Brésil

« Des soutiens de l’ancien président d’extrême droite, opposés au retour au pouvoir de Lula, ont saccagé le Congrès, la Cour suprême et le palais présidentiel à Brasilia, dimanche. Jair Bolsonaro a simplement évoqué des invasions qui « enfreignent » la démocratie. » (A la Une du Monde – 09/01/2023)

Quelques réactions

« Au Brésil , une amicale des brésiliens mécontents défilent dans la rue et arpentent paisiblement le sénat . La presse et les politiques s’empressent de faire un parallèle avec l’incident du capitole . En dépit d’heurts contenus et désorganisés. Une révolution ? Non une révolte somme toute banale. »

« Cela prouve la maturité de la démocratie brésilienne. Il ne suffit pas qu’un quarteron d’extrémistes investisse les lieux de pouvoir pour renverser le choix du peuple. A contrario de nombre de pays Africains. »

« Les adeptes de la « désobéissance civile » feraient ça s’ils étaient plus nombreux. Heureusement leur faible nombre les oblige à se limiter à l’invasion des musées. »

« On s’énerve pour pas grand monde, on se fait peur à peu de frais.
Rien à côté des gilets jaunes. Tout à été vite terminé
. »

« Comme le Brésil, les USA sont d’essence coloniale. La démocratie pourrait s’y développer si l’on changeait la composition ethnique du pays. Mais, dans les deux cas, la classe dominante et toujours la même qu’à l’époque de la fondation. Je reste donc très pessimiste. »

Ma contribution :

Parler de ce qui se passe au Brésil, c’est, à en lire la plupart des commentaires, parler de soi, de son rapport avec ce que représentent Trump-Bolsonaro, entre autres, et des pulsions qui incitent à renverser par la violence le discours opposé au mythe du monde lisse qui nous hante tous plus ou moins. Oui, l’existence était plus simple et heureuse quand la famille était un père une mère et leurs enfants biologiques, quand on avait le bleu ou le rose pour les bébés, quand le genre était confondu avec le sexe, quand « la vie » l’emportait sur les petites vies devenues aujourd’hui si exigeantes ! Il y avait le bien, le mal, la patrie, le chef, les hommes pour ceci, les femmes pour cela, les enfants qui se taisent à table. On allait au ciel, on ressusciterait, les pauvres de la terre seraient les riches du paradis. On croyait aussi aux lendemains qui chantent et qui sont morts. C’était bien, mais c’est fini et il fait de plus en plus chaud. Heureusement, Trump et Bolsonaro disent que non.

Une réponse :

« Ha ha ! Un peu d’humour, que diable ! Ça fait du bien. Merci JP.« 

IVG, Foot et littérature

Trois contributions au Monde relatives à trois articles (08/01/2023) : l’un traite des conséquences négatives de la restriction de la loi sur l’IVG en Pologne, l’autre des tensions entre les dirigeants de la Fédération Française de Football et la reconduction de l’entraîneur de l’équipe de France, le troisième est un éditorial à charge contre l’œuvre de M. Houellebecq dont l’auteur explique le succès plus par les polémiques qu’elle suscite que par ses qualités intrinsèques.

1° L’IVG – hors raisons médicales – est le résultat d’un échec, accidentel ou programmé, de la contraception qui est une problématique acceptée, relativement, depuis peu.  L’idéologie « l’enfant est un don de Dieu » ou « il faut laisser faire la nature » contient un fatalisme signifié par exemple par l’expression commune « tomber enceinte », prononcée comme si elle allait de soi. A la racine, le problème du corps, de la sexualité. Les réactions violentes suscitées par la distinction récente entre sexe et sexualité et la problématique du « genre » font partie du même ensemble de questions.

2° La politique du résultat, quoi qu’il en coûte du plaisir du joueur et du spectateur,  est significative de la corruption du concept de « jeu ». Par ailleurs, les hymnes nationaux et l’importance « patriotique » donnée à ce sport collectif en un temps où l’humanité est confrontée à un problème existentiel grave, sonnent comme des incongruités que soulignent les comportements agressifs sur les terrains et dans les tribunes. Si le football est le seul sport collectif dont la dimension est planétaire, c’est parce qu’il est le signe d’un enjeu symbolique qui dépasse de loin la compétition telle qu’elle est devenue, le plus souvent ennuyeuse, émaillée de trucages, de simagrées, obéissant au seul résultat. Champion par les tirs au but aléatoires…  Reste le football pratiqué par les femmes… pour le moment du moins.

