J’ai lu le discours que J-L Mélenchon a prononcé à la fête de l’Humanité ce week-end : l’essentiel est consacré au capitalisme, en particulier à ses dysfonctionnements et à ses ruses politiciennes qui visent à faire croire qu’une politique autre, radicalement autre, n’est pas possible.
Son discours n’est pas très différent de ce que fut, il y a 45 ans, celui du Parti communiste à la veille de l’élection de 1981, avec la différence qu’existait à cette époque une alternative en cours de réalisation, à « l’est » ; plus ou moins appréciée (« bilan globalement positif » disait alors le secrétaire du PCF) ou rejetée ou détestée (tous les autres), elle existait, avec l’hypothèse d’un vrai lendemain qui chante après une transition, longue pour ceux qui la vivaient, courte pour ceux qui invitaient à se pencher sur la durée de l’histoire humaine en oubliant un peu vite les premiers.
Cette alternative n’était pas née du simple savoir-faire de bons techniciens de la révolution, mais le résultat d’un discours (Marx et Lénine) qui alimentait les discussions depuis des décennies.
Ce qui sous-tendait ce discours révolutionnaire, c’était, plus ou moins explicitée, une conception de l’homme et de la vie en société. En résumé : l’exploitation du travail, les inégalités sociales, économiques et culturelles, le malheur, n’étaient pas de l’ordre de la fatalité, ils étaient produits par un système qu’il fallait commencer par renverser pour construire une société dans laquelle l’homme serait enfin libre parce que libéré des aliénations construites.
Le fiasco de l’entreprise a conduit, comme le dit la métaphore, à jeter le bébé (la conception de l’homme) avec l’eau du bain (tout le reste).
Il n’y a plus de discours aujourd’hui, seulement un récit qui raconte ce qui ne va pas et qui conclut par des solutions présentées comme simples. Par exemple, la proposition de J-L Mélenchon de supprimer la dette nationale et d’intervenir contre la grande richesse. « Au-delà de (je ne sais plus quel montant) je prends tout » disait en souriant le candidat communiste de 1981 qui se faisait applaudir. Le candidat de LFI dit à peu près la même chose, avec à peu près le même sourire qui suscite à peu près les mêmes applaudissements.
C’est « oublier » que l’ « est » a disparu, que l’Europe et le monde sont régis par le seul mode capitaliste dans lequel la dette joue un rôle précis et qu’un pays seul ne peut pas dire « j’abolis la dette » sans mettre en route un processus financier puis économique dont il ne maîtrisera pas grand-chose. J-L Mélenchon ne l’a pas oublié, il le sait, évidemment.
Lancer de cette manière un tel slogan revient à solliciter des passions dangereuses en ce sens que ceux qui applaudissent savent aussi, même s’ils ne le disent pas, que ça ne marche pas comme ça et qu’il s’agit d’un leurre.
Aucune proposition touchant au fondement de la société capitaliste ne peut être crédible dans le champ politique, si elle n’est accompagnée en même temps d’une proposition qui touche au fondement de la pensée.
Au et en regard de l’état du monde, l’essentiel de ce qui est en jeu dans l’élection présidentielle de 2027 est aujourd’hui de nature philosophique.
Aucun des candidats ou candidates – je ne parle pas du RN –, aucun parti – je ne parle toujours pas du RN – ne tient ce discours philosophique, non par inconscience ni ignorance, mais parce que l’apprentissage de la pensée n’est l’objet premier ni de l’école ni de la politique. Le discours électoraliste des uns et des autres qui participe de ce mépris et entretient la confusion quant à ce qu’est le peuple, est pathétique.
La contradiction entre la nature de l’enjeu de cette élection et ces discours politiciens qui l’ignorent ne peut produire qu’un choc, et un choc violent.