Le cinéma, la culture et la pétition contre V. Bolloré

Dans un article publié à la Une du Monde numérique (22/05/2026) à propos de la pétition signée par plus de deux mille professionnels du cinéma qui dénonce la mainmise culturelle du patron de Canal + (premier financeur du cinéma et dont ils sont bénéficiaires), Michel Guérin explique que la bataille de l’opinion est perdue. Il cite l’exemple de la région « Pays de la Loire » dont la présidente (du parti Horizon = E. Philippe, candidat à la présidentielle) a, dit-il « torpillé les budgets culturels ». Pour justifier sa décision, cette élue a qualifié ces lieux culturels de « très politisés qui vivent d’argent public » et, précise le journaliste, un sondage (IFOP) indique que 80% des habitants de la région l’approuvent.

La bataille perdue n’est pas celle de l’opinion mais celle de la culture, et elle n’est pas perdue pour la raison qu’elle n’a jamais été menée.

Culture semble aller de soi quand le discours qui prononce le mot est celui d’une autorité perçue comme une transcendance qui en donne une image idéalisée : A. Malraux, via De Gaulle et une certaine idée de la France éternelle,  J. Lang via F. Mitterrand et une gauche unie autour d’une certaine idée du changement de société.

Cette transcendance était celle d’un commun idéologique et politique.

Les « Maisons de la culture » (A. Malraux), le prix unique du livre ou la fête de la musique (J. Lang) sont des sésames qui ont ouvert des portes de lieux où la langue parlée n’a jamais été qu’étrangère : l’école de la République ignore l’enseignement de l’art et des arts, et la démarche philosophique du questionnement à l’origine de la création est une initiation réservée à l’infime minorité d’une classe d’âge.

Cette transcendance a été audible comme peut l’être le discours religieux.

Quand elle s’est effondrée – nous y sommes – le mot culture a retrouvé dans l’opinion publique son statut social (l’élite), idéologique (la gauche) et hors-sol (le monde des artistes – dont les formes clinquantes du festival de Cannes). Statut établi par la misère programmée de l’enseignement, et compliqué du ressentiment que suscite la perception des leurres de substitution construits pour un commun illusoire et superficiel : la culture n’a pas besoin de « maisons » et pour sympathiques qu’elles soient, les foules des rues du 21 juin ne constituent pas une culture en marche.

Ce ressentiment, élargi à tout ce qui, conscient ou pas, renvoie à commun, est l’aliment principal du discours populiste.

Telle qu’elle a été conçue et rendue publique, la pétition des professionnels du cinéma ne peut convaincre que ceux qui le sont déjà et renforcer l’image de celui contre lequel elle est dirigée.

V Bolloré qui se réclame ouvertement d’un catholicisme fondamentaliste, incarne aujourd’hui avec d’autres, sur des plans idéologiques divers, une transcendance plus païenne que chrétienne en ce sens qu’elle rejoint et nourrit le mythe de l’identité nationale et son corollaire de discrimination, l’évangile de l’extrême-droite politique qu’il soutient.

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