3° Difficile de prédire quel écrivain résistera au temps. Quels critères ? « L’impersonnel » de Flaubert ? Le refus du conjoncturel en tant qu’objet du roman ? Mais… Balzac que n’aimait pas Flaubert, Zola qu’il appréciait – relativement -, George Sand, sa grande amie de cœur, mais pas souvent d’accord avec elle. L’idéologie ? Que reste-t-il de la littérature dictée par la peur, le repli, dont l’œuvre en question est un exemple et qui fait écho à l’angoisse ambiante dont elle se nourrit ? Céline, non pour l’idéologie, nauséabonde et mortifère, mais pour le langage en tant qu’expression révolutionnaire de la fange qui est une de nos composantes – comme, mais pour une révolution tout autre, celle qui fait lever les yeux de la fange vers les étoiles, Rimbaud qui comprend très vite la limite de son entreprise. Rien, dans cette œuvre, de révolutionnaire quant à l’expression de nos angoisses. Seule, leur instrumentalisation.

Expertise psychiatrique

Un article du Monde (A la Une du 07/01/2023) fait part d’une contre-expertise psychiatrique concluant à l’irresponsabilité pénale d’un présumé terroriste, un homme qui avait frappé à l’arme blanche, au hasard, des passants dans une rue de Romans-sur-Isère, le 4 avril 2020. Une expertise précédente avait conclut à une altération du discernement qui ne le dispensait pas d’une sanction pénale.

Quelques réactions :

« La « folie » c’est aussi parfois lié à une norme. Tuer des mécréant, ce n’est pas acte de folie, c’est écrit dans le livre sacré de 1 ou 2 milliards de personnes. »

« Pouvoirs démesurés des experts psychiatres, ici deux psy dont l’un de Ste Anne à Paris et tout le récit tragique, criminel est évacué. Point de discernement, pas de responsabilité pénale. L’avis, les conclusions auraient pu être tout à fait différentes, la psychiatrie tâtonne, use d’empirisme et pourtant c’est elle qui à la fin, décide. Tant pis pour toutes les victimes. On se croirait dans une tragédie antique, ça fait froid dans le dos. Et eux, ces experts, quel effet ça leur fait leur voix qui tranche , si j’ose dire? »

« La psychiatrie, cette science exacte où 2 experts aboutissent à 2 conclusions différentes, un peu comme si un scientifique pensait que la Terre est ronde, et l’autre que la Terre est plate. »

Ma contribution :

Si l’on pousse au bout les critiques visant l’expertise psychiatrique, le présupposé est la rationalité pure de l’être humain, même dans ce qui paraît le moins rationnel, comme tuer des inconnus dans la rue. Au fond, ces critiques érigent en loi une subjectivité d’évidence à partir d’un syllogisme bancal : je suis conscient et responsable de ce que je fais et tout le monde est comme moi, or cet homme a commis des crimes, donc il est conscient et responsable. Question à ces critiques : pourquoi, vous qui êtes responsables et conscients de l’être, ne tuez-vous pas, comme ça, au hasard ? La psychiatrie qui tente de comprendre ce qui est de l’ordre de l’irrationnel, de l’irresponsable (au sens littéral d’une réponse inadéquate) ne peut pas être une science exacte comme peut l’être celle de l’horloger qui démonte un mécanisme ; ses hésitations, ses contradictions sont l’expression de celles de l’être humain. Que proposez-vous d’autre ?

Une réponse :

« @Jean-Pierre: merci pour votre post et pour votre dernière question. C’est bien de cela dont il s’agit: la psychiatrie en tant que discipline disposant d’un discours médical sur le fonctionnement de l’esprit humain a prospéré institutionnellement dès les premières décades du XIXème siècle et l’instauration du nouvel ordre idéologique post-révolutionnaire. Ce n’est pas la psychiatrie qui a instauré l’abolition du discernement, c’est l’article 64 du Code pénal (« il n’y ni crime ni délit etc… »). La psychiatrie s’est installée dans cette niche idéologique et y a pris le pouvoir qu’on sait malgré sa fragilité épistémologique fondamentale: l’absence de corrélation entre une maladie psychiatrique et une inscription repérable dans une réalité organique. D’où cette double question: par quoi remplacer l’expertise psychiatrique si on estime qu’elle est sujette à caution et comment modifier notre droit si on ne se fonde pas sur le pré-requis de la liberté de conscience et de jugement ? »

