Cahier de vacances : la grammaire en questions (29)   

« Je vous expliquerai après que j’en aurai terminé… » Vu la manière dont vous le dites, je suppose que c’est un exemple ?

Exactement.

– Futur / Passé du futur

Je vous expliquerai… sera précédé de cette leçon sur les deux temps du quatrième couple ; …après que j’en aurai terminé est donc un passé par rapport à l’explication. Je vous expliquerai est appelé « futur simple » et J’en aurai terminé « futur antérieur ».

Vous gardez quelque chose  ?

 « Futur simple » est purement formel. Je garde futur.

Et « futur antérieur » ?

Cette fois, l’expression concerne le sens… voyez quand même l’incohérence du discours grammatical entre les deux formules, comme entre passé-simple et passé-antérieur…  mais je lui substitue passé du futur pour la cohérence avec passé du présent et passé de l’imparfait.

D’accord. Maintenant qu’on est après, vous pouvez m’expliquer comment on forme les temps composés ? Vous confirmez que ce n’est pas difficile ?

d – formation des temps composés à la voix active

La difficulté vient le plus souvent d’une carence d’explication. Un peu de patience. Je commence par le problème des désinences, ce qu’on trouve à la fin des formes verbales. En grec et en latin, elles permettaient de reconnaître les personnes. Par exemple le –s de la seconde personne du singulier. Les Grecs et les Romains n’utilisaient pas les pronoms, je, tu, il etc., comme nous le faisons.

Ah bon ?  Alors, pourquoi on ne les supprimerait pas, les désinences ? Ce serait quand même plus simple, non ?

Bien sûr, comme il serait plus simple d’écrire phonétiquement. Dans votre hypothèse, ça donnerait : je chante, tu chante, il chante, nous chante, vous chante, ils chante. C’est beau comme la platitude ou l’uniformité atones et c’est l’équivalent de l’effacement dans votre mémoire de toute référence à votre histoire ; l’image d’un cerveau vierge, parfaitement propre et nettoyé comme un disque dur d’ordinateur neuf.

Vous me faites froid dans le dos… Non, je vous taquinais en caricaturant le refrain des simplificateurs, ceux qui disent que le français est trop compliqué. Sérieusement, il y a quand même quelques difficultés, non ?

Je ne sais pas ce que sont les difficultés à partir du moment où l’on intègre dans le discours explicatif le paramètre de « l’homme ondoyant et divers », qu’a repéré Montaigne. Il dit aussi « vain ». Je prends l’exemple du passé-simple, mon parfait, pour aborder la question de ce qu’on appelle le radical, la base d’un mot. Je passe par le latin, vous allez voir pourquoi. La première conjugaison latine comprend les verbes dont le radical se termine par la voyelle -a. Modèle amo, j’aime.

Je ne vois pas de -a.

Vous ne le voyez pas parce qu’il a fini par être absorbé par la désinence -o de la première personne.

Absorbé ?

Il est plus commode de prononcer amo que amao qui demande deux mouvements de la bouche.  Le -a réapparaît à toutes les autres personnes parce que la désinence se colle sans problème : ama-s, ama-t, ama-mus, ama-tis, ama-nt. Maintenant, pensez-vous qu’il soit juste de dire que les désinences sont -as, -at, -amus, -atis, ant ?

Ben, non.

C’est pourtant ce qu’apprenaient par cœur les élèves à l’époque où le latin était enseigné, parce que c’est la mémorisation qui était privilégiée. La complication apparaissait dès la deuxième conjugaison, celle des verbes en -e, parce qu’on ne retrouvait plus le -a censé faire partie de la désinence. Il fallait apprendre une nouvelle liste. Idem pour les autres conjugaisons.

C’est le même problème pour notre passé-simple ?

