Le policier de Carcassonne

Ce qu’a révélé l’enregistrement de cette conversation ordurière entre policiers municipaux ne peut pas être une exception, en ce sens que ce dont il est question n’est pas essentiellement le problème psychologique d’un individu, mais une pathologie collective.

Le RN comme les autres « agglomérats électoralistes » d’extrême-droite – Afd, Fratelli d’Italia, Reform UK, MAGA…  – ne sont pas les créateurs des expressions actuelles du racisme, de la haine de l’étranger, du Moi d’abord ! du Moi seul ! et de leurs variations d’identité et de préférence nationales, ils en sont les effets qu’ils alimentent ensuite dans ce qu’on appelle le cercle vicieux.

Les médias se trompent de discours quand ils disent que l’affaire de Carcassonne constitue un handicap pour l’entreprise de dédiabolisation du RN, parce que les propos du policier conviennent aux électeurs de cet agrégat électoraliste français, qu’ils soient un copié-collé ou l’expression libérée d’un interdit qu’ils ne s’autorisent pas encore.  

Et en quoi ces propos pourraient-ils dissuader ceux qui n’ont pas encore voté pour le RN, puisque que c’est précisément la levée de ce type d’interdit qui incite à ce vote ?

Le seul point d’inconnue, tant pour les individus que pour la collectivité, est celui du seuil de basculement irréversible.

Concrètement : qu’est-ce qui conduit un individu à balayer d’un revers de main les principes et les valeurs qui lui ont servi de références pour adhérer à leur contraire ? Si l’on veut une illustration à la fois triviale et banale : qu’est-ce qui conduit à l’ « encanaillement » ? Avec la différence du paramètre de la parenthèse.

Si la condamnation de M. Le Pen n’a pas d’incidence sur le taux annoncé du vote en sa faveur, s’il est même « normalement » envisageable qu’elle puisse être élue à la présidence de la République – alors que la seule qualification de son père pour le second tour de l’élection de 2002 avait fait descendre des centaines de milliers de gens dans la rue bien qu’il n’y ait alors pas le moindre risque de son élection –  c’est parce que ce qui se joue est ailleurs, déterminé par des critères qui n’ont rien à voir avec ceux qui servent de référence aux analyses médiatiques et aux attentes de ceux qui comptent sur de tels événements pour voir reculer les intentions de vote en faveur du RN.

 Il n’y a qu’un seul discours susceptible de produire un questionnement salutaire, celui du commun humain, dont l’absence fait percevoir le discours politique « de campagne » pour ce qu’il est, à savoir un discours politicien inaudible, donc irresponsable, qui entretient et développe la pathologie dont se nourrit le RN.

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