère le fait que des hommes et des femmes peuvent préparer avec le même soin et la même précision qu’un projet de vie, un projet de mort qui vise à massacrer des personnes sans défense et à se tuer eux-mêmes, « terrorisme » ressemble plus à une étiquette collée sur une énigme qu’à une explication du « plus rien à perdre » et du « no future » qui rendent possibles de tels actes

Le roman met aussi en scène des personnages affectivement proches du commissaire et qui sont confrontés à leur fin de vie. Eux, ne parlent  pas de « mort » mais de « départ ».

–  C’est pour souligner cette différence que j’ai mêlé deux histoires faussement parallèles puisqu’elles se rejoignent sur le fond : elles sont les illustrations des deux rapports opposés qu’on peut construire entre la vie et la mort. Celui des deux que nous choisissons détermine en grande partie nos discours et nos comportements. Nos contradictions aussi.

Le « terrorisme » est l’expression d’un de ces deux rapports ?

Dans sa dimension pathologique, oui. C’est ce que va découvrir Walkowski.

Dans cette enquête, comme dans les autres, le commissaire ne se contente pas de chercher des preuves et d’arrêter les coupables, il veut comprendre.

– Walkowski est préoccupé par ce qui provoque le basculement dans ce qu’il appelle « l’autre monde », celui de la délinquance et du crime. Pourquoi les interdits qui nous permettent de vivre en société, cessent-ils de  fonctionner pour les  criminels, et en particulier pour ceux qui, dans son enquête comme dans le monde réel, décident de se faire exploser après avoir massacré au fusil-mitrailleur le plus grand nombre possible de personnes ?

Il veut aussi faire comprendre ce qu’est la responsabilité.

– La responsabilité est une réponse à une question posée. Réponse adéquate ou pas, tel est le problème. Répondre aux dysfonctionnements dits « terroristes » par des sentences et des condamnations morales n’apporte rien, sinon l’illusion qu’on a résolu la difficulté. Dans le contexte de la dépression générale actuelle, ce roman examine le rapport entre les perturbations des individus et celles d’une société désorientée. Il pose donc la question de la pertinence des réponses données par les uns et les autres.

Alors, roman optimiste ou pessimiste ?

– Ni l’un (tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles) ni l’autre (tout est perdu). Il explore une voie autre que celles de l’enchantement béat et de la tristesse désespérante.

– Fanore    

Septième enquête du commissaire Walkowski. L’intrigue se déroule principalement en Irlande, en Bretagne et sur le ferry « Pont-Aven » de la compagnie bretonne Brittany Ferries qui relie  Cork à Roscoff. Pour la première fois, le commissaire est accompagné de sa femme. L’affaire qu’il devra élucider concerne le monde de l’Internet, de la politique et de la religion. L’essentiel de l’enquête se déroule dans la partie ouest de l’Irlande, en particulier le Connemara (Galway, Limerick, Gort…) et le Burren où se situe la petite ville côtière de Fanore.

* L’homme au stetson rouge et Les écorchés doivent être lus dans cet ordre.

>> théâtre

La Statue.

Elle est celle du Dom Juan de Molière.

                                                            Dom Juan

– Oui, Sganarelle, une statue peut aller, venir et parler (Sganarelle opine à son tour avec un grand sourire tout en continuant sa gesticulation)… au théâtre. (Tête médusée de Sganarelle qui se fige jusqu’à la fin de la réplique dans une position grotesque) Comme tout ce que l’on qualifie abusivement de surnaturel. Seulement au théâtre.

                                                            Sganarelle

– Au théâtre ? Vous voulez dire que… qu’une statue ne peut être mouvante et parlante que…sur la scène du théâtre ? Et aussi que les apparitions, les miracles et… tout le reste du surnaturel n’existent pas pour de vrai ? Qu’ils ne sont que des illusions tout juste bonnes, elles aussi, à être jouées par des acteurs, sur des planches de bois à peine rabotées et dans des décors de carton peint ? Mais, monsieur, mesurez-vous bien l’énormité de ce que vous dites ? Car enfin, la petite Bernadette Soubirous, les petits bergers de Fatima et tous les grands voyeurs de surnaturel, qu’est-ce que vous en faites ?

L’homme, la grenouille et la carotte

                             

La conclusion de l’essai* sur Les gilets jaunes a parfois suscité la critique suivante : il n’est pas possible d’enseigner la mort parce qu’on ignore ce qu’elle est.