La grammaire dit que le radical de chanter est chant-, ce qui est vrai, et que les désinences du parfait sont -ai, je chantai, -as, tu chantas,  -a, il ou elle chanta, âmes, nous chantâmes,  -âtes, vous chantâtes, -èrent, ils ou elles chantèrent. Alors qu’elles sont -i, -s, -t, lui a disparu pour ce type de verbe, -mes, -tes, –nt, héritées des désinences latines.

Alors, le -a, s’il n’est pas la désinence, c’est quoi ? Vous l’ajoutez au radical ?

C’est une voyelle intercalée entre le radical et la désinence pour un problème de prononciation. Partir de l’explication de la désinence permet de comprendre le passé-simple des verbes des autres groupes. Par exemple : je pris, tu pris, il prit, le -t est resté, nous prîmes, de prismes, vous prîtes, de pristes, ils prirent.

D’accord, il n’y a pas de -a… mais il y a un -s à la première personne alors qu’il n’y en a pas à je chantai.

C’est le même type de problème que la disparition du -t de la troisième personne, il ou elle chanta. Entre faire apprendre des listes fondées sur une inexactitude et expliquer les « anomalies » humaines, je choisis la seconde. Ce -s de la première personne, je pris, je voulus etc., n’est pas d’origine latine, il a été ajouté par ressemblance avec la seconde personne.

Ah bon…  Mais pourquoi par ressemblance ? D’où ça vient cette idée ? … Que veut dire ce sourire ?

Vous n’avez jamais eu envie de ressembler à quelqu’un ?

Hm…

Vous seriez intéressé par un autre exemple ? Oui ?  Nous écrivons chantâmes avec un accent circonflexe qui marque la disparition d’un -s, comme dans hôpital ou fête. On le retrouve dans hospitaliser ou festival. Donc chantâmes, la première personne du pluriel, s’écrivait, il y a quelques siècles, chantasmes, mais cette écriture n’avait pas d’autre justification que la ressemblance avec chantastes, la seconde personne. Ce qui était cherché, à tort ou à raison, c’était une sorte de logique. Peut-être aussi d’esthétique.

Donc vous chantastes était une écriture juste et pas nous chantasmes ?

Oui. Chantastes vient du latin cantavistis, vous voyez le -s, alors que la première personne cantavimus qui a donné le chantames normal, n’en a pas.  

On sait qui a décidé ça ?

Non. Pas plus que pour la disparition du -t qu’on a peu à peu cessé de prononcer.

Pourquoi le -t a disparu dans la première conjugaison et est resté dans les autres ?

Parce qu’on a cessé de le prononcer dans l’une et continué à le prononcer dans les autres. Et si vous me demandez pourquoi, je vous renverrai à la pratique de la langue.  La disparition du -s s’explique elle aussi par une évolution de la prononciation. Je vous le disais, on va toujours vers le plus commode, pour parler comme pour le reste : chantames est plus facile à articuler que chantasmes. Comme on n’entendait plus le -s, un imprimeur a décidé de rappeler sa présence par un accent circonflexe, combinaison de l’accent aigu et de l’accent grave. Mais ce qui importe, finalement, c’est de savoir que ce sont les gens qui parlent, entre eux, dans la rue, sur les places, qui déterminent la langue, par leur gosier, leur bouche, leur langue, leurs dents et leur nez. Pas les grammairiens :  eux, ils constatent et s’efforcent de fixer l’usage par des règles. Ils arrivent après. Je trouve très intéressantes les anomalies, et il y en a ! et pas seulement dans la langue… ou ce qu’on appelle les exceptions.  Il faut les accueillir avec indulgence et il est nécessaire de les conserver comme on conserve les désinences. Tenez, en voici une intéressante. Le verbe aller qui n’est pas classé dans le premier groupe malgré son infinitif en -er.

Pourquoi ?

