Avant d’examiner les temps, je reviens un instant sur les trois modes dont je vous ai déjà dit quelques mots.
À propos d’infinitif, j’avais remarqué qu’il y avait de l’infini dedans et vous ne m’aviez pas contredit.
Je ne vous contredis toujours pas. D’abord, je vous rappelle le sens de mode : la manière d’employer le verbe sans le conjuguer.
J’en profite pour me rappeler à moi-même que la modalisation indique le rapport entre le sujet et son message.
> Les trois modes
a – l’infinitif
Pour comprendre le sens d’infinitif, supprimez la dérivation et enlevez le in négatif.
J’enlève le if, il me reste infini, j’enlève le in il me reste fini ; donc infini c’est ce qui n’est pas fini, mais qu’est-ce que ça veut dire pour un verbe ?
Le verbe latin finire signifie mettre une limite, une borne ; ce qui « finit » le verbe, c’est son nombre, singulier ou pluriel, sa personne, je, tu, il etc. et son temps. À l’infinitif le verbe n’a ni nombre ni personne et s’il a deux temps possibles, le présent, regarder, et le passé, avoir regardé, j’y reviendrai, il reste sans grande précision , « mal fini » . Le dictionnaire nous le donne à l’infinitif qui est en quelque sorte sa forme neutre. C’est pourquoi il est possible non seulement d’en faire un nom en lui ajoutant un article, le lever ou le coucher du soleil, mais aussi de l’utiliser tel quel comme un nom composant actif, Ah, qu’il est doux d’aimer !, complément de contenu, J’aime flâner sur les grands boulevards, ce que la grammaire appelle attribut, j’y reviendrai, Partir c’est mourir un peu, ou complément d’information d’un nom, Le plaisir de cueillir des cerises et de les manger sur l’arbre.
Je suis tout à fait d’accord, une cerise n’est jamais meilleure que sur le cerisier. C’est tout pour l’infinitif ?
Oui, après que je vous aurai rappelé… vous avez remarqué que c’est un verbe que nous utilisons souvent… qu’il peut être le noyau dur d’une proposition infinitive.
Le noyau… il fallait oser !
J’ai vu fermenter les marais.
Rimbaud, oui, je n’ai pas oublié Le bateau ivre. Non, non, ne comptez pas que je vous dise que c’est la cerise sur le gâteau.
b – le participe
Pourquoi pas « participatif » ?
Participatif existe mais pour autre chose. Notre mode participe est un composé de deux mots latins, pars, la partie et capere, prendre ; le verbe participer signifie prendre part, et le participe prend donc part à l’action indiquée par le verbe et cela de deux manières : en étant employé soit comme un adjectif : Un homme averti en vaut deux, soit comme un verbe : Cet homme, averti par un de ses amis, se sentit brusquement devenir double.
Hm… Ça vaut le noyau.
C’est pour que vous reteniez plus facilement.
Me voilà averti. Doublement.
Je viens d’utiliser des participes passés et vous trouverez la même différence avec les participes présents qui se distinguent parfois des adjectifs par l’écriture : Des vases communicants et Des hommes communiquant entre eux. Mais ce n’est pas toujours le cas : Des enfants chantant de belles chansons, et Des couleurs chantantes. Je vous renvoie à toutes les grammaires qui en dressent des listes.
Oui, vous, la liste, ce n’est pas votre tasse de thé.
Je vous ai expliqué pourquoi. Nous avons juste le temps de voir d’un peu plus près le dernier mode avant la récréation.
c – le gérondif
Vous m’en avez déjà expliqué l’étymologie ; le mot vient d’un verbe latin qui veut dire « faire ». Est-ce qu’il existait un gérondif en latin ?
Oui, pour exprimer certaines significations du verbe.
Par exemple ?
Vous rappelez-vous qu’un infinitif peut servir à compléter un nom ?
Vous pensez si je me rappelle Le plaisir d’étudier la grammaire !
En latin on ne pouvait pas utiliser l’infinitif de cette manière et d’étudier aurait été exprimé sous la forme d’un gérondif – discendi – dont il n’est pas possible de donner une traduction littérale. Le gérondif était aussi utilisé pour fournir des informations associées, comme il l’est en français. Un exemple, au hasard : Le plaisir d’étudier la grammaire en dialoguant.
Vous avez une drôle de conception du hasard. Donc le gérondif c’est un participe présent précédé de en ?
On peut le dire pour ce qui est de la forme. Quant aux informations : si le participe présent peut compléter un nom ou un pronom, le gérondif, lui, complète un verbe. Par exemple : Ils trouvèrent le forgeron forgeant dans sa forge, ou Ils le trouvèrent forgeant dans sa forge, et C’est en forgeant qu’on devient forgeron. Dans le premier exemple, forgeant joue le rôle d’une proposition pronominale, forgeant, c’est qui forgeait, dans le second en forgeant renseigne sur la manière dont on devient forgeron. C’est clair ? Je parle de l’utilisation du participe et du gérondif, pas du proverbe.
Oui, c’est clair. À voir votre œil, je suppose que vous allez faire des remarques sur le proverbe…
Plus tard.
Est-ce que nous en avons terminé avec les modalisations et les modes ?
Nous en avons terminé. Il nous reste à voir les temps, mais ce sera après la récréation. J’aperçois le directeur qui se dirige à grand pas vers la cloche.
Une question avant le ding dong : on garde infinitif, participe et gérondif ?
Oui. Le sens colle à l’étiquette. Ou l’inverse.
Voilà qui est très parlant.
Comme le ding dong qui vide les classes et remplit les cours. Dites, je vous trouve bien pressé de sortir !
Je me hâte pour aller… au petit coin… c’est bizarre cette expression, non ? Il faut avoir le corps libre de toute contrainte pour parler de poésie. Ou d’autre chose.
Je vous attends dans la cour que nous arpenterons en devisant.
En devisant ! Terminer sur un gérondif ! La classe !