*Rappel de la thèse : ce qu’on nomme « crise » des gilets jaunes est l’expression française d’une dépression collective profonde, planétaire, née de l’épuisement des esquives (religieuses et politiques) du problème que pose à l’homme l’obligation de penser la conscience qu’il a de sa fin.

                                              Expérimentation et savoir

Pour que l’expérimentation puisse déboucher sur un savoir, il faut la conscience : l’embryon/fœtus qui n’en dispose pas ne peut acquérir le moindre savoir ni des neuf mois de sa vie dans l’utérus, ni de sa naissance. Pour autant, la gestation et la naissance sont des objets d’enseignement, notamment  à la faculté de médecine.

Est-ce que mourir et mort sont des expérimentations comparables ? Si mourir est l’équivalent de naître, la mort est-elle l’équivalent de l’existence qui suit la naissance ?

                                                      Mourir et mort

Mourir est la fin du fonctionnement de l’outil (électroencéphalogramme plat) qui permet la conscience du sujet. Ni lui ni personne ne peut savoir ce qu’il perçoit dans ce moment dont il ne peut pas plus témoigner que de celui de sa naissance : le commencement et la fin de la vie individuelle ont en commun l’absence de conscience.

Comme  la sortie de l’utérus est de manière visible un passage,  le mot a été repris pour parler du moment où meurt l’individu : « Il vient de passer », dit-on. Vivre après mourir serait donc le symétrique de vivre après naître, et de la même façon que vivre après naître est réel, vivre après mourir devrait l’être aussi. Mais comme, à la différence du vivre après naître, nul ne peut expliquer ce que serait ce vivre après mourir,  on en conclut qu’il est inconnaissable. Enfin, de même que le passage de la naissance conduit d’une forme de vie à une forme de vie autre, il en irait de même pour le passage de la vie à la mort.

Tel est le discours plus ou moins implicite qui sous-tend les croyances de toutes sortes.

                                                           Décalque

On sait pourtant et sans le moindre doute que l’état de mort qui suit mourir est objectivement la désagrégation des éléments dont l’assemblage constituait l’individu qui a cessé d’exister en tant que sujet : les influx électriques, les combinaisons chimiques, la circulation sanguine ne fonctionnent plus dans le rapport de concordance qui permettait la vie consciente.

La difficulté d’admettre cette fin définitive du sujet (défini par sa conscience) produit à la fois l’assertion « on ne sait pas ce qu’est la mort » (réplique du « je ne sais pas ce qu’est la vie » que pourrait dire le fœtus) et la construction d’un espace (ciel) où il doit poursuivre son existence en tant qu’âme (anima = souffle de la vie) avant de retrouver un support matériel (résurrection).

On pose donc sur mourir et la mort le calque de naître et la vie.

                                                     La mort clinique

Soit, étendus sur des tables de dissection, trois morts : un homme, une grenouille et une carotte.

Attendons.

Le temps passant, nous observons le même processus de décomposition : la masse se délite en éléments qui se délitent eux-mêmes, jusqu’à n’être plus que des molécules.

Les différences entre les trois décompositions ne sont que relatives aux différences d’organisation initiale, mais le résultat est le même.

A la maison, la carotte peut être épluchée et découpée en morceaux.

A l’école les élèves apprennent à disséquer la grenouille.

A la faculté de médecine les étudiants dissèquent le corps humain. La dissection ne fut pas toujours autorisée : au 16ème siècle, Rabelais devait se cacher pour la pratiquer dans les caves de la faculté de médecine de Montpellier. Le motif de cet interdit était idéologique : le corps étant un temple divin promis à la résurrection, pas question d’y porter le scalpel. On ne touche pas au sacré.

Aujourd’hui, la dissection ne pose aucun problème et il est possible donner son corps à la science.

S’agissant de la grenouille et de la carotte, il ne viendrait à l’idée de personne de dire que leur état de mort est une inconnue.

Pourquoi celui de l’homme en serait-il une ?

                                               L’infini des consciences

Nous nous reconnaissons une conscience et nous n’en reconnaissons pas une analogue à la grenouilles, encore moins à la carotte.

