Le nom latin vulgus désignait le commun des hommes, la foule, donc le contraire du peuple (populus) dans son sens politique de communauté citoyenne comprenant les aristocrates (patriciens) et ceux qui ne l’étaient pas (plébéiens).
Il a donné en français vulgariser (= rendre accessible à tous une connaissance spécifique, notamment scientifique) et vulgaire dont la signification est surtout dépréciative = est vulgaire ce qui ne respecte pas les codes, quels qu’ils soient et quoi qu’ils valent – c’est une autre question.
Depuis l’élection, le spectacle que donnent à voir D. Trump et E. Musk, par les mimiques, les gesticulations, la grossièreté et l’outrance du discours (tout récemment une vidéo provocante produite par l’Intelligence Artificielle représentant Gaza en Riviera de luxe sordide et diffusée par D Trump sur sa plateforme), est vulgaire en ce sens qu’il ne respecte pas les codes de tenue du pouvoir politique.
Que ces personnes elles-mêmes soient ou non vulgaires importe peu ; ce qui importe, c’est ce que signifie ce message de vulgarité et ce qu’il dit aux citoyens US, particulièrement ceux qui leur ont ouvert les portes de la Maison blanche. Comme pour tous les palais gouvernementaux, l’architecture extérieure et intérieure fait partie des codes de représentation de cette tenue du pouvoir que ne respecte pas D. Trump (la mise en scène des signatures de décrets ressemble à un numéro de prestidigitation ), notamment par le rôle que joue E. Musk (cf. sa prestation clownesque dans le bureau ovale, son fils sur les épaules, comme reléguant au second plan le président assis au bureau).
Pour ceux qui n’ont pas voté pour lui, la vulgarité du président est une redondance de celle du candidat. Il y a une cohérence.
Mais pour ses partisans ou ceux qui se sont ralliés juste avant ou après l’élection (en particulier les patrons milliardaires de la « tech ») ?
Même si les codes du pouvoir peuvent être perçus pour ce qu’ils sont – des trompe-l’œil – , ils sont, dans la représentation commune, constitutifs de ce pouvoir.
Quel est le seuil à partir duquel leur transgression par le président et son double ne sera plus supportable pour les uns et les autres ? [E. Musk, qui n’a pas de légitimité politique et dont la position économique peut changer, pourra jouer alors le rôle du fusible]
Les économistes expliquent que la chute des actions de Tesla est due en partie au comportement outrancier et brutal d’E. Musk ; autrement dit, posséder une Tesla n’est pas ou n’est plus forcément valorisant pour son propriétaire.
Les électeurs de D. Trump qui ne sont pas, dans leur immense majorité, les possibles acheteurs d’une Tesla, reçoivent sans ménagement, en pleine figure, une image caricaturale qui peut leur convenir aujourd’hui parce qu’ils croient qu’elle concerne « les autres » (élites, fonctionnaires…), mais qui leur fera dire un jour, sans doute trop tard : et c’est pour ça que j’ai voté !
Ce ça, l’équation capitaliste ((être = avoir + = plus j’ai, plus je collectionne et moins je meurs) capable de toutes les ruses pour ne pas émerger dans le conscient, n’en constitue pas moins le discours essentiel, enfoui, et dont le déni peut conduire à choisir l’abîme plutôt que la liberté
Complément au Journal 23
A la remarque d’un lecteur du Monde qui souligne l’insuffisance des services de psychiatrie, un autre lecteur répond : « Sauf que là il ne s’agit nullement de l’un de nos citoyens et qu’il n’avait rien à faire chez nous ! Nous ne sommes pas là pour soigner gratuitement tous les fêlés étrangers. »
Ma réponse à ce lecteur ;
Votre réaction est contradictoire avec le Principe qui constitue notre pays, la devise qui est affichée sur les bâtiments officiels de notre République. « Nous ne sommes pas là pour « implique un « être français » essentiel encore une fois contredit par le socle construit au cours des siècles. Nous ne sommes pas, nous sommes devenus. La référence à cet « être » fantasmé rappelle les heures sombres de notre histoire où le gouvernement de Vichy fit arrêter et déporter pour qu’ils soient mis à mort des hommes des femmes et des enfant au motif que ce qu’ils étaient – juifs – en faisait des étrangers « qui n’avaient rien à faire chez nous« . La France qu’on enseigne à l’école est celle de Liberté Egalité Fraternité. La Fraternité, si elle n’est pas un angélisme, n’est pas sécable, elle englobe tous ceux qui sont sur le territoire français, y compris les étrangers administratifs, y compris les malades.
