Un dérèglement est la perturbation d’un mécanisme, d’un organisme : les règles qui en permettaient le fonctionnement adéquat ont été altérées de sorte qu’elles ne sont plus opérantes.
Le plus spectaculaire, aujourd’hui, est le dérèglement climatique – pour cause d’activités humaines – qui contient le paradoxe d’être nié non seulement par des sectes ou des individus, mais par le président des USA, le pays le plus puissant de la planète. Un jour de grand froid, D. Trump s’est moqué des scientifiques qui décrivent le mécanisme du réchauffement. La confusion entre météorologie et climatologie n’a pas beaucoup d’importance quand elle est celle d’une secte ou d’un individu, mais elle devient le symptôme d’un autre chose que l’ignorance ou l’aveuglement quand elle est celle du chef de cette puissance, élu non pas malgré son discours de déni mais grâce à lui et pour lui.
Il contient le paradoxe en ce sens que le dérèglement global trouve sa source dans le déni essentiel dont celui du climat n’est qu’une expression, quelle que soit sa gravité.
Ce déni essentiel – il concerne ce qui constitue la singularité de l’espèce humaine – n’est pas une nouveauté (cf. les croyances, les religions), mais il s’est radicalisé (le déni climatique en est l’expression caricaturale), parce que la stratégie de contournement ne dispose plus du faire-valoir qu’a représenté l’alternative socialiste-communiste et qu’elle révèle de plus en plus sa nature et ses limites. Si D. Trump continue d’agiter le chiffon rouge de la menace du communisme (encore tout récemment dans son discours prononcé pour les 250 ans de l’indépendance des États-Unis), ce n’est évidemment pas parce qu’il y aurait un renouveau du discours marxiste-léniniste et de son organisation politique révolutionnaire, mais parce qu’il sait, avec le mode de savoir qui lui est propre, que l’équation-capitaliste (être = avoir +) dont il se réclame sans la moindre inhibition (cf. son histoire personnelle et son enrichissement depuis sa seconde élection) est antinomique du commun, non idéologique ou politique, mais humain, et il le sait parce qu’il l’expérimente pour lui-même, nécessairement, comme chaque être humain.
Un article du Monde explique le succès aux USA du livre-reportage Regime Change. Inside the Imperial Presidency of Donal Trump (= Changement de régime : au cœur de la présidence impériale de Donald Trump – non encore traduit) par les révélations qui balancent entre effarement et burlesque concernant les actes et les paroles du président, en particulier dans le bureau ovale.
Le dérèglement qui s’y manifeste – la forme la plus extravagante du dérèglement général et son signe le plus inquiétant compte tenu de la nature du lieu – est tel qu’il annonce soit une aggravation jusqu’à l’effondrement que peut être un conflit international majeur, soit une réaction qui rétablisse un équilibre sous l’égide de la pensée. De deux choses, l’une : soit ce dérèglement, dont la Maison Blanche est l’épicentre et dont le grotesque le dispute au pathétique, est la résolution d’une dialectique antérieure mal ou non perçue, déniée certainement, soit le composant d’une dialectique en construction.
Si le dérèglement climatique et la somme des catastrophes qu’il produit est bien le résultat de l’équation capitaliste, il est possible que, faute d’un discours politique responsable (= qui apporte la réponse adéquate), une majorité suffisante décide de saisir la main qui tire vers l’abîme.
Ce 7 juillet 2026, l’arrêt de la Cour d’appel rend possible la candidature de Marine Le Pen à l’élection présidentielle de 2027, alors qu’elle est de nouveau condamnée (prison et inéligibilité) pour des actes qualifiés de « graves ». La précision, dans l’arrêt, que le détournement d’argent n’a pas eu pour objet l’enrichissement personnel – aucune accusation ne le prétendait – contribue, sans doute à l’insu des juges qui ont estimé utile de le souligner – à affaiblir la notion de commun que déteste l’idéologie d’extrême-droite notamment incarnée par la condamnée qui pourra apparaître comme une victime politique.
D. Trump, lui aussi condamné, a été réélu par une majorité de ses concitoyens.