La musique et le football

Deux événements.

Les concerts d’Aya Nakamura au stade de France (29, 30 et 31 /05/2026) et la victoire de Paris Saint-Germain dans la finale de la coupe d’Europe de football (30/05/2026).

Chacun d’eux a été l’objet d’un article dans Le Monde. Les commentaires qu’ils ont suscités témoignent de l’importance du discours identitaire qui infuse dans tous les domaines.

Voici les deux que j’ai publiés.

1 – La musique et écouter la musique. La musique est l’infinie variation des combinaisons, mélodiques ou pas, la répétition – dans toutes les partitions de tous les compositeurs de toutes les musiques – parce que nous vivons selon des cycles. Chaque époque produit ce qui lui correspond. On écoute toujours la musique baroque – plus exactement certains compositeurs de cette musique – mais on ne la compose plus. Écouter la musique, c’est construire des rapports – différents selon qu’on est seul ou pas – avec la note fondamentale et les harmoniques qui nous constituent, des rapports qui changent selon notre temps individuel et collectif. La comparaison vise à figer le temps et la nostalgie, comme son nom l’indique, est l’expression d’une souffrance.

2 – Les critiques qui visent l’événement [surtout les débordements qui ont accompagné la célébration de l’événement] ou l’article [= la manière dont ils ont été traités]  ignorent ou font semblant d’ignorer que le désarroi, individuel et collectif – il est aujourd’hui planétaire, pas seulement français – est à l’affût de tout événement qui puisse en permettre l’expression. Chacun sait pour l’avoir expérimenté dans un moment difficile de sa vie que cette expression est le plus souvent violente et qu’elle porte sur un « objet » sans rapport avec ce qui la génère. Le discours dominant de répression et d’indignation morale exclusive – on le retrouve dans les critiques – est lui aussi une expression de ce désarroi et il participe de la même violence. La différence avec le jet de pierre, le casse de vitrine ou l’incendie de voiture, est qu’il utilise les mots d’une syntaxe mécanique pour transférer la violence de ses passions sombres (dont la nostalgie) dans l’idéologie qui a besoin du désarroi pour se développer et capter l’électorat déboussolé.

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À propos,

– de la musique : Bach a été oublié pendant plus d’un siècle et certains disent encore que sa musique est « toujours la même ». Brassens – souvent cité – n’a jamais été « populaire »  et certains disaient que sa musique reposait sur deux ou trois accords.

– du football : un commentateur fait remarquer que la même victoire européenne de l’équipe de Bordeaux-Bègles en coupe d’Europe de rugby n’a pas le même retentissement et n’a pas été accompagnée de violences. Et il ajoute : « Allez comprendre ! En fait, oui, on comprend qu’il s’agit de deux publics différents. Qu’est-ce qui les distingue ? La réponse est évidente mais il est interdit de la formuler. »

Un autre : « Et si on gardait les pieds sur terre ? De quoi s’agit-il ? De 22 bonshommes qui courent après une balle et qui pour cela gagnent des millions » 

Deux exemples du degré zéro de l’analyse ou de l’a priori : la réponse précède ou évacue le questionnement qui concerne la spécificité de ce jeu collectif, le seul qui ait une dimension planétaire.

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