Je regardais/écoutais hier les Noces de Figaro, l’opéra de Mozart, enregistré lors du festival de Glynebourne (Sussex – Angleterre) en 1994, sous la direction de Bernard Haitink.
Et je constatais, une fois encore, que c’est l’œuvre de Mozart que je préfère pour l’harmonie générale de la composition. Tout – mélodies, orchestration, arias, en particulier les liaisons/transitions entre les lignes des chants et des récitatifs – forme une œuvre à la fois parfaite, au sens strict, et infinie.
Pour composer son livret, Lorenzo da Ponte s’est inspiré de la pièce de Beaumarchais La folle journée ou Le mariage de Figaro, l’éblouissante comédie qui dénonçait un mode de société à bout de souffle et que la Révolution allait renverser cinq ans après sa première représentation publique.
Les meneurs de jeu dans la pièce et dans l’opéra sont Rosine (la comtesse) et Suzanne (sa femme de chambre), dont la complicité pour déjouer le plan du comte (il veut coucher avec Suzanne avant d’autoriser son mariage avec Figaro, son valet) permet de transcender leur statut respectif.
Le récit est joyeux, léger, irréel, le discours, lui, est un chant de profonde harmonie.
Voilà pour la comédie
Le 20 janvier 2025 D. Trump sera pour la seconde fois investi Président des Etats-Unis.
Il faut le répéter pour se convaincre que c’est vrai, vraiment vrai : une nette majorité a élu à la plus haute charge politique un homme reconnu coupable à deux reprises pour des faits de droit commun et qui a incité à l’envahissement du lieu symbole de la démocratie dans le but empêcher la proclamation du vote qui lui était défavorable.
Autrement dit, un homme qui représente la négation du respect de la loi et de la Constitution qu’il va jurer (sur la Bible) de défendre lors d’une cérémonie où les personnalités invitées et la foule représentant ceux qui l’ont élu feront semblant de ne pas savoir que le discours qui sous-tend le récit grave et solennel du protocole/spectacle qu’ils applaudiront, est celui d’une bouffonnerie.
Journal 4 – De quoi J-M Le Pen est-il le nom ? (08/01/2025)
Le déroulé du catalogue de ce qui lui vaut la célébrité n’explique pas. Il souligne seulement ce qui peut sembler énigmatique, s’il ne l’entretient pas.
La problématique est celle du hors normes dans l’ordre de l’interdit.
L’interdit le plus puissant concerne la négation du réel.
Le réel le plus têtu et le plus traumatisant est celui de notre mort qui nous apparaît comme un impensable et un impossible.
De ce point de vue s’explique l’intérêt pour les « grands » criminels dont la fonction semble rejoindre celle qu’Aristote assigne à la tragédie de son temps : une catharsis, autrement dit une « purification » des passions qu’engendre le type de conscience (biologique et psychique) que nous avons de notre mort – la tragédie propose toujours la mort de l’autre – avec une particularité intéressante dans l’Antigone de Sophocle (cf. les trois articles – 04/06/2021)
Dans la tragédie grecque (Eschyle, Sophocle, Euripide) ce qui permet la catharsis n’est pas l’énoncé d’un événement (sur la scène on ne fait que raconter), mais, réagissant à l’événement, le discours du chœur : un groupe d’hommes chantant et dansant avec accompagnement de l’aulos, instrument à anche, dont a sonorité n’a donc pas à voir avec celles des flûtes à bec ou traversière, mais avec celle du hautbois, beaucoup plus puissante. D’où l’importance de la musique dans le théâtre moderne et contemporain.
Il s’agit donc d’une émotion forte provoquée par des mouvements et des sons non-habituels, hors de l’expérience ordinaire et qui sont présentés et perçus comme tels.
Sous cet angle, ce qui différencie les grands criminels et le chœur antique, c’est la réalité dans laquelle ils évoluent : la vie réelle dans un cas, la parenthèse spectaculaire dans l’autre.
L’intérêt que suscitent les premiers tient dans la confusion entre les deux réalités : le crime le plus inimaginable (par la cruauté, le nombre…) renvoie à notre inimaginable, celui de notre mort et la catharsis du théâtre devient alors une perversion.
