Cahier de vacances : la grammaire en questions (31)     

  4 – temps simples et temps composés au subjonctif

Qu’est-ce qui change par rapport à l’indicatif ?

La question des rapports est la même, mais il n’y a besoin que de quatre temps. Vous vous rappelez que la modalisation subjonctif n’indique pas le réel, mais une réalité ?

Oui, ce qui se passe dans la tête.

Donc, quand je dis Je souhaite qu’il y ait des buts marqués… je parle d’un match de foot… des buts seront éventuellement marqués quand le match se déroulera, dans une heure ou dans une semaine. Donc ?

Donc…  il n’y a pas besoin de futur au subjonctif.

Et s’il n’y a pas de futur, il n’y a pas non plus de futur-antérieur.

Votre passé du futur. Donc deux temps en moins. Quels sont les deux autres qui disparaissent ?

Le passé-simple et le passé-antérieur…

Vos parfait et passé du parfait…

Puisque ces deux temps indiquent le réel.

Alors, qu’est-ce qui reste ?

Deux couples de temps : deux temps simples pour indiquer une postériorité et deux temps composés pour indiquer une antériorité.

Hm… J’aimerais bien des exemples bien concrets, j’ai toujours un peu de mal avec l’abstraction.

Encore un mot.

Si vous voulez.

Partons de ce que nous savons clairement : la modalisation subjonctif sert à exprimer nos réalités respectives, c’est-à-dire ce que nous avons dans nos têtes, aujourd’hui ou hier : nos désirs, nos souhaits, nos craintes etc.

Jusque-là, ça va.

Pour exprimer ces réalités, il nous faut les annoncer, d’une manière ou d’une autre, par exemple : je désire, je souhaite ou je crains que…

Ça va toujours.

Alors, de deux choses, l’une : ou bien ces réalités sont postérieures ou bien elles sont antérieures à l’annonce qui en est faite.

Postérieures, d’accord. Ce que je souhaite, c’est forcément après… Mais antérieures ?

Lorsque vous exprimez un regret, vous pouvez faire référence à un événement qui a eu lieu ou qui n’a pas eu lieu.

Ah, oui, je comprends. L’événement, c’était avant « je regrette ».  Mais pourquoi « vous pouvez » ? Ce qu’on regrette n’est pas forcément avant ?

Vous pouvez regretter qu’un événement ne se produise pas, donc dans le futur  : Je regrette que tu ne viennes pas demain. Cela dit, l’annonce de cette mauvaise nouvelle pour vous est antérieure au moment où vous exprimez votre regret.

D’accord, pour regretter, il faut qu’il y ait quelque chose à regretter.  Oui. Quels sont les quatre temps dont on a besoin ?

Deux temps simples pour exprimer une postériorité, une dans la réalité du présent, l’autre dans la réalité du passé ; et deux temps composés pour exprimer une antériorité pour l’une et pour l’autre.

Je crois que j’ai compris l’idée, mais j’ai vraiment besoin d’exemples pour être sûr.

  a – postériorité au présent et au passé

     > présent et imparfait

Je reprends mon exemple. Nous nous apprêtons à regarder la retransmission d’un match de foot et je vous dis en m’installant confortablement dans mon fauteuil : Je souhaite qu’il y ait des buts marqués ; comme nous l’avons déjà constaté, la réalité que je souhaite, qu’il y ait des buts marqués, est postérieure à son annonce, je souhaite.

Oui, le match n’a pas encore commencé. Qu’il y ait, c’est le présent du subjonctif ?

Oui, que j’aie, que tu aies, qu’il ait … À apprendre par cœur. Supposons maintenant que je veuille rappeler ce souhait que j’avais formulé avant le match que nous avons regardé hier.

Oui, un match absolument nul.

Je dirai : Hier, je souhaitais qu’il y eût des buts marqués. Nous sommes dans le même rapport entre réel et réalité ; mon souhait est ici à l’imparfait, mais j’aurais pu dire j’ai souhaité ou je souhaitai. Je l’ai  formulé à vingt heures, donc avant le match qui débutait à vingt heures trente, et il n’a pas été réalisé.

D’accord :  qu’il y eût, c’est la postériorité dans le passé ; et eût, c’est quel temps du subjonctif ?

L’imparfait.

Hm… Je trouve qu’il ressemble au passé-simple… Et puis, je dirais plutôt : Je souhaitais qu’il y ait des buts marqués.

C’est effectivement ce qu’on dit. L’imparfait du subjonctif tend à disparaître et il est la plupart du temps remplacé par le présent.

C’est encore une question de musique ?

