« Comment expliquer les violences des 17 et 18 octobre ? », était la question posée aux deux invités des Matins de France Culture ce mercredi 21/10/2026 : Enzo Traverso, marxiste, auteur de Survivance de la révolte. Essais sur la dialectique de la révolte » (La Découverte) et Eugénie Bastié, rédactrice en chef adjointe du Figaro, qui publie chez Gallimard Le Rouge et le Blanc. Régis Debray et nous.
Voici un extrait du point de vue exprimé par la journaliste, exemple du refus de la problématique de l’objet.
« Je suis en désaccord complet avec la lecture de ce mouvement par une certaine extrême gauche (…) Je crois qu’on assiste à une relativisation des violences de ce mouvement, une excuse permanente et une culture de l’excuse qui moi me frappe et me sidère après les événements d’une violence inouïe que nous avons vécus le week-end dernier. J’entends beaucoup d’intellectuels de sociologues de gauche qui trouvent des excuses aux pilleurs, qui trouvent des raisons à la colère qui s’exprime ainsi. Je trouve que la violence quand elle vient de l’extrême gauche est relativisée et excusée, si des milices d’extrêmes droite s’étaient permis le quart de ce que se sont permis les milices d’extrême-gauche dimanche dernier, je pense qu’on n’en serait pas là (…) Personne n’a justifié ou minimisé ce qui s’était passé au Capitole (…) On déconstruit le roman national de la droite, par contre la mythologie révolutionnaire n’est jamais déconstruite au contraire elle est promue par des universitaires. (…) »
Significatif de ce refus, le fait que « excuse » (cf. « excuse permanente… trouvent des excuses » ) est, par le rapprochement, présenté comme synonyme de « raison » (« qui trouvent des excuses… qui trouvent des raisons »).
Les deux mots n’ont rien en commun : l’un signifie une faute (cf. excusez-moi…), l’autre une analyse : chercher une ou des raisons, c’est chercher à comprendre.
Ni l’animateur ni l’autre invité n’ont relevé cette confusion.
Dire à propos d’un événement qu’en rechercher les raisons c’est chercher à l’excuser, revient donc à dire qu’il est une faute et que dire qu’il est une faute est suffisant. Ainsi, dans cette logique (logos = parole, discours) ceux qui ont incendié la mairie de Limoges ont commis une faute puisque en chercher les causes revient à l’excuser. Un des corollaires de cette logique est la question du premier ministre à la présidente des écologistes à l’Assemblée nationale : « Est-ce que vous condamnez l’incendie de la mairie de Limoges ? »
La question implique que ne pas condamner l’incendie revient à approuver l’action et ses auteurs.
La réponse aurait pu être : monsieur le premier ministre, est-ce que vous condamnez la prise de la Bastille – dont l’exécution de son gouverneur – et sa destruction par les émeutiers ?
Le ministre répondrait peut-être que la Bastille était le symbole du pouvoir contesté, sans peut-être, encore, se rendre compte qu’il invaliderait sa question.
Construire la problématique de l’objet, c’est accepter de ne pas considérer l’événement comme existant « en soi » et l’insérer dans un processus.
Quand la justice jugera les auteurs de cet incendie, ce sera pour en comprendre les raisons, et, le cas échéant, envisager non des excuses, mais des circonstances atténuantes.
La tonalité du discours de cette journaliste était d’irritation, en particulier à cause de la différence de traitement, dit-elle, entre les « milices d’extrême-gauche et d’extrême-droite » – autre expression du refus de la problématique – comme si une analogie de violence signifiait une analogie d’enjeux. La référence américaine en est encore une autre : « Personne n’a justifié ou minimisé ce qui s’était passé au Capitole », assure-t-elle, sans susciter de réactions, alors que le discours explicite de D. Trump et sa réélection disent le contraire.
Même analyse quant à l’autre différence invoquée des « déconstructions ». Comme si toute déconstruction était un « en soi » existant en dehors de son objet. On sait que le mot est un marqueur du discours de Bourdieu, qui était sociologue, que la sociologie qui essaie de « trouver des raisons » sert d’excuse à la mise en cause de l’université par la droite et l’extrême-droite.
Reste l’essentiel : quelle est la sphère dans laquelle s’enferme cette journaliste qui sait évidemment tout ce que j’explique, et pourquoi en a-t-elle besoin… au prix de la contradiction où elle se place elle-même, en fin d’émission, quand elle dit comprendre les raisons de la révolte des lycéens ?