L’intérêt pour Le Pen réside dans cette confusion : dans le champ politique qui est essentiellement celui de la vie habituelle et ordinaire, il a, par la voix et la gestuelle, représenté l’impensable et l’impossible par cette perversion de la catharsis qui se manifeste par le rejet de l’autre.
Journal 3 – Pourquoi me plaindre ? – (07/01/2025)
C’est la question oratoire – elle contient la réponse – que m’a posée ce matin un restaurateur maintenant retraité qui attendait devant le super marché la personne qui avait proposé de le ramener chez lui en voiture.
Nous l’avions rencontré quand nous visitions les appartements à la recherche de celui qui nous taperait dans l’œil.
Il renait un restaurant au premier étage d’un ancien immeuble du centre-ville. Salle-à-manger lumineuse, tables recouvertes de nappes blanches, terrasse possible, et cuisine de famille, simple, bonne, copieuse et pas chère. Lui aux fourneaux, elle en salle, l’un et l’autre souriants et heureux.
L’appartement « coup de cœur » acheté, nous sommes revenus souvent nous asseoir à l’une des tables, y avons invité des amis, et nous avons ainsi créé des liens de cordialité avec elle et lui. Ils sont venus dîner chez nous après qu’il eut cessé son travail dans les conditions assez difficiles d’un conflit avec le propriétaire de l’immeuble.
Nous les rencontrions dans les promenades limitées dans le temps et l’espace du confinement covidien et nous échangions quelques mots à distance respectable, au cas où.
Il y a quelques mois, elle a été affectée par trois AVC (accident vasculaire cérébral) successifs qui l’ont laissée hémiplégique et elle a peu à peu « perdu la tête » au point qu’elle est maintenant « ailleurs ».
Elle est donc alitée en permanence, complètement dépendante – il a mis en place un protocole efficace – sans traitements médicamenteux.
Elle ne souffre pas, elle est paisible, explique-t-il quand je lui demande des nouvelles d’elle avant de lui demander comment il vit cette situation.
Il me donne comme réponse l’intitulé de l’article. A le voir et à l’entendre, je sais que c’est vrai et je le connais assez pour savoir qu’il n’est pas du genre à jouer un personnage.
C’est l’expression de ce qu’on appelle la sagesse.
Ce qui lui est difficile, dit-il, c’est la disparition de la communication, et il ajoute que ce qui le préoccupe, c’est l’hypothèse qu’il « parte » avant elle.
Et, ça, c’est l’expression de l’amour.

Journal 2 – Baloise Session – (05/01/2025)
Je ne parviens même plus à me dire que je rêve tout éveillé. Le nouveau président élu des USA vient d’être condamné et va l’être à nouveau quelques jours avant son investiture, mais bon, c’est normal. Il accuse le président encore président pour quelques jours d’être responsable de la tuerie de New-Orleans commise par un citoyen US parce qu’il a ouvert les frontières aux immigrés, mais bon, c’est encore normal. Son ministre E. Musk traite le premier ministre britannique de dictateur, soutien les néo-fascistes allemands, et c’est toujours et encore normal.
Autrement dit, c’est moi qui disjoncte.
La preuve. Tout en écrivant, je suis en train d’écouter sur Arte.tv un concert donné en 2024 à Bâle (d’où l’intitulé de l’article) par Robert Plant, l’ancien leader de Led Zeppelin associé ici à Suzi Dian (que je ne connaissais pas – tout le monde a des lacunes). Led Zeppelin – quel nom ! – est un groupe rock né en 1968 – quelle année ! – et en comparant Robert Plant là, sur mon écran, à sa photo de 1968, eh ben je peux vous dire qu’il ne se ressemble pas tout à fait.
En revanche, la musique qu’ils produisent, avec des guitares, un banjo, une batterie plutôt soft, un accordéon, et leurs voix, comment dire, c’est comme si c’était juste hier. Ils n’ont pas de chemises à fleurs, mais des cheveux longs et des barbes.
Et j’aime bien.
Quand je dis que je disjoncte.
