Le bon sens, le philosophe et le président

« Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée (…) » écrit René Descartes, philosophe français émigré, au tout début du Discours de la méthode pour bien conduire sa raison et chercher la vérité dans les sciences (1637).

« C’est du simple bon sens, la recommandation générale, c’est pas de manifestation dans les jours à venir », déclare Emmanuel Macron, président de la République française, devant le Conseil de sécurité (22/10/2026).

L’argument du philosophe qui explique son affirmation apparaît tout simple : « (…) car chacun pense en être si bien pourvu que ceux même qui sont les plus difficiles à contenter en toute autre chose n’ont point coutume d’en désirer plus qu’il n’en ont. » Un raisonnement analogique évidemment contestable, mais auquel la date de l’écriture du texte confère une dimension fortement contestatrice : Descartes écrit dans un temps où l’on brûle vifs ceux qui ne pensent pas comme il faut – d’où ses émigrations successives – et où la croyance qui allume les bûchers n’aime pas trop ce genre d’affirmation en dehors de la référence à Dieu.

Le philosophe ajoute un peu plus loin  « (…) la diversité de nos opinions ne vient pas de ce que les uns sont plus raisonnables que les autres, mais seulement de ce que nous conduisons nos pensées par diverses voies et ne considérons pas les mêmes choses. Car ce n’est pas assez d’avoir l’esprit bon, mais le principal est de l’appliquer bien. » Autrement dit : nous avons la même faculté et ce qui change de l’un à l’autre, c’est son utilisation.

L’objet du discours du président est la manifestation du 17 octobre et ses débordements (incendies, pillages…) qu’il qualifie d’« actes de délinquance, politiques et séditieux » venant de « l’ultragauche » et qui « visent à faire tomber la République ».

Du point de vue du philosophe, l’esprit du président n’est donc ni moins ni plus « bon » que ceux dont il condamne les actes. 

Du point de vue du président, lui, l’applique bien, ceux qui ont commis les actes délictueux, mal.

Qu’en est-il exactement ?

L’esprit présidentiel explique donc que la manifestation est exploitée par « l’ultra-gauche » pour des « actes politiques et séditieux qui visent à faire tomber la République ». Si le diagnostic est juste, en quoi « pas de manifestation dans les jours à venir »   – alors qu’une nouvelle manifestation a été annoncée pour le 24 – pourrait-il être une réponse adéquate ? Comment cette réalité politique révolutionnaire, forcément construite, pourrait-elle ne pas réapparaître après les « quelques jours » ?

En revanche, si « pas de manifestation dans les jours à venir » est efficace, cela signifiera qu’il ne s’agissait pas de sédition révolutionnaire, mais de l’expression d’une violence d’opportunité que le temps aura suffi à estomper ou à éliminer.

Seulement, s’il ne s’agit pas d’actes séditieux révolutionnaires, comment expliquer qu’ils se soient manifestés à Paris, à Limoges, à Lyon à Marseille… ?

Force est donc de constater que le président applique mal l’esprit bon que nous avons en partage, et que la méthode de son discours est fondée sur ce qui n’est évidemment pas la bêtise, mais l’infantilisation méprisante qui pourrait susciter un énervement et des envies de violence.

Descartes, qu’E. Macron connaît bien, ajoute un peu plus loin :  « Ceux qui se mêlent de donner des préceptes se doivent estimer plus habiles que ceux auxquels ils les donnent ; et s’ils manquent [s’ils se trompent] en la moindre chose, ils en sont blâmables. »

Mais comme lui ne connaissait pas E. Macron dont il n’avait pas la moindre idée, il faut chercher à qui peut bien s’appliquer ce jugement.

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