5 – temps simples et temps composés à l’impératif
À la fin de l’article précédent vous demandiez si l’impératif comprend des temps simples et des temps composés. La réponse est oui.
Vous m’avez expliqué que l’impératif sert à donner des ordres.
Va, cours, vole et nous venge !
Hm… Où est-ce que je l’ai entendu… C’est pas d’hier….
Je vous aide. L’exhortation d’un père à son fils pour qu’il le venge d’un affront.
Le Cid ! Corneille ! Rodrigue et…. j’ai oublié le nom du père.
Don Diègue.
Ah oui, Don Diègue… Bon, là, c’est clair. Ce que je voulais dire… S’il y a des temps composés, est-ce qu’il y en a du passé ?
Oui.
Mais comment on peut donner un ordre pour le passé ?
Ayez fini votre travail avant midi.
Ayez fini… Ah, oui… On va dire qu’il est sept heures et que… Oui, d’accord… C’est comme le futur-antérieur de l’indicatif. Votre passé du futur. Ayez, c’est l’impératif présent de l’auxiliaire avoir à la deuxième personne du pluriel du pluriel et fini c’est le participe passé de finir ?
Oui.
La grammaire va donc l’appeler passé-composé.
Non. Seulement passé.
Ça m’aurait étonné ! Et vous ? Je suppose que vous le gardez ?
Il correspond au sens. Ayez est la deuxième personne du pluriel. Vous vous rappelez les autres ?…
Il y a déjà la seconde du singulier dans votre très vieil exemple cornélien…
Imaginez que Don Diègue propose à son fils de l’accompagner.
Ah… Allons, courons, volons et nous vengeons ! Ça sonne quand même moins bien. Donc deuxième du singulier et du pluriel, et première du pluriel. Et pour la première et la troisième, comment on fait ?
On utilise la modalisation du subjonctif, avec, sous-entendu, il faut que.
Que j’aie fini, qu’il ait fini, qu’ils aient fini… Et avec être, vous avez un exemple pour le passé ?
Soyez partis avant midi.
Sois et soyons aux autres personnes. D’accord. J’ai quand même une question. Pourquoi on ne met pas de -s à la deuxième du singulier de va, vole et venge, et pourquoi on en met un à cours ?
Il n’y a pas de -s en latin à l’impératif de tous les groupes. Alors, pourquoi un -s dans les verbes en -ir ? Imaginez « vien, sor, cour, fini… ». Vous vous rappelez l’analogie ? Je viens… Viens ! Pour les verbes en -er, il y a l’exception phonétique de Parles-en, manges-en, songes-y, vas-y… par exemple, au jardin, mais… va y cueillir les roses.
Le jardin, les roses… On est en pleine poésie…. Et au conditionnel, il y aura aussi des jardins et des roses ?
6 – temps simples et temps composés au conditionnel
Il y a tout ce qu’on peut imaginer dès qu’on sait en conjuguer les temps. Il y en a seulement deux, un présent et un passé, mais un passé qui peut prendre deux formes, que la grammaire appelle « passé première forme » et « passé deuxième forme ».
Encore et toujours des questions de formes !
Certaines grammaires disent que le conditionnel n’est pas un mode mais un temps du futur.
Ah bon ? Et vous ?
Nous en avons déjà parlé à propos de la probabilité, de l’incertitude et des irréels du présent ou du passé. Vous vous rappelez ?
Oh que oui ! Si Pierre vient, s’il venait, s’il était venu. Je peux même vous dire que c’est la leçon 24.
Vous m’épatez.
Je dois vous avouer que comme je savais qu’on parlerait du conditionnel, j’ai un peu revu mes notes. Je vous épate peut-être moins.
Vous m’épatez davantage. Je trouve que supprimer le conditionnel en tant que mode est au minimum un appauvrissement. Il me semble que j’ai déjà pris l’exemple de la salière.
La salière ?
Vous voyez la différence entre Vous me passerez le sel et Vous me passeriez le sel ?
Très bien ! Vous me passerez, je ne l’entends pas très bien, alors qu’avec Vous me passeriez, je tends le bras sans hésiter.
Considérer Vous me passeriez comme un temps de l’indicatif au même titre que le futur revient à supprimer les harmoniques de la modalisation. Cela dit, le conditionnel n’existe pas en latin.
Ah bon ? Comment ils faisaient ?
Ils utilisaient le subjonctif. Vous me passeriez est l’expression d’une réalité.
Alors, d’où vient le conditionnel en français ?
