Le poème commence lui aussi par une adresse aux Muses : « Dites Zeus, célébrez votre père, par lequel les hommes mortels sont dits ou non-dits, connus ou inconnus par la volonté du grand Zeus. » (2,3)
Au début de la Théogonie, il avait précisé : « Ce sont elles qui un jour ont enseigné à Hésiode un beau chant alors qu’il faisait paître ses agneaux au pied du divin Hélicon » (22,23) et indiqué les premiers mots qu’elles lui adressèrent : « Bergers qui demeurez dans les champs, vils maux, seulement ventres [qui n’êtes que ventres], nous savons dire beaucoup de choses fausses semblables aux choses vraies, mais nous savons, quand nous le voulons, chanter des choses vraies. » (26>28), en précisant que celle qui l’emportait sur toutes les autres était Kalliopè (Calliope) – muse de la poésie épique et de l’éloquence – qui « accompagne les rois vénérables [ = ceux qui gouvernent les cités et rendent la justice] » (80)
L’auditeur était donc prévenu : tout est affaire de parole et la parole peut tout aussi bien être l’expression de la vérité que du mensonge qui a l’apparence de la vérité.
Alors, qu’est-ce que le vrai et le faux si la parole présente les mêmes formes pour l’un et l’autre et si c’est elle qui fait vivre (cf. « Dites Zeus ») ?
Tel est le questionnement adressé à son auditeur par Hésiode. Il est en conflit avec son frère Persès et les rois-juges de Thespies (dont dépend son village d’Ascra), donc accompagnés par Kalliopè, ont tranché en faveur de son frère qui le menace d’un autre procès.
Kalliopè l’accompagne, lui aussi, lui, Hésiode, le poète. S’il est un berger, il se distingue donc des autres – les vils maux – en n’étant pas que « ventre ».
Des deux paroles, celle des rois-juges, et la sienne, laquelle dit vrai, laquelle dit faux ?
« Dites Zeus*».
Est-ce que son invocation par l’intermédiaire des Muses – et pas seulement Kalliopè – n’est pas une manière de signifier à l’auditeur que telle est la prérogative du poète, de lui seul, et donc que sa parole qui va chanter Les Travaux et les Jours dit la vérité ?
*Il en illustre ainsi la puissance déjà évoquée (2,3) « Car sans peine il rend puissant, mais aussi sans peine il tourmente le puissant, facilement il amoindrit le brillant, il exalte l’humble, sans peine il redresse le tortueux, il dessèche le fier, Zeus qui résonne au haut du ciel, qui habite les demeures le plus élevées. » (5>8)
Est-ce ce texte qui a inspiré ce passage du Magnificat que chante Marie découvrant qu’elle est enceinte du fis de Dieu (Évangile de Luc – écrit plus de 600 ans plus tard) : « Déployant la force de son bras, il disperse les superbes. Il renverse les puissants de leurs trônes, il élève les humbles. Il comble de biens les affamés, renvoie les riches les mains vides. » ?