Je ne vous apprends rien : on peut rire de tout, en tout temps, de temps en temps, de tout en tout temps, de tout de temps en temps, de tout en tout temps de temps en temps… Ce qui fait beaucoup, surtout avec les aléas météorologiques.
Qu’est-ce que le rire vient faire, là, maintenant, entre deux lectures d’Hésiode qui n’en est pas à proprement parler un spécialiste ?
Eh bien, il se trouve qu’un lecteur du blog est allé dénicher un article publié en octobre 2020, un temps où on ne pouvait rire que confiné chez soi et à gorge non-déployée – vous vous souvenez ? – un article extrêmement drôle intitulé calembour et dont je vous recopie le premier exemple, extrêmement drôle, lui aussi : « La preuve que le calembour n’a rien à voir avec un moteur qui cale dans un bourg, c’est que dire des choses sûres avec des conneries est préférable à cirer ses chaussures dès qu’on ne rit. »
Vous voyez que je n’exagère pas pour l’extrêmement.
Deux remarques quand même, d’essence cartésienne, faut-il le préciser ?
D’abord, le calembour du bourg, bon, ça se discute, oui, parce qu’il y a des bourgs où l’on utilise des cales, des cales pour caler, par exemple les tonneaux dans les bourgs viticoles. Ou alors, mais là c’est dans des bourgs très différents, des étudiants qui calent devant une équation de mathématique quantique qu’ils doivent résoudre. Vous me direz qu’un étudiant en train de caler dans un bourg sur une équation de mathématique, qui plus est quantique, elle serait du second degré, j’dis pas, mais là, c’est quand même peu vraisemblable. C’est oublier un peu vite qu’après avoir été recalé à l’examen d’entrée de l’École polytechnique de Zurich, Einstein a poursuivi ses études dans l’école cantonale d’Aarau. D’accord, Aarau n’est pas un bourg et Einstein n’est pas du genre à caler sur une équation, mais ça aurait pu tout aussi bien être le contraire. Vous voyez bien !
Ensuite, « dès qu’on ne rit » est nettement plus problématique, oui, je suis d’accord, on dirait du Mallarmé. Il y a quelque chose, comment dire, d’inachevé, si j’osais, d’évanescent. Parce que « qu’on rit », là, c’est affirmé, je dirais on voit les dents, presque le fond de la gorge librement déployée depuis la fin du confinement, et ça ne fait pas rire du tout, alors que « qu’on ne rit » qui fait rire, mais si ! laisse en même temps dans la bouche un arrière-goût que je sens jaune quand je regarde autour de moi et même plus loin.
Alors, me demandé-je in petto, est-ce que par hasard… (tiens, justement, vous vous rappelez que Mallarmé a écrit « Un coup de dé jamais n’abolira le hasard », qu’est-ce que vous dites de ça je referme la parenthèse) tout ça aurait à voir avec la réalité ?
Oui, est-ce qu’il y aurait dans la réalité, comme dans ce calembour délirant quelque chose d’absurde ?
Je regarde encore et plus attentivement autour de moi et même un peu plus loin pour être bien sûr, et là, je me finis par me dire que le jaune n’est peut-être pas dans l’arrière-goût, mais dans l’avant-goût.
Il est grand temps de me retourner vers Hésiode et sa race de fer. À côté de la nôtre, franchement !