Que faire ?

C’est la question que pose (dans Mediapart) cet extrait d’un commentaire à l’article « La question de l’extrême » :

« Mais une fois dit cela [les limites du discours de J-L Mélenchon], qui voyez-vous pour rassembler les forces pour mettre un frein, même minime, au capitalisme mis en application à toutes les échelles des sociétés ? La société est-elle prête à changer de vision sur son devenir dans un monde fini ? N’est-ce pas un travail de longue haleine , une perspective à long terme de plusieurs générations ? Et en attendant ? »

Une question intéressante qui concerne le rapport entre l’analyse d’une situation donnée et les actes concrets, immédiats, par exemple le vote de l’an prochain.

Si l’hypothèse du second tour est confirmée dans les faits, je mettrai évidemment (cf. le discours du blog) dans l’urne le bulletin J-L Mélenchon, même si je ne suis pas d’accord avec son discours pour les raisons que j’ai expliquées, en résumé, la sollicitation des passions plutôt que la pensée et l’absence de la problématique du capitalisme. Je dirai que domine l’énergie du vivant.

Le vote RN et ce qu’il représente est pour moi d’un irréel analogue à l’existence des martiens, même si je comprends ce qu’il signifie, en résumé, l’expression d’une pathologie collective. Je dirai que ce qui domine dans son discours est la fascination de la mort.

Voilà pour l’acte en question et pour une partie du « en attendant ? »

Pour l’autre partie ?

Le problème est celui de la pensée, de sa communication et des effets. Mon blog personnel (le-blog-de-jean-pierre.com) a été visité par plus de 15000 visiteurs, des USA à a Chine et au Japon en passant par les pays européens et la Russie. Une infime goutte d’eau, donc, mais une goutte d’eau quand même. Pour quel effet ? Je n’en sais rien. Comme je ne sais rien non plus des effets de mon enseignement de la littérature française, grecque et latine pendant une quarantaine d’années. Un jour, pourtant, dans la rue, quelqu’un, un inconnu, m’aborde, me dit que j’ai été son prof et que… Une goutte d’eau, oui. Et aussi, un autre jour, par mail, une personne, connue, elle,  qui dit la même chose. Une autre goutte d’eau.

L’analyse que je propose, qu’elle concerne la réalité sociale, politique, la grammaire ou la tragédie grecque, peu importe l’objet, est une démarche qui tente construire des rapports d’adéquation, de convenance.  Et pour quoi ? Pour une distanciation des affects tristes – les passions = ce qui est subi – autrement dit pour tenter d’être libre.

Ce qui implique la recherche de la cause – qu’elle soit « trouvable » ou pas, peu importe –, autrement dit le rejet du simple récit de ce qui est manifesté, ce qu’on appelle la phénoménologie.

Le récit du capitalisme (sa phénoménologie) est bien connu au moins depuis Marx. Le continuer en racontant ses formes nouvelles n’a pour moi aucun intérêt s’il n’est pas relié au discours de la cause, ce que j’appelle l’équation capitaliste. Cause en ce sens qu’elle est une constante humaine, un invariant. L’antiquité gréco-romaine que je connais un peu ne fonctionne évidemment pas avec les formes du capitalisme moderne (celui qui est apparu à la fin du 18ème siècle), mais elle pratique l’exploitation de la «force de travail » – elle ne la nomme pas comme ça – et les hommes sont, comme nous, préoccupés par l’accumulation des richesses avec les conséquences analogues à celles que nous connaissons – en particulier la guerre.

L’équation capitaliste est ce que je considère comme la cause première (cf. la série d’articles), j’essaie de voir s’il est possible d’agir dessus et comment. Une réponse concrète que je propose est l’enseignement de la démarche philosophique dès la première année de la première école qui ne sera donc plus appelée « maternelle ».

Le « long terme » et le « plusieurs générations » évoqués dans le commentaire posent la question du rapport de cette analyse avec le présent, le « que faire ? »

Le rapport est le même que celui qui unit le discours et le récit : l’action est déterminée par le discours de la cause qui est nourri par l’action.

Encore faut-il qu’existe ce discours.

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