Le conflit entre Léon XIV et Donald Trump

Le Pape et le Président des USA croient au même Dieu et affichent les mêmes contradictions quant à un essentiel du discours christique [cf. les Évangiles et les Actes de ApôtresNouveau Testament de la Bible], le rejet de l’argent : D. Trump est un homme d’affaires qui utilise le pouvoir d’abord pour s’enrichir et le pape dirige une institution (l’Église catholique) dont les structures matérielles et financières participent du système capitaliste dont les États-Unis sont l’expression la plus remarquable.

Les déclarations du pape (faites dans le cadre de son voyage en Afrique) ont ceci de particulier qu’elles sont à la fois dirigées contre D. Trump  [« Je n’ai aucune crainte ni de l’administration Trump ni de proclamer haut et fort le message de l’Evangile – ce que je crois être ma mission ici-bas (…)  Assez de l’idolâtrie de soi et de l’argent ! Assez de l’étalage de puissance ! Assez de la guerre ! La véritable force se manifeste dans le service de la vie. » ] et, apparemment, contre le capitalisme :  « Nous voyons désormais partout dans le monde comment [la logique d’exploitation] alimente un modèle de développement qui discrimine et exclut, mais qui prétend encore s’imposer comme le seul possible. »

La certitude du Pape, c’est lui-même en tant qu’autorité d’une croyance-certitude (« le message de l’Évangile »). Or cette autorité est remise en cause par le développement d’une croyance-certitude de mêmes références, mais qui s’exprime dans des structures (« églises évangéliques ») qui ont permis l’élection de D. Trump qu’elle soutiennent, qui sont extérieures à l’institution catholique et qui prennent de plus en plus d’importance non seulement aux USA mais en Europe. Pour l’institution catholique, le danger n’est pas l’athéisme qui se construit dans une sphère autre et qui permet un rassemblement des forces divines contre lui,  mais ce qu’elle a appelé l’hérésie, autrement dit le choix (sens du grec airesis) d’un dogme différent qui conduit à la création d’une institution concurrente.

Trump étant l’emblème de cet évangélisme en pleine croissance, Léon XIV oriente son attaque non sur l’angle dogmatique désormais fermé, mais sur le pouvoir conquérant associé à l’argent. Ce qui revient à mettre en cause le capitalisme.

Seulement, attaquer le capitalisme c’est attaquer la stratégie de contournement de la mort via l’accumulation (substitut d’immortalité fantasmée), que la foi chrétienne contourne par celle du paradis de compensation (les pauvres ici-bas seront les riches dans le Royaume des Cieux) via la résurrection à laquelle croient de moins en moins de chrétiens.

Le pape tente de se sortir de l’impasse de la stratégie inopérante en dénonçant ce qu’il croit présenter comme une nouveauté du capitalisme « nous voyons désormais partout dans le monde… » sans bien peut-être se rendre compte que  « désormais » signifie aussi, et malgré lui « nous voyons désormais ce que nous n’avons pas voulu ou pu voir jusqu’ici », ce qui le conduit à laisser entendre qu’est souhaitable un autre modèle que le «  modèle de développement qui discrimine et exclut, mais qui prétend encore s’imposer comme le seul possible. »

Il ne précise évidemment pas quel autre modèle alternatif serait possible.

D. Trump qui n’est pas très loin de se prendre pour Dieu va peut-être l’accuser d’être le diable, ou alors communiste.

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