3 – temps simples et temps composés à l’indicatif et à la voix active.
Une seconde, que ce soit bien clair : la modalisation indicatif sert à décrire le réel et la voix active, c’est quand le composant accomplit l’action du verbe. Comme Le maçon construit un mur. C’est ça ?
Oui.
Au fait, pourquoi voix et pas voie ?
Parce qu’il s’agit d’expression, pas de direction.
Voix et voie, je suppose qu’ils viennent du latin ?
Vox, dont le radical est voc– a donné voix et vocal et l’adjectif vocalis a donné voyelle. Voie, lui, vient de via, qui désigne le chemin, la route.
a – définition :
Un temps est dit « simple » quand il est obtenu avec le verbe seul, et « composé »…
Je sais ! Quand il y a un auxiliaire.
Oui, et qu’est-ce qu’un auxiliaire ?
Il y en a deux : l’auxiliaire être et l’auxiliaire avoir.
Vous ne répondez pas à ma question.
Ce que veut dire auxiliaire ? Je ne sais pas. Je suppose que c’est du latin ?
Auxilium, qui signifie aide, secours, assistance ; en conjugaison, un auxiliaire est donc un verbe qu’on utilise comme aide pour former des temps qu’on appellera donc « composés », puisqu’ils sont constitués du verbe lui-même et de l’auxiliaire qui sert à les former. Être et avoir utilisés comme auxiliaires perdent donc leur sens strict d’existence et de possession pour devenir des aides ; seulement, une fois encore, il y a un os.
Nous allons finir par pouvoir assembler tout un squelette ! Quel est l’os, cette fois ?
b – les noms des temps selon leurs formes
La grammaire nomme passé-composé un passé qui est composé, c’est vrai, mais ni plus ni moins que ceux qu’elle appelle passé-antérieur et plus-que-parfait. Passé-composé ne donne aucune information sur le sens et la valeur de ce temps.
Vous pouvez donner des exemples ?
J’ai chanté, j’eus chanté et j’avais chanté sont trois temps composés avec l’auxiliaire avoir et qui concernent le passé ; seul le premier est appelé passé-composé, alors que les deux autres qui sont également des passés composés, sont appelés passé-antérieur et plus-que-parfait ; de plus, le passé-composé indique une action tout aussi antérieure, c’est-à-dire qui s’est passée avant, que le passé-antérieur et le plus-que-parfait.
On est encore dans de l’embrouillamini !
Même type de problème propos du passé-simple ; l’imparfait je venais est un temps du passé, et il est aussi simple que je vins.
Qu’est-ce que vous proposez ?
c – Les noms des temps selon les rapports
Je propose de donner aux temps des noms qui renseignent sur ce qu’ils signifient.
– Présent et Passé du présent
Je garde présent avec les variations de valeurs que je vous ai expliquées. Le passé-composé deviendra le passé du présent puisqu’il indique une action antérieure au présent : Pierre joue avec ses copains après qu’il a fini son travail.
– Imparfait et Passé de l’imparfait
Je garde aussi imparfait qui indique une action im-parfaite, donc non terminée, au moment où une autre se produit.
Vous avez un exemple ?
Pierre jouait avec ses copains quand son frère l’appela.
D’accord, il n’avait pas fini de jouer. Dites, pour appela, vous gardez passé-simple ?
J’y viens tout de suite après le temps appelé plus-que-parfait.
Le temps appelé… Je suppose que vous n’allez pas le garder non plus !
Vous supposez bien : plus-que-parfait indique un rapport avec parfait, mais il n’y a pas de parfait dans la conjugaison. Pas encore.
Pas encore… je suppose qu’il va exister sous peu.
Vous supposez encore bien. Je remplace donc plus-que-parfait par passé de l’imparfait ; il indique en effet une action qui est antérieure à un imparfait et qui est complètement terminée : Quand Pierre était à l’école primaire, il ne jouait avec ses copains que lorsqu’il avait fini tous ses devoirs.
Et après l’école primaire ?
L’adolescence réserve bien des surprises. Un dernier mot à propos de l’imparfait : comme l’action qu’il désigne n’est pas terminée, il est utilisé dans les récits écrits au passé pour les descriptions qui indiquent ce qui est permanent, à la différence des événements dont la survenue et la brièveté sont rendues par le passé-simple que je propose de remplacer par parfait.
– Parfait et Passé du parfait
Passé-simple renseigne sur la forme et de manière non satisfaisante puisque, je me répète, l’imparfait est également un passé de forme simple. Au contraire, par-fait, qui signifie fait jusqu’au bout, entièrement renseigne sur le sens et la valeur : Hier, nous regardâmes un match de foot à la télévision.
Pierre jouait quand son frère l’appela… Hm… À l’écrit, je ne sais pas, mais à l’oral, plus personne ne dit ça. Regardâmes encore moins.
C’est vrai.
Pourquoi ?
Vous entendrez peut-être invoquer la difficulté de la formation de ce temps ou bien encore le fait que la première personne au singulier pourrait se confondre avec l’imparfait pour les verbes du premier groupe.
Ceux qui ont l’infinitif en –er ?
Oui. Je regardai et je regardais dont les prononciations sont devenues identiques. Mais ces raisons-là, si elles existent, ne sont que des prétextes.
C’est quoi la vraie raison ?
Regardez d’abord ce qui se passe avec les verbes des deux autres groupes ; trois possibilités : -i –u ou –in , ce qui donne, par exemple, et à la première personne du singulier, je pris, je voulus, je vins. On ne le dit plus, mais ça passe encore. En revanche, Hier, vous voulûtes nous voir, alors vous prîtes le métro et vous vîntes chez nous où vous arrivâtes à trois heures, ça ne passe plus.
