La pauvreté du discours

Les mots, la syntaxe, les phrases, disent le niveau de clarté, de lucidité de celui qui parle, en tant qu’individu ou porte-parole d’un groupe.

Julien Bayou secrétaire national d’Europe-Ecologie-Les Verts était invité au journal de 12 h 30 à France Culture, le mardi 26 avril 2022. Le journaliste l’interrogeait sur l’échec de son parti au premier tour (moins de 5% ont voté pour Yannick Jadot désigné par les Verts pour les représenter).

Quelques extraits :

« Je pense que l’écologie elle est radicale puisqu’il s’agit de changer la vie. (…) quand je pose le fait qu’il faut tirer des leçons je ne tire pas sur tel ou tel messager je dis que collectivement on doit tirer les leçons sur notre capacité à porter le message. Je ne remets rien en cause des positions que nous avons portées. (…) Je crois qu’il faut reconnaître évidemment que la FI est arrivée en tête (…) nous disons qu’il faut un projet qui ranime l’espoir dans ce pays »

En quoi l’écologie (l’étude de notre environnement) pourrait-elle être « radicale » ? Est-ce que c’est « la vie » qu’il s’agit de changer, ou une manière de vivre, c’est-à-dire une définition de la vie humaine ? 

Qu’est-ce que veut dire « poser le fait de tirer les leçons » ? « Poser le fait de » quand il s’agit d’analyser ? Et que veut dire « tirer les leçons sur une capacité » ? Et encore « porter des positions » ? Et encore « croire qu’il faut reconnaître » quand il s’agit d’un événement ? Et quel est cet « espoir » qu’il faut « ranimer » ? « Dans ce pays », oui, au cas où l’on s’imaginerait qu’il ne s’agit pas de la France.

Ces approximations de langage expriment les approximations d’une analyse fourvoyée dans une structure inadéquate de parti politique.

Et elles sont en soi le signe de la pauvreté du discours politique général, dont ce qui apparaît comme une cuisine électorale pour l’élection législative à venir est un autre signe.

Pour le moment, le discours se résume à des calculs arithmétiques, des projections mathématiques, des questions de tactique, de combinaisons, des problèmes de personnes, d’ego, dont l’expression la plus emblématique est sans doute celle de J-L Mélenchon après le 1er tour « Elisez-moi premier ministre ! »

Il n’y a pas, toujours pour le moment, un discours politique qui prenne en compte la gravité de l’état du pays dont le moins qu’on puisse dire est qu’il est déboussolé, pas très loin de se jeter dans l’abîme.

2 commentaires sur « La pauvreté du discours »

  1. Tout à fait d’accord. J’ajouterais que le discours de Macron qui remerciant ses électeurs dit que leur vote « l’oblige » (à quoi au juste ?) et qui ne se réinvente pas malgré l’emploi répété du verbe à chaque occasion est aussi d’une pauvreté affligeante.

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    1. Merci pour ce commentaire. Il y a en effet un décalage problématique entre la gravité du résultat de l’élection et l’inconsistante légèreté du discours (ou plutôt l’absence de discours) de l’élu qui semble ne pas réaliser que ce qui vient de se produire n’est pas de l’ordre du rêve, mais le réel. Hors sol ? Sonné ? Difficile sinon à comprendre, du moins à admettre.

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