Journal -23 – le couteau – (23/02/2025)
Nous – individus et société – sommes en permanence traversés et sollicités par des flux que nous contrôlons plus ou moins, qui peuvent nous surprendre ou nous inquiéter et que nous sommes tentés d’expliquer par des à-côtés dont nous nous nous persuadons ou nous laissons persuader qu’ils constituent l’essence, le centre de ce que nous cherchons.
Ma contribution au Monde à propos de l’événement de Mulhouse où un homme d’origine algérienne a tué un passant et blessé cinq policiers :
« Un Algérien, un Tchétchène, un Syrien n’agresse pas des inconnus pour les tuer parce qu’il est algérien ou tchétchène ou syrien, mais parce qu’il est un individu « schizo » (grec schizein : fendre, séparer – cf. l’utilisation de couteaux –potentiellement, nous le sommes tous plus ou moins, nous sommes tous composés des mêmes strates ) pour lequel l’état de l’Algérie (dont son rapport avec la France), de la Tchétchénie ou de la Syrie (dont leur rapport avec l’occident) est un déclencheur et/ou un catalyseur. Si ce n’était pas le cas, et compte tenu du nombre des immigrés, ces actes absurdes qui trouvent une pseudo-rationalité dans la religion islamique (comme d’autres l’ont trouvée dans la religion chrétienne) ne seraient pas des exceptions. Faire de ces événements une affaire d’immigration est un déni utilisé à des fins politiciennes et dont les effets ne peuvent que contribuer à la décérébration (cf. le discours de D. Trump et de ses acolytes). »
B. Retailleau, ministre de l’Intérieur, a évoqué la schizophrénie (apparemment diagnostiquée) de l’homme et accusé l’Algérie d’avoir empêché à plusieurs reprises son expulsion.
Et là, on est dans l’à-côté que j’évoquais en préambule.
Le Principe de la France (Liberté Egalité Fraternité) exclut cette accusation en tant qu’ élément de l’explication et sur laquelle va se focaliser le discours de xénophobie (cf. nombre de commentaires de lecteurs du journal) qu’il va alimenter. Dans ces conditions, l’homme tué étant d’origine portugaise, autant demander au Portugal de nous envoyer plus de Portugais.
On touche ici à la perversion de la remise en cause du droit du sol qui, si il était explicité en tant que droit à l’accès à la culture induite par ce Principe, conduirait à dire que le meurtrier atteint de schizophrénie relève de nos soins parce qu’il est sur le sol français, et que notre histoire avec l’Algérie, autrement dit la problématique de la colonisation (jamais construite au niveau du pouvoir politique), peut être un facteur d’aggravation.
Journal – 22 – L’apesanteur, l’engrenage et le maelström (21/02/2025)
Le Hamas a restitué quatre corps d’otages, dont l’un n’est pas celui de Shiri Bibas, la maman d’Ariel et Kfir, ses deux enfants morts pendant leur détention.
Au-delà de la souffrance vécue par les otages et leurs familles, on entre dans l’univers kafkaïen. Rien n’a de sens, ou, plutôt, les critères, les références qui permettent de tenir debout ont disparu, tout flotte comme dans un monde d’apesanteur.
B. Netanyahou dénonce les « sauvages » et le Hamas explique les morts et la confusion des corps par la violence d’un bombardement israélien.
Dans le même temps, des bombes artisanales placées dans des bus (vides) ont explosé à Bat-Yam, dans le sud de Tel-Aviv. Sur l’une était inscrit « Vengeance pour le camp de Tulkarem », un camp de réfugiés de Cisjordanie occupée par Israël . Les services secrets israéliens ont révélé qu’un de ceux qui ont servi au transport des explosifs est un juif israélien.
Tout et son contraire sont possibles. Le Hamas a pu tuer les otages, ils ont pu l’être par un bombardement israélien, les bombes, qui n’ont blessé personne, ont pu être posées par des Palestiniens aidés par un Israélien qui soutient leur cause, ou par des Israéliens extrémistes afin de durcir l’action militaire contre le camp : l’armée y a déjà détruit 50 maison, 280 magasins et, en Cisjordanie, 55 Palestiniens ont été tués depuis le début janvier, plus de 900 depuis octobre 2023.
Qu’est-ce qu’on fait de tout ça ? On : nous, les individus.