Ma réponse :

Merci pour ces précisions. Je mettrai seulement une nuance sur la « prise du pouvoir » par la psychiatrie dans le sens où je pense qu’une institution quelle qu’elle soit et quelles que soient les intentions de ses membres, se voit, par choix ou par défaut, assigner une fonction/mission par la société confrontée au dysfonctionnement individuel ou collectif. L’appel à la psychiatrie, pour incertaines que soient les réponses apportées, marque un progrès (= rapport d’adéquation entre les dérives des comportements humaines et la complexité expérimentée de leurs causes) qui se heurte encore à la croyance archaïque au libre-arbitre et à la toute-puissance de la volonté : autrement dit, manque, notamment à l’école, un apprentissage, philosophique, sur ce qu’est la liberté. Seule une infime minorité d’une classe d’âge est initiée à ce qu’est la démarche philosophique. Ce n’est sans doute pas un hasard.

Rutebeuf-Verlaine, le couple surprenant.

L’article qui leur a été consacré ici le 7 juin 2020 a attiré l’attention de 1651 visiteurs à ce jour. Je trouve que c’est beaucoup. Parce que quand même. Quelqu’un à qui je faisais part de mon étonnement m’a fait remarquer que taper « Rutebeuf-Verlaine » dans un moteur de recherche faisait apparaître le blog en première position. Oui, bon, mais cela n’explique que la partie la plus mince de l’énigme, l’autre, la plus épaisse, étant : mais qu’est-ce qui peut conduire à cette recherche d’un couple qui n’est pas tout à fait au premier plan de l’actualité ? Ce serait le couple Verlaine-Rimbaud, je comprendrais, mais cette relation tout de même improbable !  Rutebeuf ne la mentionne jamais, j’ai vérifié. Je n’ai rien trouvé non plus dans l’œuvre et la correspondance de Verlaine. Si vous vous lancez à votre tour dans cette recherche, comme vous partiriez pour un voyage vers un inconnu gros de promesses (c’est une métaphore parturiente, si j’ose dire ), je vous souhaite un bon vent (c’est encore une métaphore, maritime cette fois, agrémentée d’un clin d’œil poétique en direction du couple en question). Ne manquez pas de faire part du résultat de vos recherches.

Richard Malka, l’islam, l’intolérance et « le fond des choses »

L’avocat Richard Malka était l’invité des Matins de France Culture (03.01.2023) à l’occasion de la parution de son livre Traité sur l’intolérance inspiré pour l’essentiel par l’attentat contre Charlie-Hebdo (7 janvier 2015), journal dont il contribua à rédiger les statuts et qu’il défendit lors des procès de première instance et d’appel.

Il explique qu’il a mis à profit ce temps pour approfondir sa réflexion dans les domaines juridique, philosophique, historique. « J’ai voulu aller au fond des choses et parler de religion » précise-t-il avant d’ajouter : « Si l’on veut combattre le terrorisme, eh bien, je crois qu’il faut combattre le fanatisme et la vision intégriste de la religion », « je crois » pouvant laisser penser que le lien entre les deux n’est pas établi, au moins depuis le 18ème siècle (cf. Voltaire).

Il définit les terroristes ainsi : « Le produit de mensonges multiples et les marionnettes de marionnettistes qui par le passé et aujourd’hui encore tirent les fils idéologiques et théologiques des instruments qu’ils sont. »

Et il ajoute, apparemment sans en mesurer l’importance  : « Ces terroristes ne sont pas très intéressants en tant que tels, par contre ces idéologues sont intéressants. »

Ce distinguo – étrange dans la bouche d’un avocat –  est le signe de la limite d’une analyse qui, on va le voir, ne fera qu’effleurer le seuil de ce qu’il appelle « le fond des choses ».

Quant aux moyens de lutte :  « Si l’on veut combattre utilement le terrorisme, et plus largement le fanatisme, l’obscurantisme, il faut avoir un discours idéologique, un « humanisme militant » [il précise que c’est une expression de Thomas Mann], intransigeant sur nos valeurs républicaines, un amour de la liberté d’expression c’est notre arme principale contre cette vision fanatique qui produit le terrorisme… »

D’abord, lutter contre une idéologie en lui opposant une autre idéologie revient à confronter deux subjectivités, ce qui conduit à alimenter le cycle de l’incompréhension et de la violence. A la fin, c’est le plus fort qui gagne avec l’épée ou le cimeterre, la croix ou le croissant.