Pour dire j’aimerai, en latin, donc le futur, on disait amabo. La forme a été comprise comme l’association de l’infinitif amare, aimer avec habeo, j’ai, donc, j’ai à aimer, puis j’aimer-ai. Pour le conditionnel, on a pris les désinences de l’imparfait d’avoir. Si vous me demandez pourquoi je vous renverrai à la question des analogies.
Je vous demande seulement comment on forme le conditionnel passé.
Il y a donc deux formes que la grammaire appelle première et deuxième. Voulez-vous retourner au jardin cueillir les roses ?
Volontiers !
Au présent, je cueillerais. Ce devrait être « cueillirai » au futur et « cueillirais » au conditionnel. Les formes cueillerai et cueillerais s’expliquent, une fois de plus, par l’analogie avec le présent, cueille, une réponse à la question que vous n’avez pas posée. Les deux formes du passé : j’aurais cueilli pour la première, j’eusse cueilli pour la seconde.
Hm… Attendez un instant…
J’attends.
J’aurais cueilli, pas de problème, c’est le présent de l’auxiliaire avoir avec le participe passé de cueillir. Le problème, c’est j’eusse… qui… comment on dit… ah oui, qui m’interpelle ! Vous avez remarqué, vous aussi, que certains verbes deviennent à la mode ? Convoquer, par exemple ; pour dire qu’on cite un auteur ou qu’on y fait allusion, il faut dire qu’on le convoque…Hé, vous, là-bas, dans le jardin, Ronsard ! Convoqué ! Et il y en a encore un autre… ah oui, porter ! Les politiques portent beaucoup ces temps-ci.
Je ne vous savais pas si sensible.
Et je ne montre pas tout ! Ce qui m’interpelle avec votre j’eusse, c’est… Si je ne m’abuse, la base du parfait, eu, plus les deux –s, ça ressemble furieusement au subjonctif imparfait du verbe avoir, et avec le participe passé, on dirait bien le plus-que-parfait du subjonctif de la grammaire, votre passé de l’imparfait, non ?
Vous ne vous abusez pas.
Alors, pourquoi l’appeler « passé deuxième forme » du conditionnel ?
Il n’y a pas deux formes de conditionnel passé, mais une seule : j’aurais cueilli ; quant à j’eusse cueilli, il s’agit effectivement du plus-que-parfait du subjonctif qu’on peut utiliser à la place du conditionnel passé. Je reviens au latin. Comme je vous le disais, les hypothèses y étaient exprimées au moyen des temps du subjonctif, notamment par le plus-que-parfait. Utiliser ce temps à la place du conditionnel passé est donc une survivance qu’on trouve exclusivement dans la langue littéraire qui peut même l’employer dans les deux propositions : Si je l’eusse voulu, j’eusse cueilli des roses.
Une seconde… Je compte… Douze syllabes… Je me demande qui vous avez convoqué. Je vais essayer avec être… Je serais allé et je…fusse allé. C’est ça ?
C’est ça. Je termine notre entretien avec les temps simples et composés dans les trois modes, infinitif, participe et gérondif. Il n’y aura rien de nouveau dans le principe, ce sera vite fait.
On aura juste le temps avant la récré. La dernière !
7 – temps simples et temps composés dans les trois modes
a – infinitif
Certains disent qu’on ne peut être et avoir été.
Et vous en pensez quoi ?
Rien.
Rien ? Vraiment ?
Pour être, il faut bien avoir été, non ? Est-ce qu’être ne contient pas avoir été ? C’était seulement un exemple d’infinitif présent et passé. Je pourrais tout aussi bien dire avoir et avoir eu.
Et ce serait aussi un exemple dont vous ne penseriez rien ?
Rien de rien !
b – participe et gérondif
Vous les groupez ?
Oui. La cigale, chantant tout l’été, se trouvera fort dépourvue… La Fontaine me pardonnera cette transformation de La cigale, ayant chanté tout l’été, se trouva fort dépourvue…
C’est pour la bonne cause du participe présent et passé ! Avec l’auxiliaire être ?
Allez dans le jardin.
Euh… Allant et étant allé. Facile. On peut passer au gérondif.
C’est en forgeant, ou en ayant forgé, qu’on devient forgeron.
Ah, là, je ne sais pas si la sagesse des nations vous pardonnera, même pour l’amour du gérondif !
Elle ne me pardonnera pas. J’entends la cloche du déjeuner. Je vous laisse.
Nous ne deviserons pas comme les autres fois ?
Je déjeune avec le directeur. Il veut me parler.
Bon, eh bien, je mangerai tout seul sur mon banc !