Dans la réponse à ma dernière contribution : « La jeunesse est certainement celle qui peut supporter la frugalité matérielle que les anciens ne conçoivent plus. »
Au cours de leur dernière manifestation, des lycéens brandissent une pancarte en carton où ils ont écrit en noir et rouge « Nous sommes la rage vivante d’un monde mourant ! » (Photo publiée dans le dernier n° de Télérama).
Votre questionnement revient à demander : comment fait-on pour l’empêcher de mourir ?
Ce que je propose n’est pas d’ordre programmatique et n’a pas à voir avec la « frugalité matérielle » que vous évoquez. En d’autres termes, vous supposez résolues les questions qui ne sont pas encore posées pour la raison qu’elles ne sont pas définies. Remettre en cause l’équation capitaliste, c’est ouvrir le champ d’une réflexion sur le rapport à l’objet (ce qui n’est pas le sujet), donc à terme sur le rapport production/consommation, une réflexion dont il faut commencer par dire avec force que les réponses auxquelles elle peut conduire sont nécessairement inconnues. La « frugalité matérielle » est souvent un argument utilisé par ceux qui refusent cette problématique au prétexte qu’on ne peut pas revenir à l’époque de la lampe à huile. De même l’argument qu’il n’est pas possible d’enseigner la démarche philosophique aux enfants qui entrent dans la première classe de la première école qui ne s’appelle pas maternelle par hasard.
Je n’ai aucune idée de ce qui peut sortir d’une telle réflexion qui ne peut aboutir qu’à la condition d’être une préoccupation collective.
Comment peut-elle le devenir ? C’est une question à laquelle il n’est possible de répondre qu’après qu’elle le sera devenue. Certainement pas dans le cadre d’une campagne électorale qui met en jeu des passions par des slogans sous la forme de catalogues de promesses qui ne dupent que ceux qui ont besoin de l’être.
« Mettre en branle le désir de philosophie », dites-vous. Pesez-vous la question à vous-même : qu’est-ce m’incite à me poser toutes ces questions ? D’où ça vient ? Et si vous en veniez à conclure que votre réflexion ne peut pas devenir une préoccupation collective, que la course à l’abîme ne peut que continuer et s’accélérer, il vous reste votre vie et le rapport avec celle des autres dont aucun instrument ne peut mesurer ni apprécier l’importance.