Le balancier américain

La victoire du parti démocrate a l’allure du coup de vent qui déblaie d’un coup le ciel encombré de mauvais nuages.

Le balancier que Trump avait monté au plus haut est reparti dans l’autre sens pour atteindre un niveau équivalent, et la surprise provoquée par l’amplitude de sa défaite est égale à celle qui avait suivi sa victoire en 2024.

Un coup de vent est un épisode. Ce qui, il y a deux ans, avait ramené triomphalement au pouvoir un délinquant condamné doublé d’un instigateur de coup d’État est toujours là.

Ce qui c’est l’essence de l’American Way of Life, la réussite de l’individu identifiée à l’enrichissement – celle qui a contribué à créer le mythe européen de « l’oncle d’Amérique » – et à laquelle la statue d’Ellis Island apporte la caution de la liberté. Trump a pu et su en devenir la personnification caricaturale, applaudie par une majorité enthousiaste, jusqu’au seuil, indéfinissable, où l’image qu’il renvoyait de l’Amérique lui est devenue à ce point insupportable qu’elle s’est retournée. Les nombreuses interviews d’électeurs républicains, avant et après l’élection, signifient que la guerre en Iran et l’inflation ne sont que des catalyseurs d’un malaise que les slogans MAGA et America first ! avaient su exploiter.

Dans son ampleur, la démesure de la victoire électorale démocrate met en route un processus dialectique original en ce sens que l’aile gauche du parti, en progression, est représentée pour la première fois par deux personnes « non conformes » aux stéréotypes américains :  Zohran Mamdani, récemment élu maire de New-York et surtout Abdul el-Sayed, élu dans le Michigan qui appuient leur engagement sur l’islam, marqueur aujourd’hui nettement plus important que la couleur de peau, l’ethnie,  ou l’orientation sexuelle.

La force dominante du partie est représentée par James Talarico, élu au Texas. Il avait devant lui, lors d’un rassemblement à Austin, la pancarte   où était inscrite en grosses lettres l’injonction « Love thy neighbor » (aime ton prochain), marqueur de la religion catholique dont J.D. Vance se réclame lui aussi dans un registre autre.

La contradiction (gauche/droite) désormais compliquée de religion va obliger le parti démocrate à trouver une résolution qui pourrait être déterminante pour l’échéance de 2028.

Un avis sur « Le balancier américain »

  1. Bonjour Jean-Pierre. Hélène m’a passé ce blog. Deux petites remarques. La première mineure : c’est un peu trompeur de dire que l’avènement de Trump a été applaudi par une majorité. Il a gagné avec 49,8% soit 77,3M de voix. Le taux d’absention a été de 36%. On peut faire le calcul sur la population adulte : c’est très loin d’être la majorité de ceux-ci. Deuxième remarque, plus sérieuse. Peut-être que je ne comprends pas très bien, mais quand vous écrivez que Mamdani et al-Sayed « appuient leur engagement sur l’islam » il me semble que c’est fallacieux sinon faux. Il se trouve que les deux sont musulmans, mais l’Islam (ou par implication la charia) n’a rien à voir avec leur(s) vision(s) politique(s). Et en tous cas moins, beaucoup moins que le rôle d’ingérence appuyée, constante, persistante d’innombrables femmes et hommes politiques chrétiens—particulièrement évangélistes—aux U.S. Quand les « pères fondateurs »—essentiellement déistes et non pas chrétiens fondamentalistes—ont invoqué « Dieu » dans les documents de base, ils ont malheureusement introduit un verre coriace dans la belle pomme de la république.

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