Parce que vous dites je vais et non « j’alle » alors que vous dites pourtant nous allons, j’irai et non « j’allerai ». Il est constitué de trois verbes latins différents qui indiquent tous un mouvement : aller vient de ambulare, d’où viennent les ambulances, les somnambules et nos déambulations, je vais, de vadere, d’où vient évader, invasion, et j’irai de ire, d’où viennent itinéraire, exit, transit. Aller est un verbe à conjuguer avec le sourire. Où en étions-nous ?

À la disparition du -t de la troisième personne du passé-simple des verbes en –er. Je voulais dire du parfait. Quand allez-vous arriver aux temps composés ?

Dans quelques lignes. Conjuguez au passé-simple le verbe jouer.

Je jouai, tu jouas, il joua, nous jouâmes, vous jouâtes, ils jouèrent.

Vous voyez, ce n’est pas si difficile.

Ça, c’est pour les verbes en -er… Les verbes du premier groupe. Hm… Qu’est-ce qui vous chagrine ? C’est groupe ?

Ça ne va pas jusqu’au chagrin. Je dirai qu’à partir du moment où vous maîtrisez le principe de la conjugaison avec le paramètre humain que j’évoquais pour jouer avec les singularités et aussi vous en jouer, les groupes importent peu.

Vous voulez les supprimer ?

Je ne vois pas en quoi ils sont utiles. Le premier est celui des verbes dont l’infinitif est -er, le suffixe latin de ce mode. La grammaire dit que l’infinitif du second groupe est –ir, mais il n’en est qu’une forme modifiée. Même chose pour le troisième qui rassemble tous les autres, et dont certains ont également l’infinitif en -ir.

Oui, oui, je me rappelle. Pour les distinguer, on met au participe. Finir, finissant, deuxième groupe, partir, partant, troisième.

Et ?

Ben…

Il y a des grammaires qui parlent d’infinitif en -oir. Vouloir, par exemple. Comme certaines disent que la désinence de ils chantent est –ent.

C’est quoi ?

Seulement –nt.

Oui, mais quand on apprend par cœur, on récite : je chante, -e, tu chantes, -es, il chante, -e, nous chantons, -ons, vous chantez, -ez, ils chantent, -ent.  

Apprendre par cœur, je n’ai rien contre, à condition qu’on vous ait appris le sens de ce que vous récitez.

Donc vous pensez que les groupes ne servent à rien ?

Dites-moi la première personne du pluriel du verbe chanter au présent.

Nous chantons.

Du verbe finir.

 Nous finissons.

Du verbe partir.

Nous partons.

Est-ce que savoir qu’ils dont respectivement du premier, du second et du troisième groupe vous aide d’une manière ou d’une autre ?

Euh… En tout cas, je ne me le dis pas quand je dois les conjuguer. Est-ce que ça m’a servi quand j’ai appris les conjugaisons ? J’en sais rien.  C’est un problème important ?

En soi, non. En tant qu’élément de l’enseignement du non-sens, oui. Ce qui compte, ce ne sont pas les conjugaisons, mais la conjugaison. Je reviens au passé-simple. Pour les verbes qui n’ont pas l’infinitif en -er, donc les deuxième et troisième groupes, je vous ai déjà indiqué que vous aviez le choix entre trois possibilités sonores pour former le passé-simple. Vous vous les rappelez ?

Oui ! -i, -u et -in.

Une fois que vous le savez, et ce n’est pas vraiment difficile à mémoriser, vous pouvez conjuguer n’importe quel verbe puisque vous maîtrisez les désinences. Essayez le verbe vouloir, par exemple, en faisant comme si vous ne saviez pas.

Bon, alors ça peut être je voulis ou je voulus ou je voulins.

Voilà. Avec un peu d’oreille et de pratique de la langue, vous sentez quelle est la forme juste.

C’est Je voulus. Et… enfin… si ce n’est pas trop tôt,  pour le passé antérieur, votre passé du parfait, et pour tous les autres ?

C’est juste le moment. Comme tous les autres temps composés, le passé antérieur que je renomme passé du parfait, a besoin d’un auxiliaire.