L’Union européenne continue à nourrir l’engrenage par des annonces d’armement mais sans le moindre discours qui aide à comprendre le processus mis en route il y a une trentaine d’années. E. Macron n’est pas en reste qui annonce des efforts de guerre et réunit les responsables politiques pour créer ce qu’on connaît bien, l’union que l’on baptisera « sacrée » pour, comme on l’entend ici et là, « préparer l’opinion publique ».
Personne ne sait où est le seuil de l’irréversible dans l’engrenage avant le maelström.
Ce que nous pouvons faire, c’est, au minimum, refuser d’émettre par nos paroles, notre comportement, nos gestes, notre manière d’être, les signes du désarroi existentiel qui incite à la fuite en avant. Nous sommes l’opinion publique et nous pouvons manifester par tous les signes possibles, que nous n’acceptons pas d’être « préparés ».
En complément, ma contribution, en réponse à un lecteur du Monde qui présente les tentatives de déstabilisation en Ukraine par les USA comme la cause de l’invasion. Il termine ainsi : « La Russie n’a donc fait que riposter (légitime défense) à une agression rampante (dont négation de l’identité russe dans les territoires que Staline avait inclus dans les frontières de l’Ukraine). Cette guerre était bien une guerre américaine et l’Ukraine l’idiote utile. »
« Une chose est la responsabilité occidentale dans le maintien de l’OTAN après la disparition du Pacte de Varsovie et le refus d’engager un dialogue avec la Russie pour établir un nouveau rapport de coexistence – c’est un des déclencheurs du processus qui aboutit à Poutine. Une autre est l’acte d’invasion militaire de l’Ukraine, autrement dit la guerre physique, en ce sens qu’il s’agit d’une violation de limites. Rien à voir avec les tentatives d’influence sur les populations – dont celles des USA en Ukraine – qui sont monnaie courante (la Russie n’est pas en reste) et qui n’ont pas de visées territoriales. Autrement dit, la Russie n’a pas été l’objet de plans d’invasion, ni par l’OTAN ni par l’Ukraine. Le seul risque, pour Poutine, est la mise en cause, par l’élection interne, politique, du mode de capitalisme qu’il a mis en place avec la forme de pouvoir chargé de le développer. La guerre physique qu’il a déclenchée est le corollaire de sa dictature, le signe de sa faiblesse politique . »
Journal 21 – Le mensonge en politique – (20/02/2025)
L’intitulé du billet politique de Stéphane Robert (8 h 15 – France Culture) était intitulé « Peut-on tolérer le mensonge en politique ? »
L’intitulé pose, entre autres, cette question : quelle est la spécificité de la politique qui en fait un domaine à part ?
La suite du billet y répond ainsi : « Est-ce qu’un mensonge en politique est systématiquement condamnable ? » Il cite alors Hannah Arendt* sans préciser où s’arrête la citation : « Le mensonge a toujours été considéré comme un moyen parfaitement justifié, parce que la vérité des faits est tyrannique, elle refuse toute discussion, il s’est passé ça et pas autre chose, ce n’est pas discutable. Or l’essence de la politique, c’est l’inverse, c’est la discussion et c’est la prise en compte des opinion, ça permet de construire une vérité à peu près acceptable par tout le monde. L’arrangement avec la vérité est donc au cœur de la politique. Ça ne doit pas pour autant rendre le mensonge acceptable en toutes circonstances, car le mensonge est aussi un instrument de tyrannie. »
Que signifie l’opposition entre la « vérité des faits » et la « prise en compte des opinions » et en quoi cette prise en compte serait-elle l’essence de la politique ?
On est en pleine confusion.
La discussion politique ne concerne pas la « vérité des faits » mais les choix entre diverses options.
Par exemple : discuter du « droit du sol » ne repose sur aucune « vérité des faits » mais sur tel ou tel principe qui ne repose pas, lui non plus, sur une « vérité des faits » mais sur une philosophie, une éthique… Discuter de l’âge de la retraite ne repose pas sur une « vérité des faits » (par exemple le rapport entre les actifs et les retraités) mais sur les choix possibles de taux d’imposition, de cotisations etc. que rend nécessaire cette vérité arithmétique.
Comme mensonge politique, il prend l’exemple de la déclaration de D. Trump qui affirme que V. Zelensky n’est soutenu que par 4% de la population ukrainienne alors qu’un sondage estimé fiable et que connaît D. Trump, indique 57%.