Journal 1 – le Ventre de Paris – (02/01/2025)
Je sais pas vous, mais moi, il y a des mots comme confit, brioche, cerise… qui remplissent la bouche comme les objets qu’ils désignent.
La Série Documentaire (17 h 00 sur France Culture) proposait ces derniers jours quatre épisodes intitulés « Manger la France ». Interviennent des professionnels de la restauration – au sens large – et, le plus émotionnel, les élèves de CM1 de l’école élémentaire « L’arbre sec » située près du quartier des Halles dans le 1er arrondissement de Paris. Il faut les écouter répondre aux questions que leur pose leur institutrice (on dit professeur des écoles, mais je préfère instituteur / institutrice à cause du sens premier latin « établir, fonder… » – on devrait enseigner le latin) : la spontanéité, les voix d’enfants sont une belle entrée en matière pour cette nouvelle année.
Furent mentionnés Le ventre de Paris, le troisième roman de la série des Rougon-Macquart écrite par Emile Zola (les Halles constituent le personnage central du récit), Bel Ami, écrit par Maupassant et dont fut lu un extrait (je le cite en fin d’article).
La nourriture, le repas, manger d’une manière générale sont indissociables des mots, du discours. Et ceux qui sont prononcés dans cette série d’émissions donnent une image apaisée et apaisante de l’homme. Associés aux voix des élèves du CM1 ils nous rappellent à la fois l’importance de la culture et, peut-être surtout, de l’enfant que nous avons toujours en nous.
Voici l’extrait de Bel-Ami – le personnage principal, Georges Duroy, est au restaurant en compagnie notamment de deux femmes amoureuses de lui et qui deviendront ses maîtresses : « Les huîtres d’Ostende furent apportées, mignonnes et grasses, semblables à de petites oreilles enfermées en des coquilles, et fondant entre le palais et la langue ainsi que des bonbons salés.
Pus, après le potage, on servit une truite rose comme de la chair de jeune fille (…) Et, comme la première entrée n’arrivait pas, ils buvaient de temps en temps une gorgée de champagne en grignotant des croûtes arrachées sur le dos des petits pains ronds. Et la pensée de l’amour, lente et envahissante, entrait en eux, enivrait peu à peu leur âme, comme le vin clair, tombé goutte à goutte en leur gorge, échauffait leur sang et troublait leur esprit. »

Journal 119 – Le mage du Kremlin – (30/12/2024)
Noël permet aussi de combler les lacunes. Je n’avais pas lu Le mage du Kremlin, écrit (en 2021) par Giuliano da Empoli et publié (pour cause de covid) en avril 2022 – soit deux mois après l’invasion de l’Ukraine par la Russie – chez Gallimard.
La lacune est comblée : je l’ai trouvé au matin du 25 dans mes chaussures sagement disposées devant la cheminée. En réalité il m’a été offert le 24 au soir, mais dans l’hypothèse où de petits enfants liraient cet article, je préfère laisser croire au père Noël.
Ce roman a cette particularité de donner l’impression qu’il n’en est pas un en ce sens qu’à côté de personnages de fiction, il fait intervenir des personnes réelles – Vladimir Poutine, Boris Berezowski, Mikhaïl Khodorkovski, Edouard Limonov, Gary Kasparov, Serguei Prigojine… – dans des événements réels (guerre de Tchétchénie, révolution orange en Ukraine, élection de 2000, naufrage du sous-marin Koursk, rencontre de Boris Eltsine et Bill Clinton…).
Vadim Baranov, le narrateur (personnage de fiction inspiré d’une personne réelle), devient le conseiller le plus proche de V. Poutine dont il décrit l’accession au pouvoir et la philosophie politique.
Les lecteurs du blog connaissent l’analyse que j’en propose, en particulier de l’invasion de l’Ukraine, il y aura bientôt trois ans : en 1990, la décision responsable (dans le sens « réponse adéquate ») des membres de l’OTAN aurait dû être la dissolution de cette organisation construite pour répondre au Pacte de Varsovie disparu au moment de l’implosion soviétique. Son maintien était un discours irresponsable en regard de ce qu’aurait pu être une proposition à la Russie d’une discussion sur la construction de nouveaux rapports ouest-est – militaires notamment.
