Hésiode exhorte d’abord son frère à choisir la justice plutôt que la démesure en expliquant que la justice finit par l’emporter et qu’il faut alors en payer le prix : « C’est par la souffrance que celui qui ne sait pas [l’enfant ou le sot] apprend. » (218 )
Il élargit ensuite son discours aux rois-juges : ceux qui rendent des sentences justes voient leur cité s’épanouir (225 > 237), alors que ceux qui sont dans la démesure provoquent sa ruine (238 > 247).
Zeus est cité dans les deux cas, mais avec la différence majeure qu’il est inactif dans le premier (« Zeus qui voit au loin ne leur inflige pas la terrible guerre. » – 239) et qu’il intervient dans le second (« Du haut du ciel le Cronide [Zeus est fils de Cronos] leur inflige une grande douleur, une famine en même temps qu’un fléau dévastateur. » (242,243)
Autrement dit : les hommes sont les seuls acteurs de leur bonheur s’ils respectent la justice, il n’est pour cela nul besoin des dieux dont la fonction est punitive.
Quand l’auditeur entend Hésiode décrire le paradis sur terre qu’est la cité gouvernée par la justice, il se rappelle alors le tableau analogue de la race d’or (cf. article 11) et peut alors comprendre qu’il ne s’agit pas d’un problème de chronologie mais de choix.
La suite le confirme. S’adressant aux rois-juges qui rendent des « sentences tortueuses* » (250 – *skolièsi -> scoliose) il leur annonce qu’il y a trente mille immortels envoyés par Zeus chargés de surveiller leurs sentences, en même temps que Dikè, la fille de Zeus. Et il précise « Chaque fois que quelqu’un lui fait tort la traitant avec mépris d’une manière tortueuse, s’étant aussitôt assise près de son père, Zeus, le Cronide, elle fait résonner les desseins des hommes injustes, tandis que le peuple paie en retour les méchanceté des rois qui méditent des malfaisances et par des paroles tortueuses font dévier les arrêts de justice. Songeant à cela, rois, redressez vos discours, vous qui êtes avides de présents, oubliez tout à fait les sentences tortueuses. C’est pour lui-même que l’homme fabrique les maux qu’il fabrique pour un autre, et la mauvaise pensée est la pire pour celui qui l’a conçue. L’œil de Zeus qui voit toute chose et qui a toute chose en pensée voit aussi celles-ci (…) » (258 > 267)
Ce qui est décrit conjointement aux malheurs collectifs engendrés par les mauvaises décisions des rois-juges cupides, c’est le discours de la conscience, via l’omniscience de Zeus dont l’œil (multiplié à l’infini = les trente mille immortels) fait penser à celui qui, 2200 ans plus tard, suit Caïn jusque dans sa tombe. (Hugo – La légende des siècles)
Il conclut ce discours en s’adressant au Persès-plaignant comme aux rois-juges : « Mets-toi cela dans l’esprit, Persès, écoute la justice, oublie complètement l’emploi de la force. » (274,275)
Le problème resté en suspens est celui des critères de la justice qu’Hésiode n’a pas définis. Il va le faire, non dans un discours théorique qui n’est pas le sien, mais en décrivant un mode de vie qui, en évacuant la démesure, confère à l’homme qui l’adopte l’esprit de justice.
Ce mode de vie repose sur l’ergon, l’activité, le travail,dont, après avoir précisé la valeur, il va décrire le contenu et l’organisation : deux narrations pour deux discours de nature opposée.