Ensuite, l’histoire de la pensée et de la lutte contre le fanatisme montre clairement que les « valeurs » ne valent que pour ceux qui les partagent et que leur efficacité est nulle. Si « l’amour de la liberté d’expression » est une belle formule, il n’est pas inutile de rappeler que Voltaire a pu être (relativement) efficace dans l’affaire Calas ou celle du chevalier de la Barre, et après l’exécution des deux hommes, en utilisant non pas l’arme d’une idéologie, mais en s’appuyant sur des investigations d’enquête policière et de droit.

– « …  et il faut aussi diffuser de la connaissance sur l’islam parce qu’il n’y a pas qu’une vision de l’islam. »

Ce qui suppose que le terroriste agirait par méconnaissance de l’histoire de la religion dont il se réclame et qu’une connaissance de cette histoire le conduirait à mettre en cause les dogmes qui lui servent de justification. Je ne suis pas sûr que cet argument de l’ignorance supposée ferait accepter la circonstance atténuante.

Atteindre le « fond des choses » commence par le rappel de l’opposition historique (7ème siècle) entre ce qu’il présente comme les deux Corans, celui d’avant Médine, « très poétique, parfois révolutionnaire où il n’y a pas de contraintes en religion ou Mahomet séduisait » et celui d’après « où Mahomet est aux commandes, et là, ils choisissent, et c’est un choix humain, un choix de libre arbitre, un Coran fermé, un Coran du refus de l’interprétation, l’abrogation de tout ce qu’il y a de pacifique dans le Coran pour mener des guerres et interdire d’autres visions que la leur .»

Et quand il demande, et avec insistance, pourquoi on ne dit pas que ce sont les hommes qui ont décidé de privilégier ce que le journaliste appelle le « Coran des ténèbres », il laisse entendre que certains croient qu’il s’agit de la parole d’Allah en direct, mais il ne va pas jusqu’à dire explicitement que le Coran, quel qu’il soit, est une œuvre humaine écrite par les hommes, encore moins qu’Allah pourrait bien être une création humaine.

« Si on n’historise pas, on voit l’obscurantisme arriver… » annonce-t-il sur le ton de la conviction,  comme si l’historisation, qui ne date pas d’aujourd’hui, avait jamais empêché l’obscurantisme, et  «… le monde des fanatiques n’a jamais existé que dans leur cerveau » laisse entendre que le monde de la croyance (non fanatique) est un réel objectif qui existe en-dehors du cerveau des croyants.

Quand le journaliste lui demande comment il explique le dynamisme de l’islam comparativement à la chrétienté, il répond :

« Il [l’islam] propose une transcendance forte là où il n’y en a plus beaucoup et les gens ont besoin de transcendance, l’être humain a besoin de croire à plus grand que soi, c’est une religion qui propose un plus grand que soi, et en temps obscurs, eh bien on en a besoin. (…) On n’en sortira pas si on ne propose pas nous aussi une transcendance, quelque chose qui soit plus grand ; il n’y a plus grand-chose, l’Europe ça ne fait plus rêver personne, le communisme n’existe plus, le capitalisme ça fait plus rêver, donc effectivement, si on n’oppose rien à cela, si on oppose pas une autre vision, qu’elle soit républicaine, qu’elle soit humaniste, qu’elle soit musulmane pour ce qui est des musulmans parce que c’est un fait acquis, ça existe, eh bien, effectivement, on va au-devant de gros problèmes, donc il faut penser, il faut s’exprimer. » 

Que dire d’une telle conception du « fond des choses » et de « l’autre vision » présentée comme une réponse nouvelle ?

Reste ceci, qui me semble significatif du déni que je ne cesse de mettre en évidence dans mes articles : il y a un mot absent, un mot que R. Malka ne prononce pas une seule fois pendant les quarante minutes de son intervention, le mot qui est pourtant le fondement de toutes les religions, de l’islam en particulier : la mort.

Quant à « transcendance », c’est un concept dont la définition mérite plus que le « quelque chose qui soit plus grand » et qui n’est pas incompatible avec celui d’immanence,  autre mot absent du discours.