Les années de chaos qui ont suivi l’implosion ont fait émerger ceux qu’on appelle – de manière inappropriée – des « oligarques », en réalité des hommes prêts à tout pour s’approprier non directement le pouvoir politique, mais la richesse sous toutes ses formes et qui s’imaginaient pouvoir dicter la politique… comme d’autres le font dans les pays capitalistes… quand ils ne sont pas élus.
Giuliano da Empoli qui n’est ni russe ni conseiller de V. Poutine, mais italo-suisse – il enseigne à Science-Po Paris – imagine donc comment, face à cette « horizontalité » capitaliste sauvage de connotation occidentale, V. Poutine construit de manière froide, calculée, la « verticalité » du pouvoir qu’il parvient à acquérir et à conserver en s’appuyant sur des « valeurs » patriotiques antinomiques de cette horizontalité honnie de ceux qui paient les pots cassés du chaos, autrement dit le « peuple ».
Au-delà de tous les renseignements qu’il a pu acquérir, l’auteur propose donc sa propre analyse qui met en évidence, et pas seulement en creux, la responsabilité occidentale.
La problématique ainsi proposée est celle du déclenchement d’un processus et dont la caractéristique principale est d’être occultée par les médias qui mettent généralement plutôt l’accent sur l’événement présenté comme sa propre cause (cf. le massacre du 7 octobre 2023 le plus souvent présenté comme le début de la guerre).
Le livre se lit d’une traite.
Une critique : l’auteur semble parfois donner raison à Poutine dans son combat contre l’avidité du capitalisme occidental dont il pense qu’il veut envahir la Russie, non par les armes, mais par la propagande politique, comme en Ukraine (révolution orange).
Ma critique ne porte pas sur ce point, mais sur l’absence de la problématique essentielle : le capitalisme industriel et financier occidental créé à la fin du 18ème siècle est un mode d’expression de l’équation capitaliste (être = avoir +) dont le pouvoir dictatorial (celui de Poutine) est un autre mode.
Corollaire : si, selon le point de vue prêté à Poutine, c’est la propagande occidentale qui est à l’origine de la révolution orange en Ukraine, qu’est-ce qui la rend si efficace qu’il doive envahir l’Ukraine pour se protéger ?
Journal 118 – Mayotte, le Pape et Monteverdi – (17/12/2024)
Le Monde avait expédié trois « envoyés spéciaux » en Corse pour rendre compte de la visite du Pape (15/12/2024). Avec le correspondant sur place, ils étaient donc quatre pour relater l’événement qui n’a pas rassemblé les cent mille personnes attendues, mais quand même quarante mille. Dont le ministre de l’Intérieur, B. Retailleau, « fervent chrétien », précise l’article, dont les propos sur l’immigration illustrent très bien son amour du prochain évangélique. Il ne doit pas s’aimer beaucoup lui-même.
Je ne sais pas comment expliquer mon impression d’irréalité. Le Pape dit qu’il faut prier pour Mayotte. Prenez-le par le bout que vous voulez – pas le Pape, le fait de prier – vous rentrez dans le mur de l’absurde. Comme je suppose qu’il ne croit tout de même pas que Dieu a envoyé le cyclone pour punir les méchants Mayotains comme il avait fait trembler la terre à Lisbonne en 1755 pour punir les méchants Lisboètes , faut-il le prier pour lui demander de ne pas oublier de venir en aide aux survivants et d’accueillir les morts au Paradis ? Si j’étais Dieu, je ne serais pas très content qu’on me suppose une distraction telle qu’il faille me rappeler mon cahier des charges
Le Pape n’a pas seulement parlé de Mayotte. Il a évoqué la laïcité qu’il doit trouver un peu rigide puisqu’il souhaite « « un concept qui ne soit pas statique et figé, mais évolutif et dynamique, capable de s’adapter à des situations différentes et imprévues ». Compte tenu de la situation politique française fortement différente et imprévue, le concept pourrait-il évoluer dynamiquement jusqu’à l’organisation de prières nationales – le ministre B. Retailleau pourrait donner le ton – pour que le nouveau premier ministre ne soit pas tout de suite renversé ? On pourrait aussi imaginer une messe à Notre-Dame à laquelle participerait le président de la République et tous les corps de l’Etat.