Question : pourquoi S. Robert « oublie » de rappeler que D. Trump affirme aussi que V. Zelensky est un dictateur puisqu’ il n’y a pas eu d’élections depuis quatre ans et qu’il est responsable de la guerre.
Il n’en parle pas parce que sa théorie du mensonge politique le coince dans l’impasse où le conduit son adhésion à la thèse d’H. Arendt.
L’absence d’élection présidentielle en Ukraine est une « vérité de fait ». Donc D. Trump ne ment pas. Il ment quand, pour ne pas reconnaître cette « vérité de fait » ( = la guerre, pour des raisons faciles à comprendre, ne permet pas l’élection), il porte les deux accusations contre V. Zelensky qui n’a évidemment pas déclenché la guerre d’agression de V. Poutine qui prétendait que l’Ukraine était un régime néonazi.
Son mensonge « politique » n’est donc pas justifié par une quelconque tyrannie de la vérité (reconnaître que l’état de guerre ne permet pas l’élection n’a rien du « tyrannique » invoqué) mais il est celui d’un principe qui n’a rien à voir avec la vérité d’un fait, à savoir « mes intérêts d’abord ! » (idem pour Gaza) et qui induit « la fin justifie les moyens ».
*Hannah Arendt (1906-1975), d’ascendance juive, est une philosophe allemande naturalisée américaine. Sa relation (amoureuse et intellectuelle) avec le philosophe allemand Martin Heidegger (membre du parti nazi jusqu’en 1944 – ses Cahiers noirs publiés en 2014 témoignent de son antisémitisme) peut rendre problématiques ses analyses. »
Journal -20 – Le vautour et l’Anti-Œdipe – (19/02/2025)
Le vautour est un rapace nécrophage – joli assemblage des deux mots grecs nekros (mort) et phagein (manger) – c’est aussi la figure que peut prendre le capitalisme.
D. Trump, par exemple.
Il demande au président ukrainien V. Zelensky un remboursement de 500 milliards de dollars en dédommagement des aides versées par les USA pour la résistance à l’invasion russe.
L’article explicatif du Monde (19/02/2025) précise que cette somme représente deux ans et demi du PIB (produit intérieur brut) du pays… et que le total des sommes allouées par le Congrès américain à l’Ukraine se monte à 175 milliards… dont 70 milliards pour des entreprises US d’armement. Les 325 milliards de différence doivent correspondre aux intérêts. Un peu plus de 180%. Quand on aime, on ne compte pas. Surtout si l’être aimé sont les affaires et si l’on se rappelle que « les affaires sont les affaires ».
Cela dit, D. Trump est un vautour patient, comme le rapace ailé qui n’a pas besoin de fondre sur sa proie, comme fondent les autres rapaces sur les proies qui nagent, courent ou volent, puisqu’elle est déjà morte. Tant qu’elle montre des signes de vie, il décrit des cercles pour la prévenir de ne pas s’inquiéter, qu’il descendra la dépecer.
D. Trump ne demande donc pas les 500 milliards maintenant comme il le ferait à quelqu’un de bien vivant, dans le genre tu me signes un chèque et on n’en parle plus, non, le vautour a sa sensibilité, il propose seulement un contrat dont les clauses ont été révélées par un journal britannique et confirmées par l’Ukraine.: des droits exclusifs et à perpétuité sur les ressources minérales pétrolières et gazières, les ports et les autres infrastructures.
A perpétuité, s’utilise généralement pour les concessions de cimetière. Le vautour, donc.
Quel rapport avec l’Anti-Œdipe, de Gilles Deleuze et Félix Guattari ?
France-Culture diffuse cette semaine quatre émissions d’une heure (entre 10 h 00 et 11 h 00) consacrées à ce livre qui suscita de nombreuses et fortes réactions lors de sa parution en 1972, en tout cas un vrai séisme dans la pratique psychanalytique (F. Guattari était lui-même psychanalyste).
Le mythe d’Œdipe (cf. les deux articles des 16 et 18 /01/ 2023 : La littérature, le bien, le mal, Job, Œdipe, la responsabilité) prose le problème du désir en le situant dans le cadre du triangle père-mère-enfant (ici le garçon).
Les deux auteurs cassent la relation à papa-maman pour élargir le problème au capitalisme.
Là est le rapport.
Ce que j’entends dans la série des émissions de me donne envie de relire le livre dont j’avais apprécié la construction de la problématique – G. Deleuze est pour moi une référence majeure par sa capacité à saisir l’essence d’une question ou d’un problème et à faire apparaître les rouages de sa pensée que je vois fonctionner quand je l’écoute – même si je ne suis pas tout à fait d’accord avec ses conclusions.