Une problématique dont j’ai déjà plaidé la cause dans ce blog.

La mort de Pelé et le but du jeu

Considérée depuis quelques mètres seulement au-dessus de la Terre, l’ampleur planétaire de l’événement – la mort d’un joueur de football – conduirait sans doute Voltaire à ajouter un chapitre à son Micromégas.

En fin connaisseur de ce sport, il rappellerait à tous les commentateurs à la mémoire courte que l’épopée péléenne (il réfléchirait beaucoup avant d’utiliser cette expression à connotation homérique) commença en 1958, en Suède, notamment lors de la demi-finale de la coupe du monde qui opposa le Brésil à la France. Il préciserait que le gardien brésilien (Gilmar) y encaissa (c’est le verbe convenu) son premier but, marqué par Just Fontaine, qui occupait le poste d’avant-centre et qui est toujours détenteur du record de buts marqués – 13 – dans une même compétition. Il conseillerait aussi d’aller voir sur YouTube un résumé de cette rencontre, exemple intéressant de la manière dont on pratiquait alors ce dont on pourrait oublier aujourd’hui qu’il s’agit d’un jeu.

Après avoir lu et écouté tous les spécialistes, après en avoir discuté avec Diderot – pour le questionnement philosophique –  et Freud – pour les problèmes particuliers de la symbolique et du transfert dans le domaine de la sexualité* –  il conseillerait aussi et vivement de ne pas poser la question inopportune du rapport entre l’individu et l’icône, mais de s’interroger sur la spécificité de ce sport collectif, le seul qui ait une dimension planétaire… ceci expliquant cela et, ajouterait-il après avoir consulté Pierre Dac, « lycée de Versailles » (Pour ceux qui ont une connaissance approximative de l’esprit calambouresque de l’auteur de l’Os à moelle, de Pensées – quand même assez différentes de celles de Pascal -, entre autres facéties livresques et radiodiffusées, je traduis : « et vice et versa »).

* Si le football est le seul sport collectif à être pratiqué partout et à susciter une telle passion, j’ai tendance à me dire (en aparté) qu’il y a forcément une « raison » qui doit être à la mesure de ces dimensions spécifiques à proprement parler extraordinaires pour un jeu. Et si je décrypte le but ( !) du jeu, les installations, les règles (oh !) j’ai encore tendance (hum… curieux cette tendance à avoir tendance) à me dire (toujours en aparté) qu’il faut y voir une représentation de la sexualité (ho !). C’est vrai aussi pour la bourrée auvergnate mais le costume est très différent. Les chaussures aussi.

La laïcité et le masque du discours religieux

Le Monde des idées  (27.12.2022) présente une tribune écrite par Ghaleb Bencheick, président de la Fondation de l’islam de France.

Un discours bien construit, bien écrit, recourant habilement à un humour clin d’œil de séduction.

Ex : « La langue de Molière se voit enrichie de nouveaux arabismes tels qu’« abaya », « qamis » ou encore « jilbab », comme elle le fut jadis, avec plus d’attrait et d’enthousiasme, en accueillant les mots « algèbre », « algorithme » ou « arobase ». Les habits que décrivent ces vocables et les « signalements laïcité » qu’ils ont induits sont au cœur de la crise récente de l’école publique, comme le montre la récente étude de l’IFOP du 9 décembre 2022. »

Juste après, ceci :

« Comme derrière l’expression « fait religieux » il est question d’offensive islamique, quel regard, dès lors, porter sur cette rencontre qui n’en finit pas de se faire, de s’interroger et de menacer de se rompre, entre la France et l’islam ? Pourtant, l’interdépendance est indépassable – ne serait-ce que depuis le Second Empire –, tant la France a un lien ancien avec l’islam, dont une tradition éclairée peut et doit être invoquée pour protéger la jeunesse, son entreprise éducative et ses institutions de l’entrisme islamiste. Et de son côté, l’islam, otage des conservatismes pervertissant ses humanités, requiert l’appui de la République pour se hisser aux exigences de la modernité politique et intellectuelle. » (c’est moi qui souligne)

Ma contribution (1000 signes maximum autorisés) :