Il n’a pas parlé que de Mayotte et de la laïcité, il a dit aussi d’autres choses importantes : « Jamais je n’ai jamais vu autant d’enfants qu’en Corse. Faites des enfants, ce sera votre joie et votre fierté » et « Prenez soin de vos anciens, ils sont la sagesse. » C’est bien, non ?
Hier, en fin de soirée, Mezzo rediffusait les Vêpres de la Vierge de Monteverdi (1610), sous la direction de John Eliot Gardiner. J’ai déjà expliqué en quoi cette œuvre est un des sommets de la musique en tant qu’expression de ce que nous sommes, nous les humains, corps et esprit. Cette version, enregistrée il y a une dizains d’années dans la chapelle du château de Versailles ne vaut pas celle que je considère comme le sommet du sommet de cette œuvre, enregistrée par le même J.E. Gardiner, en 1986 dans la basilique saint Marc de Venise. (Elle est disponible sur YouTube).
Je sui en train de l’écouter en écrivant cet article. Elle me permet d’évacuer ce sentiment d’irréalité.
Journal 117 – le discours identique à deux voix – (14/12/2024)
Ce samedi (14/12/2024), après le journal de 7 h 00, Sylvina Stineman – membre des « Citoyens argentins en France » et d’une organisation qui s’occupe des enfants des parents disparus pendant la dictature militaire des années 70 – était interviewée par Nicolas Herbeaux sur la situation en Argentine, un an après l’élection de X. Milei. Il n’y eut pas d’interview à proprement parler : le journaliste donnait les titres et l’invitée développait, l’un et l’autre d’accord pour dénoncer la politique conduite à coups de tronçonneuse par le président argentin. Pendant la campagne électorale X. Milei avait fait sensation en brandissant cet outil pour illustrer la délicatesse avec laquelle il envisageait de mettre en œuvre la politique d’assainissement des finances. La tronçonneuse n’était pas tout à fait une métaphore.
X. Milei est l’équivalent argentin de D. Trump, en résumé rapide « illibéral » pour l’économie et machiste pour les rapports humains.
J’ai écouté ce non-dialogue entre le journaliste et la militante avec un sentiment de malaise que j’identifie ainsi : le public qui écoute France Culture est informé de ce qui se passe en Argentine et, s’il est nécessaire de rappeler les effets sociaux de la politique de X. Milei (en particulier l’accroissement des inégalités et l’augmentation de la pauvreté), s’en tenir aux constats et à la dénonciation, c’est occulter la question essentielle qui vaut pour les auditeurs français et argentins : comme X. Milei n’est pas parvenu au pouvoir par la force d’un coup d’Etat, mais par une élection que personne ne conteste, comme il n’a rien caché de ses intentions pendant la campagne électorale – non plus que D. Trump –, que signifie le fait qu’une majorité d’Argentin a voté pour lui ? Idem pour les USA.
Ceux qui lisent le blog se doutent que je n’en reste pas là : pourquoi cette question n’émerge-t-elle pas dans ce discours unique à deux voix de la militante et du journaliste ?
Elle constitue la problématique de ce que j’appelle la « cause première » qui, au bout du bout de l’analyse, renvoie à la spécificité de l’être humain. Autrement dit, chaque événement fait partie d’un processus dont le déclencheur touche de près ou de loin à cette cause première. Ne pas la prendre en compte dans le discours d’analyse nécessaire de l’événement proprement dit, surtout quand il est dramatique, produit la tête contre les murs ou la fuite en avant, deux faces du même déni qui alimente le cycle des démesures.
Ci-dessous, quatre créations de couleurs pour le Noël de quatre petits-enfants déjà grands, presque au bord de l’âge adulte, avec une question, non essentielle celle-ci et qui ne donne droit qu’à une seule réponse : l’un des quatre pratique un sport. Lequel ?