Écoutez ça : Il fallait que je vinsse, que tu vinsses, qu’il vînt, que nous vinssions, que vous vinssiez, qu’ils vinssent.

Oui, oui, oui… et pour vouloir ?

Il fallait que je voulusse, que tu voulusses, qu’il voulût, que nous voulussions,  que vous voulussiez, qu’ils voulussent.

Je trouve toujours que ça ressemble au passé-simple.

Vous n’avez pas tort. Pour former l’imparfait du subjonctif, vous prenez le radical du passé-simple et vous ajoutez deux -s, c’est toujours du latin,  et les désinences des personnes, avec la particularité de la troisième personne, où les deux -s ont été remplacés par l’accent circonflexe.  Essayez avec prendre. Il fallait que…

Le passé-simple, c’est… -i -u ou -in… hm…  je pris… C’est ça ? J’ajoute les deux -s et les désinences,  et ça donne… Il fallait que je… prisse… c’est ça ?… que tu prisses… qu’il prît… c’est ça ?… que nous… prissions… c’est toujours ça ? … que vous prissiez et qu’ils prissent. Oui ?

Oui.

Alors je sais former l’imparfait du subjonctif ? Pour tous les verbes en -ir  ? Oui ? Eh ben…  Et pour les verbes en –er ?

Même système, toujours à partir du radical du passé-simple. Essayez avec jouer. Il fallait que…

Le passé-simple de jouer, c’est je jouai, donc que je jouaisse… Il y a quelque chose qui ne va pas.

Ce qui ne va pas c’est que vous avez gardé la désinence -i. Enlevez-la.

Ah oui… Donc… que je jouasse, que tu jouasses, qu’il jouât, que nous jouassions, que vous jouassiez, qu’ils jouassent. C’est bon ? Oui ? Alors je sais aussi conjuguer les verbes en -er à l’imparfait du subjonctif ? Donc tous le verbes ! Oui ? Bon. Hier, je souhaitais que nous jouassions au foot… Oui ? Waouh ! Comment voulez-vous qu’on puisse parler comme ça ?

Qui vous parle de parler « comme ça » ? Le problème que je pose concerne la disparition de ces temps, leur mort. Est-ce qu’il est illusoire de penser qu’on puisse un jour réapprendre toute la langue ?

Comment ça réapprendre toute la langue ?

L’utilisation de la langue telle qu’on la parle et telle qu’on l’écrit est déterminée par des facteurs complexes, sociaux, économiques, politiques et idéologiques ; ce dont je parle ne concerne pas son évolution – elle évolue parce qu’elle est vivante, nous l’avons vu, et c’est très bien ainsi… mais, tenez, imaginons que le langage soit une maison.

C’est… une métaphore ?

Le langage assimilé à une maison, c’est en effet une métaphore ; eh bien, il y a dans cette maison des niveaux que certains des habitants se sont peu à peu appropriés et qu’ils ont interdits aux autres qui se sont alors repliés dans les autres étages ; seulement, le nombre des habitants et la composition sociale ont changé, les rapports se sont modifiés…

Vous voulez dire que les banlieues vont revendiquer l’apprentissage du passé-simple ou du subjonctif imparfait ? Qu’ils vont manifester pour pouvoir dire : Hier nous jouâmes au foot mes potes et moi, ou, Je souhaitais que tu vinsses me chercher avec ta caisse pour aller en boîte ? Décidément, vous avez un côté rêveur…

Les sociétés qui ne rêvent plus sont des sociétés tristes. Et puis, ne caricaturez pas ma pensée : je ne dis pas qu’il faudrait utiliser le passé-simple de l’indicatif ou l’imparfait du subjonctif au quotidien, de manière utilitaire pour aller acheter une baguette de pain ou un kilo de pommes de terre. Non, pas plus que je ne lis Rimbaud ou Apollinaire pour connaître les derniers faits divers ou me divertir. Mais pour choisir de ne pas utiliser le passé-simple ou l’imparfait du subjonctif, encore faut-il savoir qu’ils existent, non seulement pour pouvoir aussi choisir de les utiliser, mais pour pouvoir lire ceux qui les utilisent. Comme l’inversion du sujet dans l’interrogation. Pensez-vous que la situation de celui qui dit Tu viens ? en sachant qu’il peut dire Viens-tu est la même que celui qui l’ignore ? Un jour, peut-être, on ouvrira en grand les portes des étages de la maison dont je parle, et, soyez attentif à ce que je vais dire, Je regrette que cette question n’ait pas été posée.

Je suis attentif… Je regrette… c’est maintenant, que cette question n’ait pas été posée…  Ah, oui, c’est de l’antériorité ? Donc nous allons voir les deux autres temps ?

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