Être ou avoir.

Il vous suffit donc pour former un temps composé, de conjuguer l’auxiliaire au temps simple correspondant et d’ajouter le participe passé du verbe. Essayez avec manger et venir.

Alors… Pour former le passé du présent, je mets l’auxiliaire au présent, donc j’ai mangé, je suis venu,  pour le passé de l’imparfait je le mets à l’imparfait, donc j’avais mangé,  j’étais venu, pour le passé du parfait je le mets au parfait, donc j’eus mangé, je fus venu, et pour le passé du futur, je le mets au futur donc j’aurai mangé, je serai venu.  C’est ça ?

Oui. Ce qui suppose la connaissance de la conjugaison des verbes être et avoir aux quatre temps, ce qui est d’une difficulté nettement moindre que celle des tables de multiplications.

Je sais : pour être, c’est je suis au présent, j’étais à l’imparfait, je fus au passé-simple parfait, et je serai au futur… Pourquoi suis et fut ?

En latin, être se dit esse, avec l’apparition d’un -r pour les raisons de prononciations que j’ai évoquées, de là les formes du présent, de l’imparfait et du futur.  Quant au passé-simple, il est formé à partir d’un parfait, fui.

Pour avoir, c’est j’ai, j’avais, j’eus et j’aurai. C’est quel verbe latin ?

Habere, d’où viennent nos habitudes.

Et quand il y a un composant passif ? Vous vous rappelez, le mur et le maçon : le mur est construit par le maçon.  Comment on fait ?

e – formation des temps simples et composés à la voix passive

Le verbe construire est un verbe vide, son auxiliaire à la voix active est donc avoir ; j’ai, j’avais, j’eus, j’aurai construit… un mur ou n’importe quoi d’autre.

D’accord.

A la voix passive, c’est le contenu, le mur, qui va devenir le composant passif et aux temps simples de cette voix, il faudra utiliser l’auxiliaire être qui signifie que l’action n’est pas accomplie par le composant. Allez-y !

Le mur est, était, fut et sera construit… Attendez… Ce sont des temps simples et ils ont des formes composées ?

Oui, forcément, puisqu’il faut un auxiliaire qui signifie la voix passive.

Attendez encore un peu… Des formes composées pour les temps simples de la voix passive… Mais alors, pour les temps composés ?

Pour former les temps composés de la voix passive, il faudra utiliser les deux auxiliaires ; avoir qui sera conjugué et auquel on ajoutera, été, le participe passé de être pour signifier la voix passive. Vous essayez ?

Le mur a été, avait été, eut été, aura été construit. C’est ça ?

Oui. Maintenant, et sans apprendre de listes, vous pouvez conjuguer tous les verbes à tous les temps de la modalisation indicatif, à la voix active et à la voix passive.

Une question : été,  le participe passé du verbe être, il s’écrit toujours comme ça ?

Oui, il est invariable, il est la marque de la voix passive pour les autres verbes à qui il sert d’auxiliaire, et il est la marque des temps composés pour lui-même.

Comment ?

Essayez de former le passé du présent du verbe être, le passé composé de la grammaire.

Le présent c’est je suis, et le passé composé, donc le présent du passé c’est… j’ai été ?

Voilà. Continuez.

J’avais été, j’eus été, j’aurai été. Euh… Après, on peut apprendre par cœur ? Non, c’est encore pour vous taquiner. Là, c’est plus sérieux : à propos des participes passés, pas celui du verbe être, mais les autres, je me rappelle avoir entendu parler par votre grammaire d’accord ou de pas d’accord avec le compléments d’objet placé avant ou après. Je n’ai jamais compris le sens de cette règle. Je suppose que vous allez supprimer tout ça, vite fait, je m’en réjouis à l’avance et…. Non ? Vous n’allez pas ?…  Ah bon… Vous m’expliquez ?

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