Journal 116 – « Miracles de Nostre Dame » et le miracle de Notre-Dame (09/12/2024)
Miracles de Nostre Dame est le titre d’une œuvre du Moyen-Âge racontant les interventions de la Vierge Marie. Oui. Parce qu’en cette époque lointaine, on croyait que Dieu ou la Vierge ou les Saints – apparemment pas Jésus – intervenaient de temps en temps pour régler un problème insoluble, en particulier guérir une maladie. Mais oui. Aujourd’hui, on a peine à imaginer cette croyance en un Dieu, une Vierge ou des Saints calculateurs, décidant de guérir l’un plutôt que l’autre et de manière si parcimonieuse. Les gens faisaient même des pèlerinages pour ça. L’idée que les hommes créent des divinités à leur image n’était pas encore très répandue.
Aujourd’hui, nous n’en sommes plus là. Non. Enfin, plus tout à fait. S’il y a eu un miracle, à en croire certains commentateurs de la radio du service public, c’est celui de Notre-Dame. La cathédrale. Un miracle qui n’a pourtant rien de surnaturel puisque, le président l’a rappelé dans son allocution, la France est capable de réaliser l’impossible.
Non. Je ne cherche pas à minimiser l’importance du travail réalisé par tous les corps de métier. Ni même à passer sous silence le volontarisme du président qui avait annoncé, dès le lendemain de l’incendie que l’édifice serait restauré en cinq ans. Le miracle, c’est Dieu, et comme le président en est à l’origine… Pour les Romains, c’était Jupiter.
Non. C’est la tonalité que je n’aime pas. La sienne et celle des trois France de radio (Culture – Inter – Info) dans les journaux du soir que j’ai écoutés les uns après les autres pour être bien sûr. La tonalité de transcendance religieuse. Et aussi l’inadéquation.
Ce bâtiment est à la fois un monument national et un lieu de culte.
La cérémonie républicaine du samedi soir célébrant la fin des travaux étai pertinente – passons sur la tentative de récupération politique –, à l’exception des coups de crosse de l’archevêque donnés sur la porte pour demander à l’Esprit-Saint de l’ouvrir et permettre l’entrée du président et de ses invités.
En revanche, la présence, en tant que tel, du président de la République à la messe du dimanche – c’est là qu’auraient dû être donnés les coups de crosses –, ne l’était pas. Comme elle ne l’était pas à Marseille lors de la visite du Pape et comme ne l’était pas l’ouverture de la fête juive de Hanouka à l’Elysée.
Quant à sa diffusion sur les chaines du service public, j’ai envoyé ce courrier à la Médiatrice.
« Madame,
La surprise d’entendre la messe sur France Culture ce dimanche 8 décembre à 11 h 00 m’incite à vous soumettre cette réflexion relative à la retransmission hebdomadaire de la messe, sur cette chaine, le dimanche matin. Si je trouve conformes à la mission du service public les émissions du dimanche relatives à ce qui ressortit à la croyance – il s’agit de culture qui inclut la non-croyance, l’athéisme – en revanche, la retransmission de la messe n’est pas de l’ordre culture, mais cultuel, en ce sens qu’il s’agit d’un événement qui n’est pas soumis à une analyse ou un débat, mais donné comme tel. Si la réouverture de Notre-Dame, samedi 7 décembre, était bien un événement culturel, la messe de ce dimanche ne l’était pas et supprimer les émissions culturelles habituelles « L’esprit public » et « Les bonnes chose s» est contradictoire avec l’esprit de service public laïque, comme était contradictoire la présence à la messe, en tant que tel, du président de la République laïque. Cordialement »
Photo : un ciel de vent cévenol, dimanche matin.

Journal 115 – La toupie et l’écume – (05/12/2024)
Alors, la toupie tournant sur elle-même parce que c’est le propre de la toupie de tourner sur elle-même chercherait une issue pour sortir de l’espace clos dont elle ne cesse de heurter le bord qui la renvoie inlassablement à son errance virevoltante. De quoi perdre la boule.
Je relis la métaphore puisqu’il ne s’agit pas d’une vraie toupie et…oui, bon, c’est à peu près ça quand je fais défiler les pages du journal informatisé qui arrive dans mon ordinateur à 11 h 00, je regarde, je regarde attentivement, très attentivement, je zoome (ça devient gros), je dézoome (ça devient petit) et … rien. Pas la moindre issue.