J’ai même l’impression que c’est une autre langue !
C’est une impression intéressante. La question que pose ce temps, et pas seulement lui, c’est celle de l’utilisation de la langue, autrement dit de la fonction sociale du langage.
Fonction sociale du langage… Vous pouvez préciser ?
Quand vous entendez nous regardâmes, vous savez qu’il ne s’agit pas du langage ordinaire qui sert à envoyer les messages ordinaires.
Ça fait un peu… comment dire… prétentieux, non ?
Historiquement, c’est le langage de ceux qui ont appris la langue, donc qui sont allés à l’école. Plus précisément, une infime minorité, aristocrate et bourgeoise, qui utilisait les codes qu’elle avait appris comme moyen de reconnaissance. C’est ce monde que voulait intégrer Monsieur Jourdain dont Molière précise qu’il n’est pas allé à l’école.
Bon, mais aujourd’hui, plus personne ne dit nous regardâmes, ni même son frère l’appela. Le passé-simple, votre parfait, on l’utilise encore dans la littérature ?
Il y a des résonances qui sont devenues inaudibles. Vîntes, passâtes, plûmes…
Vous regrettez ?
Il ne s’agit pas de regret, mais d’appauvrissement.
Vous pouvez préciser ?
César aurait dit, à propos de sa victoire éclair contre un roi du Pont, l’actuelle Turquie : Veni, vidi, vici. Trois équivalents de notre passé-simple que les latins nommaient parfait.
Et que vous voulez reprendre.
Oui. La traduction exacte est : Je vins, je vis, je vainquis. La quasi disparition de ce temps conduit à traduire par Je suis venu, j’ai vu, j’ai vaincu. Vous sentez la différence ?
Je dirai que Je vins, je vis, je vainquis rend plus la rapidité.
C’est pourquoi je parle d’appauvrissement.
D’accord, mais vous pensez qu’il suffit de changer le nom du temps pour pouvoir le réutiliser ?
Je n’aime pas votre Il suffit de qui suppose une baguette magique.
Hm… Oui… C’est que ça me paraît si… comment dire… si ancré dans les habitudes.
Ensuite, votre question revient à dire qu’on pourrait connaître le résultat d’une expérience, je parle d’une expérience justifiée, avant de l’avoir tentée. Après vous avoir rappelé que la nostalgie ne m’intéresse pas, je répondrai que je n’en sais rien, et que ce n’est pas une raison pour continuer à enseigner du non-sens. C’est ça, la justification : l’enseignement du non-sens.
Je ne voulais pas être agressif…. Maintenant, pourquoi j’ai posé la question comme ça, vous avez une idée ?
Le c’est comme ça est plus confortable.
Ah… Je pense quand même qu’il y a autre chose. Les sons, non ? Vous ne pensez pas ?
Au début de L’Éducation sentimentale, Flaubert décrit ce qu’on appelle un coup de foudre. Sur un bateau fluvial, un jeune homme cherche une place, il découvre une femme : « Ce fut comme une apparition ».
Fut, oui, ça passe, en tout cas à l’écrit, mais fûmes ou fûtes !
Est-ce que il fume et hutte vous posent un problème ?
Ben…non. Alors, c’est quoi ?
Les sonorités inaudibles du passé-simple, et pas seulement, ne sont pas problématiques en soi, comme vous venez de le constater, mais dans ce qu’elles signifient de la fonction sociale du langage, ici, de l’apprentissage historique de la langue. Ces sonorités sont des signes, des marqueurs, comme peuvent l’être par exemple des vêtements. Maintenant, si on veut comprendre en quoi fut est moins inaudible que fûmes ou fûtes, il faut chercher du côté de ce que peut signifier la résonance. Vous vous rappelez la récréation poétique ?
Vous voulez dire que fut passe mieux que fûmes et fûtes parce qu’il a une résonance masculine alors que les deux autres ont une résonance féminine ?
Il y a sans doute un rapport avec la représentation sociale de la poésie. Ce qui domine le monde et détermine les rapports humains lui est étranger.
Alors… Attendez… Je reviens à ma question… Je la pose autrement… Si on change l’enseignement en mettant par exemple parfait à la place de passé-simple, ça pourrait donner envie d’utiliser le temps, et si ça marche, vous pensez que, tout au bout, ça pourrait changer la… comment déjà… ah oui, la représentation sociale de la poésie…donc… encore plus au bout du bout le masculin et le féminin ?
Je vous répondrai une nouvelle fois que je n’en sais rien. Ce qui m’importe, et seulement cela, c’est le pari qu’enseigner le sens permet la construction de problématiques qu’interdit l’enseignement du non-sens, dont celle que vous évoquez, du masculin et du féminin.
Les problématiques… oui… je comprends.
Je termine en remplaçant le passé-antérieur par le passé du parfait, d’abord sans les sonorité inaudibles : Hier vous avez voulu nous voir et vous êtes arrivés après que nos amis furent partis.
C’est furent partis, le passé du parfait ?
Oui.
Et vous dites qu’il n’est pas difficile à former ?
Je réponds après avoir rétabli les sonorités inaudibles : Hier vous voulûtes nous voir et vous arrivâtes après que nos amis furent partis. J’affirme qu’aucun temps n’est difficile à former, et je vous expliquerai après que j’en aurai terminé avec le quatrième couple.