« L’islam, otage des conservatismes pervertissant ses humanités ». Comme toute religion, l’islam produit le conservatisme en donnant la réponse essentielle (la divinité = alpha et oméga) avant même le questionnement. Conservatisme nécessaire au pouvoir politique qui a besoin du paradis de compensation et de stabilité. Quant au principe de laïcité, il n’est rien d’autre que l’affirmation de la distinction entre croire (affaire privée) et savoir (domaine de l’école publique). Principe non respecté par le pouvoir politique qui autorise et subventionne les écoles privées, confessionnelles (elles se disent « libres ») et participe au religieux (discours du Latran, obsèques officielles de J. Chirac, contenu de la visite d’E. Macron au Vatican). Ces confusions permettent au discours religieux de produire une analyse prétendument objective qui a l’apparence du savoir, comme celui-ci, autrement dit de faire comme s’il n’était pas celui de la sphère subjective du croire.

Exxon Mobil et les superprofits

« Le groupe américain, dont les bénéfices ont explosé depuis un an, conteste la légalité de la « contribution temporaire de solidarité » décidée par la Commission européenne. » (A la Une du Monde – 29.12.2022)

Quelques réactions :

« Je ne lirai pas. Je n’achèterai aucun produit de ce groupe. Je me fous des desiderata de ce groupe. L’UE et les membres doivent être absolument intransigeant avec les profiteurs de catastrophes. »

« Mesure punitive : BOYCOTT 6 MOIS. Éventuellement renouvelable. »

« Ce ne sont pas les super profits qui sont le problème, mais les difficultés financières des citoyens touchés durement par la crise de l’énergie.
On sait malheureusement depuis presque toujours que les intérêts des actionnaires et des grands dirigeants de la plupart, pour ne pas dire toutes, les compagnies de ce type passent avant les valeurs de solidarité. Je préfère ne pas approfondir
… »

« Une seule solution : ne plus laisser un seul euro dans les stations de la marque. Quand on fait des pertes, on ne paye pas de taxes sur les superprofits. Employons nous donc à sécuriser les pertes de ce superpollueur planétaire à leur niveau le plus élevé »

Ma contribution :

Tant qu’un tel comportement – Exxon Mobil en est une des expressions les plus manifestes, une parmi d’autres, voyez du côté d’E. Musk –  ne sera pas diagnostiqué « pathologique » par un consensus majoritaire, ce qui suppose une remise en cause, par un consensus analogue, de l’équation commune « être = avoir + »,  le rapport production/consommation ne changera pas,  l’état de la planète continuera à se dégrader, comme les relations humaines, et la porte restera grande ouverte pour les indignations morales, les appels à des boycotts de même nature,  qui, faute d’efficience, procurent la bonne conscience dont a besoin le système pour continuer à fonctionner.

Suicide annoncé d’un Iranien à Lyon

« « Quand vous regarderez cette vidéo, je serai mort. » Un Iranien s’est suicidé, lundi 26 décembre, en se jetant dans le Rhône à Lyon afin, dit-il dans une vidéo posthume, d’attirer l’attention sur la situation de son pays secoué par des manifestations, été retrouvé noyé, lundi en fin de journée, a précisé la police, confirmant une information du journal local Le Progrès. » ‘(A la Une du Monde – 28.12.2022)

Quelques réactions :

« Sa vidéo posthume est assez difficile à regarder. D’une grande tristesse. La première réaction est que son geste est difficile à comprendre. Il faut voir ça comme un sacrifice. Puisse t’il trouver la paix. »

« Certains contributeurs feraient mieux de s’abstenir de s’intéresser à cet article si cela les laisse indifférents ou les rend indécents dans leurs commentaires.
Un mort n’est pas une plaisanterie de comptoir, d’autant plus lorsque cette personne se donne la mort pour défendre une cause. Effectivement, les médias et l’opinion internationale sont focalisés sur le même sujet, alors que des situations dramatiques concernant plusieurs millions de personnes se déroulent dans différents parties du monde ( Afghanistan, Iran, etc…) Et le désespoir peut pousser certain à un geste fatale pour alerter l’opinion . Alors respect et condoléances à la famille de cette personne.
 »

« Pendant la 2eme guerre mondiale les résistants français ont risqué leur vie pour défendre leur pays. Certains peut être se sont suicidés pour ne pas parler sous la torture. Mais se suicider ainsi ça ne sert à rien. Encore plus contre des dirigeants religieux qui ne peuvent être déposés que par les armes puisqu’ils n’ont strictement aucune empathie pour quelque souffrance humaine que ce soit. »

