Cahier de vacances : la grammaire en questions (34 – conclusion – 2)

                                  Postambule

La préface a sa postface, alors pourquoi le préambule n’aurait-il pas son postambule ? Vous vous rappelez la fin du préambule : le livre que vous allez lire n’est pas un manuel de grammaire ; vous l’avez amplement vérifié. Tiens, amplement ! Voilà précisément pourquoi… Oh, précisément ! Décidément ! Décidément, encore un ! Oui, attendez, je vous explique, c’est justement… justement ! l’objet de ce postambule.

J’arrivais chez moi. J’étais devant la porte quand le téléphone a sonné. C’est souvent comme ça : au moment où vous introduisez la clef dans la serrure, dring ! ou autre chose, le téléphone ! Vous ouvrez précipitamment… précipitamment… vous courez et au moment où vous décrochez, même si on ne décroche plus,  votre correspondant raccroche, même si etc.

Cette fois, il n’avait pas raccroché. C’était lui.

Vous me semblez essoufflé. J’espère que je ne vous dérange pas ?

Je rentre à l’instant et j’ai couru de peur que vous ne raccrochiez. Hm… Plutôt que vous ne coupiez la communication. Que se passe-t-il ?

Excusez-moi, mais est-ce que vous ne deviez pas dire « raccrochassiez ou coupassiez  » ?

Je constate que l’élève a dépassé le maître.

J’ai seulement retenu ce que j’ai appris.

En tout cas, vous avez bien appris.

C’est que j’ai été bien enseigné. Voilà. J’aurais besoin d’une explication.

A propos de quoi ?      

A propos des adverbes en –ment.

Les adverbes en -ment… C’est vrai, je ne vous en ai pas parlé, mais je vous avais prévenu que je ne pourrais parler de tout.

Je le sais et je ne vous fais aucun reproche.

C’est une question qui vous préoccupe ?

Je suis en train d’écrire une lettre et j’ai coincé sur récemment. Je suis allé voir dans le dictionnaire, mais je suis sûr que j’aurai oublié demain. Quand j’ai à écrire un adverbe en –ment, je ne sais jamais s’il faut un ou deux –m, et s’il faut un –a ou un –e et j’aimerais bien que vous … m’expliquassiez… s’il y a une explication !

Il y en a une.

Vous pouvez, là, maintenant, si ce n’est pas trop long ?

Ce n’est pas long du tout. Vous y êtes ?

J’ai mon stylo à la main et mon cahier est ouvert.

Ce –ment qui sert à former certains adverbes vient du nom latin mens qui désigne les facultés intellectuelles, l’intelligence, puis la pensée, la réflexion, la disposition d’esprit – tout ce qui est mental vient de là, y compris mentir – et quand il est utilisé comme suffixe pour former les adverbe, il peut se traduire par « de manière ». Ainsi, sérieusement signifie de manière sérieuse ; vous le constatez, -ment s’ajoute donc au féminin de l’adjectif : lourde-ment, vive-ment etc.

Effective-ment. Mais pourquoi il y a parfois deux –m ?

La forme normale, c’est un seul –m, celui de –ment, d’accord ?

Oui.

La présence d’un deuxième –m est le signe que l’adjectif n’a plus sa forme féminine. Prenez récemment : le féminin de l’adjectif est récente ; l’adverbe devrait donc être « récentement ».

Et pourquoi il n’a plus sa forme féminine ?

Deux raisons possibles : soit parce que l’adjectif avait à l’origine la même forme au masculin et au féminin, c’est le cas de « vaillant », par exemple, soit par évolution de la prononciation et donc de l’écriture ; c’est le cas pour récemment.

Donc, on trouve deux -m quand il n’y a plus le féminin de l’adjectif. Et pour le -a ou le -e ?

La voyelle est celle que vous auriez normalement avec la forme féminine : savante donne savamment, et intelligente, intelligemment. C’est différent pour les adjectifs qui se terminent en –i ou –u, comme hardi, résolu ; ils ont perdu le -e du féminin qu’on a progressivement cessé de prononcer et il n’y a pas eu besoin d’un second –m puisque la prononciation ne changeait pas beaucoup. Il y a des exceptions, comme gaiement qui a conservé le -e…

Gaieté est féminin, les femmes sont plus gaies que les hommes,  ça doit être pour ça.

Vous avez l’air très en forme… et quelques adjectifs en -u dont l’accent circonflexe témoigne de la disparition du –e, comme continûment. Je précise encore que vous pouvez ajouter ce suffixe –ment à quelques noms… à la vache, par exemple.

J’aime les vaches !

Moi aussi, et vachement celles de l’Aubrac pour leurs yeux et celles de Salers pour leurs cornes.

Alors, pourquoi on dit « Ah, les vaches ! » ?

Sans parler des vacheries, des coups de pied en vache…

Oui, mais pourquoi ?

Pourquoi ? Pourquoi ? Je n’en sais rien.

Allez,  faites un effort ! Vous avez bien une petite idée !

Mais non, je ne me suis jamais posé la question avant que vous ne me… téléphonassiez ! Vous voyez, moi aussi, j’apprends vite… Pourquoi « Ah, les vaches ! » ? Est-ce qu’on ne le disait pas en parlant de la maréchaussée ?

C’est quoi ?

Le nom des gendarmes qui étaient à cheval parce  que maréchaussée a désigné d’abord les personnes qui s’occupent des chevaux. Maréchal vient de là.

Vous trouvez pas bizarre « Ah les vaches ! » pour des gendarmes à cheval ?

La maréchaussée a fini par désigner la police.

Et alors ?

Je ne sais pas… Regardez la forme générale de la vache, c’est quand même une esthétique particulière, sa démarche gracieuse, aussi la manière élégante dont elle fait pipi – ah, la vache qui pisse ! – … la légèreté de sa course, son meuglement si harmonieux, son regard d’intelligence quand passe un train… et aussi parfois son coup de pied.

Quel rapport avec la police ? Et puis, les chevaux aussi donnent des coups de pied et le hennissement vaut le meuglement. Et je ne parle pas du braiement ! Ou braiment ?

L’un ou l’autre. Il y a aussi le coup de pied de l’âne.

Je ne vous toujours pas le rapport avec votre maréchaussée. Et vous ?

Je ne le vois pas non plus.

Hm… Cela dit, on pourrait fabriquer des adverbes avec d’autres animaux.

Par exemple ?

Eh ben, on pourrait dire : je me faufile « anguillement », Je dors « loirement ». C’est joli non ?

Assez, oui.

Vous disiez que le mens latin a donné aussi mentir ?

Oui, pourquoi ?

Je viens d’imaginer quatre autres adverbes : je vais en Irak bushement, en Libye sarkozyment, en Ukraine poutinement et en Palestine nétanyahoument. Qu’est-ce que vous en dites ?

Que c’est de l’humour noir. Très noir.

Hm… Et celui-ci ?  Ce sera le dernier : je pense trumpement ?

Ça, je dirai que c’est une antiphrase.

Nous en sommes restés là.

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