L’accumulation des artifices et des invraisemblances font du dévoilement d’Oreste une scène de comédie.
Le vieillard demande où sont les deux étrangers qu’il veut interroger.
Électre : Je les vois qui sortent de la maison d’un pied rapide. (clin d’œil à la célèbre expression homérique « Achille aux pieds rapides / légers »)
Le vieillard : Oui, ils sont de noble race, mais cela peut être trompeur. Car beaucoup qui sont de noble race sont mauvais. Peu importe… Je salue les étrangers.
Oreste : Salut vieillard ! Électre, ce vieux débris* d’homme, est-ce ton ami ?
(*λείψανον -leipsanon = restes d’un mort, d’une ville)
Comique de contraste et de décalage : ni le lieu ni l’espace ne correspondent à l’épopée, la remarque profonde du vieillard est contradictoire avec la superficialité de son appréciation, et la grossièreté d’Oreste s’oppose à la gravité de son discours de la scène précédente.
Électre : C’est lui qui a élevé mon père, ô étranger.
Oreste : Que dis-tu ? C’est lui qui a dérobé ton frère ?
Électre : C’est lui qui l’a sauvé, s’il est encore vivant.
Oreste : Hé ! Pourquoi me regarde-t-il comme s’il regardait la gravure
brillante d’une pièce d’argent ?
Électre : Peut-être qu’il se réjouit de voir quelqu’un de l’âge d’Oreste.
Oreste : Tu veux dire d’un ami de lui. Mais pourquoi tourne-t-il autour de mes pieds ? (549 > 561)
Et ainsi de suite jusqu’au vers 572 :
Le Vieillard : Cet homme que je vois est le fils d’Agamemnon.
Électre : Quel signe as-tu remarqué par lequel je serai persuadée ?
Le Vieillard : La cicatrice près du sourcil ; un jour dans la maison de ton père, poursuivant un faon avec toi, il s’est blessé en tombant.
Électre : Que dis-tu ? Je vois la marque de sa chute. (576)
Dans les Choéphores (Eschyle) Oreste se fait reconnaître par la boucle de ses cheveux et le tissu de son vêtement tissé par Électre alors qu’il était un petit enfant.
Dans la pièce de Sophocle, c’est par le sceau de son père et la reconnaissance est suivie d’exclamations dans une succession d’hémistiches (moitiés de vers) dont le second est un décalque comique du premier :
Électre « Ô jour le plus aimé ! »
Oreste : « Le plus aimé j’en témoigne ! »
Électre : « Ô voix, tu es venue ? »
Oreste : « Ne cherche pas l’information ailleurs ! »
Électre : « Je t’ai dans mes mains ! »
Oreste : « Que tu m’aies toujours pour le reste du temps ! » (1123 > 1126)
Euripide balaie la boucle de cheveux, le tissu et propose lui aussi une série d’exclamations tout aussi outrées :
Électre : Ah ! Je t’ai enfin contre tout espoir
Oreste : Tu es enfin à moi !
Électre : Je n’y songeais plus !
Oreste : Et moi je ne l’espérais pas !
Électre : C’est bien toi ?
Oreste : Je suis ton seul allié. (576 > 582)
Rien de tel dans les Choéphores représentée une quarantaine d’années auparavant. Je reviendrai en conclusion sur cette évolution.
Euripide fait alors déclamer par le Chœur une strophe de 10 vers de grande exaltation qu’Oreste commente par un « Eh bien ! » à la résonance étrange, avant d’ajouter « J’éprouve du plaisir à ces embrassements, mais nous nous en donnerons d’autres à nouveau plus tard. Toi, vieillard, tu es venu à propos, parle : que faire pour punir le meurtrier de mon père ? » (596 > 599)
C’est le vieillard puis Électre qui vont expliquer à Oreste – donc réduit à l’exécuteur – comment accomplir le double assassinat.