« Merci au Monde d’avoir donné accès à la vidéo de ce martyr de la liberté et de la lutte (oh ! combien impuissante, combien désespérée, et donc d’autant plus sublime) contre la tyrannie théocratique qui ruine son pays depuis 40 ans et sait envoyer ses assassins à l’étranger pour faire taire les voix dites dissidentes (cf. S. Rushdie). « Martyr » au sens étymologique du « Témoin », mu par le sentiment d’être totalement impuissant à défendre sa cause, à plaider pour la libération de son pays, autrement que par le sacrifice de sa vie, faute d’autres moyens disponibles. »

Ma contribution :

Ce suicide, annoncé comme militant, de protestation, pose, hors tout jugement moral, la question de son objet réel. Du point de vue de M. Moradi*, se tuer suppose une efficacité dont le ton calme et résolu de sa déclaration confirme la conviction. Efficacité à visée émotionnelle, incitative, qui pourrait se comprendre si la France politique, médiatique, ignorait la situation en Iran ou si elle approuvait le régime et la répression. Ce n’est pas le cas. Quant à l’impact en Iran où les opposants risquent leur vie, quel peut-il être ? L’objet réel pourrait bien être un « insupportable » personnel, bien compréhensible, mais qui n’apparaît pas dans le message. Si l’acte est respectable – de quel droit juger un suicide ? – il n’en pose pas moins, là où il est commis, la question de l’efficacité dont il se réclame. L’autodestruction, ici, en France, n’est peut-être pas la réponse militante la plus adéquate à l’insupportable politique en Iran.

*Le nom de l’Iranien qui a enregistré le message annonçant sa décision de se suicider.

Maroc-France

Tout a été dit sur l’ampleur de l’enjeu de cette demi-finale de la coupe du monde de football (la colonisation, l’immigration, la binationalité, le couscous, le coq au vin, et j’en oublie) disputée au Qatar à propos duquel on pensait que tout avait aussi été dit, jusqu’à la découverte, dans l’appartement bruxellois d’une vice-présidente grecque de l’Assemblée Européenne, de sacs  emplis de billets de banque provenant apparemment de ce pays organisateur de ladite coupe du monde dont elle disait le plus grand bien récemment devant ses collègues,  et qui n’en manque pas, dit-on – pour ceux qui n’auraient pas suivi, dont représente le Qatar et pas la coupe du monde, qui le Qatar et pas la vice-présidente, en les billets et pas les Grecques.  

Tout, – là je reviens à mes moutons… une chance qu’il y en ait des deux côtés de la méditerranée et qu’il ne s’agisse pas de cochons… –  tout, dis-je, a donc été dit (on me pardonnera la répétition) au sujet de cette rencontre… de cet affrontement… de ce règlement de comptes historique… de ce combat entre David et Goliath… hum… c’est quand même curieux ce rapprochement entendu à la radio… et j’en oublie sans doute, tout a été dit,  me répété-je dans la répétition,  sauf, quand même, le rappel d’un tout petit détail, à savoir qu’il s’agit d’un jeu. D’un jeu auquel participent deux équipes constituées chacune de onze Marocains (curieusement, certains sont aussi français et jouent en France) et onze Français (curieusement, aucun n’est aussi marocain et ne joue au Maroc) dont on pourrait se demander en quoi ils représentent leur pays pour ceux qui, quoique patriotes et chauvins, n’aiment pas le football, mais seulement la baguette, le saucisson pur porc (là, c’est de la provocation) et le vin rouge (idem, quoique un peu moins quand même parce qu’il paraît que).

Bref, nonobstant et quoi qu’il en soit, on va entendre résonner et chanter les hymnes nationaux (est-ce que le sang abreuve aussi les sillons de celui du Maroc ?) et les Bleus vont se mesurer aux Lions de l’Atlas.

Quand je me rappelle ce que sont un bleu et un lion,  je me convaincs en tant que Français cocardier et tout ça, que David est forcément le bleu puissant façon bleu d’Auvergne ou bleu de Roquefort, Goliath le lion faiblard de la Fable, donc que le Bleu doit logiquement l’emporter sur le Lion… hum…  à moins que le bleu ne soit celui de la naïveté de caserne et le lion celui de la Metro Goldwyn Mayer qui, comme on sait, a produit Quo Vadis.

Oui, mais là, c’étaient des Romains et ils ne jouaient pas au foot. Pas encore.