La première race, la race d’or, est « la première des hommes mortels créée par les dieux habitant l’Olympe. Ils étaient dépendants de Cronos lorsqu’il régnait et ils vivaient comme des dieux… » (110,111)
Seulement, comme les Olympiens sont constitués après le règne de Cronos, la race d’or ne peut pas avoir été créée par des dieux qui n’existent pas encore.
Que signifie cette contradiction qui, sauf à dire qu’Hésiode ne maîtrise pas ce qu’il raconte, est forcément délibérée ?
Que sont donc ces être humains, créés par des dieux qui ne peuvent pas les avoir créés, exempts de tout souci, de la vieillesse, toujours jeunes, à qui la nature fournit sans qu’ils aient à travailler tout ce dont ils ont besoin et qui « mouraient comme s’ils s’abandonnaient au sommeil. » (116) ?
J-P Vernant trouve son explication dans la référence aux rois-juges justes qu’évoque Hésiode plus loin en référence au contexte judiciaire qui le concerne – il a perdu un procès contre son frère qui le menace d’un autre et à qui il conseille d’écouter la justice que n’ont donc pas rendue les rois-juges dans son affaire : « Ceux qui pour les étrangers et les gens du pays rendent des sentences justes et ne s’écartent pas de la justice, leur cité est prospère et ses habitants florissants etc. » (225,226,227)
L’explication n’est pas satisfaisante parce que la référence aux juges vient plus de cent vers après celle de la « création » (elle n’existe donc pas pour l’auditeur) qui ne propose du reste aucune référence à la justice, ni au travail (231) qui donne aux habitants de la cité prospère une apparence de réalité sociale.
Cette race d’or, je la comprends comme le premier âge, lumineux, brillant, de la petite enfance qui n’est pas encore entrée dans le champ de la croyance religieuse (ce qui permet de comprendre la contradiction liée à la création) liée à l’angoisse de la mort – le mot n’est pas prononcé. Quand « la terre a recouvert cette race », ses hommes en deviennent par le vouloir de Zeus « ses bons démons, vivant sur la terre, gardiens des hommes mortels. » (120 >122) Autrement dit, ils ne meurent pas vraiment.
Rien dans le texte n’évoque pour les auditeurs une signification sociale ou politique.
Qu’en est-il de la race d’argent ?