– Hésiode : Théogonie – Les Travaux et les Jours (7)

L’adresse à Zeus se termine par ces deux vers :

« Écoute, voyant et entendant, mets en droite ligne les arrêts [rendus par le tribunal] avec justice, toi ; moi, je vais raconter à Persès [son frère]  des vérités. » (9,10)

D’un côté le domaine judiciaire qui lui échappe (il a déjà perdu un procès), de l’autre celui du réel qu’il va « raconter » (muthein > mythe) dans deux récits de nature apparemment différente : d’abord, le mythe de Prométhée et celui des races, puis ce qui a l’apparence d’un mode d’emploi du temps pour le paysan.

Il est important d’avoir en mémoire la particularité que je signale dans le bilan de la Théogonie (article 5), à savoir une distinction de deux réalités, celle des dieux (le conte) et des hommes (le réel).

Il va commencer par développer le mythe de Prométhée qu’il a ébauché  dans la Théogonie, après un préambule qui reprend la distinction.

Cette fois à partir de la notion qu’incarne Eris dont il a indiqué dans la Théogonie (226…)qu’elle était un des nombreux enfants de Nux (Nuit). Eris (« odieuse, au souffle puissant » ) est la discorde, donc ce qui empêche l’harmonie entre les hommes.

Ici, il distingue deux Eris, et de manière singulière :

l’une, « fait croître la guerre, le mal et la lutte, pernicieuse, certes aucun mortel ne l’aime, mais par nécessité relativement au désir des immortels, ils honorent cette Eris redoutable. » (14>16) – elle possède donc les caractéristiques négatives de celle de la Théogonie.

– « la seconde, plus âgée, Nuit obscure la produisit, et le Kronide (Zeus) assis sur un trône élevé, habitant dans l’éther, la plaça dans les racines de la terre [utilisé sans majuscule, le nom désigne donc la terre matérielle]  et elle est de beaucoup plus précieuse aux hommes (…) »  –  si elle est l’Eris de la généalogie décrite dans la Théogonie, elle en diffère par un effet positif [l’utilisation du comparatif (« de beaucoup plus précieuse ») signifie que l’autre, la cadette, n’est donc pas complètement négative] –   « (…) elle excite à l’activité même l’homme aux bras indolents. » (17>20).  

Cette Eris aînée, qui via l’envie et la jalousie, produit l’émulation « est bonne pour les mortels » (24)  

Donc d’un côté, la discorde d’origine divine produit la guerre, de l’autre, la discorde humaine (elle est au fin fond de la terre, autant dire qu’elle est inhérente à l’existence des hommes) est source de l’activité, du travail.

Les auditeurs qui écoutaient étaient donc renvoyés au questionnement d’une double réalité qu’ils connaissaient bien.

Hésiode leur indiquait une double nature originelle, dont il ne cachait pas qu’elle était née de ce que lui suggérait son différend avec Persée qu’il exhorte à ne pas céder à la première Eris : « Déjà, quand nous avons partagé l’héritage, t’étant emparé vivement de beaucoup de choses, tu en as emporté une grande quantité en flattant les rois avides de présents qui sont sur le point de juger ce procès (…)  –  avec ce commentaire philosophique à leur propos – «  ( …)  Des enfants, qui ne savent pas combien une moitié vaut plus qu’un tout, ni combien il y a de profit dans la mauve et l’asphodèle ! » (37>41)

Une philosophie par défaut, de compensation, ou alors une pensée vraie ?

Le mythe de Prométhée et celui des races fourniront la réponse.

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