Créon libère le garde dont la sortie (définitive) ramène la tragédie.
Antigone admet qu’elle connaissait les décisions et explique pourquoi elle ne les a pas respectées. Ce discours qui, pour les morts, donne la priorité aux lois divines sur la loi humaine, est toujours d’actualité, avec la différence qu’il concerne les vivants.
« Oui, car pour moi, ce n’est pas Zeus qui a fait ces proclamations, ni Dikè (la Justice) qui vit avec les dieux d’en-bas ; et ils n’ont pas fixé ces lois parmi les hommes. Je ne pensais pas qu’elles soient assez puissantes pour permettre qu’un mortel puisse transgresser les lois non écrites et sûres des dieux. Ces lois ne sont ni d’aujourd’hui ni d’hier, mais elles sont vivantes depuis toujours et personne ne sait quand elles ont vu le jour. Pour cela, je n’allais pas, par crainte des intentions d’aucun homme, être punie chez les dieux. Je savais que je mourrais – pourquoi ne le saurais-je pas ? – et même si tu n’avais pas fait tes proclamations*. Et si je meurs avant le temps, je dis que c’est un bénéfice. Celui qui, comme moi, vit au milieu des malheurs, comment en mourant n’acquiert-il pas un gain ? Ainsi, pour moi, rencontrer ce sort n’est pas une souffrance. Si, en revanche, j’avais supporté que le cadavre d’un fils de ma mère** soit sans sépulture, pour cela j’aurais souffert ; mais pour ceci, je ne souffre pas. S’il te semble que celle qui agit ainsi est insensée, il se peut que ce soit par un insensé que je suis accusée d’être insensée » (453 > 470)
*Tragédie en ce sens qu’Antigone commence à construire le rapport avec sa propre mort. Pour le moment, du fait de sa transgression, elle est subie, même si elle l’est dans le cadre de la loi universelle. Mais si Antigone n’est pas empêchée par la mort qui punira la transgression, ce n’est pas pour mourir qu’elle la commet. Ce n’est pas un suicide.
** L’expression rappelle que la loi qu’entend respecter Antigone est celle de la « philia » qui n’a pas de valeur affective, mais indique l’importance du lien du sang qui justifie la transgression d’un interdit sacrilège.
Le spectateur est donc confronté à un entrelacement de questions : la loi divine et la loi humaine, le rite funéraire pour l’accès au monde de l’en dessous, le lien familial et le rapport avec sa propre mort.
Dans l’instant, une forte émotion puisque celle qui parle a mis sa vie en jeu, et, pour plus tard, des problèmes à résoudre pour lui-même.
Sophocle fait réagir le Coryphée avant Créon : « Il est évident que cette enfant, dure, est la fille d’un père dur ; elle ne sait pas céder aux malheurs. » (471,472) Les spectateurs connaissent l’histoire d’Œdipe, mais ils ne savent pas la manière dont Sophocle la traitera puisque Œdipe Roi sera joué vingt ans après Antigone. Cette réflexion du Coryphée pouvait leur en donner un aperçu.