Le cas G. Erner

Le 24 juin 2026, G. Erner recevait M. Le Pen dans Les Matins qu’il anime sur France Culture et que j’écoute régulièrement. Au cours de l’émission que j’ai ignorée (j’étais ce matin-là sur mon vélo dans le silence d’une vallée cévenole ombragée), il a diffusé un montage qui mettait en parallèle des propos antisémites de J-M Le Pen et, prétendument, de J-L Mélenchon. Un montage qui est révélé être truqué. La protestation a été immédiate, le journaliste a reconnu la manipulation – il n’en est pas l’auteur mais a diffusé le montage sans le vérifier… ce qui n’est pas sans signification – a présenté ses excuses, la direction de la station aussi, mais la protestation prend de l’ampleur.

Le « cas Erner » est intéressant en ce sens qu’il est un exemple du glissement qui opère insidieusement.

Dans cette même émission, il a demandé à M. Le Pen « Quand avez-vous décidé de rompre avec l’antisémitisme de votre père ? » une question qui apporte la réponse à une question qui est tout sauf anodine puisqu’elle contribue à ce qu’on appelle la « dédiabolisation » de cette organisation d’extrême-droite.

Quelques mois plus tôt, il avait établi un parallèle entre l’assassinat de l’idéologue pro-Trump d’extrême-droite Charlie Kirk et celui des dessinateurs de Charlie Hebdo.

Ce glissement est le corollaire du refus de la construction de problématiques, la marque essentielle de fabrique de l’extrême-droite (pas seulement) qui ne déteste rien tant que l’analyse des processus parce qu’ils font apparaître des contradictions et invitent donc à une pensée dialectique.

G. Erner, qui fait souvent état de sa judéité, a été traumatisé par le massacre commis le 7octobre 2023 par un commando du Hamas contre des soldats et des civils Israéliens (plus de 1200 morts et 251 otages) qu’il rappelle chaque fois qu’il est question du Moyen-Orient.

Ce qui, ici, constitue le problème, ce n’est évidemment ni le traumatisme ni la récurrence de l’évocation de cet événement, mais l’absence d’une analyse dans le cadre du processus du conflit qui oppose Israéliens et Palestiniens depuis quatre-vingts ans.

Pour lui, le 7 octobre est un commencement –   il n’est pas le seul à le dire –  et  cet abandon de la pensée est le signe de l’instillation de l’idéologie d’extrême-droite dans les esprits en même temps que sa base de recrutement.

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