Hésiode : Théogonie – Les travaux et les Jours (9)

Le châtiment envoyé par Zeus « aux hommes à venir » (56) pose la question de la justice : en quoi l’humanité est-elle responsable d’un crime (le feu dérobé) qu’elle n’a pas commis ?

Hésiode ne la pose pas. Seulement, il fait suivre l’annonce olympienne du châtiment par cette observation : « Ainsi dit-il, et le père des hommes* et des dieux rit. » (59)

*Il emploie à nouveau anèr, cette fois dans le sens obligé d’anthropos (être humain) que lui confère l’expression.

Est-ce que le choix par l’auteur de l’éclat de rire suivant l’annonce du mal infligé ne signifiait pas une méchanceté, sinon une perversion ?  Pouvait-il ne pas avoir cette résonance dans l’oreille des auditeurs ?

Sur ordre de Zeus est donc fabriquée par Héphaïstos « à partir [d’un morceau] de terre* une forme qui ressemble à une vierge digne de respect » (70,71)

*dans le livre 2 de la Genèse, Dieu modèle l’homme à partir de la poussière de terre.

Il précise ensuite que le héraut des dieux (Hermès) après avoir mis « dans sa poitrine le mensonge, les mots de la séduction et un caractère habile en ruses (…) nomma cette femme Pandora*, parce que tous les habitants de l’Olympe firent un don, [Pandora] malheur pour les hommes laborieux**. » (77>82)

*Pandora (pan = tout > panthéon, pandémie… / dora = dons) est donc constituée de dons de tous les dieux.

** Il reprend anèr dont l’adjectif (alphèstsèsis = entreprenant, laborieux) semble confirmer le sens de mâles. Le traducteur de Budé choisit le sens étymologique « mangeurs de pain » que je trouve discutable quant au rapport à ce personnage paré, après Hermès, par Athéna, les Charites (Grâces), Peithô (Persuasion) et Hôraï (les Heures), donc à tous égards très « féminin » selon les canons masculins.

L’objet ainsi achevé est envoyé à Epiméthée qui oublie la mise en garde de son frère (ne jamais accepter un don venant de Zeus Olympien) et reçoit le cadeau. (85>89)

Jusqu’ici, raconte alors Hésiode, la race des hommes (anthropos) vivait en-dehors du malheur, de la fatigue, et des maladies qui font mourir les hommes (anèr). (90>92)

Que signifie l’incarnation féminine de la misère des « hommes » dont le sens balance entre « êtres humains » et « mâles » ? Une question que pose aussi le rôle d’Ève dans la Genèse, avec la différence apparente que, dans la mythologie grecque, les dieux créent explicitement Pandora pour en faire le vecteur du malheur.

Du point de vue des auditeurs qui croient en l’existence de Zeus et des dieux, Pandora renvoie à la fois au monde divin et à la construction qu’ils font eux-mêmes de la femme. Le point commun est quelque chose comme une « nature » qui sous-tend l’un et l’autre. Le deuxième sexe n’est pas encore un objet d’analyse.

Hésiode ne crée pas la mythologie de toutes pièces, mais, comme les tragiques le font au théâtre, il reprend des histoires orales plus ou moins élaborées. Elles racontent notamment un temps où la vie était l’exact contraire de ce qu’elle est. Le jardin d’Eden de la Bible. Un temps qui n’a jamais existé, pas plus que celui des races dont le mythe suit celui de Prométhée.

Laisser un commentaire