Ce qui caractérise cette conscience, c’est qu’elle a la conscience d’elle-même : nous savons et nous savons que nous savons, et nous savons que nous savons que nous savons que etc., jusqu’à l’infini. Cet infini du savoir conscient de soi est l’expression d’un autre infini, l’infini des consciences du biologique.

Le savoir conscient de soi nous dit que nous mourrons un jour et rien n’indique que la grenouille ou la carotte en disposeraient : jusqu’à preuve du contraire, il est le discours du tragique propre à notre espèce. Les hommes écrivent des livres, composent de la musique, peignent des tableaux etc.,  dont le thème central récurrent est la mort,  mais pas la grenouille ou quelque autre animal, ni la carotte ou quelque autre légume ou plante.

Pourtant, il est établi que les animaux sur le point de mourir le « savent ». Alors, d’où leur vient ce savoir non seulement de leur mort imminente, mais encore du danger réel ou imaginaire qui les fait s’enfuir au moindre bruit ?

D’où, sinon du discours de la conscience du biologique ?

Tout élément biologique, le plus simple comme le plus complexe, dispose, selon le mode qui lui est propre, d’une « conscience » de sa vie et de sa mort.

Nous le vérifions nous-mêmes quand nous « écoutons » notre corps dans ses expressions de plaisir ou de souffrance, de bien-être ou d’angoisse.

Va pour les animaux.

Mais la carotte ?

Si nous disposions d’un capteur adéquat, peut-être serions-nous surpris d’entendre ce que disent ses cellules dans leur langage propre au moment où on lui ôte la vie en l’arrachant de la terre.  

Et sans doute le serions-nous aussi si nous pouvions entendre ce que disent les cellules de notre corps quand elles meurent – depuis le début de notre vie –  et à plus forte raison quand notre électroencéphalogramme est plat.

Alors, si nous savons ce qu’est la mort de la grenouille et de la carotte, pourquoi celle de l’homme ne serait-elle pas elle aussi dans le champ du savoir ?

En-dehors des « valeurs » que nous créons pour pouvoir vivre en société (mais à quel prix !) quelle différence entre elles et nous ?

Déconnecter la peur en apprenant la mort telle qu’elle est, c’est ouvrir un espace de paix.

Le dialogue et ses conditions (suite)

Rappel du point de départ : croire, savoir, relativité de la connaissance scientifique, géocentrisme de Ptolémée, héliocentrisme de Copernic et Galilée.

Lui : Je pense qu’un débat de sémantique sur le terme «croire» nous dévie du fond de la question. (…) Je fonde mon raisonnement sur l’état de la science à chaque époque. Donc, on devrait se rejoindre sur cet aspect. 

Moi : Il s’agit moins de sémantique (étude du sens des signes du langage) que d’épistémologie (examen critique de la connaissance).  Si je dis  « Ptolémée savait que la terre était au centre » j’indique un constat d’erreur scientifique. Si je dis « Ptolémée croyait que la terre était au centre » c’est moi qui suis dans l’erreur. Donc deux discours de nature différente.

En d’autres termes, et pour un objet d’une tout autre dimension : est-ce que le prêtre contemporain de Ptolémée et Ptolémée sont d’accord ? Si l’un et l’autre disent que la terre est au centre, c’est pour des raisons opposées, et le jour où Ptolémée devient Galilée, le prêtre sort les instruments de torture.

C’est dire que le chemin qu’on emprunte est au moins aussi important que le résultat auquel on parvient. Cf. le discours du prof. de maths (c’est moins le résultat qui compte que la démonstration), et la frustration de l’élève qui a le résultat juste mais qui obtient une mauvaise note parce que sa démonstration n’est pas pertinente.

Lui : En résumé, je dis que l’état actuel des connaissances et des sociétés occidentales, et les projections que l’on peut faire dans un avenir relativement prévisible seraient susceptibles de conduire l’Humanité à se libérer des religions (au moins déistes).

Moi : Si la religion est la dimension sociale de la foi (croire en Dieu) et si la foi ne peut exister sans la religion (ce qui semble bien être le cas) quel examen faut-il privilégier ? Celui du mode (religion) ou celui de l’essence (foi) ?

Les sociétés ne cessent de réglementer les religions (cf. la loi de 1905) avec les résultats que l’on sait.

C’est donc le besoin de croire, le terreau sur lequel il s’enracine qu’il faut continuer à analyser.*

A suivre…

*Article à venir : L’homme, la grenouille et la carotte.