Le dénominateur commun

Quel que soit le lieu sur la planète où se porte le regard, les signes du bonheur collectif ne sont que rarement dominants, s’ils le sont jamais. Ce n’est pas une question de choix, personnels ou éditoriaux – le verre à moitié plein ou à moitié vide n’est qu’une fausse problématique ignorant le processus qui conduit au niveau : vider ou emplir ? – mais le symptôme d’un constant problème humain qui suscite la déploration, le constat résigné, l’indignation, la révolte ou l’envie de révolution.

Depuis longtemps les hommes décrivent la vie comme une vallée de larmes (Bible), et tout le monde sait que monter sur les hauteurs métaphoriques escarpées pour échapper à cette dépression humide n’est pas toujours facile, surtout ensemble.  

Aujourd’hui, Boutcha, une petite ville voisine de Kiev que le monde ignorait jusqu’ici, semble être (il faut attendre les résultats des investigations) une nouvelle illustration du crime qui est une des spécificités humaines.

Aujourd’hui encore, l’enquête sur les Ehpad gérés par le groupe Orpea révèle la manière dont sont traitées les personnes âgées dans ces établissements à but surtout sinon exclusivement lucratif, aujourd’hui toujours s’ouvre le procès sur les massacres au Darfour (trois cent mille morts et près de trois millions de personnes déplacées) et, toujours aujourd’hui, le GIEC (groupe d’experts internationaux sur l’évolution du climat) publie un nouveau rapport qui souligne, une énième fois, l’importance des menaces du réchauffement climatique lié aux activités humaines.

La guerre d’Ukraine, les massacres de masse, la prévalence de l’économie sur la vie des individus, surtout les plus fragiles, et la mutation climatique (entre autres causes des larmes tombant dans la vallée) nous confrontent, à des degrés différents de gravité, à l’impuissance : si nous sommes capables d’altruisme (relatif) pour aider les victimes (cf. accueil des Ukrainiens / accueil des Syriens),  nous ne savons pas comment empêcher ou plus simplement arrêter la guerre, nous n’avons pas les outils pour lutter efficacement contre le changement climatique en-dehors de l’invocation de la sobriété, et nous échouons à trouver un mode de fonctionnement économique autre que la recherche du profit à tout prix.

A quelques jours du premier tour des élections présidentielles, les médias continuent de répéter que la campagne n’a pas été à la hauteur des enjeux, les sondages prévoient un tiers d’abstentions et un second tour serré entre E. Macron et M. Le Pen. Les mesures sociales annoncées par le premier (voir article du 26 mars) et la seconde (revalorisation du « pouvoir d’achat » dont la TVA ramenée à 4,5% sur les produits pétroliers considérés comme de « première nécessité ») contribuent à gommer les repères et à faire du FN/RN un parti politique – ce qu’il n’est pas.

Ce n’est pas tant l’accumulation des problèmes qui soit un problème nouveau que le sentiment d’impuissance évoqué qui conduit à creuser la dépression jusqu’au risque de l’ouragan dévastateur.

Le 13 novembre 2019, j’ai publié ici un essai sur les gilets jaunes. Une universitaire m’a envoyé un message pour me dire qu’elle partageait mon analyse mais qu’elle était en désaccord avec ma conclusion (apprentissage de la mort à l’école). Je lui ai répondu qu’après le fiasco de l’expérimentation du communisme disons « classique », et sauf à s’en tenir aux seuls traitements des symptômes sans fin du capitalisme, je ne voyais pas d’autre définition du commun que la conscience humaine de la mort et d’autre moyen d’en combattre les effets d’angoisse que son apprentissage.

Le vide de la campagne électorale me semble en être une preuve par défaut : si aucun des candidats ne remet en cause le capitalisme, c’est parce qu’il est encore assimilé à la forme qu’il a prise à la fin du 18ème siècle et à la révolution manquée du 20ème siècle,  et parce qu’en est ignoré l’équation première.

4 commentaires sur « Le dénominateur commun »

    1. Oui, sous sa seule forme et dans le cadre d’un parti (NPA) qui se définit par « contre ». Comme O. Besancenot, il est sympathique, le ton de son discours sonne « vrai » dans la dénonciation des dysfonctionnements du capitalisme. Je dirais qu’il représente la strate adolescente de la conscience politique.

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      1. Pour compléter, ceci, relevé dans le document électoral du NPA, et souligné en rouge :  » Avec Philippe Poutou, renversons la table ! Mettons les capitalistes hors d’état de nuire ! »

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  1. Ce qui n’empêche pas le président-candidat de reprendre à son compte sans le citer d’ailleurs son slogan « Nos vies valent plus que leurs profits » ce que je trouve totalement cynique.

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