Noir, c’est noir, chantait Johnny, pour bien faire comprendre que noir c’est vraiment noir.
Si elle tourne, la planète n’a rien de la toupie, métaphorique ou pas – la preuve, il n’y a pas de bord à heurter et puis elle est bleue alors que les toupies sont rouges, mais oui, elles sont rouges– , elle n’a même pas le problème de l’être (comme être ou ne pas être, vous voyez, genre philo) parce que le réchauffement, tout ça, elle s’en soucie comme d’une guigne (c’est une petite cerise, pas celle qu’on met sur le gâteau) pour ne pas dire qu’elle s’en tape. Elle tourne. Point.
Ce qui pourrait faire tourner en bourrique ceux qui peuvent l’être (nous les hommes, parce que les ânes, c’est fait), c’est son indifférence à ses composants, surtout ses composants humains, seuls et en groupes. Vous imaginez vos organes battant de l’aile et votre corps persistant comme si de rien n’était ? Remarquez, c’est bien ce qui se passe quand on est malade et même quand on est mort. Le corps persiste, et jusqu’aux molécules. Et dans les molécules, il y a des atomes, et dans les atomes, des électrons qui tournent autour d’un noyau.
Voilà pour la toupie.
L’écume, maintenant.
Juste avant, la bêtise.
Celle qu’invoque ce matin G. Erner dans son « humeur du jour » (6 h 57 – France Culture) pour décrypter la situation politique en France : « La bêtise collective étant l’une des notions les plus utiles en sociologie des organisations, vous prenez des gens intelligents, uniquement intelligents puis vous les coaliser les faire échouer. » Il déroule ensuite la liste des événements depuis la dissolution jusqu’à la chute du gouvernement, pour expliquer que tout, s’explique par la bêtise. Oui, c’est ironique, mais seulement dans la forme. Il y croit à son explication par la bêtise.
Pour l’illustrer et montrer qu’il sait de quoi il parle, il demande à Jérôme Fourquet, politologue invité des Matins, si la situation de blocage s’explique « par la fragmentation du pays ou l’émiettement de la classe politique » puisqu’il est évident qu’il n’y a pas de rapport entre le pays qui est fragmenté et la classe politique qui s’émiette. Tout le monde intelligent sait ça : les gens fragmentés votent et le résultat émietté du vote n’a rien à voir avec la fragmentation des électeurs. Les uns et l’autre sont « éparpillés façon puzzle » chacun de son côté. C’est aussi bête que ça.
L’écume – l’explication par la bêtise n’en fait pas partie, elle, c’est une démission – c’est le discours de J Fourquet qui décrit, et très bien, comment a évolué la société française depuis le siècle dernier : le catholicisme, puis la question capital/travail ont été les références-guides qui expliquent les modes de scrutin (il y aurait à dire…) et le clivage gauche-droite. Effondrement des deux blocs et nouveau clivage : « On joue à trois » parce que l’intégration européenne est venu fracturer les deux « chapelles » gauche-droite. « On était bipolaire et on est à trois forces », dit-il.
Rien sur ce qui sous-tend ces changements. « Si les députés ne changent pas de méthode… », lance J. Leymarie, l’éditorialiste de l’émission, pour qui l’impasse est apparemment d’ordre arithmétique.
Voilà, c’est tout.
Rien sur ce qui constitue le RN et son développement. Rien sur le développement du « gauchisme » LFI. Rien non plus sur les causes du besoin de spiritualité, la désertion de l’église catholique et le développement des « églises nouvelles » signalé par le politologue… dont les références/métaphores« églises et chapelles » ne sont évidemment pas anodines.
Ce type de débat est un des modes de l’impasse. Comme l’absence de distanciation – par soi-même ou par l’intervention d’un tiers – qui permettrait de constater qu’on patauge dans l’écume.
Un mot n’a jamais été prononcé. Comme il ne l’a pas été dans les débats parlementaires qui ne construisent pas plus de de problématiques que le débat en question : commun.
Photo : le ciel, ce matin.