Ce sera l’objet d’un article.
Journal -19 – L’Europe, la Russie et les USA – (13/02/2025)
D. Trump et V. Poutine sont en train de se mettre d’accord pour régler le problème ukrainien, sans tenir compte de ce peuvent dire ou penser l’Ukraine et l’Europe.
Les USA et la Russie parlent chacun d’une seule voix, alors que l’Europe s’exprime par des voix multiples souvent dissonantes et contradictoires.
Jusqu’en 1945, l’histoire européenne est une succession de guerres dont les deux dernières ont pris une dimension mondiale avec pour effet, l’intervention décisive des USA et de la Russie (URSS).
A la différence de ces deux pays, l’Union européenne n’est pas fondée sur un patrimoine cohérent et commun (récent pour l’un, ancien pour l’autre) mais sur des antagonismes successifs clos par des traités sans cesse remis en cause, dont le dernier qui la constitue aujourd’hui est essentiellement économique et financier.
L’élection de D. Trump est celle du « moi d’abord ! » qui se moque de ce qui n’est pas « moi », à moins qu’il ne lui rapporte. Dans un contexte différent, V. Poutine tient le même discours et les spécialistes sont unanimes pour dire qu’il a le soutien de la majorité de la population.
Au milieu, l’Europe est atone et impuissante, essentiellement parce qu’au début des années 90, après l’implosion soviétique et la fin de la guerre froide, elle a laissé passer l’occasion historique de se constituer autrement que, via le jeu capitaliste mortifère avec les oligarques et le maintien de l’OTAN (ce qui a contribué à provoquer les conflits dans les Balkans), dans le mépris de la Russie… qui le lui rend bien aujourd’hui (cf. la manière dont V. Poutine a manipulé A. Merkel et E. Macron).
L’ONU est plus que jamais impuissante – Ukraine, Israël, Soudan… – les décisions de la Cour Pénale Internationale sont ignorées par les USA et la Russie – D. Trump a reçu B. Netanyahou et va rencontrer V. Poutine contre lesquels sont lancés des mandats d’arrêt internationaux – et la loi du plus fort est devenue le principe dominant.
E. Macron annonce 100 milliards d’investissements (privés) pour le développement industriel de l’IA – rien sur sa problématique – en précisant, avec des trémolos dans la voix, que c’est proportionnellement plus que les 500 milliards annoncés par D. Trump pour les USA. Cocorico ! s’est-il exclamé.
Ce besoin de comparaison musculeuse ridicule est non seulement le signe d’un comportement adolescent, il nous rappelle surtout la misère culturelle et politique de l’homme enfermé dans la logique du capitalisme.
Journal – 18 – Gaza et l’enfer (12/02/2025)
D. Trump a menacé Gaza de l’enfer.
Ma contribution au Monde dont l’article traite aussi des otages :
« Derrière la gesticulation pathétique du clown, le discours de Trump est celui du monde la finance et des affaires qui s’apprête à investir dans la reconstruction de Gaza dont il est difficile de se représenter comment il pourrait être un enfer pire que celui de sa réalité actuelle. Quant aux otages israéliens et aux prisonniers palestiniens, ils sont les deux expressions analogues de la démesure à la fois aberrante et criminelle dont est capable l’être humain quand il ne parvient pas à régler ses problèmes existentiels et les transfère dans l’affrontement, justifié par une idéologie ou des « valeurs », avec « l’autre ». L’infantile « Moi d’abord ! » qui devient le discours dominant est le stade ultime de l’irresponsabilité. »
Le journal publie aussi un article sur les décisions budgétaires sauvages prises par E. Musk avec le soutien de D. Trump. On les voit tous les deux dans le bureau ovale. E. Musk debout, hilare, son fils de cinq ans sur ses épaules, D. Trump assis derrière le bureau, composant le visage de dogue agressif qu’il a dû travailler devant le miroir pour bien faire comprendre qu’il est le plus fort et le plus méchant.
Et je ne parviens toujours pas à admettre que c’est le réel.
Journal -17 – la vraie révolution de l’IA – (08/02/2025)
L’IA (Intelligence Artificielle) a souvent le visage de la science-fiction, parfois celui de la « créature » de Frankenstein.
