Caroline Yadan est députée (apparentée Ensemble pour la République) des Français établis hors de France. Très investie dans la défense d’Israël, elle est à l’origine d’un projet de loi visant lutter contre l’antisémitisme.
La raison majeure qui a conduit à son abandon, la veille du jour où il devait être discuté à l’Assemblée, est qu’il est un texte partisan. Une pétition contre lui réunissant en quelques jours plus de 700 000 signatures a dû peser dans la décision.
Deux extraits du préambule, significatifs de l’aspect partisan :
1 – première phrase : « Depuis le 7 octobre 2023, date de l’attaque terroriste du Hamas contre Israël, la France fait face, comme de nombreux pays occidentaux, à une insupportable recrudescence de l’antisémitisme. »
2 – 11ème paragraphe : « S’il appartient à chacun d’avoir une opinion sur la politique menée par un État, rien ne saurait justifier sa négation, un appel à sa disparition ou à son anéantissement. Si chacun est libre de ses opinions politiques à l’égard du gouvernement israélien, rien ne saurait justifier un appel à la destruction d’Israël. »
1 – Le 7 octobre est présenté comme un début, ce que confirme la suite du texte qui ne mentionne jamais le processus du conflit. L’accent sur la recrudescence a pour objet de mobiliser une attention émotionnelle en la déconnectant de l’essentiel.
Le procédé est bien connu qui consiste à faire d’une conséquence une cause – ici, par exemple, dans le registre de l’humour (noir) : . « Les peuples d’Europe ayant exterminé ceux de l’Amérique, ils ont dû mettre en esclavage ceux de l’Afrique, pour s’en servir à défricher tant de terres. » (Montesquieu – De l’esclavage des nègres – L’esprit des Lois – XV, 5 – 1748) : l’attention est sollicitée sur « ont dû (…) tant de terres » (= Vous vous rendez compte ! Mettez-vous à leur place !) et non sur l’apposition (ayant exterminé) qui rappelle l’essentiel.
Le 7 octobre, faut-il le répéter, est un épisode du conflit de 80 ans dont l’assassinat d’Yitzhak Rabin par un Israélien est un élément majeur.
2 – Le droit à l’existence d’Israël et les peines proposées (dans l’article) contre ceux qui le nieraient renvoient forcément à la négation par Israël du droit à l’existence d’un État palestinien.
La dimension partisane est là qui « oublie » les conditions dictatoriales imposées par le gouvernent israélien aux Palestiniens, le blocus de Gaza depuis 2006, la colonisation criminelle de Cisjordanie, la destruction systématique à Gaza des lieux d’habitation et de la culture palestinienne.
Le retrait du texte n’est qu’une manœuvre politicienne.
La politique commencera avec la critique de l’emploi inapproprié du nom « terrorisme » pour ce qui est d’un autre ordre (ici et ailleurs), et dans le cadre d’une analyse globale du conflit.