La révolution qu’on lui prête est celle des prouesses dont tous les spécialistes disent qu’elles ne sont que les prémices d’un bouleversement aux effets considérables.
J’ouvre une parenthèse qui a quand même son importance : j’espère vivre jusqu’au moment où l’on pourra disposer d’un robot équipé d’une IA qui lui permette de débarrasser la table. La dresser, j’aime bien, j’aime bien aussi ce qu’on y sert, mais la débarrasser, pas trop. Je referme la parenthèse.
La vraie révolution apportée par l’IA n’est pas d’ordre technique, mais philosophique.
Qu’est-ce qui suscite encore des réserves dans l’imaginaire des capacités de l’IA ? L’idée, ou la croyance – plus la croyance que la pensée – que l’intelligence humaine contient un inatteignable par la technologie même la plus pointue. Cet inatteignable, difficile à définir de manière précise, serait un composé de sentiments, d’intuition, bref d’un fonds exclusivement propre à l’espèce, d’autant plus précieux qu’il n’est pas sécable, dissociable. Un peu comme « caractère » peut servir à justifier les différences de comportement.
Qu’est-ce qui permet le fonctionnement de notre cerveau dont l’arrêt sert de définition à la mort ?
L’électricité. Coupez-la, il meurt, et vous en même temps. Vous en tant que sujet.
Branchez-la et vous mettez en action un réseau de milliards de connexions entre les neurones, des actions chimiques appelées synapses. C’est ça, votre existence de sujet.
Or, l’IA n’existe pas. Elle est une création des hommes. En quoi est-ce étonnant que les hommes créent des machines qui fonctionnent comme eux ? J’entendais hier – vendredi – un mathématicien renommé très investi dans l’IA et qui parlait des blocs de neurones comme l’aurait fait spécialiste du cerveau.
Oui, d’accord, mais nous ne sommes pas qu’un cerveau électro-chimique !
La peau par exemple, qui permet des sensations ?
Coupez l’électricité, elle ne transmet plus rien.
Non, la différence essentielle, est que nous, individus, avons une histoire nécessairement originale, enregistrée dans le conscient et l’inconscient, quelque part, là-haut, dans le cerveau. Cette histoire détermine notre peau, notre sensibilité et tout le reste.
Elle disparaît aussi si vous coupez le courant.
La révolution, pas pour demain, à venir, et très progressivement, c’est la reconnaissance que nous sommes une machine : pas la machine caricaturale dénoncée par ceux qui ne nous conçoivent pas sans une âme, mais la machine du matérialisme dépouillé des oripeaux que lui a collés l’idéologie.
L’IA nous conduira à mieux connaître ce qu’elle est quand elle est nettoyée de cette âme qui a contribué à en faire un objet de mépris.
Comme la plupart des créations humaines, l’IA précède la pensée censée en définir les contours et la finalité.
De ce point de vue elle nous ressemble. Notre fabrication n’a pas toujours été celle d’un choix et nous avons été propulsés dans la vie sans que personne ne nous aide à gérer le message que nous recevons vers 3 ou 4 ans « Un jour tu mourras ».
La conscience de notre grande ressemblance avec l’objet que nous sommes en train de créer nous aidera peut-être à nous le faire lire.
Journal – 16 – Mayotte et le droit du sol – 07/02/2025)
L’Assemblée nationale a adopté une loi restreignant le droit du sol à Mayotte, grâce à une majorité composée de la droite, du centre et du RN.
Le procédé est classique : il consiste à isoler un élément d’un problème (en l’occurrence l’immigration comorienne), d’y focaliser l’attention et de voter une modification de la loi qui touche à un principe.
J’ai envoyé cette contribution au Monde :
« Il y a les chiffres, les projections, les anticipations, et aussi les peurs et les fantasmes, … et il y a l’universalisme fondé sur un réel objectif – celui de l’identité de l’espèce humaine – défini et institutionnalisé par les Lumières (aboutissement de Montaigne) dont la France se réclame en ce sens qu’elles constituent le socle sur lequel est construit le triptyque Liberté Egalité Fraternité. Ce qui a été voté à l’Assemblée n’est pas fondé sur un quelconque pragmatisme et ne modifiera rien du fait migratoire dont la problématique n’est toujours pas construite (on gère les phénomènes), mais sur un déni, ce qui a pour conséquence de valider un peu plus (après « submersion ») la thèse identitaire du «Moi d’abord ! » de l’idéologie d’extrême-droite. C’est un reniement de ce qui nous constitue en tant que peuple.